Raphaël Glucksmann
essayiste et homme politique français
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Raphaël Glucksmann, né le à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), est un homme politique français, anciennement documentariste et journaliste.
| Raphaël Glucksmann | |
Raphaël Glucksmann en 2024. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Coprésident de Place publique | |
| En fonction depuis le (3 ans, 4 mois et 28 jours) |
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| Avec | Aurore Lalucq |
| Prédécesseur | Jo Spiegel et Émilie Agnoux |
| Député européen | |
| En fonction depuis le (6 ans, 10 mois et 12 jours) |
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| Élection | 26 mai 2019 |
| Réélection | 9 juin 2024 |
| Circonscription | France |
| Législature | 9e et 10e |
| Groupe politique | S&D |
| Conseiller spécial auprès de la présidence de la Géorgie | |
| – (3 ans) |
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| Président | Mikheil Saakachvili |
| Biographie | |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Boulogne-Billancourt |
| Nationalité | Française |
| Parti politique | AL (2006-2007) PP (depuis 2018) |
| Père | André Glucksmann |
| Conjoints | Eka Zgouladze (2009-2012) Léa Salamé (2015-) |
| Diplômé de | Institut d'études politiques de Paris |
| Profession | Essayiste Réalisateur |
| modifier |
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Fils du philosophe et essayiste André Glucksmann, il est réalisateur de documentaires dans les années 2000 puis obtient une première expérience politique en devenant conseiller spécial de 2009 à 2012 de Mikheil Saakachvili, président de la Géorgie. Il est ensuite essayiste, chroniqueur à France Inter et directeur du Nouveau Magazine littéraire en 2018.
Après un passage du côté de la droite chez Alternative libérale en 2007 avec une position atlantiste, il s'oriente vers le centre gauche de tendance libérale et la social-démocratie europhile, puis lance en 2018 le mouvement politique Place publique, destiné à rassembler la gauche proeuropéenne.
À la tête d'une liste réunissant Place publique, le Parti socialiste et Nouvelle Donne, il est élu député européen à partir de 2019. Siégeant au sein de la commission des affaires étrangères et de la commission du commerce international et occupant la vice-présidence de la sous-commission des droits de l'homme, il s'affiche en faveur du fédéralisme européen, s'engage contre le génocide culturel des Ouïghours, défend le Pacte vert pour l'Europe et soutient l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne ou encore une réforme du règlement Dublin III.
Biographie
Avant son entrée en politique
Famille et formation
Raphaël Glucksmann naît le [1],[2] à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Son père est le philosophe André Glucksmann, issu d'une famille juive ashkénaze française[3], et sa mère est Françoise Glucksmann[4], née Villette[5], la fille de la philosophe Jeannette Colombel[6]. En 2018, interrogé dans l'émission 28 Minutes sur Arte au sujet de son origine sociale, il déclare être issu d'un milieu « aisé » et « mondialisé ». Son grand-père paternel, Rubin Glucksmann, était un espion sovietique, tué en 1940 au large des côtes irlandaises par une torpille allemande[7],[8],[9].
Il étudie à Paris au lycée Lamartine, puis en classe préparatoire littéraire (hypokhâgne-khâgne)[4], au lycée Henri-IV[10]. De 1999 à 2003, il étudie à l'Institut d'études politiques de Paris[11],[4].
Carrière journalistique
Il effectue un séjour de sept mois en Algérie, comme journaliste, au quotidien généraliste Le Soir d'Algérie[12].
En , encore étudiant, il fonde avec une dizaine de personnes, et avec l'aide de son père et de ses amis, l'association Études sans frontières, ce qui permet le à neuf étudiants venus de Tchétchénie d'étudier dans des écoles et universités parisiennes[13].
En 2004, en collaboration avec David Hazan, Pierre Mézerette et Michel Hazanavicius, il réalise le documentaire Tuez-les tous ! qui pointe la responsabilité de la France dans le génocide des Tutsi du Rwanda. Mis en cause, Édouard Balladur et Hubert Védrine produisent des droits de réponse à ce documentaire[14].
