Paréidolie

processus tendant à discerner une forme familière parmi des formes aléatoires From Wikipedia, the free encyclopedia

Une paréidolie est un processus mental qui consiste, face à des stimuli visuels ou auditifs, à reconnaître des formes familières dans des éléments pourtant aléatoires. Ce phénomène se manifeste notamment par la perception des visages ou de figures humaines dans des objets du quotidien ou des paysages, ainsi que par l'impression d'entendre des voix ou des paroles dans certains bruits. Ce phénomène s'explique par des mécanismes de perception et de reconnaissance des formes, qui amènent le cerveau à interpréter rapidement les informations en les rapprochant de représentations déjà connues, en particulier les visages, essentiels dans les interactions sociales.

Une paréidolie visuelle se manifeste par exemple à travers ce paysage constitué de lacs naturels, formés dans un cratère d'impact de météorite, où la perception humaine peut imaginer un smiley[1].

Les paréidolies visuelles font partie des illusions d'optique.

Étymologie

Composé de la préposition παρά (pará) (« à côté de, auprès de ») suivie du nom εἴδωλον (eídôlon) (« simulacre, fantôme »), diminutif de εἶδος (eîdos) (« apparence, forme »).

Origines

Le cerveau structure son environnement en permanence, en rapportant les informations qu’il reçoit à des objets connus. Selon le psychiatre psychiatre allemand du XIXe siècle Karl Ludwig Kahlbaum La paréidolie est une expression de cette tendance du cerveau à créer du sens en assimilant des formes aléatoires à des formes qu’il a déjà référencées. Le siège cérébral de la fonction permettant de déceler des formes, extrêmement importante pour la socialisation et le développement de l’espèce, se situe dans le lobe temporal. Une lésion de celui-ci peut entraîner des agnosies visuelles (par exemple une prosopagnosie, c’est-à-dire l’impossibilité d’identifier un visage) et occasionner, en réaction, des paréidolies. Ce phénomène peut également être interprété à travers le traitement descendant, par lequel les connaissances et les attentes influencent la perception des stimuli, en orientant leur interprétation vers des formes familières.

Bien qu'elle puisse apparaître à la suite d'un dysfonctionnement cérébral, la paréidolie est généralement liée à la tendance naturelle de l’être humain à assimiler des perceptions nouvelles à des représentations déjà connues et répertoriées. Elle permet le plus souvent de classer rapidement un objet dans une catégorie connue, mais elle peut aussi être source d’erreurs[2]. L'effet Stroop constitue un autre exemple de cette même tendance du cerveau à interpréter une perception en la comparant à des objets déjà connus. Il est possible que cette préférence découle de l’avantage évolutif conféré par une très forte capacité à détecter une présence, qui favorise la survie mais pas nécessairement la précision[3]. Ainsi, les erreurs se font presque toutes dans la même « direction » : des faux positifs (reconnaître une présence qui n'est pas là) plutôt que des faux négatifs (ne pas reconnaître une présence)[4].

À la différence des autres illusions visuelles, qui sont créées par les mécanismes de la perception, les paréidolies sont subjectives : chacun peut voir une chose différente. L'être humain a souvent tendance à voir un visage dès qu'un objet y ressemble[5]. Les attentes, les prédispositions, la culture de chacun influencent ces « projections ». Le test de Rorschach est basé sur cette fonction cognitive. Les paréidolies relèvent donc de phénomènes cognitifs complexes.

Pour expliquer les phénomènes de paréidolie, les spécialistes des sciences neuro-cognitives invoquent la neurophysiologie de la perception et les travaux sur les reconnaissances prototypiques du visage de l'espèce[6].

Dans la paréidolie visuelle, les stimuli sont organisés en une structure signifiante.

La masse d’informations qui nous parvient par Internet favorise la paréidolie, ce phénomène étant diffusé par un biais cognitif très fréquent, le biais de confirmation[7].

Interprétations

Dans L’Énergie spirituelle, Henri Bergson expose l’hypothèse selon laquelle c’est par une paréidolie, à partir des phosphènes naturels qui apparaissent lorsqu’on ferme les yeux, que sont élaborées les images des rêves.

D'après l'article de The Skeptic's Dictionary sur la paréidolie[8],[9], ce phénomène psychologique apporte une explication plausible aux messages par voix électronique, aux messages audibles dans des enregistrements joués à l’envers, dans les cas où il s’agit d’une coïncidence (par exemple dans la chanson Better by You, Better than Me de Judas Priest) et aussi à de nombreux cas de visions de figures iconiques ou religieuses (comme les apparitions mariales).

Exemples

L’identification de visages, d'animaux ou de structures diverses dans les nuages est un exemple classique de paréidolie. Le film Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain met en scène l'apparition dans des nuages d'un ours et d'un lapin.

En 2004, un toast sur lequel avait été perçue l'image d'un personnage assimilée par certains à celle de la Vierge Marie a été vendu pour 28 000 dollars[10].

Le cartographe et infographiste français Jules Grandin partage régulièrement sur Twitter des paréidolies, qu'il nomme « thingsmap » dont le mécanisme repose sur l'identification de formes géographiques dans les objets du quotidien, les nuages, les taches[11].

Univers naturel

À partir d'éléments artificiels

Applications

Le concept de paréidolie est comparable à la technique d'intelligence artificielle générative consistant à créer des images nouvelles grâce à un modèle de diffusion stable[14]. On apprend à l'algorithme à débruiter des images d'un thème donné de plus en plus bruitées jusqu'à ce qu'il soit capable de le faire sur un bruit complètement aléatoire, comme s'il hallucinait une image spécifique là où il n'y a rien[14].

Notes et références

Voir aussi

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