Phanette Gantelmi
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Phanette Gantelmi (également appelée Phanette de Gantelme, Stéphanette ou Étiennette) est une dame noble provençale issue de la famille Gantelmi connue pour avoir fondé puis présidé les Cours d'amour de Romanin [1].
Fille de Phanette des Baux et de Rostaing Gantelmi, chevalier de Tarascon, coseigneur entre autres de Verquières, elle épousa Barthélémi de Sade. Par ce mariage, elle deviendra la tante par alliance de Laure de Sade, la muse de Pétrarque [1].
Elle est généralement présentée comme dame du château de Romanin, près de Saint-Rémy-de-Provence, possession de la famille Gantelmi [2]. Son nom apparaît sous plusieurs formes — Phanette, Phanie, Stéphanette ou Étiennette — que certains auteurs expliquent par des variations linguistiques et des diminutifs issus du prénom Stephaneta [1].
Laure de Sade
César de Nostredame rapporte que Laure de Sade reçut une éducation soignée dans les lettres grâce à la curiosité intellectuelle et à la noble industrie de sa tante, Phanette de Gantelme. Celle-ci aurait ainsi joué un rôle déterminant en l’initiant à la culture et aux codes de l’amour courtois [1],[3].
Des textes du XIXᵉ siècle décrivent Phanette et sa nièce comme des femmes remarquables par leur culture, leur vertu et leur élégance, réputées dans toute la Provence, le Languedoc et le Dauphiné [3]. Le Monge des Isles d'or raconte que les talents que possédait Phanette dans la poésie semblaient relever d'un vrai et sublime don de Dieu [3].
Les Cours d'amour

Phanette Gantelmi est surtout associée aux Cours d’amour, institutions de tradition courtoise dont l’historicité est parfois discutée. Selon Jean de Nostredame, elle présidait la Cour d’amour de Romanin, considérée comme une juridiction souveraine en matière de galanterie, composée de 12 dames nobles « illustres et généreuses de Provence » [4]. Cette Cour aurait réuni notamment des dames issues de grandes familles comme les marquises de Malespine et de Saluces, Clarette, dame des Baux, Laurette de Sainct Laurens, Cecille Rascasse, dame de Caromb, Hugonne de Sabran, fille du comte de Forcalquier, Heleine, dame de Mont-Pahon, Ysabelle des Borrilhons, dame d'Aix, Ursyne des Ursières, dame de Montpellier… [2],[4].
La Cour de Romanin est considérée comme une Cour souveraine ; quand les dames des Cours de Pierrefeu et de Signe ne s'entendent pas, c'est à elle qu'est renvoyé le différend pour être tranché [4]. Il s'agissait généralement de juger les questions de galanterie, des litiges d'amour et de décerner des prix aux poètes provençaux.
Une tradition rapportée dans la notice de Na de Casteldoza indique qu’en 1230, une cour d’amour tenue au château de Romanin fut présidée par Phanette de Gantelme [5]. D’autres récits situent plutôt le début de l’activité de cette Cour autour de la fin du XIIIᵉ siècle, voire vers 1270 [6].
Bertrand d'Alamanon
Dans la tradition littéraire provençale, Phanette est également présentée comme la dame aimée du troubadour Bertrand d'Alamanon, qui lui aurait consacré des poèmes [7],[8]. On lui attribue entre autres cette chanson :
« Si j’avais tourné casaque à celle qui me refuse, j’aurais bien fait mes affaires auprès d’une autre, qui du moins m’aurait pris pour son serviteur. Mais le fou ne quitte point sa folie, et je ne puis me repentir de la mienne. Cependant, lorsque je m’engageai dans les chaînes de ma dame, il eût mieux valu pour moi être dans celles des Mammelus. J’en serais sorti par amis ou par argent, ou je m’en serais échappé. Dans ma prison, je n’ai aucune de ces ressources. Je vous aime, ma dame, je vous aimerai deux fois autant, si vous me voulez du bien. Mais vous savez que je ne peux vaincre mon amour, et vous me maltraitez en conséquence. » [9],[10].
Ou encore :
« On veut savoir pourquoi je fais une demi chanson : c’est que je n’ai qu’un demi sujet de chanter. Il n’y a d’amour que de ma part; la dame que j’aime ne veut pas m’aimer. Mais au défaut des oui qu’elle me refuse, je prendrai les non qu’elle me prodigue. Espérer auprès d’elle, vaut mieux que jouir avec une autre. Et ne pouvant résister à l’empire de l’amour, je ne sais de moyen pour soulager mes peines, que de penser qu’un jour peut-être elle m’aimera. » [10].