Entre et , il réalise avec David Hazan un documentaire sur la révolution orange en Ukraine, ayant installé leurs caméras sur la place de l'Indépendance à Kiev[10],[15].
Aux côtés de son père, Raphaël Glucksmann est un des contributeurs de la revue néoconservatrice Le Meilleur des Mondes, publiée entre 2006 et 2008 par le Cercle de l'Oratoire[16], un cercle de réflexion fondé par différentes sensibilités pro-américaines en France[17],[18]. Il fait partie du comité éditorial et figure au sommaire des trois premiers numéros[19].
À la rentrée 2017, Raphaël Glucksmann est chroniqueur dans Questions politiques, émission d'Ali Baddou diffusée chaque dimanche sur France Info et sur France Inter[20]. Lors d'une émission en , il participe avec Natacha Polony à un débat sur le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994[21]. À l'issue de l'échange, celle-ci est poursuivie devant le tribunal correctionnel pour contestation de génocide et relaxée en 2022[22]. Le tribunal a conclu que Natacha Polony n'a plus été en mesure de s'expliquer à partir du moment où Raphaël Glucksmann a relevé l'expression « des salauds face à d’autres salauds », dans laquelle il a vu une référence implicite à la théorie du double génocide[23]. En , il arrête l'émission pour se consacrer à son élection politique en fondant le mouvement Place publique[24],[25].
De à la fin de l'été 2018, il est directeur de la rédaction du Nouveau Magazine littéraire, qui se présente comme une revue de débats de la « gauche hors les murs »[26],[27] et qui ouvre son capital à 40 % à quatre actionnaires externes, parmi lesquels Claude Perdriel, Bruno Ledoux et Xavier Niel. En , après l'échec commercial du magazine, Raphaël Glucksmann est congédié faute de résultats selon Claude Perdriel mais il affirme que la véritable raison sont ses critiques envers Emmanuel Macron[28],[29],[30].
Vie privée
En 2009, il épouse Eka Zgouladze, femme politique géorgienne, ancienne vice-ministre de l'Intérieur de Géorgie puis première vice-ministre de l'Intérieur d'Ukraine, également naturalisée ukrainienne[31],[32]. Le couple a un fils, né en 2011[33].
Depuis 2015, il est en couple avec la journaliste et animatrice Léa Salamé, qu'il rencontre la même année sur le plateau de l'émission On n'est pas couché[34]. Ils ont un fils, Gabriel, né en 2017[35].
Parcours politique
Passage à Alternative libérale (2006-2007)
En , Raphaël Glucksmann est annoncé par Édouard Fillias, président de Alternative libérale - parti favorable au libéralisme politique comme au libéralisme économique - comme candidat pour le parti aux élections législatives de 2007 dans la cinquième circonscription de Paris. Il nie toutefois en 2019 avoir voulu se présenter, ce que dément Édouard Fillias qui affirme qu'il s'est retiré avant le dépôt officiel des candidatures : les archives du site web de Alternative libérale indiquant qu'il figurait sur la liste des candidats jusqu'en [36]. Les deux hommes convergent néanmoins sur le fait que Raphaël Glucksmann n'était pas en accord avec toutes les idées du mouvement, notamment sur la Sécurité sociale[37],[38],[39].
Engagement en Europe de l'Est (2008-2014)

En , à la suite d'une altercation avec le général russe Borissov (en), chef des troupes d'invasion lors de la deuxième guerre d'Ossétie du Sud[40], Raphaël Glucksmann se rend en Géorgie pour se mettre au service de Mikheil Saakachvili, président néolibéral au pouvoir[41] qu'il avait déjà rencontré en 2004 à Kiev[33] alors qu'ils soutenaient la Révolution orange[42]. Son départ en Géorgie aurait également été initié par Bernard-Henri Lévy, ami de sa famille, après un appel téléphonique[12]. Il écrit à cette époque au sujet de la Géorgie que « certes, Saakachvili n'est pas Gandhi. Mais, sous son impulsion, la Géorgie a changé de visage. […] Le gouvernement est formé de jeunes gens dont la double nationalité américaine, anglaise ou israélienne fait ressembler Tbilissi à une Babel occidentale plantée au cœur du Caucase »[43]. Il ouvre une « Maison de l'Europe » à Tbilissi[44].
