Pavillon français
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Partie de | |
|---|---|
| Destination initiale |
Salon de jeu et de musique |
| Destination actuelle | |
| Style | |
| Architecte | |
| Construction | |
| Propriétaire | |
| Patrimonialité | |
| Site web |
| Département | |
|---|---|
| Commune |
| Coordonnées |
|---|
Le Pavillon français est une fabrique de jardin construite pour Louis XV et Madame de Pompadour par Ange-Jacques Gabriel au sein du Jardin français du Petit Trianon, dans le parc du château de Versailles.
Construit en 1750, ce pavillon s'intègre au cœur du jardin à la française et les hautes portes-fenêtres ouvrent sur ses perspectives. À la fois centre et prolongement naturel du « nouveau jardin du roi » créé pour le divertir de sa mélancolie, il sert de salon de musique, de jeu et de conversation. Il est considéré comme un chef-d'œuvre d'équilibre entre noblesse et fantaisie. L'originalité de son plan repose sur un salon octogonal accosté de quatre petits cabinets carrés disposés en croix.
Les croisées, sur des façades en pierres de refend, sont surmontées de mascarons représentant les saisons, exécutés par Jules-Antoine Rousseau. La balustrade est animée de huit groupes d'enfants, allégories des quatre saisons et des quatre éléments, et huit vases de fleurs, du même sculpteur. Le salon circulaire est décoré de lambris sculptés par Jacques Verbeckt, autrefois couverts de couleurs pastels assorties à l'atmosphère champêtre et désormais en dorures. Huit colonnes corinthiennes soutiennent une corniche ornée de divers gallinacés, en évocation de la ménagerie domestique toute proche.
Transformé en café durant la Révolution française, il redevient avec l'Empire un lieu de fête comme sous l'Ancien Régime avant de se dégrader lentement. Il bénéficie d'une première campagne de restauration à la fin du XIXe siècle, peu fidèle à l'état initial, avant d'être entièrement restauré en 2008. Classé avec le château de Versailles et ses dépendances au titre des monuments historiques par la liste de 1862 et par arrêté du [1], il est accessible au public dans le cadre du musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, au sein du Domaine de Marie-Antoinette.
Construction

Gouache attribuée à Jacques-André Portail, vers 1750.
À la fin de l'année 1744, le roi Louis XV revient séjourner au palais de Trianon, délaissé depuis plusieurs décennies[c 1], mais dont il conserve de son enfance un souvenir agréable. Le , une visite des lieux par le directeur des bâtiments du roi, Charles Lenormant de Tournehem, et le Premier architecte, Ange-Jacques Gabriel, donne le signal du lancement d'un vaste chantier de rénovation du Trianon dont les premières études sont présentées dès le mois de décembre. La marquise de Pompadour, maîtresse du roi depuis deux années, soutient ce projet, dans le but de distraire Louis XV de sa mélancolie et de sa tristesse. Dès 1749 est aménagé un nouveau jardin sur les terrains situés à l'est du château édifié par Jules Hardouin-Mansart[f 1]. On élève d'abord une ménagerie, fort différente de celle de Louis XIV, plus exotique, car elle n'est destinée qu'à accueillir des animaux domestiques : des poules, des vaches et des moutons[2]. Son originalité tient dans le fait que ce n'est guère plus qu'une basse-cour et une vacherie[c 2], mais la laiterie qui y est aménagée lui confère un caractère d'« utilité » et d'amusement[3]. Le roi et sa favorite apprécient les « belles poules » et aiment déguster des laitages[4].
À l'avant de cette nouvelle ménagerie, vers le sud, Gabriel dessine un jardin à la française, planté de bosquets et orné de bassins[a 1], que Jean-Baptiste Belleville[5], le jardinier du Trianon de marbre, met en exécution[a 2]. Très vite, les ambitions associées à ce nouveau jardin requièrent le recrutement d'un jardinier-fleuriste, Claude Richard[6]. Entre les pelouses et les corbeilles de fleurs sont disposés des poulaillers et des volières, et un portique de treillage est élevé en bordure est[note 1]. Mais le centre de la perspective est un petit pavillon permettant de s'immerger dans ce nouveau jardin : le Pavillon français, alors appelé « Pavillon de la nouvelle ménagerie », est destiné « au jeu, à la collation ou au concert[2] ». Avec le jardin attenant, le lieu est appelé à devenir le « siège d'une société harmonieuse, éclairée par les sages préceptes des physiocrates[7] ».
Considéré comme le parangon du style Louis XV, le pavillon est abondamment paré de ressauts dont Gabriel est un maître en la matière[e 1]. Après la diversité de projets relevant de plusieurs partis architecturaux, le roi retient la forme la plus « baroque », dans la lignée des modèles réalisés alors en Allemagne ou dans la partie orientale de l'Europe[8]. Le bâtiment de pierres taillées est traité, selon une inspiration plus classique, en lignes de refend venant le sangler et son entablement est couronné d'une balustrade.
Commencé au printemps 1749, il est ravalé et couvert dès le mois d'août[f 2] et prêt à accueillir les vases de fleurs et les groupes d'enfants sculptés formant amortissements au-dessus de la balustrade[e 2].
