Philosophie en Grèce antique
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La philosophie en Grèce antique apparaît durant l'époque archaïque, au VIe siècle et se poursuit à l'Antiquité tardive, lorsque la Grèce est intégrée dans l'Empire romain.

Aperçu historique
La Grèce antique voit l'apparition d'une forme de pensée originale, la philosophie. Si on la résume généralement à un ensemble de doctrines formulées par des penseurs, c'est plus largement « une quête de sagesse, d'un progrès qui est tout à la fois intellectuel, moral et spirituel, d'une vie plénière et plus authentique que favorise une recherche lucide du vrai », donc « apprendre à vivre et à méditer, à dialoguer, à mourir aussi », une discipline qui a une « valeur d'éducatrice et de maîtresse de vie » (A. Motte)[1].
En dépit des différences entre les pensées philosophiques, se dégage une manière d'aborder le monde en mettant l'homme au centre de ses réflexions en le faisant acteur de sa propre destinée, qui est une des singularités de la Grèce antique par rapport aux civilisations antiques qui l'ont précédées, et aussi une de ses principales influences sur les civilisations postérieures[2]. L'apparition de ces « amis de la sagesse » (c'est le sens du mot philosophos) est donc traditionnellement vue comme un élément marquant du « miracle grec », et les causes derrière ce phénomène ont fait l'objet de nombreux débats. Une explication courante est la coïncidence avec l'émergence de la cité, qui établit une égalité des citoyens devant la loi et leur permet de s'exprimer dans des débats publics contradictoires, libérant ainsi les réflexions et la parole[3]. À la suite de Karl Jaspers, il a pu être tenté de relier ce phénomène à d'autres se produisant au même moment ailleurs (Israël, Inde et Chine) qui présenteraient une même approche mettant l'homme au centre de leurs préoccupations, formant un « âge axial », dont la réalité est débattue[4].
Il est généralement considéré que le premier philosophe est Thalès de Milet, qui a vécu dans les premières décennies du VIe siècle av. J.-C. S'ouvre une première phase de l'histoire de la philosophie, dite « présocratique ». Le premier développement de la philosophie se fait en Ionie, puisqu'il est suivi par ses compatriotes milésiens Anaximandre et Anaximène, puis plus tard l'éphésien Héraclite et Anaxagore de Clazomènes. Cette région est un des principaux points de contact entre le monde grec et les civilisations orientales, et peut se nourrir de ces influences intellectuelles (notamment scientifiques) tout en les repensant. Il apparaît qu'ils sont en fait plus que des philosophes au sens moderne du terme, puisqu'ils font aussi évoluer les sciences (voir plus bas). Ces penseurs développent une philosophie de la « nature » (physis) s'interrogeant notamment sur les origines de l'univers en se détachant des explications traditionnelles, essentiellement surnaturelles. Il ne reste néanmoins quasiment rien de leurs écrits, en dehors de citations. Autour de se développe un nouveau pôle de la pensée, en Grande Grèce (Crotone, Élée, Agrigente), notamment à la suite de la venue dans cette région d'un des principaux penseurs antiques, Pythagore, originaire de Samos, qui développe le concept de cosmos, et fonde un courant de pensée qui porte son nom[5]. Un de ses disciples, Parménide, introduit une importante évolution dans la pensée grecque en développant une approche moniste (il n'y a qu'un seul principe formant le cosmos), et les philosophes suivants se positionnent face à sa proposition : il est suivi par son disciple Zénon, mais Empédocle d'Agrigente et Démocrite d'Abdère ont une approche pluraliste[6],[7],[8].
Athènes devient le centre de la philosophie à partir du milieu du Ve siècle av. J.-C., avec l'essor de son régime démocratique qui donne un élan aux débats et réflexions. La philosophie athénienne se dégage des préoccupations présocratiques sur la nature, pour se consacrer à la réflexion « sur les sociétés humaines, sur les lois, sur le Juste et le Bien et les façons de les connaître » (C. Mossé) [9]. La pensée est d'abord stimulée par la venue de Sophistes (Gorgias, Protagoras) qui se spécialisent dans l'art rhétorique, l'éducation et ont une approche morale relativiste[10], puis par un penseur athénien, Socrate, qui introduit une rupture majeure dans la philosophie, ceux qui lui succédant comme l'indique la césure entre philosophes « présocratiques » et « socratiques ». Sa pensée est surtout connue par les écrits de son disciple Platon. Il raisonne par le dialogue, considère que la vertu est dans le savoir, sa maxime étant le fameux « connais-toi toi-même » qui enjoint à l'homme de prendre conscience de sa propre mesure[11]. Platon (v. -) et son disciple Aristote (v. -) sont les deux philosophes grecs antiques qui ont le plus marqué la philosophie occidentale. Leur œuvre, abondante, est connue par quelques dizaines de textes en prose, une grande partie étant perdue. Ils interrogent sur la place de l'homme dans la cité, donc la politique, le recherche de la perfection morale et de la vérité, l'éducation. Platon a porté à un nouveau stade de développement l'art du dialogue, avec la dialectique qu'il érige en méthode majeure du raisonnement philosophique. Aristote est aussi à l'origine du raisonnement scientifique par sa capacité de systématisation et son intérêt pour à peu près tous les domaines du savoir de son temps[12],[13].
