Pedrolino
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Pedrolino est un zanni, ou valet comique, de la Commedia dell'arte ; son nom est un hypocoristique de Pedro (Pierre), grâce au suffixe -lino. Ce personnage a fait son apparition dans le dernier quart du XVIe siècle, apparemment inventé par l'acteur longtemps identifié au rôle, Giovanni Pellesini. Les illustrations d'époque suggèrent que sa blouse et ses pantalons blancs constituaient « une variante du costume typique des zanni »[1] et son dialecte bergamasque le désignait comme un membre de la « basse » classe rurale[2]. Mais si son costume et son statut social manquaient de distinction, ce n'était pas le cas de son rôle dramatique : « premier » zanni à multiples facettes, son personnage est riche en incongruités comiques.
De nombreux historiens du théâtre établissent un lien entre le Pedrolino italien et le Pierrot français plus tardif de la Comédie-Italienne et, bien que ce lien soit possible, il reste non-prouvé et semble improbable, à juger par le peu de preuves dans les premiers canevas italiens[3].
Pedrolino apparaît dans quarante-neuf des cinquante canevas d’Il teatro delle favole rappresentative de Flaminio Scala (1611) et dans trois pièces non-datées de la collection de manuscrits « Corsini »[4]. Il apparait aussi en 1587 sous le nom « Pedrolin » dans une comédie scénarisée par Luigi Groto, La Alteria. Tout ceci montre comment il a été conçu et joué. C'est de toute évidence un type de ce que Robert Storey appelle « l'esprit social », habituellement incarné par « l'entremetteur, le serviteur habile, l'esclave rusé », qui « survit en se mettant au service des autres »[5]. Dans les canevas de Scala, qui offrent l'exemple le plus révélateur de son personnage, il est invariablement le « premier » zanni, un type qui se différencie du « second » zanni par son rôle dans l'intrigue. Le critique et historien Constant Mic explique cette différence lorsqu'il note que le premier zanni
« organise volontairement la confusion, [alors que] le second crée des perturbations par sa maladresse. Le second zanni est un parfait ignare, mais le premier laisse parfois entrevoir une certaine instruction. Le premier zanni incarne l'élément dynamique et comique de la pièce, le second son élément statique[6]. »
Puisque sa fonction est de « faire avancer la pièce »[7], Pedrolino semble trahir, selon les mots de Storey, « un aspect de Janus » : « Il peut œuvrer habilement dans l'intérêt des amoureux dans une pièce – par exemple dans Li Quattro finti spiritati (Les Quatre Faux Esprits) en se déguisant en magicien et en faisant croire à Pantalon que la « folie » d'Isabella et Oratio ne peut être guérie qu'en les mariant ensemble —, puis, dans Gli avvenimenti comici, pastorali e tragici (Événements comiques, pastoraux et tragiques), satisfaire son capricieux sens de l'humour en combinant les malheurs de jeunes gens[8]. » Son personnage est si multiforme que son intelligence laisse souvent place à la crédulité (comme lorsqu'on lui fait croire qu'il était ivre quand il a appris l'infidélité de sa femme et qu'il a simplement imaginé toute la liaison) et ses manœuvres peuvent être parfois mises en échec par une sentimentalité grotesque (lorsqu'il partage en pleurant comme un veau un bol de macaronis avec Arlequin et Burratino (en))[9]. Malgré de telles incohérences de caractère et de comportement, il possède (ou au moins possédait pour le public de la Renaissance) une identité « immédiatement reconnaissable ». Selon Richard Andrews, « Cette reconnaissance venait de son costume, de son langage corporel, et plus encore de sa manière de parler, qui pour le public italien était basé sur un dialecte régional ainsi que des idiosyncrasies plus personnelles »[10]. Cette reconnaissance venait aussi de son goût espiègle de faire le mal : « Il prend un plaisir enfantin à faire des farces et des canulars », écrit un pratiquant actuel de la Commedia dell'arte, « mais pour le reste ses intrigues sont au service de son maître... Parfois, cependant, le mieux qu'il puisse combiner est d'échapper au châtiment que les autres lui réservent[11]. » Naïvement instable, il peut être amené à la violence sous l'effet de la colère, mais, en accord avec les règles de la comédie, sa pugnacité est habituellement déviée ou déjouée.