Pierre Marty (brigade Marty)
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Pierre Marie Albert Marty, né le 24 novembre 1900 à Constantine (Algérie) et mort le 12 juillet 1949 à Toulouse[1], est un haut fonctionnaire de police français. Il est connu pour avoir participé activement, en Tunisie puis dans le sud de la France, à la répression politique contre les résistants, Juifs, communistes et autres opposants politiques au gouvernement de Vichy.
Jeunesse et formation
Pierre Marty est le fils de "Jules" Jean Marty (1864-1942), pharmacien fils d'un charron de Dordogne émigré à Constantine[2], et de Marie Lucie Tivollier (1878-19?)[3], fille d'une famille de propriétaires fonciers de Bougie issue, quatre générations plus tôt, d'un fabricant de toiles venu d'Isère. Il épouse Jacqueline Legrand au Havre le 10 décembre 1925.
Il devient commissaire de la marine marchande à la Compagnie Transatlantique, avant de se reconvertir comme directeur d’une société commerciale. La Seconde Guerre mondiale le prive de son emploi. Militant à l'Action française (AF)[4], il bénéficie alors de la recommandation d'un amiral pour entrer dans la police de Vichy.
Carrière
En Tunisie
Le 7 octobre 1940, Pierre Marty est recruté comme commissaire à titre provisoire aux renseignements généraux de la police française à Bizerte, en Tunisie[4]. Dès sa prise de fonctions, il constitue au sein des renseignements généraux une équipe de cinq hommes chargée de poursuivre les adversaires du régime vichyste, surnommée la « brigade Marty »[5]. Il évolue alors dans les cercles les plus proches du résident général en Tunisie, Jean-Pierre Esteva, homme de confiance du maréchal Philippe Pétain et nommé le 26 juillet 1940.
À la fin de l'année 1942, au lendemain de l'opération Torch, la répression du régime de Vichy envers ses opposants en Afrique du nord s'accentue. En Tunisie, les hommes du Service d'ordre légionnaire (SOL) et du groupe de sécurité et d'action du Parti populaire français (PPF) sont regroupés au sein d'un nouveau Comité unifié d'action révolutionnaire (CUAR), dont Pierre Marty prend la tête. Le 12 décembre 1942, il procède, à l'arrestation du préfet de Tunis, de son chef de cabinet, de l'intendant de police et du ministre de France ; le préfet et l'intendant de police sont déportés. La carrière de Pierre Marty s'accélère et il exerce, à compter du 25 janvier 1943, la fonction de contrôleur général de la police de Bizerte par intérim, avant de devenir commissaire principal le 3 mai 1943.
En mars 1943, les troupes alliées anglo-américaines font reculer les forces germano-italiennes en Tunisie : tandis que les armées de l'Axe se replient vers le nord, le régime de Vichy organise l'évacuation de ses principaux cadres. Le 10 mars 1943, les Allemands évacuent par avion l'équipe de Pierre Marty en Italie. Marty et son adjoint Cens, chargés des ultimes opérations de liquidation, quittent Tunis dans le dernier avion allemand pour Berlin. Quelques jours plus tard, les deux hommes sont envoyés à Paris.
À Montpellier
En avril 1943, Pierre Marty est promu contrôleur général de la police et affecté à Montpellier, puis, le 6 octobre 1943, intendant de police : il devient ainsi le plus haut responsable de la police de l'Hérault, placé directement sous l'autorité du préfet du département et de la région de Montpellier, Alfred Hontebeyrie. Il reconstitue rapidement une brigade spéciale, analogue à celle qu'il dirigeait en Tunisie. Elle comprend - outre certains des hommes de Bizerte - des militants du PPF et du Parti franciste. Ce groupe reçoit bientôt le nom de « brigade sanglante »[6] : en effet, ses hommes se livrent à des arrestations arbitraires, pratiquent la torture, commettent extorsions, chantages et pillages au préjudice des Juifs. La brigade conduit, avec la Milice locale, dirigée par le docteur Hoareau, des opérations contre les maquis et détruit plusieurs groupes de Résistants, jusqu'en Aveyron[7]. Elle recourt particulièrement à l'infiltration d'agents, la méthode étant jugée plus efficace pour faire tomber les réseaux que celle de la traque d'individus isolés. Pierre Marty agit également en lien avec Karl Mahren, responsable du SIPO-SD de Montpellier, aux ordres du lieutenant-colonel Helmut Tanzmann (de).
Le 20 décembre 1943, les résistants détenus à la prison de Montpellier protestent contre le transfert à la maison centrale de Nîmes de deux d’entre eux, Khan et Heyres, en chantant la Marseillaise. Le 23 décembre 1943, ils récidivent pour protester contre le renvoi de Georges Charpak devant la section spéciale et font flotter pendant quelques minutes un drapeau tricolore à une fenêtre de la prison. Pierre Marty, accompagné de ses adjoints Castel, Cens et Laffargue et d'autres hommes de sa brigade, intervient dans la prison pour réprimer le mouvement en passant les prisonniers à tabac.