En 2009, il est son conseiller officiel[33] et le considère comme « avant tout un ami ». Il sensibilise Saakachvili à la question de l'intégration de la Géorgie[33] dans l'Europe et participe aux discussions avec l'Union européenne face à la menace du pays, en affrontement direct avec la Russie dirigée par Vladimir Poutine[40]. En Géorgie, il « se flatte de servir d’intermédiaire » avec le président français Nicolas Sarkozy et de défendre l'image du pays à l'extérieur, sur fond de souhait d'une adhésion à l'UE, voire à l'OTAN[45],[46]. Il participe également à l'écriture des discours du chef de l'État[47],[33].
En 2012, il est marié à Eka Zgouladze, ministre de l'Intérieur géorgienne et le couple quitte la Géorgie pour l'Ukraine, dans un contexte de crise politique et de manifestations visant Saakachvili[48]. Là-bas, il participe au mouvement Euromaïdan et son épouse devient vice-ministre de l'intérieur au sein du gouvernement de l'Ukraine durant environ un an et demi. En 2013, Saakachvili est battu à l'élection présidentielle par le candidat pro-russe, soutenu par l'Église orthodoxe[40]. En 2013, après le refus de l'Ukraine, alors dirigée par Viktor Ianoukovitch, de signer le rapprochement avec l'Union européenne via un accord de libre-échange, Raphaël Glucksmann se rend à Kiev dès le début des manifestations d'Euromaïdan[49].
Il y conseille notamment gratuitement l'ex-boxeur et politicien Vitali Klitschko — candidat à l'élection présidentielle ukrainienne de 2014 avant de se désister en faveur de Petro Porochenko[50] — pour qui il écrit ses discours et développe ses contacts en Europe et aux États-Unis[49]. Avec Giorgi Arveladze (en), il envisage de créer un think tank pour faire de Kiev une vitrine de la démocratie européenne et d'opposition à Vladimir Poutine, tout en proposant aux candidats un catalogue de réformes[50]. Le journal Le Monde mentionne alors qu'il « a fait des soulèvements nationaux son fonds de commerce » ; Raphaël Glucksmann se décrit lui à l'époque comme « consultant en révolution »[49].
Au sujet de son passage dans l'administration présidentielle géorgienne, il est par la suite accusé d'avoir travaillé avec « un dictateur », notamment par Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella. Le Nouvel Obs nuance sérieusement ces allégations qui, selon le chercheur Dimitri Minic, reprendraient le narratif de la propagande de la Russie[42].
Lancement de Place publique et première campagne européenne (2018-2019)

En , Raphaël Glucksmann participe à la fondation de Place publique, avec la présidente de l'association Bloom Claire Nouvian, l'économiste Thomas Porcher, l'homme politique socialiste Jo Spiegel et d'autres personnalités du monde associatif et politique[51].
Dès sa fondation, la vocation affichée de Place publique est d'unifier la gauche proeuropéenne et de proposer une alternative à La France insoumise[52],[53] en vue des élections européennes de 2019[54]. La proposition du mouvement est rejetée par Europe Écologie Les Verts et n'aboutit ni avec Génération.s ni avec le Parti communiste français[55],[56]. Le , la direction du Parti socialiste décide de soutenir Raphaël Glucksmann à la tête d'une liste d'alliance avec Place publique et Nouvelle Donne aux européennes[57]. Cette décision suscite des critiques au sein de Place publique, que décide de quitter Thomas Porcher, dénonçant une « trahison » et l'absence de « vote en interne » sur la question[58],[59]. Claire Nouvian quitte également le mouvement et expose huit mois après les élections européennes les motifs de son départ lors d'une interview accordée au Nouvel Obs décrivant des « pratiques politiques exécrables » et une incompatibilité de personnalité avec Raphaël Glucksmann[60],[61],[62].
