Polymarket
marché de prédiction
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Polymarket est une plateforme décentralisée de marchés de prédiction qui permet aux utilisateurs de parier sur des événements. Les participants peuvent déposer la cryptomonnaie USDC sur la blockchain Polygon et échanger des actions qui représentent la probabilité que des résultats spécifiques se produisent dans le futur.
Fonctionnement
Polymarket est un site internet où les gens peuvent parier (en cryptomonnaies) sur ce qu'ils pensent qu'il va se passer dans le monde (par exemple : qui va gagner une compétition sportive, une élection ; telle loi va-t-elle être votée ; une guerre va t-elle commencer). Cette plateforme dite décentralisée (parce qu'adossée à une blockchain) se présente comme un marché d'idées prédictives, basé sur l'hypothèse de la sagesse de la foule : le principe y étant que plus les gens parient sur une chose, plus elle est supposée probable. Le promoteur et créateur du site le présente comme étant ainsi capable de prédire le futur sur lequel les usagers se prononcent. D'autres estiment que les « prédictions » de la plateforme Polymarket peuvent être facilement manipulées par des entités assez riches pour faire de gros paris, pouvant alors influencer la réalité et de vraies décisions (via des prophéties auto-réalisatrices).
Ce système pose aussi d'autres questions éthiques (quand par exemple certains parient sur des événements graves comme des conflits, des guerres ou des morts). Les paris sont faits en cryptomonnaie USDC sur la blockchain Polygon, et les participants peuvent échanger des actions qui représentent la probabilité que des résultats spécifiques se produisent dans le futur[1].
Concurrence revendiquée avec les médias
La plateforme tend à devenir, pour certains, un moyen de prédire le futur, qui — pour eux — a déjà remplacé les instituts de sondage aux États-Unis. Polymarket s'est doté d'une newsletter, Oracle, qui se présente comme un micro-média où les paris dominants sont présentés comme des prévisions, qui remplacent les analyses habituellement faites par des journalistes ou des experts du domaine. La plateforme mène d'ailleurs une offensive ouverte envers les médias traditionnels, et en cela elle est aidée par le soutien des libertariens de la tech, eux-même en croisade contre l'hégémonie des grands médias :
- Elon Musk soutient cette alternative à l'information « optimisée pour la vérité » en connectant son chatbot Grok à Polymarket ;
- Peter Thiel a aidé la start-up à hauteur de 200 millions de dollars issus de son fonds d'investissement ;
- Donald Trump, Jr., un des fils du président Trump, est par ailleurs devenu conseiller stratégique de Polymarket, avec un investissement de plusieurs dizaines de millions de dollars[2]. Cet investissement s'est fait via 1789 Capital, un fonds d'investissement américain lancé en 2022 et soutenu par Donald Trump, Jr. ; qui finance des entreprises alignées sur des valeurs conservatrices et prône une stratégie « America First », notamment dans les secteurs de la finance, du numérique et de l'hôtellerie[2].
Interdictions nationales
Dans 33 pays en , l'accès est bloqué en raison de sanctions internationales ou de l'application des lois sur la finance, les jeux d'argent, le blanchiment d'argent, ou le droit de la consommation[3]. La France et la Belgique interdisent Polymarket en raison de l'absence d'agrément concernant les réglementations sur les jeux d'argent et de hasard[4],[5].
En France, après le pari de 30 millions de dollars d'un trader français sur Donald Trump[1], l'Autorité nationale des jeux a déclaré en avoir géobloqué le site, car non conforme aux réglementations sur les jeux d’argent et de hasard[4]. Dans d'autres pays, pour des raisons similaires, des autorités ont envisagé d'interdire Polymarket[1], et les États-Unis l'ont interdit en 2022. De nombreux usagers contournent les interdictions au moyen de VPN, et des milliardaires comme Elon Musk et Peter Thiel ont financièrement soutenu Polymarket. En 2025, après l'élection de Donald Trump pour un second mandat, le site est de nouveau autorisé aux États-Unis[6].
