Paysage rocheux, le Pouldu

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Vers Voir et modifier les données sur Wikidata
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gouache sur carton (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Paysage rocheux, le Pouldu
Artiste
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Vers Voir et modifier les données sur Wikidata
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Matériau
gouache sur carton (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Dimensions (H × L)
22 × 29 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Mouvements
No d’inventaire
2004.1.1Voir et modifier les données sur Wikidata
Localisation

Paysage rocheux, le Pouldu est une gouache sur carton réalisée par Charles Filiger vers 1891 et conservée au musée de Pont-Aven, dans le Finistère.

Paysage rocheux, le Pouldu représente un paysage côtier. La composition révèle différents plans qui semblent s’empiler. Des bandes horizontales, composées de champs, de terre et de roches créent ainsi une profondeur étalée. La moitié basse du tableau est occupée par des champs aux formes sinueuses. La palette chromatique de cet espace est composée de tons verts, principalement clairs, contrastés par des teintes marrons.

En arrière-plan, au centre, la mer apparaît dans un bleu pâle et lumineux. Des falaises sombres se situent de part et d’autre de celle-ci. Elles mêlent rouge foncé, brun profond et reflets bleus, accentuant ainsi le relief. Un élément rocheux, semblable à un visage couché et de profil, se dessine dans les falaises[1].

L'œuvre est signée par l’artiste en bas à droite.

Histoire

Une vie en Bretagne

Charles Filiger est né à Thann, dans le Haut-Rhin, en 1863[2]. Issu d’une famille aisée, il manifeste dans sa jeunesse le souhait de devenir peintre. En 1886, il se rend à Paris, où il suit des cours à l’École des Arts Décoratifs. L’année suivante, il intègre l’Atelier Colarossi pour y préciser son orientation artistique[3].

Durant l’automne 1888, le peintre se rend à Pont-Aven et au Pouldu pour la première fois. Il y rejoint notamment Paul Gauguin et Armand Séguin, deux peintres majeurs de l’École de Pont-Aven[1]. En , l’artiste revient s’installer au Pouldu, dans l’auberge de Marie Henry, aux côtés des deux hommes[3]. Jusqu’en 1900, aidé financièrement par le comte Antoine de la Rochefoucauld, il vit dans des conditions confortables et continue de peindre la région bretonne. Quarante-sept lettres écrites entre le et le , conservées au musée de Pont-Aven, témoignent du lien qu’entretenait Charles Filiger avec son mécène[4]. De 1905 à 1914, à la suite du décès de son père, il erre à travers la Bretagne. Il est accueilli par la famille Le Guellec à Trégunc où il vit une retraite anticipée à 52 ans. Après avoir passé de nombreuses années dans le Finistère, il décède à l’âge de 65 ans dans le village de Plougastel-Daoulas, du fait de nombreux soucis de santé[5].

Une appartenance à l’École de Pont-Aven

Charles Filiger est un peintre important de l’École de Pont-Aven. Dès ses premiers séjours dans le Finistère, il compose des gouaches représentant des paysages bretons, telle que Berger au Pouldu, réalisée en 1894-1895 (collection privée). Les zones de couleurs hachurées et cernées de noir manifestent son attirance pour le mouvement cloisonniste. De plus, adhérant rapidement au synthétisme, le peintre prouve son appartenance au groupement d’artistes de Pont-Aven[6].

Cependant, par l’art original qu’il propose dès son arrivée dans la cité des peintres, Charles Filiger devient l’une des figures les plus singulières de l’École de Pont-Aven.

Une production picturale diversifiée

Passant par plusieurs phases de réflexion au cours de sa carrière, l’artiste élabore une production picturale riche et diversifiée[3].

Dans sa jeunesse, ses œuvres s’orientent vers le style impressionniste avant qu’il ne s’essaie au pointillisme pendant un temps. Certaines caractéristiques traduisent son intérêt pour la peinture des primitifs italiens[1]. Quel que soit le mouvement auquel il s’essaie, il conçoit ses œuvres avec minutie, témoignant d’une recherche de perfection. En 1892, il écrit au critique et théoricien de l'art Gabriel-Albert Aurier : « Je peins lentement comme si j’avais l’éternité devant moi »[1].

À partir de 1905, il délaisse peu à peu l'esthétique de Pont-Aven et souhaite approcher l’art de façon plus méditative. Certaines de ses compositions religieuses et de ses projets décoratifs se trouvent alors teintées de mysticisme[5]. Cette réflexion donne lieu à la série des Notations chromatiques que l'artiste produisit après 1900[3].

