Passé simple (grammaire)

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En grammaire, le passé simple est une forme verbale temporelle synthétique (simple) de passé du mode indicatif, qui existe dans les langues romanes, étant le descendant de la forme de parfait de la voix active du latin. À côté d'une valeur temporelle, il a une valeur aspectuelle aussi, celle de perfectif. Sa dénomination est donnée en contraste avec celle du passé composé, forme analytique de passé dans les mêmes langues. Le passé simple a des correspondants approximatifs dans d'autres familles de langues, comme le Präteritum en allemand ou l'aoriste dans certaines langues slaves.

Le parfait latin est hérité du parfait proto-indo-européen[1].

À la voix active des verbes réguliers, il est formé, à la première conjugaison, du thème morphologique de cette forme, qui contient le suffixe -av-, et, aux autres classes de conjugaison, du radical spécifique de cette forme, avec des désinences personnelles identiques à toutes les conjugaisons. Exemples[2] :

Personne1re conjugaison
amāre « aimer »
2e conjugaison
vidēre « voir »
3e conjugaison
dūcere « conduire »
3e conjugaison avec -iō au présent
capere « prendre »
4e conjugaison
sentīre « sentir »
1re sg.amāvīvīdīdūxīcēpīsēnsī
2e sg.amāvistīvīdistīdūxistīcēpistīsēnsistī
3e sg.amāvitvīditdūxitcēpitsēnsit
1re pl.amāvimusvīdimusdūximuscēpimussēnsimus
2e pl.amāvistisvīdistisdūxistiscēpistissēnsistis
3e pl.amāvēruntvīdēruntdūxēruntcēpēruntsēnsērunt

Cette forme exprime un procès passé d'aspect perfectif qui peut être de deux sortes : ayant un rapport avec le présent (valeur appelée perfectum presens, héritée du parfait proto-indo-européen[1]) ou sans rapport avec celui-ci (perfectum historicum)[3], valeur qu'il a reprise d'une autre forme synthétique de passé proto-indo-européen, l'aoriste[4]. On trouve un exemple pour sa première valeur dans la phrase at tibi nōs dedimus dābimusque etiam « mais nous t'en avons donné et t'en donnerons à nouveau » (sous-entendu « maintenant tu en as ») (Plaute), et des exemples pour la seconde valeur sont vēnī, vīdī, vīcī « je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu » (Suétone)[5].

Dans les langues romanes

Le latin a transmis aux langues romanes seulement le parfait exprimant des procès sans rapport avec le présent, sous la forme du passé simple. L'autre valeur, de rapport avec le présent, a été assumée par le passé composé, qui avait commencé de se développer également en latin[1].

En français

En français, le passé simple se forme régulièrement du radical du verbe à l'infinitif présent, suivi d'une voyelle caractéristique pour le groupe de verbes, et par des désinences spécifiques[6]. Exemples :

Personne1er groupe
chanter
2e groupe
finir
3e groupe avec -i-
partir
3e groupe avec -u-
vouloir
1re sg.je chantaije finisje partisje voulus
2e sg.tu chantastu finistu partistu voulus
3e sg.il/elle/on chantail/elle/on finitil/elle/on partitil/elle/on voulut
1re pl.nous chantâmesnous finîmesnous partîmesnous voulûmes
2e pl.vous chantâtesvous finîtesvous partîtesvous voulûtes
3e pl.ils/elles chantèrentils/elles finirentils/elles partirentils/elles voulurent

En français standard du XXIe siècle, le passé simple n'est plus utilisé dans le registre de langue courant. Son emploi est limité à la langue de la littérature artistique (romans, récits, contes), ainsi qu'aux écrits d'histoire et biographiques. Dans la langue courante, il est remplacé par le passé composé, qui le concurrence dans les écrits historiques et biographiques aussi. Exemples en phrases :

Le peintre Matisse naquit en 1869 et mourut en 1954. Il peignit le célèbre tableau « La Danse » en 1909, il vécut longtemps dans le Midi et il fut l'ami de Picasso.