À la promulgation de la loi no 33 du 20 janvier 1944 instituant des cours martiales[8], Pierre Marty devient également président de la cour martiale du secrétariat d'État au Maintien de l’ordre – également connue comme la cour martiale de la Milice[9],[10],[11] : la nouvelle juridiction fonctionne selon des procédures expéditives qui permettent de condamner à mort et d'exécuter, sans délai ni recours. Ainsi, Pierre Marty choisit lui-même les détenus poursuivis, concentrant la répression sur les communistes des Francs-tireurs et partisans (FTP)[12], et rédige lui-même les procès-verbaux des condamnations à mort[9]. La « brigade sanglante » torture les résistants dans les locaux de la villa des Rosiers, réquisitionnée par la SIPO-SD[13] avant de les remettre à la cour martiale de la Milice, présidée par Pierre Marty, qui les condamne à être fusillés au stand de tir de la butte de La Madeleine[14] à Villeneuve-lès-Maguelone[15]. D'autres victimes de la « brigade sanglante » sont déportées après avoir été torturées.
En février 1944, Pierre Marty arrête du préfet, Alfred Hontebeyrie, et du préfet délégué, Jean Benedetti. Ils sont tous les deux déportés comme otages au « camp spécial pour personnalités éminentes » (Sonderlager für prominente Persönlichkeiten) géré par le Reichssicherheitshauptamt (RSHA) au château d'Eisenberg en Bohême.
À Toulouse
Le 15 avril 1944, Pierre Marty est affecté comme intendant de police à Toulouse. Son successeur à Montpellier est Charles Hornus, lui-même précédemment affecté à Toulouse. Pierre Marty joue en Haute-Garonne un rôle majeur dans l'arrestation des résistants et des Juifs, ainsi que dans leur déportation, la « brigade sanglante » poursuivant dans la région toulousaine ses activités.
Ainsi, en avril 1944, Pierre Marty et ses hommes démantèlent la 35e brigade des Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI). Le 28 juillet 1944, Pierre Marty ordonne le regroupement de 163 prisonniers du camp de Noé, qui sont ensuite déportés à Ravensbrück et Buchenwald[16].
Fuite en Allemagne et arrestation
En août 1944, à la suite de la Libération de Toulouse, Pierre Marty fuit en Allemagne avec les autorités du régime de Vichy. Il est nommé chef de la police de Sigmaringen, où il est finalement arrêté par l'armée américaine. Remis aux autorités françaises, il est jugé à partir du 15 mai 1948 par la cour de justice de Toulouse[17] qui le condamne à mort le 15 juillet 1948[18].
Pierre Marty est fusillé le 12 juillet 1949[19].
Notes et références
- ↑ « Généalogie de Pierre Marty »
- ↑ « "Jules" Jean MARTY »
- ↑ « Marie Lucie TIVOLLIER »
- 1 2 Jacques Delarue, « L’intendant de police Pierre Marty à Montpellier et Toulouse », sur etudesheraultaises.fr, (consulté le )
- ↑ Jacques Delarue, « L’intendant de police Pierre Marty à Montpellier et Toulouse », sur etudesheraultaises.fr, (consulté le )
- ↑ William Garrivier, « 76ème anniversaire de la libération de Montpellier », sur unadif.fr, (consulté le )
- ↑ Guy Calmels, « Les forces répressives pendant l’occupation en Aveyron », sur aveyronresistance.fr (consulté le )
- ↑ « loi no 33 du 20 janvier 1944 instituant des cours martiales », sur legifrance.gouv.fr, (consulté le )
- 1 2 Christian Roche, « Les Cours martiales et la Cour de Justice à Montpellier (1944-1948) », sur etudesheraultaises.fr, (consulté le )
- ↑ Virginie Sansico, « France, 1944 : maintien de l'ordre et exception judiciaire. Les cours martiales du régime de Vichy », Histoire@Politique, vol. 2007/3, , p. 2 (lire en ligne)
- ↑ André Balent, « Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), Stand de tir de la Madeleine, 14 mars - 11 juillet 1944 » (consulté le )
- ↑ André Balent, « 23 Juin 2021 : les ACSR rendent hommage aux fusillés de la Madeleine à Villeneuve-les-Maguelone », sur ex-invisibles.fr (consulté le )
- ↑ Ordre des Compagnons de la Libération, « Notice bibliographique "René Poitevin" », sur ordredelaliberation.fr (consulté le )
- ↑ « Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault), Stand de tir de la Madeleine, 14 mars - 11 juillet 1944 » (consulté le )
- ↑ « Notice biographique "Miralles Antoine" », sur maitron.fr
- ↑ Eric Malo, « De Vichy à la Quatrième République : le camp de Noé (1943-1945) », Annales du Midi, , p. 441-458 (lire en ligne)
- ↑ Gérald Suberville, L'affaire Pierre Marty : Intendant de police, devant la Cour de justice de Toulouse, (lire en ligne)
- ↑ Elérika Leroy, « La prison Saint-Michel pendant la guerre », sur francoisverdier-liberationsud.fr (consulté le )
- ↑ « L'ex-intendant de police Marty a été fusillé ce matin », Le Monde, (lire en ligne)
Voir aussi
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Bibliographie
- Gérald Suberville, « L'affaire Pierre Marty : Intendant de police, devant la Cour de justice de Toulouse », in Jules Maurin (éd.), Lendemains de Libération dans le Midi. Actes du Colloque de Montpellier, 1986, Publications de l'université Paul Valéry, Montpellier, 1998, p. 3-26 (lire en ligne).