En France, la villégiature balnéaire apparaît au début du XIXe siècle sous l'influence de l'aristocratie, qui ramène d'Angleterre cette vogue découverte pendant les années d'exil entre 1798 et 1815. La duchesse du Berry aurait ainsi lancé en France la mode des bains de mer lors de ses séjours estivaux à Dieppe, entre 1824 et 1829[4], mais des « baigneurs » viennent déjà au Croisic avant cette date, à partir de 1819[5]. L'ouvrage de 1828 d'Auguste Lorieux, Promenade au Croisic, témoigne de la venue précoce d'amateurs de bains de mer, faisant du Croisic un des tout premiers lieux de villégiature balnéaire en France[6].
Les premiers visiteurs ainsi venus dans la presqu'île pour soigner notamment leur tuberculose s'établissent dans un premier temps à Saint-Goustan puis, faute de capacité d'accueil suffisante, portent leur préférence sur Port Lin et à partir de 1845, sur les dunes voisines de la Barrière à Batz-sur-Mer, la future plage Valentin[5].
Les dunes de La Barrière, en limite de territoire avec le Croisic, accueillent une hydrothérapie marine, petit établissement de bains constitué à l'origine de simples baraques en bois. Ce ne sont pas en effet les plages de sable qui sont recherchées à cette époque, mais les possibilités de baignade dans une eau de mer calme, tiédie, à l'abri des regards, dans un but thérapeutique. Les rochers de la plage de Saint-Goustan au Croisic offrent des conditions naturelles idéales, qu'il faut compenser à Batz-sur-Mer par des aménagements[5].
Cette première balnéothérapie est créée à partir de 1853 à l'initiative d'un maître-nageur, Charles Louis Édouard Killian, surnommé Valentin, qui donne son nom à la plage qu'il occupe[7]. L'affaire prospère et devient à la mode, lançant le tourisme balnéaire sur ce rivage[3].
L'arrivée du train sur la commune, avec un arrêt en gare de Batz-sur-Mer en 1879, est déterminante pour le développement de l'attractivité des bourgs côtiers du sud de la presqu'île guérandaise[7]. Vers 1891, Mme Boju, se disant indûment « de la Ménollière », rachète l'établissement de balnéothérapie, rase les bâtiments d'origine en bois et édifie à la place, à partir de 1897, le « Grand Hôtel de la Plage », futur « Hôtel Régina », dans le style de l'établissement Deslandes du Croisic[8]. Elle fait également édifier la villa dite « manoir de Landévennec » pour le médecin qui s'occupe de l'établissement de soins[7].
En 1904, les difficultés économiques l'obligent à céder la propriété à Eugène Bouillet, qui la revend en 1909 à Louis Lajarrige. Il rebaptise alors l'établissement « Atlantic-Hôtel ». Le site est vendu vers 1948 à la Société des fonderies de Pont-à-Mousson qui y établit sa colonie de vacances[8].
Atlantic Hôtel, vu de la pointe de Casse-Caillou
Manoir de Landévennec, vu de la plage
La construction de l'hôtel s'accompagne de la rédaction d'un plan d'occupation d'urbanisme, où villas, parc d'agrément et établissements de soins se partagent l'espace, entre océan et marais salants. Mais ce domaine, qui devait porter le nom de « parc de Beaulieu » ne voit jamais le jour, miné par des problèmes économiques. Il est définitivement enterré par le décès de Jean-Baptiste Boju et le début de la Première Guerre mondiale, qui mettent une fin provisoire à toute activité touristique. Seul l'hôtel Régina, aujourd'hui résidence de vacances et quelques villas témoignent de ce projet[7].