Ces deux philosophes ont chacun fondé un lieu d'enseignement, l'Académie de Platon et le Lycée d'Aristote, qui recueillent leur héritage et structure les écoles de pensée qui se revendiquent d'eux. Mais la philosophie hellénistique voit le développement d'autres courants opposés. L'époque n'est plus vraiment à la réflexion sur la place dans la cité, mais plus sur la posture et le perfectionnement moral. Le cynisme (Diogène de Sinope) refuse ainsi l'implication politique. Le scepticisme met plus l'emphase sur le savoir et la vertu, tout comme l'épicurisme, qui doit son nom à Épicure (341-270), enseignant dans le « Jardin », qui recherche le bonheur par la satisfaction des seuls désirs basiques. Le stoïcisme, développé par Zénon de Kition (336-262), généralement considéré comme son opposé, qui professe la compréhension et l'acceptation du monde naturel sans laisser ses sentiments l'emporter[14].
Durant l'époque romaine, l'épicurisme et surtout le stoïcisme s'imposent comme des courants majeurs auprès des élites romaines[15], même si les Aristotéliciens et Platoniciens poursuivent leurs réflexions en adoptant diverses tendances. Le dernier courant philosophique important de l'Antiquité grecque est le néoplatonisme, apparu dans le courant du IIIe siècle à la suite des réflexions de Plotin (un Grec d'Égypte), qui donnent un tournant encore plus métaphysique au platonisme. Les autres philosophes majeurs de ce courant sont Porphyre de Tyr et Jamblique. Cette école comme les autres courants philosophiques déclinent face à l'essor du christianisme qui apprécie très peu leurs réflexions « païennes », leur fin symbolique dans le monde grec étant la fermeture des écoles athéniennes par décision de Justinien en 529, même si Alexandrie reste un centre de philosophie pendant un bon siècle. Le néoplatonisme conserve une influence notable à l'époque byzantine[16],[17].
Les Présocratiques
L'École ionienne
L'École milésienne
L'École pythagoricienne
L’École éléatique
- Xénophane de Colophon (fondateur de l'école éléatique)
- Parménide d'Élée (considéré comme le fondateur de l'ontologie)
- Zénon d'Élée
Les Atomistes
Les Sophistes
La philosophie classique
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Socrate
Socrate (en grec ancien Σωκράτης / Sōkrátēs) est considéré comme le père de la philosophie occidentale parce qu'il a centré sa philosophie uniquement sur l'être humain, se démarquant ainsi des études des penseurs présocratiques sur la nature. Il a également été l'initiateur des méthodes qui resteront celles de la philosophie, en questionnant la définition de certaines notions, et en développant des examens dialectiques.
Né en -470 près d'Athènes d'une mère sage-femme, Phénarète, et d'un père tailleur de pierre, Sophronisque, Socrate a cela d'étonnant qu'il n'a laissé absolument aucun écrit ; Platon, son principal disciple, est le philosophe par qui nous connaissons le mieux son enseignement et ses méthodes. Sur sa vie, cependant, le témoignage le plus fiable se trouve dans les Mémorables[18] de Xénophon, un autre disciple de Socrate.
Un événement l'aurait plongé définitivement dans la philosophie : la visite d'un de ses amis à l'oracle de Delphes. Cet ami ayant demandé à l'oracle qui était le plus sage des hommes, celui-ci répondit que c'était Socrate lui-même, ce qui bouleversa profondément ce dernier et décida de sa « conversion »[19].
Il fréquentait les sophistes (Hippias, Protagoras…) et discutait souvent avec eux dans le but de démasquer leur pseudo-science. Il prend pour sienne la sentence écrite sur le fronton du temple d'Apollon à Delphes « Connais-toi toi-même » (Γνῶθι σεαυτόν : gnōthi seautón), qu'il ne faut pas comprendre au sens de l'introspection moderne, mais plutôt au sens où il convient de savoir quelle est sa place dans la cité, et aussi dans la nature, en se souvenant que les hommes sont de simples mortels. Sa véritable devise est toutefois la suivante : « Je ne sais qu'une chose, c'est que je ne sais rien » (Ἓν οἶδα ὅτι οὐδὲν οἶδα / Hén oîda hóti oudèn oîda)[20].
