Philippe Aghion
économiste français, prix Nobel 2025
From Wikipedia, the free encyclopedia
Philippe Aghion, né le [1] à Paris, est un économiste français schumpéterien. Il est professeur au Collège de France (depuis ), à l'INSEAD (depuis 2020), à la London School of Economics et associé à l'École d'économie de Paris.
| Président Association française de science économique (d) | |
|---|---|
| - | |
Katheline Schubert (d) |
| Naissance | |
|---|---|
| Nationalité | |
| Domicile | |
| Formation | |
| Activités | |
| Mère |
| A travaillé pour |
INSEAD (depuis ) |
|---|---|
| Parti politique | |
| Membre de | |
| Directeurs de thèse |
Yves Balasko (en) (), Jerry Green (en), Eric Maskin |
| Distinctions | Liste détaillée Membre associé de la Société d'économétrie () Prix Yrjö-Jahnsson () Médaille d'argent du CNRS () Prix John-von-Neumann () Chevalier de la Légion d'honneur () Prix du livre d'économie () Lauréats Clarivate des chercheurs les plus cités (en) () Prix Zerilli-Marimò () Global Award for Entrepreneurship Research (en) () Officier de l'ordre national du Mérite () Docteur honoris causa de l'université de Liège () Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel () Membre de l'Académie américaine des arts et des sciences Docteur honoris causa de l'École d'économie de Stockholm |
Il est à l'origine, avec Peter Howitt, du développement de la théorie de la croissance schumpétérienne en sciences économiques.
Il obtient le prix dit Nobel d'économie en 2025, conjointement avec l’Israélo-Américain Joel Mokyr et le Canadien Peter Howitt. Ses travaux sont récompensés pour sa « théorie d'une croissance soutenable par le biais de la destruction créatrice »[2],[3].
Biographie
Origines familiales et sociales
Philippe Mario Aghion est le fils de Raymond Aghion[note 2], propriétaire d'une galerie d'art[note 3],[note 4] boulevard Saint-Germain[4], fils d'un banquier-exportateur de coton[5], adhérent au parti communiste, et de Gaby Aghion, styliste de prêt-à-porter de luxe, fondatrice de la maison de mode Chloé[6],[7], fille d'un directeur d'usine[5].
Ses parents sont tous deux issus de familles juives italo-grecques d’Alexandrie[8]. En 1945, après deux ans d'exil en Israël, dans une propriété d'un oncle (Beit Aghion) — aujourd'hui résidence du Premier ministre israélien —, ils s'installent à Paris, dans le Quartier latin[4] puis acquièrent une maison à Neuilly-sur-Seine[5].
Philippe Aghion est le neveu de l'économiste Pierre Salama[9] et le cousin du cinéaste Gabriel Aghion[5]. Henri Curiel est le cousin germain de son père.
Études
Il effectue ses études secondaires au lycée Henri-IV[10]. Ancien élève de l'École normale supérieure de l’enseignement technique (section mathématiques, 1976-1980), il poursuit des études de mathématiques appliquées en économie à l'université Paris I où il obtient successivement un DEA en 1981 puis un doctorat de 3e cycle en 1983. Il reçoit un doctorat en économie de l'université Harvard en 1987[11],[12].
Parcours d'enseignement
Dès l'obtention de son doctorat en économie, Philippe Aghion est recruté comme professeur assistant au MIT (1987-1989). En 1989, il retourne en France pour être nommé chargé de recherche au CNRS. En 1990, il quitte cette fonction pour devenir économiste à la BERD, poste qu'il conserve jusqu'en 1992.
En 1992, il est nommé fellow au Nuffield College de l'université d'Oxford. Il y enseigne jusqu'en 1996, date à laquelle il est nommé professeur d'économie à l'University College de Londres. Il y reste jusqu'en 2002.
En 2002, il est nommé Robert C. Waggoner Professor of Economics à l'université Harvard. Il quitte ce poste en 2015, lorsqu'il est nommé à la chaire « Économie des institutions, de l'innovation et de la croissance » au Collège de France, où il crée le Farhi Innovation Lab[13]. Il est parallèlement Centennial Professor à la London School of Economics[11],[12] et enseigne à l'École d'économie de Paris.