Histoire
Fondée en 2020 par Shayne Coplan[7], Polymarket est une plateforme de marchés de prédiction en ligne qui permet aux utilisateurs de parier sur l'issue des événements mondiaux[8]. En , Polymarket a été condamné à une amende de 1,4 million de dollars américains par la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) et a reçu une ordonnance de mise en demeure pour des violations réglementaires, notamment pour défaut d'enregistrement en tant que « Swap Execution Facility »[9],[10] Selon la CFTC, Polymarket a offert une « coopération substantielle » tout au long de l'enquête, ce qui a permis à l'entreprise de recevoir une amende moins élevée[7].
En , Polymarket a nommé J. Christopher Giancarlo (en), ancien commissaire de la CFTC, au poste de président de son conseil consultatif[11]. En , la société a annoncé avoir levé 70 millions de dollars en deux cycles de financement[12]. Ces tours comprenaient des investissements de Vitalik Buterin, le cofondateur d'Ethereum, et de Founders Fund, une société de capital-risque fondée par Peter Thiel[7].
En , Mother Jones a rapporté que l'intérêt autour de l'entreprise avait augmenté après qu'un tweet sur l'issue du submersible Titan soit devenu viral. Le pari portait sur le fait de savoir si le submersible serait retrouvé avant une certaine date[13], plutôt qu'un pari sur le sort des passagers[14]. Polymarket avait plus de 60 marchés disponibles au moment du pari sur le submersible, y compris le résultat de l'élection présidentielle du Guatemala et la probabilité que Twitter fasse un procès à Meta, ainsi que la probabilité que la Russie utilise l'arme nucléaire[14].
Polymarket a gagné en popularité avec l'élection présidentielle américaine de 2024, et il propose de nombreux paris sur des évènements politiques et économiques, soutenu par des avis jugeant les paris dominants comme plus fiables que les sondages traditionnels[2]. Bien que critiqués comme formes de spéculation, ces marchés attirent désormais aussi des investisseurs institutionnels, et Polymarket a récemment acquis la plateforme réglementée QCEX[Quoi ?] pour 112 millions de dollars. Avec plus de 6 milliards de dollars échangés au premier semestre 2025, Polymarket affirme transformer la manière dont les citoyens s'informent, en misant sur l'intelligence collective des parieurs[2].
Élection présidentielle américaine de 2024
En 2024, le résultat des élections américaines est devenu le marché le plus actif sur la plateforme[12], avec plus de 1,9 milliard de dollars le [15] misés sur la course présidentielle entre le candidat républicain Donald Trump et la candidate démocrate Kamala Harris[7]. Nate Silver, fondateur de la société d'analyse de sondage FiveThirtyEight, est devenu conseiller de Polymarket en 2024[16]. Depuis , Polymarket mène ses opérations de prédiction électorale à l'étranger, car les opérations nationales seraient réglementées par la CFTC[17].
Quelques jours après le débat présidentiel américain de 2024 qui s'est tenu le , Polymarket a estimé à 70 % la probabilité que le candidat démocrate Joe Biden se retire de l'élection présidentielle américaine de 2024 (une estimation à 20 % avant le débat), quelques semaines avant qu'il annonce officiellement son retrait[18]. En revanche, le , Polymarket a estimé qu'il y avait 68 % de chances que Kamala Harris choisisse le gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro comme colistier, contre 23 % pour le gouverneur du Minnesota Tim Walz. Harris a choisi Walz le lendemain[19],[20].
