Paris-Milan
album de Jean Guidoni, sorti en 2014
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Paris-Milan est le quatorzième album de Jean Guidoni, produit par Didier Pascalis et publié le sur le label Tacet.
| Sortie | |
|---|---|
| Durée | 38:39 |
| Genre | Chanson française |
| Producteur | Didier Pascalis |
| Label | Tacet |
Albums de Jean Guidoni
Le disque tient son origine d'un spectacle intitulé Où vont les chevaux quand ils dorment, en hommage à Allain Leprest, mort en 2011. Il est donc entièrement composé de chansons inédites d'Allain Leprest, mises en musique par Romain Didier et interprétées par Jean Guidoni. Il comporte un titre en duo avec Juliette.
Les paroles abordent des thèmes récurrents chez Leprest, tels que l'amour, le temps, les illusions déçues ou les problèmes sociaux, dans une écriture mêlant registre familier et trouvailles poétiques. Les compositions sont de styles variés, alternant entre chanson-rock et envolées symphoniques. À sa sortie, l'album reçoit un accueil critique plutôt positif dans l'ensemble, salué pour la qualité des textes et de l'interprétation, mais parfois jugé comme trop « classique » dans son esthétique.
Historique
Genèse

En [1], après avoir consacré un album entier et plusieurs récitals aux chansons de Jacques Prévert[2], Jean Guidoni accepte de participer au spectacle Où vont les chevaux quand ils dorment[3], écrit par Claude Lemesle en hommage à Allain Leprest[4], décédé l'année précédente[5].
C'est au cours d'une répétition de ce tour de chant à Ivry-sur-Seine[3], où il partage la vedette avec le compositeur Romain Didier et le chanteur Yves Jamait[2], que le producteur Didier Pascalis lui propose d'enregistrer un album entièrement composé de textes inédits du poète normand[2]. Dans les interviews qu'il donne à l'époque, Guidoni explique avoir abandonné un autre projet pour saisir l'opportunité de s'approprier le répertoire d'Allain Leprest[3],[6]. Même si leurs esthétiques respectives semblent très dissemblables en apparence, les deux artistes se sont croisés à plusieurs reprises[8]. En outre, Leprest semblait connaître le répertoire de Guidoni, puisque son premier biographe Thomas Sandoz avait repéré un « emprunt indirect » à la chanson Y'a un climat (co-signée par Jean Guidoni et Maurice Fanon) dans les paroles du titre Le fou de Bassan, qu'il avait écrit pour l'album Maux d'amour (1994) de son ami Romain Didier[9].
Pour ce projet de disque, Guidoni a sélectionné des textes qui « correspondaient à [son] univers »[5] et que Leprest, qui avait travaillé avec de très nombreux interprètes[10], aurait « pu [lui] écrire »[5].
Enregistrement et production
Fidèle compagnon de route d'Allain Leprest[12], Romain Didier a non seulement composé toutes les musiques de l'album, mais joue aussi les parties de pianos et réalise les orchestrations des cordes[13]. Le reste des arrangements est confié au guitariste Thierry Garcia[15],[16]. Jean Guidoni connaissait déjà Romain Didier en tant que chanteur[6], et même si ce dernier avait auparavant signé la musique d'Une valse de 1937 pour son spectacle Fin de siècle en 1999[17], il rêvait depuis longtemps de collaborer avec lui « sur tout un album »[5]. D'après le témoignage de Guidoni, le musicien s'est montré très « à l'écoute » au cours de leurs séances de travail, et le Toulonnais s'est dit « comblé »[5] par ses compositions « sur-mesure »[3], au point de retravailler avec lui sur son dernier opus Eldorado(s), paru en 2025[18].
Pas moins de cinq studios d'enregistrement différents ont été nécessaires pour réaliser le disque. Les prises de son des rythmiques et des pianos s'effectuent respectivement par Sylvain Papiri dans le studio des Flots bleus et au studio EGP. De son côté, Thomas Vintrigner s'occupe de l'enregistrement de l'orchestre à cordes dans le studio Sequenza. Les parties vocales, la guitare et les basses sont captées au studio Tu vois Tu vois[16]. Au niveau du mixage, réalisé par Martin Antiphon dans le studio Music Unit[16], un soin tout particulier est apporté au volume sonore de la voix du chanteur, pour que l'on « comprenne bien les mots »[6].