Autres fonctions
Il a été membre du Conseil d'analyse économique (CAE) et a fait partie de la Commission pour la libération de la croissance française, dite Commission Attali, dont le rapport a été rendu le au président Nicolas Sarkozy. Il était l'un des conseillers en économie de François Hollande.
Membre du Cercle des économistes[14], il est, depuis 2023, co-président du Comité de l'intelligence artificielle générative[15].
En il préside le « Front économique » du MEDEF avec Patrick Martin[16]. Le rapport pour un « sursaut de croissance » est publié en et est décrit comme « une vision qui fait un peu l’impasse sur les dégâts provoqués par l’essor du capitalisme, notamment sur le climat et la biodiversité »[17]. Néanmoins, il nuance son soutien au Medef dans un entretien accordé à Marianne, le jugeant peu enclin au compromis[18]. « Patrons et syndicats doivent jouer à deux le tango » déclare-t-il, insistant sur la nécessité d'appréhender le bonheur au travail comme un objectif économique.
Travaux de recherche

Ses premiers travaux, à la fin des années 1980, portent sur la théorie des contrats et la finance d’entreprise, en particulier avec Patrick Bolton (en) et Oliver Hart, autour des problèmes de mécanismes d’incitation, de faillite et de gouvernance. En 1992, il propose, avec Peter Howitt, un modèle fondateur de la théorie de la croissance endogène schumpéterienne[19],[20], centrée sur l’innovation et la destruction créatrice.
Cette publication ouvre un large champ de travaux théoriques et empiriques sur les déterminants et les politiques de la croissance. Cela l’amène, dans les années 2000, à explorer les liens entre concurrence, institutions et croissance, notamment la relation en U inversé entre intensité concurrentielle et innovation[21]. Dans les années 2010,[réf. nécessaire] ses recherches s’élargissent aux questions d’inégalités, de mobilité sociale et d’économie politique de l’innovation. Ses travaux les plus récents traitent des effets de l’automatisation, de l’intelligence artificielle, de la mondialisation, ainsi que de la croissance verte[22].
Ses travaux sont critiqués pour son techno-optimisme, son attachement à la croissance du PIB comme indicateur phare et à sa compréhension limitée de la crise environnementale multi-factorielle contemporaine[23]. Il déclare pourtant « Je crois qu'il faut une croissance parce qu'on ne peut pas distribuer ce qu'on ne produit pas. Mais je la veux inclusive. Je veux que tout le monde puisse avoir sa part, participer », lors de son audition par le CESE en 2024. Son cycle de cours au Collège de France porte pour l'année 2024-2025 sur la croissance verte[24], dans lequel il expose les ressorts du verdissement de l'innovation et présente par exemple sa recherche sur la « décroissance endogène », avec Timo Boppart, Michael Peters, Matthew Schwartzman et Fabrizio Zilibotti[25].
Aghion-Howitt 1992 et le paradoxe de la destruction créatrice
Selon Ufuk Akcigit (en), le cadre de pensée développé par Philippe Aghion et Peter Howitt dans leur article de 1992[19] révolutionne l’analyse des dynamiques de croissance économique endogène en permettant d’établir des allers et retours entre la théorie et les données sur les firmes, d’où la prospérité du modèle dans la littérature économique. Leur approche est caractérisée par l’introduction du mécanisme de « destruction créatrice » schumpétérien, selon lequel les innovations rendent les anciennes technologies obsolètes (« business stealing » effect) et qui gouverne les créations et les faillites de firmes. L’effort d’innovation est une réponse à la recherche de rentes de la part des entreprises. Ces rentes agissent comme une carotte et la création destructrice comme un bâton ; néanmoins, lorsque les rentes sont trop importantes, elles permettent d’établir des barrières à l’entrée de nouvelles firmes sur un marché. Dans le même temps, la motivation à l’effort d’innovation disparaît et il est possible de se retrouver avec une croissance ralentie lorsqu’il n’y a plus de bâton et que la carotte est acquise. C’est notamment la prise en compte de l’hétérogénéité des firmes qui caractérise l’originalité de ce paradoxe, permettant d’étudier la dynamique de croissance selon qu’elles soient petites ou grandes, déjà actrices d’un marché ou nouvellement créées, à la pointe de l’innovation ou en position d’imitation[26][page à préciser].
