Plan Freycinet
programme français de travaux ferroviaires lancé en 1879
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Le plan Freycinet est un programme français de travaux publics lancé en 1879 par le ministre des travaux publics Charles de Freycinet. Il prévoit principalement la construction de chemins de fer, mais aussi de canaux et d'installations portuaires, pour un budget initial de 4,5 milliards de francs[a].
Historique


[2], Freycinet, proche de Gambetta, organise entre celui-ci et Léon Say, ministre des Finances, une réunion afin de préparer le terrain politique. Une première loi est votée le 18 mai 1878, créant un réseau d'État à travers le rachat de plusieurs compagnies.
Le [3], un rapport est rendu public. L'objectif majeur du plan Freycinet est de donner accès au chemin de fer à tous les Français, de favoriser le développement économique et de désenclaver les régions reculées. Il est officialisé par la loi n° 8168 du 17 juillet 1879[4].
Le plan prévoit la construction d'un réseau de 18 148 km comprenant :
| Type de lignes | Longueur prévue | Longueur réalisée | % |
|---|---|---|---|
| Lignes principales (voie normale) | 9 470 km | 9 468 km | 99,9% |
| Lignes secondaires (voie métrique) | 8 678 km | 8 170 km | 94,2% |
| Total | 18 148 km | 17 638 km | 97,2% |
Leur construction peut être assurée :
- Par les grandes compagnies privées, l'État prenant en charge 80% des coûts ;
- Ou par l'État lui-même via la Compagnie des chemins de fer de l'État.
Selon Freycinet, toutes les sous-préfectures (300) doivent être reliées au réseau et 80% des chefs-lieux de canton (environ 1 800 sur 2 250)[5].
En 1879, Freycinet devient président du conseil. Il choisit Henri Varroy pour lui succéder aux travaux publics. Varroy s'adjoint l'ingénieur Sadi Carnot en 1880, puis Alfred Picard comme directeur des chemins de fer en 1882[3].
La réalisation du plan Freycinet dura jusqu'en 1914 tandis que 97,2% du programme fut réalisé[6]. Cependant, 1 247 chefs-lieux de canton (55%) ne furent desservis que par des petits tortillards à voie métrique de qualité médiocre[7]
6 725 milliardfrc (équivalent à 3,7% du PIB annuel) furent dépensés[8], représentant la plus grande relance keynésienne avant l'heure.
Classement des lignes ferroviaires
Les 181 lignes ci-après sont numérotées et désignées conformément à la loi du 17 juillet 1879[9],[10], pour un total de 8 848 km.
- La première liste proposée par Freycinet début 1878 comportait 154 lignes nouvelles et 53 lignes déjà concédées mais au titre de l’intérêt local, et que cette liste fut longuement discutée tant en Commission qu’à la chambre des Députés et au Sénat.
- 94 lignes, totalisant 4 152 km, ont fait l'objet d’amendements renvoyés pour étude au Ministre des Travaux publics et n’ont pas été inscrites dans la loi.
| Région | Lignes | Longueur (km) | % |
|---|---|---|---|
| Nord-Est | 28 | 1 856 | 21,0% |
| Centre-Est | 32 | 1 742 | 19,7% |
| Ouest | 41 | 1 689 | 19,1% |
| Sud-Est | 27 | 1 423 | 16,1% |
| Sud-Ouest | 29 | 1 098 | 12,4% |
| Bretagne | 18 | 892 | 10,1% |
| Corse | 3 | 284 | 3,2% |
| Total | 181 | 8 848 | 100% |
- Armentières à Lens, par Don — 24 km
- Armentières à Tourcoing et à Roubaix — 19 km
- Roubaix à la frontière belge, vers Audenarde — 2 km
- Valenciennes à Denain et Lourches, par ou près Trith-Saint-Léger — 11 km
- Denain à Saint-Amand — 14 km
- Don à Templeuve — 20 km
- Lille (la Madeleine) à Lannoy, par le Breucq, Hempempont et Hem — 12 km
- Ormoy à la vallée de l’Ourcq, par ou près Betz — 20 km
