Procession de Neuf lieues
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(entre le 10 mai et le 13 juin)
| Procession de Neuf lieues | |
| Type | Procession religieuse |
|---|---|
| Date | lundi de Pentecôte (entre le 10 mai et le 13 juin) |
| Célébrations | culte de saint Maximin |
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La procession de Neuf lieues *
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| Domaine | Pratiques rituelles |
|---|---|
| Lieu d'inventaire | Magnac-Laval |
| * Descriptif officiel Ministère de la Culture (France) | |
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La procession de Neuf lieues est une procession religieuse traditionnelle en l'honneur saint Maximin de Trèves. Longue d’environ 53 kilomètres, elle a lieu chaque lundi de Pentecôte au départ et autour de Magnac-Laval (Haute-Vienne). Elle commence vers une heure du matin, après une messe célébrée à minuit et se poursuit sur une boucle entourant la commune tout en pénétrant dans les neuf communes limitrophes. Le parcours, qui emprunte des voies publiques ou privées et traverse des champs dégagés par les agriculteurs pour l’occasion, comprend 48 stations matérialisées par des croix permanentes fleuries par les riverains pour la procession. Chaque station donne lieu à une prière et une bénédiction.
Saint Maximin, évêque de Trèves de 330 à 346 alors que la ville était l’une des capitales de l’Empire romain, s’est illustré dans la victoire du catholicisme conventionnel contre l’arianisme, doctrine hérétique remettant en cause la nature divine du Christ.
Si la date de la création de la procession n’est pas connue, le culte de saint Maximin est ancien à Magnac-Laval, puisqu’un prieuré lui était dédié en 770. Le parcours actuel, à quelques variations près, est estimé dater de 1591. Des historiens voient en certains rituels un possible héritage de traditions processionnelles agraires de l’antiquité gallo-romaine.
La procession de Neuf lieues est inscrite au patrimoine culturel immatériel depuis novembre 2024.
La prochaine procession de Neuf lieues aura lieu le 25 mai 2026 [1]!
Déroulé de l'événement
La procession des Neuf lieues a lieu à Magnac-Laval et traverse les neuf communes voisines depuis la fin du XVIe siècle, le lundi de Pentecôte, neuf jours après une autre procession, beaucoup plus courte, la procession de La lieue[2].