Caractéristiques artistiques
Paroles et musique
Les paroles des chansons de Paris-Milan se basent en grande partie sur des thèmes courants dans l'œuvre poétique d'Allain Leprest, comme l'amour ou le déroulement du temps[19]. D'après l'enseignante-chercheuse Céline Pruvost, ses textes sont parfois constitués de simples listes et peuvent recourir à un registre familier, voire vulgaire ou grivois[20], c'est en particulier le cas de Putain Trainée Salope[6]. On y trouve aussi de nombreux noms propres, comme par exemple des personnages célèbres (« Gagarine ») ou des noms de villes[20]. Le parolier n'hésite pas non plus à user de néologismes (comme « Reviendre ») ou à jouer sur les mots[21].
Parmi les chansons sentimentales, Reviendre dépeint une relation amoureuse que Guidoni qualifie de « compliquée » voire d'un peu « hard »[22]. Putain Trainée Salope, dont le titre évoque forcement celui de son album Putains…[23], constitue une autre « façon de dire "je t'aime" » selon le chanteur[6]. Dans Folle de moi, ce sont les différents « mois de l'amour » qui sont passés en revue[23]. Quant au thème de la fuite du temps, il traverse Le Jour baisse toujours trop tôt, dont les paroles ressemblent beaucoup à celles de Chanson Bateaux (1999), que le poète avait écrit pour le chanteur Jehan[27]. La chanson titre Paris-Milan, basée sur un jeu de mots entre Milan et la notion de millénaire, est plus contemplative[22], voire « métaphysique »[24]. D'autres titres explorent le thème de l'enfance ou des illusions. Dans Ou l'contraire, tout est réversible et « on peut faire croire ce que l'on veut »[3]. À l'inverse, dans le nostalgique Copeaux de savon, des enfants rêveurs[23] se heurtent à ceux qui « cassent [leurs] rêves »[22]. La chanson Dans le jardin de Gagarine rend hommage au héros soviétique Youri Gagarine, tout en évoquant les « espoirs déçus »[3] et les « illusions perdues »[6]. Comme Leprest, Jean Guidoni a grandi au sein d'une famille communiste[3] et partage la même culture populaire, dont fait partie la « fusée rouge » de Tintin citée dans les paroles[22]. Les thématiques sociales voire politiques ne sont pas absentes non plus, même si leur traitement reste poétique, comme dans Chut[29] qui joue sur l'homophonie entre l'onomatopée « chut » et la « chute » (au sens de « choir » sur le plan social)[30]. De la même façon, Partition de septembre fait référence, de façon délicate et imagée[22], aux reconduites à la frontière par avion[23]. D'autres titres sont un peu à part, comme Trafiquants[29], un duo humoristique avec la chanteuse Juliette, ou Homosapiens, au texte plus énigmatique[24].
Pour cet album, Romain Didier a écrit des musiques assez variées[31], allant de la chanson-rock à l'écriture symphonique, dans un style plus adapté à la voix robuste de Guidoni (qui développe ici des tonalités plus graves[22]) qu'au timbre vocal plus fragile de Leprest[24].
Les arrangements rythmiques de Thierry Garcia mettent en avant son jeu de guitare électrique ainsi que la batterie de Didier Guazzo[16], mais on note aussi la présence d'un banjo (sur Reviendre et Trafiquants)[24]. L'ensemble à cordes, doté d'un important pupitre de violons[13], se déploie avec justesse autour des mots du poète[32], en allant jusqu'au tournoiement (dans l'accompagnement de Chut)[24].
Titre et pochette

Le titre de l'album reprend celui du morceau Paris-Milan[33]. Ce syntagme, qui désigne un trajet ferroviaire, joue également sur l'homophonie[34] entre le nom de la célèbre ville d'Italie et l'expression « mille ans »[22]. Le morceau renvoie ainsi à la fois à l'idée d'un « voyage modeste » et au « fait d'attendre », des thèmes que l'on retrouve aussi dans la chanson Les Tilleuls[22],[24], extraite du disque Quand auront fondu les banquises de Leprest[35]. Ce dernier titre, dans lequel « il n'y a rien qui se passe »[22], rappelle l'importance de la thématique du temps chez Leprest[19],[37], que Guidoni lui-même avait déjà abordée dans L'Horloge, un long morceau extrait de son projet d'opéra Un Train dans la mer[38], qui concluait son spectacle à L'Espace Européen au printemps 1989[39].
La photo de couverture de l'album, ainsi que les deux portraits du chanteur qui figurent sur la cinquième et sixième page du livret, ont été réalisés par Chloé Jacquet[16], qui signera également celle du disque Légendes Urbaines, paru en 2017[40]. Dans des tonalités presque monochromes, Jean Guidoni y pose assis, sur la gauche d'un grand canapé de couleur anthracite, au sein d'un décor gris clair[41]. Comme l'indique le journaliste François Delétraz, le Toulonnais semble adopter une allure beaucoup plus « classique » en « troqu[ant] les bas résille pour un costume plus sobre »[31].