- D’un point de la ligne de Villers-Cotterets à Château-Thierry à une station à établir sur la ligne de Paris à Avricourt, entre les stations de Trilport et Changis — 28 km
- Hirson à Busigny, avec embranchement de ou près Wimy à Guise — 84 km
- Solre-le-Château à Avesnes — 12 km
- Valenciennes à Laon, par ou près le Cateau — 107 km
- Laon à Mézières, par ou près Rozoy (Aisne) — 90 km
- D’un point à déterminer sur la ligne de Mézières à Hirson, par Rocroy, à la frontière belge, vers Chimay — 16 km
- Soissons à Réthel, par la vallée de l’Aisne — 77 km
- Montmédy à Stenay ou à Dun — 24 km
- Baroncourt à Étain — 11 km
- Revigny à Saint-Dizier — 28 km
- Melun à la Ferté-sous-Jouarre, par ou près Rozoy et Coulommiers — 68 km
- Esbly à un point à déterminer sur la ligne de Gretz à Coulommiers, entre Faremoutiers et Coulommiers — 22 km
- Laon à ou près Château-Thierry — 64 km
- Provins à Esternay, par ou près Villiers-Saint-Georges — 29 km
- Fère-Champenoise à Vitry-le-François — 50 km
- Avallon à Bourges, par ou près Clamecy, Cosne et Sancerre (entraînant la suppression de Chatel-Censoir à Sermizelles) — 143 km
- Cosne à Saint-Sauveur — 34 km
- Auxerre à Vitry-le-François, par ou près Saint-Florentin, Troyes et Brienne — 145 km
- Gerbéviller (Meurthe-et-Moselle) à Bruyères (Vosges) — 45 km
- Jussey à la ligne d’Épinal et à Aillevillers — 72 km
- Prolongement de la ligne de Remiremont à Saint-Maurice-sur-Moselle jusqu’à Bussang — 4 km
- Bas-Évette (Belfort) à Giromagny — 7 km
- Lure à Loulans-les-Forges, par Villersexel — 38 km
- Raccordement entre la ligne de Ceinture de Paris (rive gauche) et la ligne de Paris à ou près Auneau — 1 km
- Raccordement entre la ligne de Ceinture de Paris (rive gauche) et celle du pont de l’Alma à Courbevoie — 1 km
- Raccordement entre la ligne de Grande-Ceinture, à Saint-Germain-en-Laye, et la gare actuelle de Saint-Germain — 3 km
- Raccordement entre la ligne de Grande-Ceinture, près l’Étang-la-Ville, et la ligne de Paris à Versailles (rive droite), vers Saint-Cloud — 15 km
- Rambouillet à un point à déterminer sur la ligne de Pontoise à Gisors, entre Ws-Marines et Chars, en passant par un point à déterminer entre Mantes et Meulan — 62 km
- Palaiseau à Épinay-sur-Orge — 17 km
- Paris (gare spéciale) à ou près Auneau — 65 km
- De la limite des départements de Seine-et-Oise et d’Eure-et-Loir, près Auneau, à Melun, par ou près Étampes — 58 km
- Eu à Dieppe — 37 km
- Dieppe au Havre — 92 km
- Pont-Audemer à la ligne de Pont-l’Évêque à Honfleur — 16 km
- Pont-Audemer à Port-Jérôme, avec bac à vapeur sur la Seine — 19 km
- Raccordement, entre Quévilly et Sotteville, des chemins de fer d’Orléans à Rouen et de Paris à Rouen — 5 km
- Raccordement, près Elbeuf, des lignes d’Orléans à Rouen et de Serquigny à Rouen — 2 km
- Vire à Saint-Lô — 43 km
- Fougères à Vire et à un point à déterminer entre Bayeux et Caen — 123 km
- Cherbourg à Beaumont-Hague (Manche) — 16 km
- Carentan à la ligne de Sottevast à Coutances — 19 km
- Coutances à Regnéville — 8 km
- De la limite de la Manche, vers Avranches, à Domfront (Orne) — 9 km
- Sablé à Sillé-le-Guillaume — 44 km
- Connerré à Courtalain — 49 km
- Niort à Montreuil-Belley, avec embranchement sur Moncontour — 116 km
- Benet à la ligne de Niort à Ruffec — 9 km
- De la limite de la Sarthe (vers la Flèche) à Saumur et raccordement des gares de Saumur — 51 km
- Saumur à Château-du-Loir, par ou près Noyant et Château-la-Vallière, avec raccordement de Savigny à la ligne de Château-du-Loir à Saint-Calais — 63 km
- Tours à Savigny, avec raccordement à la ligne de Vendôme à Pont-de-Bray, entre Vendôme et Montoire — 69 km