Analyse de l’œuvre

Une œuvre ancrée dans le synthétisme

Paysage rocheux, Le Pouldu est une peinture de paysage typique des œuvres de Charles Filiger. Celle-ci respecte la théorie cloisonniste et synthétiste de l’École de Pont-Aven, consistant à simplifier le dessin à l'extrême, poser des couleurs arbitraires en aplats ainsi que cerner les contours.

Dans cette composition, les formes sont strictement délimitées et se superposent verticalement. Les couleurs, posées à l’état pur les unes à côté des autres et sans transition, rythment la juxtaposition des champs. La palette chromatique détermine les formes sinueuses du paysage, typiques des créations de Charles Filiger dans les années 1890[1].

Émile Bernard, Paysage de Pont-Aven aux Peupliers, aquarelle sur traits de crayon, 20 × 30,8 cm, 1888, musée de Pont-Aven.

Un rapprochement peut être établi entre Paysage rocheux, le Pouldu et Paysage de Pont-Aven aux peupliers (musée de Pont-Aven), réalisé par Émile Bernard en 1888, année qui constitue une étape fondatrice pour le courant du synthétisme[7]. L’aquarelle sur traits de crayon d’Émile Bernard reflète le changement stylistique initié à Pont-Aven. L’artiste, que Charles Filiger fréquente, cherche à traduire son sentiment face à la nature par une simplification extrême du décor. Le paysage est découpé en plusieurs bandes horizontales, scandées par des arbres verticaux, à la manière de Charles Filiger. Le trait est ferme et les couleurs de l'aquarelle contrastent fortement entre elles[7].

La représentation des paysages côtiers

Dans l’aquarelle intitulée L’Île de Sein ou Les Rochers mauves (collection privée), datée de 1925, le peintre reprend l’approche du synthétisme, rendant le littoral armoricain quasiment géométrique. Ce thème figure également dans l’aquarelle gouachée Côte Bretonne ou Amas de rochers (collection privée) datant de 1894[1].

Charles Filiger, Paysage du Pouldu, 1892, gouache sur papier, musée des Beaux-Arts de Quimper.

Paysage du Pouldu, peint par Charles Filiger en 1892 et conservé au musée des Beaux-Arts de Quimper dans le Finistère, rejoint également la thématique des paysages côtiers. Installé à l’étage d’une demeure sur les hauteurs du Pouldu, l’artiste réalise cette gouache sur papier face à un panorama plongeant. Le regard suit la descente des champs vers le littoral où la mer se dessine entre la silhouette de la maison du douanier et un arbre solitaire, sculpté par les vents côtiers. L’œuvre s'inscrit pleinement dans l'esthétique des estampes japonaises[8]. La composition s'articule en aplats de couleurs organisés en larges bandes horizontales, créant un jeu de contrastes. Le rose des champs dialogue avec le bleu profond de l’arrière-plan, une teinte ambiguë où la mer et le ciel se confondent. Un bateau de pêche semble léviter dans ce fond[8].

Le jardin du musée de Pont-Aven

Vue aérienne du jardin du musée de Pont-Aven, Bretagne, 2016.

Entre 2013 et 2016, la rénovation du musée de Pont-Aven lui permet de se doter d’un patio ainsi que d’un jardin, aménagés au centre des bâtiments. Créé par le cabinet d’architecte brestois Atelier de l'île, cet espace est conçu afin que les visiteurs puissent s’asseoir et se reposer. Ce jardin est nommé le « jardin Charles Filiger » car il est inspiré de l'œuvre Paysage rocheux, le Pouldu.

Cela s’observe notamment dans la structuration de l’espace[1]. En effet, les lignes et les courbes de ce jardin à terrasses reprennent les caractéristiques de l'œuvre, faisant du lieu un véritable « jardin-tableau ». Dans cet espace poussent des bruyères, des ajoncs et des graminées. Cette végétation emblématique du territoire breton est souvent représentée par les artistes de l’École de Pont-Aven[1].

Acquisition

L'œuvre intègre les collections du musée de Pont-Aven en 2004 dans le cadre d’un don de Madame Claude Le Grand. Auparavant, cette gouache faisait partie de la collection de Marie Schewtzoff-Le Grand. Jeune russe de passage en France, elle épouse le musicien nantais Ernest Le Grand en 1900 et acquiert de nombreuses œuvres d’artistes tels que Charles Filiger et Roderic O'Conor au cours de sa vie[9]. Un portrait de cette dernière, réalisé par son beau-frère Władysław Ślewiński en 1897, est conservé dans les collections du musée de Pont-Aven[10].

Expositions

Notes et références

Voir aussi

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