Prieuré du Val-Saint-Éloi
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| Prieuré du Val-Saint-Éloi | ||||
| Ordre | Val des Écoliers (1234), Congrégation de France (1662) | |||
|---|---|---|---|---|
| Fondation | 1234 | |||
| Fermeture | 1790 | |||
| Diocèse | Diocèse de Paris | |||
| Fondateur | Jean de Dreux et Alix de Mâcon | |||
| Localisation | ||||
| Pays | ||||
| Région | Île-de-France | |||
| Département | Essonne | |||
| Commune | Longjumeau | |||
| Coordonnées | 48° 41′ 39″ nord, 2° 17′ 45″ est | |||
| Géolocalisation sur la carte : Île-de-France
Géolocalisation sur la carte : Essonne
Géolocalisation sur la carte : France
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Le prieuré du Val-Saint-Éloi (ou de Saint-Éloi, latin Vallis Sancti Eligii[1]) est un prieuré disparu qui était situé sur le territoire de l'actuelle commune de Longjumeau[2], dans l'Essonne.
Ce prieuré fut fondé en 1234 par Jean de Dreux et sa femme Alix, comtesse de Mâcon, dans une vallée située entre la paroisse de Chailly (aujourd'hui Chilly-Mazarin) et Longjumeau, dans la juridiction du diocèse de Paris. Ils donnèrent au curé du lieu en dédommagement un demi-arpent de pré[3]. Cette fondation fut approuvée par Guillaume III d'Auvergne, évêque de Paris[1].
L'abbé Lebeuf précise que le prieuré avait été construit « dans le vallon qui est au bas du côté du midi » de la terre de Chilly[3]. MM. Pinard indiquent que, depuis la ville de Longjumeau, on y parvenait en descendant le cours de l'Yvette[2].
Les premiers moines installés au Val-Saint-Éloi étaient originaires du prieuré Sainte-Catherine-du-Val-des-Écoliers, situé à Paris. Le prieuré de Saint-Éloi appartenait comme celui de Sainte-Catherine à l'ordre du Val des Écoliers, récemment fondé en 1201, qui appliquait la règle de saint Augustin. Le prieuré du Val-Saint-Éloi dépendait de Sainte-Catherine. Le prieur de Sainte-Catherine nommait celui du Val-Saint-Éloi.
La Maison capétienne de Dreux, dont était issu le fondateur du prieuré, Jean de Dreux, se montra généreuse envers Val-Saint-Éloi. Ainsi Pierre de Dreux, ou de Braine, qui était seigneur de Chilly et le frère aîné de Jean de Dreux, fit des donations, ainsi que le montrent des chartes de mai 1243 et juillet 1248[n 1]. Son fils Jean, futur duc de Bretagne, confirma les libéralités de son père dans une charte d'avril 1250[n 2]. Ce même Jean, son épouse et son frère, concédèrent ensemble au prieuré 6 arpents de terre à Chilly en 1266[n 3]. Yolande de Bretagne, fille de Pierre de Dreux et sœur de Jean de Bretagne, figure comme donatrice du prieuré dans des documents de 1258 (elle donne 5 sols de cens[4]), de septembre 1267 (elle donne 100 sols sur sa terre de Chilly, à l'occasion de son anniversaire[4]) et de 1271. Le comte de Dreux Robert III lui-même, frère de Jean et de Pierre, laissa par testament au prieuré du Val-Saint-Éloi 7 arpents de terre, 3 de vigne, 2 prés, ainsi que 2 setiers d'orge à percevoir dans son moulin de Chilly[4]. Le petit-fils de Yolande, Hugues XIII de Lusignan, comte de La Marche et seigneur de Chilly, confirma toutes ces donations dans un document de février 1285[n 4].