- Saint-Aignan, par Contres, vers Blois — 30 km
- Nantes à Ségré — 77 km
- Beslé à ou près la Chapelle-sur-Erdre, par Blain — 41 km
- Pouancé (Maine-et-Loire) à un point à déterminer sur la ligne de Paris à Rennes, entre Laval et le Genest, par ou près Craon — 58 km
- Raccordement, à Pontorson, des lignes de Saint-Lô à Lamballe et de Fougère à la baie du Mont-Saint-Michel — 1 km
- Miniac à la Gouesnière, par Châteauneuf (Ille-et-Vilaine) — 11 km
- La Brohinière à Dinan (Côtes-du-Nord) et Dinan à Dinard (Ille-et-Vilaine) — 55 km
- Châteaubriant à Ploërmel, par ou près Bain et Messac — 88 km
- Auray à Quiberon (Morbihan) — 26 km
- Saint-Brieuc au Légué (Côtes-du-Nord) — 7 km
- Guingamp à Paimpol (Côtes-du-Nord) — 36 km
- Carhaix à Guingamp, par Callac — 46 km
- La Brohinière à la ligne de Châteaulin à Landerneau, par Loudéac et Carhaix — 168 km
- Concarneau à Rosporden (Finistère) — 14 km
- Carhaix à ou près Quimperlé et Carhaix à ou près Morlaix — 112 km
- Morlaix à Roscoff (Finistère) — 26 km
- Brest au Conquet (Finistère) — 24 km
- Châteaulin à Camaret (Finistère) — 46 km
- Quimper à Douarnenez (Finistère) et Quimper à Pont-l’Abbé (Finistère) — 39 km
- D’un point entre Machecoul et la Roche-sur-Yon à ou près Challans au goulet de Fromentine (Vendée) — 24 km
- Velluire à Parthenay, par Fontenay-le-Comte et Breuil-Barret à Fontenay-le-Comte à Cholet — 172 km
- Surgères à Marans — 31 km
- Saint-Laurent-de-la-Prée au fort d’Enet (Charente-Inférieure) — 9 km
- Saint-Jean-d’Angély à Civray, avec embranchement sur Cognac, par Matha — 110 km
- Saujon (Charente-Inférieure) à un point de la ligne de Tonnay-Charente à Marennes — 31 km
- Barbezieux à un point à déterminer entre Montendre et Cavignac — 48 km
- Bordeaux (gare spéciale) ) ou près Cavignac (Gironde) — 36 km
- La Sauve à Eymet, par ou près Targon, Sauveterre, Monségur et Duras — 62 km
- Libourne à ou près Langon — 43 km
- De la gare de Moulis (ligne du Médoc) au port de Lamarque — 6 km
- Châtellerault à Tournon-Saint-Martin (Indre) — 41 km
- Loudun à Châtellerault — 47 km
- Preuilly à Tournon-Saint-Martin (Indre) — 15 km
- Le Blanc à Argent — 161 km
- Issoudun à Bourges, par Saint-Florent — 21 km
- Le Dorat à Magnac-Laval (Haute-Vienne) — 7 km
- Confolens à Bellac — 39 km
- Ruffec à Excideuil — 40 km
- Nontron à ou près Sarlat, en passant par ou près Thiviers, Villiac et Condat, avec embranchement d’Hautefort à un point à déterminer entre Objat et Brives (entraînant la suppression de la ligne de Nontron à Périgueux) — 137 km
- Bussière-Galant à ou près Saint-Yrieix (Haute-Vienne) — 16 km
- Limoges à Brive, par Uzerche, avec raccordement par la vallée de la Vézère et Treignac avec la ligne de Limoges à Meymac — 131 km
- Uzerche à Aurillac, par ou près Tulle et Argentat — 83 km
- D’un point à déterminer sur la ligne de Châteauroux à Limoges, entre Forgevieille et Eguzon, à ou près Guéret — 44 km
- Felletin à Bort, par Ussel — 70 km
- Felletin à Bourganeuf — 45 km
- Montluçon à Eygurande, par ou près Evaux et Auzances — 92 km
- Lavaud-Franche à la ligne de Montluçon à Eygurande, par ou près Chambon — 20 km
- Saint-Éloi au col de Vauriat et raccordement du col de Gouttières à la ligne de Montluçon à Eygurande — 83 km
- Sancoins à ou près Lapeyrouse, par ou près Montmarault — 75 km
- Bort à Neussargues (Cantal) — 60 km
- Laqueuille au Mont-Dore, par la Bourboule — 15 km
- Villeneuve-sur-Lot à Tonneins et à Falgueyrat — 72 km
- Cahors à ou près Moissac — 58 km
- Nevers à Tamnay (Nièvre) — 50 km
- Tamnay à Château-Chinon — 23 km