La méthode de Socrate peut se résumer en un mot : la maïeutique (de μαιευτικη / maieutikè), ou « art d'accoucher ». Il prétendait en effet que, bien qu'ignorant, il était capable, grâce à sa façon d'interroger, de faire accoucher l'esprit de ses interlocuteurs de connaissances qu'ils portaient déjà en eux sans le savoir. Il nommait cette méthode « maïeutique » pour faire le parallèle avec le métier de sa mère.
Mais Socrate possédait aussi un art de la réfutation (ou elenchos), qui consistait à pousser le point de vue de son interlocuteur aussi loin qu'il était possible, jusqu'à le faire déboucher sur des conséquences contradictoires, qui montraient clairement la fausseté du point de vue de départ. De cette manière, il parvenait à le faire changer de point de vue par l'usage de la raison seule, sans artifice rhétorique.
Socrate disait posséder un démon (δαἰμων / daïmôn), c'est-à-dire une voix intérieure (et non un démon au sens maléfique du mot), une puissance supérieure qui l'empêchait parfois de faire quelque chose qu'il s'apprêtait à faire[21]. Ainsi, on raconte qu'un jour, Aristippe de Cyrène lui envoya vingt mines d'argent, et que Socrate les renvoya sous prétexte que son démon le lui interdisait[22].

En -399, après un procès (raconté dans l’Apologie de Socrate de Platon) où il était accusé de corrompre la jeunesse[23], de ne pas reconnaître les dieux de la cité et d'en importer de nouveaux (allusion à son daïmôn « démon »), il fut jugé coupable par une majorité de voix et condamné à mort. Il dut pour cela avaler un poison mortel : la ciguë. Socrate aurait refusé, par fidélité et respect envers les lois de la cité, de s'évader de prison à la veille de sa mort sur le conseil d'un ami, bien que se sachant condamné injustement (voir le Criton de Platon). Les dernières heures de Socrate, ainsi que sa mort, sont relatées dans le Phédon de Platon.
Il y affirme croire aux dieux athéniens comme n'y croit aucun de [ses] accusateurs, formule aux interprétations possibles multiples, dont celle de leur existence comme métaphores.
Ses derniers mots auraient été : « Criton, nous devons un coq à Esculape », phrase dont le sens fut interprété de différentes manières. Il est possible que Socrate demande par là à son ami Criton de faire un sacrifice au dieu de la médecine, la mort étant conçue par Socrate comme un remède et une délivrance dans le Phédon de Platon, qui se termine par ces mots.
Platon
Platon (en grec ancien Πλάτων / Plátôn) est né à Athènes en -427 et mort dans la même ville en -348. Il est issu d'une famille aristocrate athénienne et commence à écrire des tragédies. Il a deux frères, Adimante et Glaucon, et une sœur, Potone.
En -407, il fait une rencontre décisive en la personne de Socrate, dont il suit les enseignements pendant huit ans (jusqu'à la mort de ce dernier en -399). À la suite de cette rencontre, il reniera tous ses premiers écrits, qu'il jettera au feu.

Il fut tellement malade de la condamnation de Socrate qu'il n'assista pas aux derniers instants de son maître ; néanmoins il retranscrivit cet intense moment dans son dialogue intitulé Phédon.
Après cela, il partit en voyage à Mégare, en Égypte puis en Sicile. Il est reçu à la cour de Denys l'Ancien, tyran de Syracuse qui, jaloux du succès du philosophe auprès de ses convives, le renvoie en Grèce. Obligé de s'arrêter à Égine, en guerre contre Athènes, il est vendu en tant qu'esclave et libéré par le paiement de son affranchissement par Annicéris, un de ses amis.
Il est rappelé en Sicile par Dion de Syracuse, beau-frère de Denys depuis disparu. Platon effectue le voyage, mais débarque en -366 à Syracuse alors que Dion est condamné à l'exil, et que Denys le Jeune prend le titre de tyran. Platon retourne en Grèce après avoir été retenu un an. Il effectuera un troisième voyage, tout aussi infructueux sur le plan des idées du philosophe (il projetait de créer une ville modèle, conforme à ses conceptions).
Socrate est au cœur de la philosophie de Platon, son « esclave conceptuel »[24] ; il est le principal socratique. Les dialogues écrits sont un étalage des personnages célèbres de l'époque et de la mise en scène théâtrale qu'a auparavant exercée le philosophe. Cependant l'auteur a cela de particulier qu'il ne se donne pas de rôle dans ses propres textes ; il est vrai que pour la plupart, il n'en est pas le témoin direct.