Parmi les autres bienfaiteurs du prieuré, on peut citer Raoul de Chevry, archidiacre de Paris puis évêque d'Évreux, qui donna 90 arpents de terres et d'autres biens au Val-Saint-Éloi[5]. Il mourut en 1269 et fut inhumé dans l'église du prieuré[6]. On peut citer également comme donateur, mentionné dans deux chartes de février 1275 et juin 1277, un certain Eudes, présenté comme « seigneur de Bretagne » (dominus de Britannia) dans ces documents. Dans l'un de ces actes il effectue une donation avec sa femme Isabelle, dite Domicella. La Gallia Christiana précise que cet Eudes (Odo), qui n'est pas identifié outre mesure, ne doit pas être confondu avec Eudes, frère de Jean de Bretagne, qui consentit avec son frère en 1266 des donations au prieuré (cf. supra)[7]. On peut citer enfin le gouverneur de Chilly, Béraud de Mercœur, qui fit entrer dans les dépendances du prieuré en 1305 la chapelle située dans son château, qui avait été construite en 1185 par Robert Ier de Dreux, fils du roi Louis VI, et sa femme Agnès[7].
Les rois de France eux-mêmes consentirent un certain nombre de privilèges au prieuré du Val-Saint-Éloi. Ainsi dès 1270 saint Louis, qui était alors à Aigues-Mortes, sur le point d'embarquer pour la huitième croisade, écrivit au prieur et aux frères de Saint-Éloi qu'il leur accordait le droit d'amortissement sur tous leurs biens et leurs domaines pour le salut de son âme et le repos de ses parents décédés[n 5].
De même, en mai 1309, après un échange fait avec le seigneur de Chilly, Philippe le Bel accorda au prieuré de Saint-Éloi 44 charrettes de bois, à prendre chaque année dans ses forêts royales. Un mémorial de la Chambre des comptes daté d'environ 1335 précise que Val-Saint-Éloi avait le droit de prélever chaque année vingt-huit mille bûches dans la forêt royale de Bière (ancien nom de la forêt de Fontainebleau)[3].
En 1357, Pierre de Nantes, évêque de Saint-Malo fonda dans l'église du prieuré de Saint-Éloi un autel dédié aux Trois Maries. En effet, alors qu'il était encore évêque de Saint-Pol-de-Léon, malade et alité dans le prieuré Saint-Éloi, il fut guéri selon son sentiment miraculeusement par l'intercession de ces trois saintes[8].
À la fin du XIVe siècle et pendant le XVe siècle, les membres de la Maison d'Anjou, qui avait succédé à la Maison de Dreux dans les seigneuries de Chilly et de Longjumeau, sont régulièrement mentionnés dans les actes relatifs aux gratifications accordées au prieuré du Val-Saint-Éloi: Marie de Blois, veuve du duc Louis Ier d'Anjou, en 1389; leur fils Louis II le ; le second fils de ce dernier, le célèbre « roi René », le [7].
Le supérieur général de l'ordre du Val-des-Écoliers (auquel appartenait Val-Saint-Éloi), Jean Perrot (ou Jean Proth), fit des concessions au profit du prieuré en 1472 et le [7].
Par un arrêté du , l'évêque de Paris permit aux chanoines de Saint-Éloi d'ériger une Confrérie de Notre-Dame de Lorette à la chapelle qui lui était dédiée dans l'église, sans cependant porter le bâton[9].
En 1662, l'abbé commendataire Charles-Jean Coiffier d'Effiat introduisit dans le prieuré les chanoines réguliers de la Congrégation de France[3],[n 6]. L'abbaye-mère de la Congrégation était l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris. Cette congrégation respectait également la règle de saint Augustin.