- De Châtillon-sur-Seine à ou près Montchanin, par ou près les Laumes et Épinac — 156 km
- Chagny, par Seurre, à un point à déterminer sur la ligne de Dôle à Dijon — 64 km
- Vichy à Cusset — 4 km
- Givors à Paray-le-Monial, par ou près l’Arbresle — 125 km
- Paray-le-Monial à un point à déterminer entre Saint-Martin-d’Estréaux et la Palisse — 44 km
- Champagnole à ou près Ambérieu, par la Cluse, avec embranchement sur Morez et embranchement de Verges à Jeurre — 184 km
- Lons-le-Saunier à Champagnole — 44 km
- De la ligne de Lyon à Genève à Gex et à Divonne — 39 km
- Gilley (Doubs) à Pontarlier — 23 km
- Voujeaucourt (Doubs) à Saint-Hippolyte — 27 km
- Saint-Hippolyte à la ligne de Besançon à Morteau — 47 km
- La Roche à Saint-Gervais et à Chamonix (Haute-Savoie) — 70 km
- Albertville à Annecy — 44 km
- La Mure (Isère) à la ligne de Grenoble à Gap — 32 km
- Savines (Hautes-Alpes) à Barcelonnette — 37 km
- Nyons à la ligne de Lyon à Marseille, par Valréas — 41 km
- Vaison à Orange — 27 km
- Traversée du Rhône à Avignon — 4 km
- Volx à Apt, avec embranchement sur Forcalquier — 53 km
- Sorgues à Saint-Saturnin (Vaucluse) — 8 km
- L’Isle à Orange, par Carpentras — 38 km
- Valdonne (Bouches-du-Rhône) à la ligne de Carnoules à Aix — 9 km
- Salon à la Calade, par Lambesc — 32 km
- Digne à Draguignan, par ou près Castellane — 115 km
- Digne à la ligne de Savines à Barcelonnette — 80 km
- Draguignan à Cagnes, par Grasse — 75 km
- Draguignan à Mirabeau, par Barjols — 96 km
- Nice à Puget-Théniers — 56 km
- Nice à Coni, par la vallée du Paillon, le contrefort de Braous, Sospel, le contrefort de Broïs et Fontan — 52 km
- Ajaccio à Propriano (Corse) — 55 km
- Ponte-Leccia à Calvi (Corse) — 79 km
- Cazamozza à Bonifacio (Corse) — 150 km
- Ambert à la ligne du Puy à Saint-Georges-d’Aurac — 62 km
- D’un point à déterminer sur la ligne d’Issoire à Neussargues à un point à déterminer, dans la direction de Saint-Étienne, sur la ligne de Montbrison à Monistrol — 92 km
- Saint-Étienne, par ou près Pélussin et Annonay, à la rive droite du Rhône, à un point à déterminer entre Serrières et Sarras — 60 km
- Largentière à l’embranchement d’Aubenas — 13 km
- La Voulte-sur-Rhône à Yssingeaux, par ou près le Cheylard (Ardèche) — 101 km
- Tournon (Ardèche) à la ligne de la Voulte à Yssingeaux — 40 km
- Yssingeaux à la ligne du Puy à Saint-Étienne — 20 km
- Anduze à un point de la ligne de Rodez à Millau, entre Séverac-le-Château et Millau, avec embranchement sur Florac — 101 km
- Montpellier à Ganges — 48 km
- Espalion à la ligne de Rodez à Séverac-le-Château — 21 km
- Estréchoux (Hérault) à Castanet-le-Haut — 12 km
- Lunas à Lodève — 14 km
- Saint-Chinian à ou près Saint-Pons — 26 km
- Carmaux à un point à déterminer entre Vindrac et Laguépie — 25 km
- La Bastide-Rouairoux (Tarn) à Bize (Aude) — 36 km
- Agde à la mer — 4 km
- Saint-Girons à Foix — 44 km
- D’un point à déterminer entre Pamiers et Saint-Antoine-de-Foix à un autre point à déterminer entre Limoux et Quillan — 41 km
- Lavelanet (Ariège) à la ligne de Castelnaudary à Carcassonne — 61 km
- Quillan à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) — 69 km
- Prades à Olette (Pyrénées-Orientales) — 15 km
- Vicdessos à Tarascon (Ariège) — 14 km
- Saint-Girons à Seix (Ariège) — 17 km
- Ligne de ceinture de Toulouse — 10 km
- Castelsarrasin à Lombez — 73 km
- Auch à Lannemezan — 66 km
- Lannemezan à Arreau (Hautes-Pyrénées) — 26 km
- Chaum (Haute-Garonne) à la frontière espagnole, au Pont-du-Roy — 14 km
- Auch à Bazas, passant par ou près Eauze — 143 km
- Saint-Sever à Pau, à Dax et à Mont-de-Marsan — 134 km