La théorie des Idées de Platon est certainement, avec l'allégorie de la caverne[25], la plus connue des conceptions philosophiques, et probablement la plus utilisée ; si son œuvre a été largement conservée, cela est dû à l'absorption chrétienne de la théorie[26]. Les Idées sont présentes de toute éternité, et ne sont aucunement inventées. Platon croyait à la métempsycose (il fut inspiré sur ce point par les Pythagoriciens), c'est-à-dire à une réincarnation cyclique de l'âme. Le corps n'est qu'un réceptacle temporaire, l'âme est éternelle. À la mort, l'âme se désincarne et s'en va, libre, dans le monde des Idées ; puis elle se réincarne lors de la naissance, dans le monde sensible.
De même, dans La République, Platon ne conçoit pas d'autre personnage plus digne de gouverner une cité qu'un philosophe, puisque celui-ci paraît être le seul à pouvoir contempler les Idées, substances objectives. Il prend pour exemple la civilisation de l'Atlantide[27], selon lui engloutie depuis 9000 ans et qui utilisait sa conception politique de la cité.
Son plus célèbre disciple puis critique était Aristote, qu'il surnommait « le Liseur ».
L'Académie
Platon crée l'Académie en -387, appelée ainsi parce que située à Colone, ville dans la banlieue d'Athènes, et du gymnase d'Académos (en grec ancien Ἀκάδημος / Akádêmos) un héros légendaire. L'école est d'inspiration pythagoricienne, avec des salles et bibliothèques à disposition. Le philosophe y enseignera pendant une vingtaine d'années, avant de se voir remplacé par son neveu Speusippe.
Au fronton de l'école, il était écrit : « Nul n'entre ici s'il n'est géomètre ». En effet, pour Platon, la géométrie (en pure pensée) était un art qu'il fallait maîtriser pour être à ses yeux un philosophe complet. On a surnommé, en hommage, les cinq polyèdres convexes réguliers (tétraèdre, cube, octaèdre, dodécaèdre régulier, icosaèdre) les solides platoniciens.
- Speusippe (en grec ancien Σπεύσιππος / Speúsippos) est le fils de Potoné, sœur de Platon. Il naît en -407 à Athènes et meurt en -339 dans la même ville. Il critique l'hédonisme et est critiqué par Aristote. Il est un platonicien convaincu et orthodoxe, et succède à Platon en tant que scholarque à la tête de l'Académie, de -347 à -339.
- Xénocrate (en grec ancien Ξενοκράτης / Xénokrátês) est né en Chalcédoine en -396 et décédé en -314. Il fut platonicien et scholarque de l'Académie à la suite de Speusippe de -339 jusqu'à sa mort.
- Alcinoos (en grec ancien Ἀλκίνους / Alkínous, philosophe du IIe siècle de notre ère. Il est l'auteur d'une Introduction à la doctrine de Platon[28] (Ἐπιτομὴ τῶν Πλάτωνος δογμάτων / Épitomê tôn Plátônos Dogmátôn). Cet ouvrage contient trente-six chapitres qui couvrent différents sujets tels que l'éthique ou la physique. Il est écrit à la manière ésotérique et typique du Corpus Aristotelicum, et il reprend différents concepts philosophiques de plusieurs écoles, en particulier la péripatétique ainsi que la stoïque.
Aristote
Aristote (en grec ancien Ἀριστοτέλης / Aristotélês) est né en -384 à Stagire (d'où son surnom de « Stagirite ») en Macédoine, et mourut à Chalcis, en Eubée, en -322. Tout ce que nous savons de sa vie nous provient d'auteurs tiers et sensiblement éloignés dans le temps (Denys d'Halicarnasse, Diogène Laërce…) ; c'est pourquoi elle n'est connue que dans les grandes lignes.

Son père Nicomaque était le médecin d'Amyntas III de Macédoine ; sa mère, sage-femme. Vers l'âge de dix-huit ans, il se dirige vers Athènes, où il entre à l'Académie de Platon. Se faisant remarquer par son intelligence, il en vient à dispenser des cours avec l'autorisation de son maître. Mais bientôt, il s'aperçoit que les idées de Platon ne sont pas les siennes, et rompt avec l'enseignement reçu à l'Académie. Aristote n'avait foi qu'en sa capacité à tout collecter et à tout apprendre, d'où le remarquable éclectisme du philosophe ; à l'opposé, Platon ne voyait pas d'un bon œil le savoir encyclopédique, il avait tendance à croire vaine la tentative de rassembler tous les savoirs, et à penser que les Idées étaient les seules connaissances qui comptaient. Aristote deviendra son meilleur critique[29].