Pour Le Monde diplomatique, Glucksmann investit avec cette liste le centre gauche au profit de la désintégration du Parti socialiste[18]. Le , il est élu député européen, sa liste étant arrivée en sixième position, avec 6,2 % des suffrages exprimés et l'obtention de six sièges[63],[64].
Député européen (depuis 2019)
Premier mandat européen (2019-2024)
Une fois investi au Parlement européen, il est désigné vice-président de la sous-commission des droits de l'homme sous la présidence de la socialiste belge Marie Arena et siège à la Commission des affaires étrangères et celle du commerce international[65],[66]. Il plaide au niveau national pour un dépassement des partis politiques pour permettre à la gauche de prendre le pouvoir, ce qui lui vaut quelques tensions avec le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure[67].
Le , Raphaël Glucksmann est élu président de la Commission spéciale sur l'ingérence étrangère dans l'ensemble des processus démocratiques de l'Union européenne, y compris la désinformation[68]. Il dénonce publiquement les persécutions de la minorité Ouïghours par le gouvernement de Xi Jinping[69],[70], ce qui lui vaut d'être mis sur liste noire et interdit d'entrée sur le territoire chinois[71].
Lors des élections législatives de 2022, il indique des désaccords avec La France insoumise, mais apporte son soutien à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale[72].
Campagnes électorales de 2024
Troisième homme des élections européennes

Raphaël Glucksmann annonce en sa candidature aux élections européennes de 2024 avec comme slogan « Le combat continue », en principe avec le Parti socialiste qui n'a alors pas encore choisi sa tête de liste[73]. L'alliance entre les deux mouvements est finalement reconduite et il est annoncé à nouveau tête de liste le [74].
Sa campagne se déroule toutefois dans un contexte de forte tension en raison de la guerre entre Israël et le Hamas : alors à Saint-Étienne pour les festivités du , il est contraint de quitter la manifestation sous des jets de peinture, une action revendiquée par les Jeunes Communistes et des militants de La France insoumise[75],[76] en raison de ses prises de positions jugées trop timides sur les évènements de Gaza, notamment son refus d'utiliser le terme « génocide »[77],[78],[79],[80],[81]. Jean-Luc Mélenchon lui reproche son vote sur le sujet au Parlement européen[82].
En raison de sa bonne dynamique de campagne, il est de plus en plus pris pour cible à l'approche de la date du scrutin, notamment par une campagne de désinformation pro-chinoise qui le qualifie d'agent de la CIA en raison de son poste de conseiller auprès de Mikheil Saakachvili. Cette campagne est vue comme des représailles à la suite de son engagement contre le génocide culturel des Ouïghours[70] et est relayée par le Rassemblement national, une partie de la gauche radicale, et les candidats souverainistes dont François Asselineau[70],[83],[84].
Il subit également des attaques antisémites, ses affiches se voyant taguées de croix gammées dans les dernières semaines de campagne[85]. La liste à laquelle il appartient arrive à la troisième place du scrutin avec 13,8 % des voix, manquant de peu de battre la liste présidentielle, et obtient treize sièges[86].
Soutien froid du Nouveau Front populaire
Sa victoire est néanmoins rapidement éclipsée par l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron le soir même des élections européennes[87]. Alors que les quatre partis de gauche se réunissent sous la bannière du Nouveau Front populaire initiée par François Ruffin, il se montre peu enthousiaste à l'idée de « refaire la NUPES »[88], ne voulant pas rejoindre une alliance aux conditions posées par La France insoumise[89],[90]. Il finit par accepter la nouvelle union de la gauche, après avoir obtenu des garanties sur le soutien à l'Ukraine et la lutte contre l'antisémitisme, pour éviter l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite tout en excluant catégoriquement un gouvernement dirigé par Jean-Luc Mélenchon[91]. Place Publique obtient un unique député en la personne d'Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé d'Emmanuel Macron sous le gouvernement Borne[92].