Le « middle-income trap »
Philippe Aghion a également contribué à l’analyse du « middle-income trap », désignant la difficulté pour certains pays émergents à franchir le cap vers une économie avancée. Selon lui[27], la croissance tirée par l’accumulation de capital et l’imitation technologique permet d’abord un rattrapage rapide, mais atteint ses limites lorsque les pays se rapprochent de la frontière technologique[21]. Pour maintenir leur trajectoire, ils doivent alors réorienter leurs institutions et leurs politiques vers l’innovation de frontière, ce qu’illustre l’échec de l’Argentine au XXe siècle ou, à l’inverse, la réussite temporaire de la Corée du Sud après la crise asiatique de 1997. Dans ces situations, les intérêts établis des firmes dominantes freinent souvent les réformes qui favoriseraient la concurrence, la recherche et l’ouverture économique. Aghion met ainsi en lumière l’importance des transitions institutionnelles : seule l’adoption de politiques adaptées — éducation supérieure, soutien à la recherche fondamentale, marchés financiers développés et concurrence effective — permet d’éviter l’essoufflement de la croissance et de franchir le seuil entre rattrapage et innovation.[citation nécessaire]
Inégalités, mobilité sociale et éducation
À partir des années 2010[réf. nécessaire], Philippe Aghion a consacré une partie importante de ses recherches aux liens entre croissance, inégalités et mobilité sociale. Ses travaux montrent que l’innovation, moteur de la destruction créatrice, tend à accroître les écarts de revenus chez les 1 % les plus riches en favorisant les individus et entreprises à la frontière technologique[28]. Toutefois, ces inégalités peuvent être rendues compatibles avec la croissance si elles s’accompagnent d’une forte mobilité sociale. Dans cette perspective, Aghion met en évidence le rôle central de l’éducation et de la formation : l’investissement dans l’enseignement secondaire et supérieur conditionne la capacité des individus à participer aux dynamiques d’innovation et à accéder à une meilleure mobilité intergénérationnelle. Il s’est également intéressé à la fiscalité et aux politiques publiques, montrant qu’une simplification des incitations fiscales peut stimuler l’entrepreneuriat, tandis que des filets de protection sociale bien conçus favorisent la prise de risque et l’innovation[29]. Ces analyses prolongent la théorie schumpéterienne en insistant sur l’importance des institutions éducatives et redistributives pour rendre la croissance inclusive et durable.[citation nécessaire]
Prises de position

Étudiant, il est communiste, il vend L'Humanité Dimanche place Monge. Il fait même l'école des cadres du Parti communiste français (PCF) pour devenir permanent[30].
Lors de l'élection présidentielle française de 2012, il signe l'appel des économistes en soutien du candidat François Hollande en raison de « la pertinence des options [proposées], en particulier pour ce qui concerne la reprise de la croissance et de l'emploi »[31]. Selon Challenges, l'économiste a sans doute « influencé François Hollande sur ces mesures pro entreprises comme le CICE », mais n'a pas pris part à la conception de sa politique économique qu'il a jugée de plus comme étant « brouillonne, mal assumée et mal exécutée »[32].
En , Emmanuel Macron, alors ministre de l'Économie, a participé « assis au premier rang » et prenant des « notes sans regarder son portable pendant une heure » à la leçon inaugurale de Philippe Aghion au Collège de France[33]. Lors de l'élection présidentielle de 2017, Aghion apporte son soutien à Emmanuel Macron[34]. De l'avis général, y compris Emmanuel Macron lui-même[35], Philippe Aghion est l'un des économistes ayant le plus inspiré, dès 2017, sa politique économique ; il trouve un rôle d'inspirateur de sa politique de l'offre, axée sur le soutien à la croissance et à l'innovation de rupture et des mesures fiscales renforçant la compétitivité des entreprises[36],[37], par exemple à travers la baisse de la taxation des revenus du capital via la mise en place de la flat tax.