Le prieuré fut déclaré bien national à la Révolution, et ses possessions furent vendues le [10]. Très rapidement, l'église fut détruite. Les nombreux autres bâtiments, ainsi que les arbres séculaires du domaine, demeurèrent en l'état jusqu'au milieu du XIXe siècle. Pendant une quarantaine d'années, le prieuré appartint à une certaine madame de La Live. Celle-ci mourut à l'âge de 96 ans. Ses héritiers démolirent peu à peu les bâtiments subsistant. MM. Pinard écrivent en 1850 qu'il ne restait pratiquement plus de l'ancien prieuré que la maison claustrale et une petite chapelle entée sur un des murs de clôture de l'ancienne église, à l'extrémité duquel s'élevait encore à cette époque un faisceau de colonnettes engagées datant du XIIIe siècle[2]. Plusieurs vestiges des XIIIe au XVe siècle avaient été sauvés des destructions en cours à cette époque : des statuettes décollées parfaitement conservées, dont les têtes mutilées avaient également été préservées; des clefs de voute ornées de fleurs de lis ou d'autres ornements; une pierre de consécration d'autel endommagée[2].
Il n'en subsiste plus rien aujourd'hui. Le site est occupé par une grosse maison bourgeoise, appelée château de Saint-Éloi, construite à la fin du XIXe siècle[n 7] et par les pavillons d'un lotissement de la fin du XXe siècle[11].
Description
Il ne subsiste rien de visible aujourd'hui du prieuré du Val-Saint-Éloi.
L'abbé Jean Lebeuf, qui le visita au milieu du XVIIIe siècle, précise que les chanoines réguliers de la Congrégation de France, introduits dans le prieuré comme on l'a vu en 1662, rebâtirent les bâtiments claustraux[3]. Dans le même temps, l'abbé commendataire Charles-Jean Coiffier d'Effiat fit embellir et orner l'église.
Église prieurale
L'abbé Lebeuf fait cette description de l'église prieurale : « Cette église est un bâtiment gothique qui est (quant aux parties qui n'ont pas été retouchées) de la délicatesse dont on bâtissait sous saint Louis et ses successeurs. Le sanctuaire a trois rangs de vitrages l'un sur l'autre; au second rang est la galerie. On remarque sur le vitrage du fond des armoiries chargés de trois écus. Le premier des deux inférieurs porte deux chevrons brisés sur un fond de gueule; l'autre est étiqueté d'or et d'azur. On voit dans le côté droit du chœur des restes de colonnes du treizième siècle qui supportaient des vitrages qu'on a bouchés. La nef qui était aussi délicate que le chœur a été abattue en 1606. Ce qu'on y aperçoit encore de reste des anciennes galeries est du treizième siècle. On conserve dans cette église un bras couvert de feuilles de bas argent qui semble être un ouvrage de trois ou quatre cents ans, et l'on tient qu'il renferme quelques reliques de saint Éloi, patron de l'église. Le crucifix de marbre blanc qui est au grand autel passe pour être d'un seul bloc avec la croix. Il est de l'an 1690 avec les statues qui l'accompagnent. Le Saint Sacrement est conservé sous une suspense que l'Abbé Chastelain trouvait trop élevée. On assure que les orgues qu'on y voit avaient été faites pour Versailles. Il existait dans cette église encore au seizième siècle une Chapellenie des trois Sœurs, qui était un titre bénéficial »[6].
Au XVIIIe siècle, l'église ne mesurait plus que 11 toises (environ 21 mètres) de long sur 4 toises (environ 7 mètres) de large[10]. Comme l'indique l'abbé Lebeuf[Où ?], l'église gothique, bien plus vaste, avait été détruite en 1606.
Comme on l'a vu, un autel secondaire construit en 1357 était dédié aux Trois Maries. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, une messe hebdomadaire fut célébrée sur cet autel[10].
Le Christ en croix de marbre blanc situé sur le maître-autel mentionné par l'abbé Lebeuf avait été exécuté, selon T. et M. Pinard, par le sculpteur Laurent Magnier en 1690[2]. Cette œuvre a survécu aux destructions de la Révolution et est conservée aujourd'hui dans l'église Notre-Dame de Versailles. Les deux statues de la Vierge et de saint Jean qui entouraient le Christ ont également été sauvées, et sont conservées dans l'église Saint-Étienne de Chilly-Mazarin[10].