Son manque de soutien au NFP cristallise les tensions au sein de Place Publique amenant certains responsables comme Anaïta David, coréférente de "Place Publique Jeunes" à claquer la porte dénonçant "le manque de bonne volonté" de la part de Raphaël Glucksmann[93].
Rival de Mélenchon à gauche et potentiel candidat à la présidence (depuis 2024)
Les élections législatives passées et le risque d'un gouvernement Rassemblement national écarté, il appelle la gauche à revenir à l'idée qu'il défendait pendant les élections européennes : s'éloigner de La France insoumise[94],[95],[96]. À ce titre, il refuse de soutenir toute candidature étiquetée par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, estimant le Nouveau Front populaire comme un accord de circonstance, ce qui ne justifie plus un soutien à un insoumis : Lyes Louffok se voit ainsi refuser le soutien de Place Publique lors d'une élection partielle en Isère malgré le soutien initial de l'antenne locale du mouvement, un acte qui cristallise les tensions à gauche[97],[98],[99]. Il réaffirme cette volonté à l'approche des élections municipales de 2026, affirmant préférer sacrifier des mairies dirigées par la gauche que faire des listes communes avec les insoumis[100], y compris face à un risque d'élection du Rassemblement national[101].
En , il indique souhaiter peser sur la prochaine élection présidentielle. Il refuse toutefois de participer à une primaire telle que souhaitée par François Ruffin et Olivier Faure[102],[103]. Il ne soutient officiellement aucun des prétendants à diriger le Parti socialiste lors du congrès de Nancy[104], bien qu'une victoire de l'opposition interne menée par Nicolas Mayer-Rossignol promette un rassemblement de la gauche avec lui au lieu d'une primaire d'union de la gauche de « Ruffin à Glucksmann » promue par Olivier Faure[105]. Le reconduction de ce dernier le classe parmi les perdants indirects du congrès, n'étant plus assuré du soutien du Parti socialiste sans passer par une primaire dont il ne veut pas[106]. Alors que l'initiative du Front populaire 2027 se développe, Raphaël Glucksmann se rapproche publiquement à partir de de François Hollande et de Bernard Cazeneuve, tenant un meeting à Cergy-Pontoise à leurs côtés[107] le lendemain de la première convention organisée par la gauche unitaire. Il se déclare également favorable à la formation d'une fédération regroupant l'aile droite du Parti socialiste, Place Publique, la Convention et le Parti radical de gauche[108].
Au lendemain du second tour des élections municipales de 2026, Raphaël Glucksmann déclare sur France Inter que « la gauche républicaine qui refuse l’alliance avec LFI, elle gagne ». Politis observe néanmoins que, durant l'entretien, il ne fait jamais état du « bilan catastrophique au second tour » de Place publique, dont une seule des neuf listes proposées a été élue (à savoir celle menée par Éric Pliez dans le 20e arrondissement de Paris)[109].