En italien

En italien, le passé simple, appelé passato semplice ou passato remoto (littéralement « passé lointain ») se forme, pour les verbes réguliers, du radical de l'infinitif présent, avec des terminaisons qui comprennent une voyelle spécifique pour la classe de conjugaison, les mêmes qu'à l'infinitif (-a-, -e-, respectivement -i-) et les désinences. Exemples[7] :

Personne1re conjugaison
parlare « parler »
2e conjugaison
credere « croire »
3e conjugaison
dormire « dormir »
1re sg.parlaicredei/credettidormii
2e sg.parlasticredestidormisti
3e sg.parlὸcredé/credettedormì
1re pl.parlammocredemmodormimmo
2e pl.parlastecredestedormiste
3e pl.parlaronocrederono/credetterodormirono

Remarques :

  1. À la 2e conjugaison, certains verbes ont des variantes de formes personnelles.
  2. À la troisième personne du singulier de la 1re conjugaison, la voyelle caractéristique change en -ὸ, et la désinence est -ø- (zéro).
  3. L'accent tonique frappe la voyelle caractéristique.

En italien aussi, le passé simple exprime des procès sans rapport avec le présent. Il est courant dans la narration littéraire, typiquement dans les contes, dans les biographies et dans les écrits d'histoire. Il s'oppose au passé composé, qui exprime, lui aussi, des procès d'aspect perfectif mais ayant un rapport avec le présent. Toutefois, le passé composé tend à remplacer le passé simple dans la langue parlée courante. Il y a des différences quant à la fréquence du passé simple par rapport au passé composé, en fonction des variétés régionales. Le passé simple est très rare en Italie du Nord et dans une grande partie de l'Italie centrale mais, à mesure qu'on avance vers le sud, il est de plus en plus fréquent, étant utilisé le plus souvent dans le Mezzogiorno[8]. Exemples en phrases :

Pier Paolo Pasolini nacque nel 1922. Fu uno dei più famosi scrittori del Neorealismo « Pier Paolo Pasolini naquit en 1922. Il fut l'un des plus célèbres écrivains néoréalistes ».

En roumain

Le passé simple roumain, appelé perfect simplu (litt. « parfait simple »), est marqué par les suffixes, communs avec l'infinitif, -a- à la 1re conjugaison et -i- ou -î/â- à la 4e[9]. Les verbes de la 2e conjugaison et une partie des verbes de la 3e ont le suffixe spécifique -u-, et les autres de la 3e, le suffixe spécifique -se-. Exemples :

Personne1re conjugaison au suffixe changé en -ă-
a aduna « rassembler »
1re conjugaison au suffixe changé en -e-
a tăia « couper »
2e conjugaison
a începe « commencer »
3e conjugaison en -u-
a părea « paraître »
3e conjugaison en -se-
a zice « dire »
4e conjugaison en -i-
a sorbi « siroter »
4e conjugaison en -î/â-
a coborî « descendre »
1re sg.adunaităiaipăruiîncepuiziseisorbiicoborâi
2e sg.adunașităiașipărușiîncepușiziseșisorbișicoborâși
3e sg.adunătăiepăruîncepuzisesorbicoborî
1re pl.adunarămtăiarămpărurămîncepurămziserămsorbirămcoborârăm
2e pl.adunarățităiarățipărurățiîncepurățiziserățisorbirățicoborârăți
3e pl.adunarătăiarăpărurăîncepurăziserăsorbirăcoborâră

Remarques :

  1. À la 3e personne du singulier, la désinence est -ø-.
  2. La séquence -ră- est considérée comme faisant partie des désinences en cause.
  3. À la 3e personne du singulier de la 1re conjugaison, le suffixe -a- change en -ă- ou en -e-, la différence entre les deux changements étant due aux contextes phonétiques différents.
  4. L'accent tonique frappe le suffixe du passé simple, sauf à la 3e conjugaison avec -se-, où l'accent (marqué par soulignement) est sur le radical à certaines personnes et sur le suffixe à d'autres.
  5. Dans le cas de certains verbes de la 1re conjugaison avec -a-/-ă-, la forme de la 3e personne du singulier du passé simple ne diffère de celle de la même personne de l'indicatif présent que par la place de l'accent : adună (passé simple) vs adu (présent).
  6. Les verbes de la 4e conjugaison avec -î/â- présentent l'alternance orthographique î/â, les deux lettres transcrivant la même voyelle [ɨ].