De son côté, Yoann Métreau signe le design graphique et la mise en page du livret[16].
Parution et accueil
Produit par Didier Pascalis, l'album sort le [42] sur le label Tacet[16].
Il déclenche l'enthousiasme du quotidien Le Télégramme qui lui décerne trois étoiles[43]. Plus mesurée, la journaliste Véronique Mortaigne, dans Le Monde, trouve que cet opus sonne « étrangement classique », après le disque consacré à Jacques Prévert (paru en 2008) qu'elle considère comme « noir et mordant »[44]. Dans Le Figaro, François Delétraz s'étonne lui-aussi d'un tel classicisme, tout en reconnaissant que l'interprète apporte « une résonance toute particulière » à la poésie d'Allain Leprest dans cet album qu'il juge par ailleurs « très réussi »[31].
Dans le podcast Les Sonos tonnent de Télérama, les journalistes Sophie Delassein (de L'Obs) et Gilles Médioni (de L'Express) défendent l'album face à Valérie Lehoux et Guillemette Odicino (de Télérama)[45]. Sophie Delassein s'est dite « foudroyée » par la beauté des paroles et de l'interprétation, y compris des arrangements qu'elle trouve très « chics ». Pour Gilles Médioni, cet opus s'inscrit dans la lignée des grands albums de Guidoni et n'a pas à rougir de la comparaison avec ses premiers disques écrits avec Pierre Philippe au début des années 1980. En revanche, Valérie Lehoux regrette les arrangements symphoniques de Romain Didier qu'elle trouve trop « classiques ». Selon elle, ces orchestrations « figent » le répertoire de Leprest qui « méritait plus de modernité ». De son côté, Guillemette Odicino déplore le style trop « théâtral », voire « cabaret » de l'interprétation de Guidoni sur certaines chansons comme Chut ou Putain Trainée Salope, et aurait aimé une plus grande sobriété. Avec plus de recul, Patrice Demailly de Libération replace l'album dans son contexte. Il rappelle qu'après avoir chanté les « vers surréalistes de Prévert », Jean Guidoni s'approprie ensuite les « mots tourmentés et post mortem d'Allain Leprest », et que ces deux « eldorados poétiques » ont surtout permis sa rencontre avec Didier Pascalis, avant une ultime renaissance en tant que parolier sur Légendes urbaines (2017)[46].
Fiche technique
Liste des chansons
Toutes les paroles sont écrites par Allain Leprest et les musiques composées par Romain Didier[16].
| No | Titre | Durée |
|---|---|---|
| 1. | Paris-Milan | 3:52 |
| 2. | Ou l'contraire | 3:21 |
| 3. | Reviendre | 2:32 |
| 4. | Le Jour baisse toujours trop tôt | 3:30 |
| 5. | Chut | 2:55 |
| 6. | Putain Trainée Salope | 2:36 |
| 7. | Partition de septembre | 3:05 |
| 8. | Folle de moi | 3:33 |
| 9. | Trafiquants (en duo avec Juliette) | 3:10 |
| 10. | Dans le jardin de Gagarine | 3:19 |
| 11. | Copeaux de savon | 3:02 |
| 12. | Homosapiens | 3:46 |
Crédits
Équipe artistique
Interprètes
- Jean Guidoni : chant
- Romain Didier : pianos
- Thierry Garcia : guitares, banjo, chœurs
- Philippe Drevet : contrebasse, guitare basse
- Didier Guazzo : batterie
Musiciens additionnels
- Corinne Auclin : premier violon
- Anne Dumathrat, Elza Szabo, Anouk Ross, Muriel Dang, Catherine Petit, Hubert Zrihen : violons
- Marylène Vinciguerra, Sylvie Carrasco : altos
- Nicolas Carpentier, Timothée Marcel : violoncelles
- Philippe Blard : contrebasse
- Didier Pascalis : percussions
- Julien Lallier : claviers additionnels
Équipe technique
- Thierry Garcia : arrangements, réalisation artistique
- Romain Didier : arrangements cordes
- Didier Pascalis : réalisation artistique, production (pour Tacet)
- Sylvain Papiri : prise de son des rythmiques (studio des Flots bleus) et des pianos (studio EGP)
- Thomas Vintrigner : prise de son de l'orchestre à cordes (studio Sequenza)
- Martin Antiphon : mixage (studio Music Unit)
- Pierre Luzy : mastering (studio Music Unit)
- Chloé Jacquet : photos
- Yoann Métreau : artwork[16]