Malgré cela, Philippe Aghion s'est progressivement détourné dès 2018 de la politique du chef de l'État et a appelé à un rééquilibrage social de cette politique[32]. Philippe Aghion a ainsi formulé plusieurs critiques à l’égard de la politique économique menée par Emmanuel Macron. Selon lui, le président français aurait pris un « tournant libéral » s’inspirant des modèles anglo-saxon, plutôt qu’un « tournant social-libéral » fondé sur le modèle scandinave, qu’il juge plus favorable à l’innovation et à la croissance inclusive. Aghion déplore notamment le manque d'investissements publics dans les domaines de la recherche, de l'éducation et de la santé. Il critique également le fonctionnement du crédit d'impôt recherche (CIR), qu’il estime générer principalement un « effet d’aubaine » au bénéfice des grands groupes, sans véritable impact sur leur effort de recherche et d’innovation. Il souligne également l'absence de « remise à plat » des niches fiscales qui aurait dû aller selon lui de pair avec l'instauration d'un impôt à taux unique[38]. Enfin, Philippe Aghion se montre très critique de la gestion de la réforme des retraites par le gouvernement Philippe; il lui reproche de s'être arc-bouté sur la mise en place de l'âge pivot à 64 ans sous la pression d'Edouard Philippe, au détriment de la mise en place de la retraite par points[39], sujet sur lequel la CFDT avait déclaré être ouvert à la négociation avec les organisations patronales[40].
Mediapart le décrit comme l’« un des principaux pourfendeurs de la taxe Zucman » : l’économiste a critiqué la proposition de son collègue, estimant qu’elle risquerait de « brider l’innovation » et de transformer la France en « prison fiscale »[36].
En , Philippe Aghion apporte son soutien à une alliance entre l'aile droite du Parti socialiste et Place publique, à l'occasion d'un meeting rassemblant François Hollande, Carole Delga, Raphaël Glucksmann et Bernard Cazeneuve[41]. Il estime alors que ce dernier « incarne l'espoir » en vue de l'élection présidentielle de 2027[42].
Distinctions

Récompenses scientifiques
- 2025 : Lauréat du prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel[43],[44], communément dénommé « prix Nobel d'économie », remis par le comité Nobel. Il est le cinquième Français à l'obtenir[2],[45].
- 2025 : Docteur honoris causa de l'école d'économie de Stockholm[46].
- 2023 : Docteur honoris causa de l'université du Québec à Montréal[47].
- 2021 : Docteur honoris causa de l'université de Liège[48].
- 2020 : BBVA Frontiers of Knowledge Award avec Peter Howitt en 2020 pour avoir développé « une théorie de la croissance économique via l'innovation qui repose sur le processus de destruction créatrice »[49],[50].
- 2014 : Prix Zerilli-Marimo de l'Académie des sciences morales et politiques[51].
- 2009 : Prix John-von-Neumann[50].
- 2006 : Médaille d'argent du CNRS[52],[50].
- 2001 : Prix Yrjö-Jahnsson du meilleur économiste européen de moins de 45 ans[52],[50].
Décorations
Publications
Livres
- (en) Endogenous Growth Theory avec Peter Howitt, Cambridge, MIT Press, 1998
- (en) Handbook of Economic Growth, Elsevier, 2005
- Les économistes peuvent-ils sauver la planète ? (avec Roger Guesnerie, Christian de Perthuis, Pierre-Noël Giraud, Dominique Bureau), Paris, La Découverte, 2009.
- L’Économie de la croissance, Paris, Economica, 2010
- Repenser l'État (avec Alexandra Roulet), Paris, Le Seuil, 2011
- Changer de modèle (avec Gilbert Cette et Elie Cohen), Paris, Odile Jacob, 2014
- Repenser la croissance économique, Paris, Fayard, 2016
- Le Pouvoir de la destruction créatrice (avec Céline Antonin et Simon Bunel), Paris, Odile Jacob, 2020
Article
- Philippe Aghion et Peter Howitt, « A Model of Growth Through Creative Destruction », Econometrica, vol. 60, no 2, , p. 323–351 (ISSN 0012-9682, DOI 10.2307/2951599, lire en ligne, consulté le ).
Rapports
- « Éducation et croissance », Conseil d'analyse économique, La Documentation française, 2004 (avec Élie Cohen)
- « Mondialisation, les atouts de la France », Conseil d'analyse économique, La Documentation française, 2007 (avec Patrick Artus, Élie Cohen et Daniel Cohen)
- « Les leviers de la croissance française » Conseil d'analyse économique, La Documentation française, 2007 (avec Élie Cohen, Gilbert Cette, et Jean Pisani-Ferry)
- « L'excellence universitaire : leçons des expériences étrangères », MESR, La Documentation française, 2010 (Rapport de la mission Aghion) :
- « IA, notre ambition pour la France », Commission de l'Intelligence Artificielle, 2024 (Rapport de la Commission IA)
