Phosphotriestérase

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En enzymologie, une phosphotriestérase (PTE) ou organophosphate hydrolase, parathion hydrolase, paraoxonase et, selon la nomenclature de l'IUBMB, aryldialkylphosphatase, est un enzyme (hydrolase) qui catalyse le clivage d'un aryle dialkyle phosphate en aryle alcool et dialkyle phosphate. Cet enzyme est une métalloprotéine présente chez certaines bactéries, qui leur permet d'hydrolyser la liaison triester présente dans certains insecticides organophosphorés[1].

Le gène opd (pour organophosphate-degrading) qui code cette enzyme se trouve sur un grand plasmide (pSC1) de 51 kilobases de Pseudomonas diminuta, bien que ce gène ait été trouvé chez de nombreuses autres bactéries telles que Flavobacterium sp. ATCC27551, chez laquelle il se trouve également sur un élément extrachromosomique (pSM55, de 43 kilobases)[2].

Les organophosphates sont tous les esters de l'acide phosphorique ; ils font partie des composés organophosphorés. On les trouve notamment parmi les insecticides, les herbicides et les agents innervants.
Les moins toxiques sont utilisés comme solvants, plastifiants et additifs extrême-pression (en). Les organophosphates représentent environ 38 % de l'ensemble des pesticides consommés[3].

Des bactéries pouvantt dégrader les organophosphates ont été identifiées dans des échantillons de sol provenant de différentes parties du monde[3],[4]. la première bactérie dégradant les organophosphates, identifiée comme étant Flavobacterium sp. ATCC27551, a été isolée en 1973 d'un échantillon de sol provenant des Philippines[5]. D'autres espèces se sont ensuite montré capables d'hydrolyser les organophosphates, dont :

La séquence du gène opd chez Flavobacterium sp. ATCC27551 and Pseudomonas diminuta est hautement conservée (séquence homologue à 100 %), bien que les plasmides sur lesquelles ces gènes se trouvent soient très différents les uns des autres, hormis précisément une région conservée de 5,1 kilobases[4],[6] dans laquelle se trouve ce gène[2].

Une observation plus attentive de l'organisation du gène opd de Flavobacterium suggère une architecture de type transposon, ce qui pourrait expliquer la distribution de ce gène chez d'autres espèces microbiennes par transfert horizontal de gènes. Le gène opd est encadré par des séquences d'insertion caractéristiques des transposons Tn3 (en). En outre, une séquence de type transposase homologue de TnpA et une séquence de type résolvase homologue de TnpR ont également été identifiées en amont du gène opd[4], ce qui est caractéristique des transposons de classe II comme Tn3.

Un autre cadre de lecture ouvert a été identifié en aval du gène opd et code une protéine qui dégrade le 4-nitrophénol, un des produits de dégradation des organophosphates. On pense que cette protéine fonctionne en complexe avec la phosphotriestérase, car son activité augmente spectaculairement en présence de PTE[4].

Structure et fonctionnement

La phosphotriestérase appartient à une famille de métalloprotéines présentant deux cations métalliques Zn2+ catalytiques liés par un ligand commun et coordonnés par des chaînes latérales de résidus d'histidine regroupés autour des atomes métalliques[7]. La protéine forme un homodimère[8]. Sa structure générale présente un tonneau α/β observé également dans une vingtaine d'autres enzymes. Les sites actifs de ces protéines sont localisés vers les extrémités C-terminales du tonneau β, ce qui est également le cas pour les phosphotriestérases[7].

La catalyse de l'hydrolyse des organophosphates met en œuvre une substitution nucléophile avec inversion de Walden (mécanisme SN2) sur l'atome de phosphore du substrat[7]. Dans le site actif, les cations métalliques assistent la catalyse en accentuant la polarisation de la liaison P–O du substrat, ce qui la rend plus sensible à l'attaque nucléophile. De plus, un résidu basique retire un proton d'une molécule d'eau, produisant un anion hydroxyde qui joue le rôle de ligand pontant entre les deux cations métalliques et agit comme nucléophile. L'hydroxyde attaque l'atome de phosphore du substrat, déclenchant un transfert de proton. La liaison P–O est rompue et les produits sont libérés du site actif[9]. La constante catalytique kcat d'une phosphotriestérase est voisine de 104 s-1 pour l'hydrolyse du paraoxone[10], produisant du 4-nitrophénol et de l'acide diéthylphosphorique.

Le modèle cinétique proposé consiste en trois étapes. La première est réversible, avec la liaison entre le substrat et l'enzyme formant un complexe de Michaelis (ES). La deuxième est irréversible, avec le clivage de la liaison P–O et formation d'un complexe transitoire enzyme + produit (EP). la troisième étape est la libération des produits par l'enxyme, qui est régénérée[9].

Distribution

La phosphotriestérase est présente chez deux espèces de bactéries communes : Pseudomonas diminuta et Flavobacterium sp. ATCC27551. D'autres variantes du gène, qui codent également des enzymes de dégradation des organophosphates, sont présentes chez d'autres espèces comme Deinococcus radiodurans, une bactérie radiorésistante ; Mycobacterium tuberculosis et Mycobacterium bovis, des bactéries pathogènes ; Desulfatibacillum alkenivorans (en), une bactérie anaérobie ; Geobacillus (en) sp. et Thermoanaerobacter (en) sp. X514, bactéries thermophiles, Escherichia coli (yhfV) et de nombreux autres groupes de bactéries ; on la trouve également chez certaines archées, comme Sulfolobus acidocaldarius[11].

Localisation intracellulaire

La phosphotriestérase est une protéine membranaire traduite avec une séquence cible longue de 29 résidus d'acides aminés[12],[13], clivée de la protéine mature une fois la molécule insérée dans la membrane plasmique[1]. La protéine est ancrée dans la membrane interne de la cellule, face au périplasme[14].

Rôle physiologique

Intérêt environnemental

Notes et références

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