Les quarante stalles et la tribune d'orgue, d'époque moderne, ont également été conservées et sont aujourd'hui dans l'église Saint-Martin de Longjumeau[10].
En plus des reliques de saint Éloi mentionnées par l'abbé Lebeuf, le prieuré conservait également dans une chapelle des reliques de saint Fiacre (comme à Sainte-Catherine de Paris), qui furent vendues le au curé de Laville-du-Bois[11].
Bâtiments claustraux
En ce qui concerne les bâtiments claustraux du prieuré, l'abbé Lebeuf précise que la maison des religieux et le cloître avaient été bâtis en briques, du côté méridional de l'église, par Jacques Lefèvre de Caumartin, petit-neveu du garde des Sceaux Louis Lefèvre de Caumartin, prieur claustral (c'est-à-dire sous-prieur) sous le priorat de Charles-Jean Coiffier d'Effiat[9].
Catherine Guyon, se basant sur l'estimation des biens de l'établissement faite lors de leur vente le , ainsi que sur un plan d'époque moderne, fait cette description du prieuré à la fin du XVIIIe siècle : Les bâtiments claustraux étaient « situés au bout d'une place en forme de demi-cercle à laquelle on accédait par une allée. Ils occupaient les quatre côtés du cloître et comprenaient un rez-de-chaussée et un étage. Le rez-de-chaussée se composait de cinq chambres, d'un réfectoire et d'une infirmerie et le premier étage d'un dortoir et de la bibliothèque »[10].
Bibliothèque
La bibliothèque était située, comme on l'a vu, au premier étage des bâtiments claustraux. En 1790, elle comprenait 3768 volumes de théologie, d'histoire ecclésiastique, de jurisprudence, de philosophie et de sciences, ainsi que des dictionnaires de langue[10].
Autres bâtiments
Catherine Guyon indique qu' « au nord de l'église, se trouvait une vaste cour, avec puits et colombier, entourée de bâtiments agricoles : remises, poulailler, écuries, granges et pressoir »[11].
Personnages inhumés dans la prieurale
Prieurs du Val-Saint-Éloi
- Gautier
La Gallia Christiana précise qu'il reposait dans le chœur et que son épitaphe était :
Qui videt hunc lapidem, Gualterum noscat eidem
Subdi, qui pridem prior esse solebat ibidem :
Hic expers fastus, prudens, discretus, honestus,
Carne fuit castus, animo pius, ore modestus.
Salvet eum Dominus, qui tempore mille trecento
Sex septemque minus illatus in hoc monumento.[12]
- Robert Paulmier
La Gallia Christiana précise qu'il reposait dans le chœur[13].
- Charles-Jean Coiffier d'Effiat
Décédé le , la Gallia Christiana précise qu'il fut inhumé le 25 du même mois dans l'église prieurale, et que son épitaphe était :
Hic jacet
Illustrissimus D. D. Joannes Rusé d'Efiat
Abbas Sancti Saturnini Tolosensis
Triumque fontium, et hujus ecclesiae
Prior commendatarius.
Vir familia splendore, formae elegantia,
Maturitate judicii, morum suavitate
Praeclarus, at religione, fide,
Effusa in pauperes charitate longe praestantior.
Quam dilexit decorem Domus Dei,
Hujus altaris exquisita constructio,
Totius pene reparatio et ornatus templi,
Sex canonicorum ad divina peragenda
Superaddita institutio, aeternum praedicabunt.
Tot, aliisque meritis insignis
Obiit anno aetatis 77. 1698. die 18. Octobris.
In perpetuam tanti viri memoriam
Hoc grati animi monumentum
Cum lacrymis posuere canonici regulares
Hujus ecclesiae.
Requiescat in pace.[14]
Autres personnages
Chanoine (1245-1259) puis archidiacre (1259-1263) de Paris, il devint ensuite évêque d'Évreux (1263-1269). Il fut inhumé en 1269 dans l'église prieurale du Val-Saint-Éloi[15].