En , Raphaël Glucksmann se trouve au centre d'une polémique politique après la fuite d'une note interne intitulée « Les trois « publics cibles » », rédigée par Mathieu Lefèvre-Marton, fondateur du think tank Destin commun devenu conseiller de l'eurodéputé sur les questions de données et d'opinion en vue de l'élection présidentielle de 2027. Le document, dévoilé le par Politico puis largement repris par Mediapart, Le Monde et Marianne[110], propose une segmentation de l'électorat à travers trois archétypes — un cadre supérieur écologiste, un retraité aisé et une enseignante de gauche modérée — et préconise de cibler en priorité les catégories socioprofessionnelles supérieures, les retraités aisés et les habitants des grandes métropoles afin de franchir la barre des 20 % au premier tour. Une diapositive intitulée « cibles à éviter » suscite particulièrement la controverse, en listant les 18-25 ans, les personnes percevant moins de 1 500 euros mensuels, les familles monoparentales, les habitants des banlieues et de certaines régions (Hauts-de-France, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Corse, Grand Est), ainsi que les électorats des Républicains, du Rassemblement national et de La France insoumise[111]. Plusieurs commentateurs rapprochent cette note du document publié en 2011 par le think tank Terra Nova, qui préconisait à la gauche de se recentrer sur les diplômés et les jeunes urbains. La France insoumise et François Ruffin, président du mouvement Debout !, publient de larges extraits du document sur les réseaux sociaux et accusent l'eurodéputé d'incarner un « renouveau macroniste » en abandonnant les classes populaires, le député insoumis Paul Vannier ironisant sur le fait qu'il « aurait dû se présenter aux municipales à La Baule »[112]. Raphaël Glucksmann rejette publiquement les conclusions de cette note, qu'il qualifie de « document volé » sans « aucune valeur politique » et déclare sur le réseau social X : « Seule la France m'habite, pas des bouts de France »[113]. Son entourage affirme que le document n'a été présenté qu'à un petit groupe quelques semaines auparavant à titre de « document de travail » et que la page controversée avait été immédiatement retirée par l'eurodéputé.
Prises de position
Positionnement
Raphaël Glucksmann s'oppose tant au nationalisme qu'aux idéologies islamistes, allant jusqu'à comparer les deux en affirmant qu'ils se renforcent l'un l'autre. Pour lui, toutefois, « Le projet de l’extrême droite est politiquement plus dangereux que celui des jihadistes, car il n’y aura jamais de califat en France »[114]. Raphaël et André Glucksmann étaient tous deux présents au meeting du du candidat de l'UMP à l'élection présidentielle de 2007, qui avait alors déclaré souhaiter « liquider l'héritage de 68 »[115],[116]. En 2008, Raphaël Glucksmann publie son premier livre, coécrit avec son père et intitulé Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy. Ils y écrivent notamment : « Notre président a promis d'enterrer Mai 68. N'est-il pas plutôt son héritier rebelle ? » Ils suivent ainsi la thèse libérale voulant que Mai 68 n'ait été qu'une révolution anti-totalitaire[115]. L'Humanité mentionne les éloges envers Nicolas Sarkozy à cette époque qu'il décrit comme quelqu'un qui « brise les tabous » en faisant preuve de « liberté et d'insolence »[117].
En 2015, Raphaël Glucksmann estime que le soutien apporté par son père à Nicolas Sarkozy en 2007 était une erreur[3]. Il affirme avoir été « athée en politique à ses débuts », et s'être déplacé vers la gauche « par dépit », Sarkozy ayant selon lui « quitté le champ de l’acceptabilité républicaine »[118].
Lors de la campagne pour l'élection présidentielle de 2017, il déclare ultérieurement avoir soutenu le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon[37], à qui il transmet une note sur des thèmes comme les droits de l'homme pour un discours au palais omnisports de Paris-Bercy[119]. Au second tour du scrutin, Raphaël Glucksmann apporte son soutien à Emmanuel Macron[120]et déclare que « Macron doit gagner haut la main ! ». Après l'élection, il se dit « fier » de la victoire de celui-ci contre Marine Le Pen, tout en regrettant sa « philosophie individualiste »[121]. Après le premier tour des élections législatives qui suivent, il estime que « le Parti socialiste est mort »[122]. Le , il participe à la journée de lancement du Mouvement du 1er juillet — qui deviendra Génération.s —, aux côtés de Benoît Hamon[123].
Affaires étrangères
Raphaël Glucksmann est un partisan de l'Union européenne[124],[125], de la social-démocratie[126] et du fédéralisme européen[127],[128]. Il partage un temps une position atlantiste paternelle[129],[127]. Sur ce sujet, il se rapproche des positions de Nicolas Sarkozy avant de le regretter[130],[131].