Il reste à Athènes jusqu'à la mort de Platon, en -348. De là, il rejoint un ancien condisciple, le roi Hermias, à Assos en Éolide. Il y commence des études de botanique ; à la même époque, il épouse la fille adoptive ou nièce d'Hermias, Pythias.
À la mort d'Hermias, il rentre en Macédoine et devient le précepteur d'Alexandre le Grand (petit-fils d'Amyntas III). À la cour de Pella, il se lie avec de nombreuses personnes ; devenu veuf, il se remarie avec Herpyllis, qui lui donnera un fils prénommé Nicomaque.
En revenant à Athènes, peu satisfait de Xénocrate, successeur de Speusippe en tant que scholarque de l'Académie, Aristote décide de créer l'école péripatétique, qu'il fonde près du Lycée en -335.
Lorsque Alexandre le Grand meurt à Babylone en -323, Aristote craint pour sa vie et fuit Athènes, se retire dans une île afin d'« épargner aux Athéniens un second attentat à la philosophie »[30]. Il meurt l'année suivante.
Des œuvres d'Aristote, il ne nous en est parvenu qu'une cinquantaine sur les 400 qu'il aurait rédigées[31]. Il s'est intéressé à tout ce qu'il pouvait étudier, et l'on peut diviser sa philosophie en trois parties : la philosophie théorétique, la philosophie pratique et la philosophie poïétique. La partie théorétique (c'est-à-dire « qui a pour objet la recherche désintéressée du savoir et de la vérité ») se divise à son tour en physique, mathématique et théologie ; la philosophie pratique en économique, éthique, politique et rhétorique ; la poïétique comprend toutes les activités qui produisent une œuvre.
Le Lycée et l'école péripatétique
Le Lycée (en grec ancien Λύκειον / Lukeion) était un gymnase d'Athènes où Socrate puis plus tard Aristote avaient l'habitude d'enseigner. Le bâtiment était situé près du temple d'Apollon lycien, d'où son nom.
L'école péripatéticienne voit le jour en -335. Les péripatéticiens sont les autres noms des aristotéliciens. En grec ancien, le mot περιπατητικός / peripatetikós signifie « qui aime se promener en discutant ». C'était en effet, une des habitudes d'Aristote que de professer en marchant.
Aristote est le premier à constituer une bibliothèque privée. Il y rassemble ce qu'il peut : manuscrits, tableaux, cartes. Il conserve également des spécimens de la faune et de la flore ; précepteur d'Alexandre le Grand, il se vit lors des conquêtes de ce dernier ramener des échantillons d'espèces inconnues en Grèce. Ce goût pour l'histoire naturelle est totalement nouveau, et caractérise particulièrement bien la philosophie encyclopédique de l'homme.
Il fut aussi le premier à rassembler par écrit les constitutions des cités grecques.
- Théophraste (en grec ancien Θεόφραστος / Theόphrastos) surnommé ainsi par Aristote (ce qui signifie « divin parleur ») est né vers -372 à Lesbos et décédé en -327 à Athènes. Sa spécialité est les sciences naturelles, et plus spécialement la botanique, sujet de deux ouvrages, Histoire des plantes (Περὶ Φυτῶν Ιστορίας / Peri Phutôn Istorías) et Causes des plantes (Περὶ Φυτῶν αἰτιῶν / Peri Phutôn aïtiôn). Il est également l'auteur d'un traité Sur les pierres (Περὶ Λίθων / Peri Líthôn) et de Caractères (Ἠθικοὶ Χαρακτῆρες / Hêtikoí Kharaktêres) dont s'inspire, plusieurs siècles plus tard, Jean de La Bruyère. Aristote en fait son successeur à la tête du Lycée. À ce poste, il a plus de deux mille élèves, si l'on suit la tradition rapportée par le poète Ménandre son contemporain.
- Straton (Στράτων) voit le jour vers -340 à Lampsaque et meurt à Athènes vers -268. Dès son époque il fut appelé « le Physicien » en raison de son goût de l'étude de la Nature[32]. Il est le successeur de Théophraste à la tête du Lycée de -288 jusqu'à sa mort.
- Alexandre est né à Aphrodisie en Carie au cours du IIIe siècle de notre ère. Il a enseigné dans la ville d'Alexandrie au temps de Septime Sévère. Il fut surnommé le « second Aristote » du fait des nombreux et importants commentaires qu'il laissa en marge des textes du philosophe.