Le dessin particulier du dallage intérieur, présenté par l'architecte le , est exécuté avec des marbres du Languedoc et des Pyrénées, comme le sont les chambranles, les sols de certains cabinets et les cheminées. Après quelques mois d'interruption durant l'hiver, les travaux sont achevés au printemps de l'année 1750 et les lambris et décors intérieurs sont posés à l'automne[e 2].
Salon de divertissement
Bien que n'étant pas un roi bâtisseur[9], Louis XV est passionné d'architecture et de plans[10]. En 1754, il donne volontiers en exemple le Pavillon français, indiquant au prince de Croÿ, venu lui demander conseil sur la construction du château de l'Hermitage, que c'est « dans ce goût-là qu'il faut bâtir[11] ».
Ce pavillon de jeu et de conversation rassemble les proches et les intimes de Louis XV et de la Marquise de Pompadour, qui goûtent aussi, à la belle saison, aux produits des jardins potagers et fruitiers et de la laiterie[note 2]. Le roi aime à s'y arrêter au retour de ses promenades dans le jardin botanique pour classer ses herbiers[15].

Marie-Antoinette, qui prend possession du domaine du Petit Trianon en 1774, ne réalise aucune modification au pavillon[16], le seul apport substantiel au Jardin français étant la construction de son petit théâtre. Conquise par le charme de cet édifice délicat, elle y donne même des fêtes : en , le pavillon est complété de tentes de toile afin d'y donner des concerts éclairés aux lanternes, à l'occasion de la venue de son frère, l'empereur Joseph II[16]. Lorsque la famille royale est à Trianon, le salon accueille les jeux de cartes, on y joue des pièces de musique ou l'on converse comme dans toute demeure aristocratique du XVIIIe siècle ; l'endroit est idéal pour les soupers des chaudes soirées d'été[17]. La reine y donne aussi des bals, lui adjoignant une tente démontable[18],[note 3].
À la Révolution française, le Pavillon français, comme l'ensemble du domaine du Petit Trianon, est laissé à l'abandon, puis dépouillé de son mobilier lors des ventes aux enchères qui débutent au mois d'[d 1]. Sous le Directoire, il est aménagé en café, à destination des occupants du château du Petit Trianon transformé en hôtel, et le jardin français est le lieu de bals populaires mêlant à l'occasion illuminations et feux d'artifice[d 1].
Alors que le Petit Trianon reprend son rang de palais sous l'impulsion de Napoléon, une restauration du pavillon est entreprise en 1806, ces modifications n'ayant cependant pas perduré : les colonnes corinthiennes sont reprises et l'on crée en carton-pâte de nouveaux chapiteaux à femmes ailées ou à volutes[19] ; un aigle est peint sur la coupole, prenant son essor vers l'Empyrée[a 5] ; les lambris sont recouverts de tons gris et bleus, les cheminées retirées. En 1810, un cirque est installé à proximité afin d'y donner une représentation des frères Franconi[d 2]. À l'apogée de la vie impériale à Trianon, l'année suivante, Marie-Louise utilise le Pavillon français dans le cadre de la « fête de l'Impératrice » ; à cette occasion, on dresse, comme au siècle précédent, deux grandes tentes de coutil rayé bleu et blanc avec une frange de laine rouge[d 3].
XXe et XXIe siècles
L'édifice est restauré une première fois au XIXe siècle, mais la dernière campagne, menée en 2008 par Pierre-André Lablaude, architecte en chef des monuments historiques grâce au mécénat des montres Breguet, redonne au pavillon son état d'origine[20]. L'ensemble des décors, largement dégradés par le temps, est restauré : les lambris, les sculptures et parures, les plafonds, les sols de marbre et les parquets. Les deux cheminées de marbre ainsi que la hotte du réchauffoir sont rétablies. Les volets intérieurs sont recréés.
Devant la difficulté de restituer le décor du XVIIIe siècle dans les tonalités délicates sur fond de vert d'eau[21], connues dans leur principe mais dont la répartition demeure inconnue, le parti adopté est alors de conserver les dorures, bien que dissonantes, ajoutées au siècle suivant[22].
Enfin, l'organisation des petites ailes est restituée selon la configuration d'origine : en effet, sous Louis XV, deux d'entre elles, réservées au service, sont totalement séparées du salon central et leur accès n'est possible que par l'extérieur, les travaux de 2008 rétablissent donc ces anciennes cloisons[20].
Le Pavillon français a parfois servi de cadre à des tournages pour le cinéma ou la télévision, parmi lesquels on trouve[23],[note 4] :
- 1927 : La Valse de l'adieu, film réalisé par Henry Roussel[24] ;
- 2005 : Marie-Antoinette, film réalisé par Sofia Coppola[25],[26] ;
- 2011 : Le Chevalier de Saint-Georges, docufiction réalisée par Claude Ribbe[27],[28].
Le Pavillon français accueille aussi des spectacles ou des représentations, comme la joute oratoire entre les comédiens Fabrice Conan et Georges Caudron, en , sur « La femme au temps de la Pompadour[29] ».