En 2019, il déclare au magazine Marianne que la France doit rester dans l'OTAN et qu'il faut donc maintenir les relations entre l'OTAN et l'Union européenne à défaut de pouvoir « assumer le rôle de défense collective »[132]. Ainsi, il est en faveur d'une défense commune européenne[133]. Dans une chronique du Soir publiée en 2022 sur les bouleversements de l'atlantisme conventionnel, Glucksmann est décrit comme un auteur atlantiste libéral confronté à une « internationale transatlantique illibérale » en référence à la politique de Viktor Orbán[134].
Il estime que la France a joué un rôle dans le génocide des Tutsis au Rwanda[135].
Lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie, il préconise, dans une tribune parue dans Le Monde, que l'Europe mette fin aux importations de gaz et de pétrole russes et fournisse davantage d'armes aux forces ukrainiennes[136]. Glucksmann, qui estime que la paix en Europe serait menacée si l'Ukraine s'effondrait[137], qualifie les partis qui ne défendent pas un renforcement du soutien à l'Ukraine de « pseudo pacifistes » qui « n'œuvrent pas à la paix, mais à la défaite des démocraties »[138]. Plusieurs critiques émanant du PCF et de LFI le qualifient de « va-t-en-guerre », à l'instar du journal L'Humanité, qui lui trouve « un certain opportunisme »[139]. Restant, selon certains, proche des positions d'Emmanuel Macron sur le libéralisme, l'Europe fédérale et l'Ukraine[140], il est même favorable à plus de soutien à cette dernière et déclare, lors de la campagne européenne de 2024, que la France devrait totalement entrer en économie de guerre[141]. Lors des élections européennes de 2024, il propose une taxation des plus hauts patrimoines pour financer le soutien à l'Ukraine, ainsi qu'un passage en économie de guerre pour aider militairement l'Ukraine sans financer l'industrie de l'armement américaine[142]. Glucksmann soutient l'intégration de l'Ukraine à l'Union européenne[143] et la possibilité pour elle de rejoindre l'OTAN[144]. Il critique Emmanuel Macron pour son plaidoyer en faveur d'un rapprochement avec la Russie[133] et s'insurge contre Ségolène Royal quand elle remet en question certains des crimes commis lors de l'invasion russe de l'Ukraine[145],[146]. Le politologue Rémi Lefebvre note que « son côté très atlantiste pouvait le pénaliser il y a quelques années [mais] lui sert aujourd’hui à être identifié contre Poutine »[127]. Cependant, face aux critiques d'une partie de la gauche[147], Raphaël Glucksmann soutient que qualifier la position pro-ukrainienne d'alignée sur Washington ou d'atlantiste est « faux »[144].
Il contribue à une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux concernant le génocide culturel des Ouïghours, avec Dilnur Reyhan, présidente de l'Institut ouïghour d'Europe[148]. Au début de l'année 2021, comme d'autres députés européens, il est l'objet de sanctions de la part de la Chine (interdiction d'y entrer ou d'y faire des affaires), en raison de son soutien à la minorité persécutée des Ouïghours[149]. En , Glucksmann conduit sept membres du Parlement européen à Taïwan pour envoyer un signal fort en faveur de l'île autonome, malgré une menace de représailles de la Chine[150].
En , il refuse l'emploi du terme « génocide » à l'endroit de la population palestinienne dans la guerre d'Israël sur Gaza et l'explique en déclarant avoir « un emploi extrêmement précautionneux du terme ». Il dénonce toutefois un « carnage » à Gaza ainsi que le « blocus »[151]. En , il affirme la légitimité de la direction de Sciences Po Paris à faire évacuer ses locaux lors de l'occupation de l'établissement en soutien aux Palestiniens[137].
Immigration
Glucksmann propose, lors des élections européennes de 2019, une version européenne de l'opération Mare Nostrum[152].
Il prône, lors des élections européennes de 2024, une sortie du règlement Dublin III pour un meilleur partage de l'accueil des migrants entre les pays européens[142]. Il critique le Pacte sur la migration et l'asile, affirmant qu'il ne résout pas le « chaos des politiques migratoires européennes » et ne garantit pas la solidarité entre les États membres[153]. Il prône des règles uniformes pour tous les États membres et estime nécessaire une politique migratoire permettant des aller-retours entre les pays d'origine et d'accueil[154].