- Vic-en-Bigorre à la ligne de Saint-Sever à Pau — 35 km
- Nérac à Mont-de-Marsan, par ou près Mézin, Sos et Villeneuve-de-Marsan — 91 km
- Oloron à Bedous (Basses-Pyrénées) — 27 km
- Oloron à la ligne de Puyoô à Saint-Palais, par la vallée du gave d’Oloron — 45 km
- Saint-Martin-Autevielle à Mauléon — 26 km
- Bayonne à Saint-Jean-Pied-de-Port, avec embranchement d’Ossés à Saint-Étienne-de-Baïgorry — 58 km
Écluses des canaux
À l'époque les sas d'écluse sont de toutes tailles, dont certains trop étroits et/ou trop peu profonds pour les bateaux marchands. Les marchandises doivent souvent changer de bateau pour passer les écluses. Les écluses des principaux canaux français sont modifiées le cas échéant pour s'adapter au gabarit standard choisi, dit gabarit Freycinet : bateaux de 38,50 m de long (sans le gouvernail) pour 5,05 m de large, ce qui donne une largeur de sas d'écluse de 5,20 m ; la profondeur d’eau doit être de 2 m et la hauteur libre sous les ponts 3,70 m [11].
Le canal de Bourgogne voit toutes ses écluses agrandies et tous ses ponts rehaussés. Le canal du Centre, le plus ancien et qui connaît le plus fort développement, a son aspect complètement transformé : les courbes du tracé sont coupées, des écluses sont supprimées. À cette époque le canal du Nivernais n’est déjà plus classé comme ligne principale et n'est l'objet que de modifications partielles[11].
D'autres types d'aménagement sont réalisés, comme l'usine électrique de Fay-aux-Loges qui pompe l'eau de la Loire et du Loing pour approvisionner le canal d'Orléans.
Motivations
Outre des considérations économiques, le plan avait un objectif politique : promouvoir la Troisième République auprès du monde rural, souvent hostile au nouveau régime[12].
Les critiques énoncées sur le Plan Freycinet et ses modérations
D'après certains analystes, le plan Freycinet occasionna d’importantes nuisances et se révélera une des causes des difficultés que l’industrie française rencontra à la fin du XIXe siècle dans la compétition économique internationale.
Albert Broder, professeur d'Histoire à l'université Paris-XII , explique : « La forte demande suscitée par le plan Freycinet, et que les industriels [français] ont du mal à satisfaire, semble avoir été à l'origine d'un abandon, sans doute considéré temporaire, des marchés extérieurs jugés moins rémunérateurs par les industriels, ces derniers confiants en des carnets de commandes remplis à des niveaux plus que satisfaisants. Leur confiance dans l'avenir suscite des investissements tout au long de la filière, de la construction de hauts fourneaux à la production de tôles et de rails d'acier. Politique contre-cyclique au moment où le marché international est en plein marasme (…). La crise que connaissent les industries métallurgiques, à la suite de l'abandon des grands travaux et devant la récession qui se généralise, ne se traduit pas par une plus grande pugnacité à l'extérieur. Fragilisées par des investissements qu'elles ne peuvent rapidement amortir, les entreprises manquent de la trésorerie nécessaire[13] ».
La critique interne de cette appréciation soulève plusieurs questions : peut-on reprocher vraiment au Plan Freycinet d'ouvrir un marché intérieur à l'époque où les marchés extérieurs sont jugés moins rémunérateurs[14] ? Faut-il attribuer au Plan le marasme consécutif précisément à son abandon ? Peut-on critiquer globalement la réelle prospérité née de ce Plan[b] ? Par ailleurs, n'est-il pas souhaitable de relever la part de l'idéologie dans les critiques énoncées au paragraphe précédent[15] ?