En roumain aussi, le passé composé a repris, dans le registre courant, et même dans les textes d'histoire et biographiques, la valeur du passé simple d'exprimer des procès sans rapport avec le présent, en provoquant sa limitation à la narration artistique, par exemple dans les propositions incises accompagnant le discours direct, étant plus fréquent à la 3e personne, surtout du singulier, ex. – Unde ai fost? întrebă el. – M-am plimbat în parc, răspunse ea « – Où étais-tu ? demanda-t-il. – Je me suis promenée dans le parc, répondit-elle ».

Il est tout de même utilisé dans la parole courante dans certaines régions, comme l'Olténie, le Banat, la Crișana et une partie de la Munténie, non pas avec sa valeur de la variété standard, mais spécialisé pour les procès situés dans la journée où l'on parle, ex. Ieri am primit telegrama și azi venii aici « Hier j'ai reçu le télégramme et je suis venu(e) aujourd'hui ».

En espagnol

En espagnol, le passé simple, appelé pretérito perfecto simple (litt. « prétérit parfait simple ») des verbes réguliers est formé du radical de l'infinitif présent, suivi des voyelles caractéristiques -a-, à la 1re conjugaison, et -i- aux deux autres, plus les désinences. Exemples[10] :

Personne1re conjugaison
saltar « sauter »
2e conjugaison
correr « courir »
3e conjugaison
subir « monter »
1re sg.saltécorrísubí
2e sg.saltastecorristesubiste
3e sg.saltócorriósubió
1re pl.saltamoscorrimossubimos
2e pl.saltasteiscorristeissubisteis
3e pl.saltaroncorrieronsubieron

Remarques :

  1. À la 3e personne des 2e et 3e conjugaisons, la voyelle caractéristique est suivi de -e-.
  2. L'accent tonique frappe les voyelles soulignées.
  3. Aux 1re et 3e personnes du singulier de la 1re conjugaison, la voyelle caractéristique change et la désinence est nulle.
  4. Aux 1re et 3e conjugaisons, la forme de la 1re personne du pluriel est identique à celle de la même personne à l'indicatif présent.

À la différence des langues traitées plus haut, en espagnol, le passé simple est courant dans la langue parlée, s'opposant au passé composé par la valeur exprimée : des procès passés d'aspect perfectif réellement ou subjectivement coupés du présent pour le passé simple, des procès passés d'aspect perfectif réellement ou subjectivement liés au présent pour le passé composé. Ces valeurs ressortent du contexte général ou de celui de la phrase, grâce à des compléments circonstanciels de temps[11]. Exemples[12] :

Fui al cine con Raúl « Je suis allé(e) au cinéma avec Raúl » ;
Ayer vi a Isabel « Hier, j'ai vu Isabel ».

Toutefois, dans certaines régions, le passé composé concurrence le passé simple dans la langue parlée. Par exemple à Madrid et au centre de l'Espagne en général, le passé composé remplace souvent le passé simple dans des phrases du genre de celles ci-dessus[12]. En revanche, en Amérique Latine, le passé simple est préféré même dans des cas où le procès a un rapport avec le présent, ex. Bebió demasiado « Il/Elle a trop bu » (sous-entendu possible, « ... c'est pourquoi il/elle est ivre »)[13].

Correspondants du passé simple dans d'autres langues indo-européennes

Notes et références

Annexes

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