Il défend la création de voies d'immigration légales en Europe, proposant le développement de quotas, basés sur les besoins économiques des États[153]. Il propose ainsi une immigration de travail pour répondre à la pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs. Cette mesure est jugée difficilement réalisable par François Héran, en raison de la souveraineté des États membres sur leur politique migratoire, tandis que Matthieu Tardis, co-directeur au sein du centre de recherches Synergies migrations, estime que les visas de travail ne seraient pas accessibles aux mêmes personnes que celles qui empruntent les routes migratoires dangereuses vers l'Europe[155].
Écologie
Dans son programme pour les élections européennes de 2019, il prône une alliance entre socialisme et écologie, proposant un « pacte finance-climat-biodiversité » mobilisant jusqu'à 400 milliards d'euros par an pour la transition écologique et la création d'emplois[152].
Lors des élections européennes de 2024, il propose une taxation des plus hauts patrimoines pour financer la transition écologique. Glucksmann appelle également à investir dans les énergies renouvelables pour qu'elles représentent 70 % du mix énergétique européen. Il évite de prendre une position tranchée sur le nucléaire, affirmant qu'en sortir ne peut pas être un objectif, sans se prononcer sur sa place dans la production énergétique[142].
Il défend le Pacte vert pour l'Europe et propose, dans son programme, de lancer un grand plan de rénovation énergétique des logements et des bâtiments, en commençant par les écoles. Il soutient également le droit à la réparation pour combattre l'obsolescence programmée et appelle à un protectionnisme écologique européen, proposant un « Buy European Act » réservant les commandes publiques aux productions européennes. Il envisage également de lancer un « pacte bleu européen » pour protéger les océans et renforcer le transport ferroviaire, notamment le fret ferroviaire et les trains de nuit[156].
Défense
Lors des élections européennes de 2019, il propose un encadrement plus strict des exportations d'armes[152]. Lors de celles de 2024, il propose la création d'un fonds de défense de 100 milliards d'euros, financé par un nouvel emprunt européen[133]. Il estime nécessaire d'accroître les capacités de production d'armement et de conclure des contrats à long terme avec les industriels français[157].
Économie
Lors des élections européennes de 2024, Glucksmann définit son programme comme « opposé au libre-échange[142] ». Il s'oppose aux agences de notation, propose une taxation plus forte des milliardaires pour financer les politiques publiques[137] et défend une réforme de la Politique agricole commune[125].
Mesures sociales
Lors des élections européennes de 2019, il propose un salaire minimum pour chaque pays européen et un congé parental égalitaire de huit mois[152].
Corrida
Raphaël Glucksmann est membre du Comité d'honneur de la FLAC (Fédération des Luttes pour l'Abolition des Corridas) depuis le [158].
Résultats électoraux
Publications
- Je vous parle de liberté : entretiens de Mikheil Saakachvili, Paris, Hachette Livre, , 207 p. (ISBN 978-2-01-237648-9).
- avec André Glucksmann, Mai 68 expliqué à Nicolas Sarkozy, Paris, Éditions Denoël, , 233 p. (ISBN 978-2-207-26007-4)
- Génération gueule de bois. Manuel de lutte contre les réacs, Paris, Allary Éditions, , 171 p. (ISBN 978-2-37073-040-4)
- Notre France. Dire et aimer ce que nous sommes, Paris, Allary Éditions, , 304 p. (ISBN 9782370730763)
- Les Enfants du vide. De l'impasse individualiste au réveil citoyen, Paris, Allary Éditions, , 211 p. (ISBN 978-2-37073-162-3)
- Lettre à la génération qui va tout changer, Paris, Allary Éditions, , 181 p. (ISBN 978-2-37073-140-1)
- La grande confrontation, Paris, Allary Éditions, , 183 p. (ISBN 978-2-37073-453-2)