Le , Polymarket a affiché une augmentation des chances de victoire de Donald Trump aux élections de 2024, à 53,3 %, avec une baisse correspondante des chances de Kamala Harris, à 46,1 %. Deux concurrents de Polymarket continuaient à suggérer que Harris avait de meilleures chances de gagner, à environ 51 %. Polymarket a également affiché un léger avantage pour Harris tout au long du mois de septembre. Le même jour, le modèle de simulation FiveThirtyEight a estimé que Harris avait 55 % de chances de remporter l'élection, tandis que le statisticien électoral Nate Silver a déclaré que son modèle donnait à Harris 54,7 % de chances. Forbes a fait état de théories expliquant la divergence autour de Polymarket, notamment qu'un ou plusieurs paris importants avaient été placés sur Trump, peut-être parce qu'Elon Musk avait pris la parole lors d'un rassemblement en soutien à Trump deux jours plus tôt et avait déjà fait la promotion de Polymarket. Le jour où l'estimation des chances de victoire de Trump a augmenté, Elon Musk a republié un post sur X affirmant que « Kamala s'effondre sous nos yeux ». Cependant, comme Polymarket n'impose pas de plafond sur le montant des investisseurs individuels, les gros paris d'un ou de quelques parieurs peuvent ne pas refléter un changement important dans le paysage électoral. Silver, un conseiller de Polymarket, a déclaré que le changement en faveur de Trump était un « changement plus important que ce qui est justifié[style à revoir] »[21]. Le concurrent de Polymarket, PredictIt (en), avait depuis estimé que Trump avait de meilleures chances de gagner, après avoir précédemment favorisé Kamala Harris[22]. La divergence s'est poursuivie jusqu'à la mi-, montrant Trump avec 60 % de chances le .
Le Wall Street Journal a rapporté qu'une partie des grands mouvements internes au Polymarket pourraient avoir été un mirage créé par quatre parieurs ayant misé 30 millions de dollars sur Trump, même si les paris n'étaient pas nécessairement malveillants[23].
Les quatre parieurs se sont comportés de manière similaire, évoquant une action faite de concert, un analyste de la blockchain au moins, concluant même qu'il y a « de fortes raisons de croire qu'il s'agit de la même entité ». Polymarket a lancé une enquête sur une éventuelle manipulation du marché pour une campagne d'influence en faveur de la campagne présidentielle de Donald Trump en 2024[23]. Après le pari de 30 millions de dollars d'un trader français sur Donald Trump, des autorités ont envisagé d'interdire la plateforme en France (et dans d'autres pays)[1].
Critiques
Pour Nikos Smyrnaios, chercheur en sciences de l'information, « Polymarket est une extension encore plus obscène des paris sportifs traditionnels », qui incarne la vieille posture libertarienne qui est de « « pousser la logique du marché jusqu'au bout, pour tout » ». Une posture, selon lui hypocrite et cynique :« Ces élites de la tech se voient encore en sauveurs de la démocratie. […] Mais la démocratie implique des limites qu'ils ne sont pas prêts à accepter »[24].
Le fonctionnement même de Polymarket rend possible les délits d'initiés, en pariant sur un événement dont on sait par ailleurs qu'il va se produire ; une condamnation a été prononcée en Israël sur cette base à l'encontre de deux individus ayant utilisé des informations confidentielles pour parier sur le déroulement de la guerre Iran-Israël de [25]. D'autres soupçons de délits d'initiés, voire de conflits d'intérêts, concernent les paris sur le déclenchement du conflit américano-israélo-iranien de 2026 : fin , six comptes créés peu de temps auparavant ont misé plusieurs millions de dollars sur la date de déclenchement et réalisé des profits élevés. Établir le caractère frauduleux des paris est cependant très difficile car l'identité des parieurs n'est pas connue[12]. Les soupçons de conflit d'intérêts sont en outre renforcés par le fait que Donald Trump, Jr. y exerce la fonction de conseiller stratégique[26].
L'objet de certains paris peut également être considéré comme éthiquement douteux, notamment lorsque ceux-ci portent sur des faits de nature violente comme un éventuel bombardement nucléaire de l'Iran en 2026[26].
En un militaire américain est arrêté pour avoir utilisé en janvier sa connaissance de l'enlèvement de Nicolás Maduro afin de parier sur Polymarket ; il aurait misé 33 000 $ pour en gagner 409 881 $[27].