Après une messe célébrée à minuit en l'église de Magnac-Laval, le cortège se met en route pour parcourir un circuit de neuf lieues, soit environ 53 km, qui se termine vingt heures plus tard à son point de départ. La bannière verte de saint Maximin, patron de la ville auquel est dédiée la procession, est en tête du cortège, suivie par les processionneurs, tandis que la croix et le chœur des chantres accompagnent le prêtre à l'arrière[3].
L'itinéraire comprend 48 arrêts devant des croix[4],[5], toutes parées de verdure et de fleurs. Le nombre de ces croix a varié dans le temps. L'itinéraire en comptait trente-deux autour de 1750, puis quarante-trois et enfin quarante-huit depuis 1843[6].
La première station est la croix Billard, qui marquait la sortie de la ville médiévale. L’officiant, à l’aide de la croix de procession, bénit les processionneurs et leurs couronnes vertes et blanches. Cette bénédiction sera répétée devant chacune des croix suivantes. Les croix sont décorées par les familles du voisinage, présentes derrière "leur" croix devant laquelle tous observent le silence requis[7]. Deux longues haltes sont programmées respectivement à Faye pour le petit-déjeuner et à Sejotte pour le déjeuner, organisé par la confrérie de saint Maximin, aidée de bénévoles[8]. La troisième partie du parcours, entre Séjotte et l'arrivée à l'église, est la plus difficile, du fait que la fatigue se fait sentir, que les croix sont plus espacées et que l'itinéraire traverse de vastes champs argileux[9]. En fin de parcours, à partir de la Croix de Sirvenon, située à deux kilomètres de l'église, la procession devient plus cérémoniale. La statue de saint Maximin, apportée à Sirvenon depuis l'église où elle se trouve de manière permanente, ouvre le cortège sur les épaules de quatre porteurs. Le ou les prêtres ont vêtu leurs vêtements sacerdotaux et les membres de la confrérie de saint Maximin leur écharpe verte à liseré blanc. Le long des derniers kilomètres, une foule dense et chaleureuse accueille les processionneurs, témoignant de l’importance de cette tradition pour Magnac-Laval et les communes qui l’entourent. La procession se termine par une cérémonie, suivie de la remise des médailles à ceux qui ont parcouru tout l'itinéraire[10].
- Procession de 1912 - Haltes à Sejotte et Sirvenon
Déjeuner à Sejotte - Arrêt à Sirvenon
Participer à la procession
L’accomplissement complet du rituel de la procession de Neuf lieues consiste à commencer et finir le circuit de la procession en l'église paroissiale. Chacun peut limiter son parcours à une portion du circuit. Certains commencent la procession à son passage devant leur domicile. Il n’y a pas de règle. Pour certains, la participation se limite à la voir au passage d’une croix, à l’accompagner en voiture dans la journée[8]. Les processionneurs qui ont effectué tout le parcours reçoivent symboliquement une médaille. Médaille souvenir pour la première fois, palme pour la troisième puis médailles particulières pour les cinq, vingt, trente et cinquantième processions[3]. En 2023, deux processionneurs ont atteint le nombre de 50.
- Vues de la procession en 2023.
Ritualité
Le liturgiste Jean Évenou définit la procession comme « une assemblée liturgique en marche. Les éléments permanents d’une procession sont le rassemblement en un lieu de la communauté locale autour de son pasteur, un cheminement ordonné, accompagné de prières et de chants, à la suite de la croix, en direction d’un autre lieu qui en est le but spatial fixe »[11]. À Magnac-Laval, la croix de tête a été remplacée par une bannière[12]. Les chants sont regroupés dans le recueil de prières, reproduction du « Recueil des prières qui se chantent pendant la procession de Neuf Lieues que l’on fait tous les ans Le Lundy de la Pentecôte à Magnac-Laval en Basse-Marche » de 1753, avec notamment l'Hymne en l’honneur de saint Maximin. L’office de la Pentecôte est chanté en grégorien à Magnac-Laval, alors que l’usage du latin a été remplacé depuis Vatican II par celui du français pour la France[13].
Caractéristiques du circuit
Longueur
L’évaluation de la longueur du circuit varie suivant les auteurs : sept à huit myriamètres en 1842[14], soixante km en 1872 [15], quarante-six km vers 1899[Note 1], cinquante-quatre km en 1903[16] ; cette dernière mesure, la plus juste, a été effectuée à la chaîne d’arpenteur par le chanoine Dufour et intégrée dans l’édition du Recueil des prières de 1903. Les auteurs contemporains s’y sont référés systématiquement, ne tenant pas compte des « relatives » modifications du circuit entre les croix. On peut évaluer la distance totale du circuit dans une fourchette pouvant varier de 50 à 54 km, ce qui est cohérent avec la longueur de la lieue de Gascogne de 3.000 toises ou 5.847 mètres, tout en étant proche de celle de la lieue marine de 5,556 km, 3’ de longitude terrestre[17].
Forme du tracé et alignements remarquables
Limaçon de Pascal

Le circuit de la procession de Neuf lieues est particulièrement singulier, tant par sa longueur exceptionnelle parcourue en moins d'une journée, par son important nombre de stations de prière que par la forme de son circuit circumambulatoire en forme de limaçon de Pascal, une courbe plane fermée présentant un point double, obtenue en traçant le mouvement décrit par un point d'un disque roulant (sans glisser) sur un cercle. La courbe a été étudiée par Gilles Personne de Roberval vers 1640-1650, donc postérieurement à la date présupposée de la procession dans sa forme actuelle. Si le circuit s'écarte sensiblement du tracé formel de la figure géométrique, il possède néanmoins un axe orthonormé ayant pour centre l’église de Magnac-Laval et pour axe horizontal les deux croix des communes du Dorat (Montgomard) et de Dompierre (Ayres) dédiées à saint Pierre, fêté le 29 juin, et pour axe vertical les deux croix des communes de Droux (Martyrs) et Lussac-les-Églises (Graulde) dédiées à saint Martial, fêté le 30 juin[18].
Alignements remarquables

Lors de la rentrée en ville en fin de parcours, le soleil couchant accompagne la fin de la procession, la statue dorée du saint apparaissant alors nimbée d'un halo solaire pour les spectateurs attendant près de l’église. Cela est dû à la conjonction de l'orientation est-ouest de l'église et de la voie qui y accède avec la date de l'événement. À la date du lundi de Pentecôte, dans la période du 12 mai au 15 juin, le soleil se couche dans l’axe ouest de l’église, recoupant Chercorat au croisement du circuit[19].
Circumambulation sénestrogyre (tournant vers la gauche)
Le circuit est parcouru dans le sens contraire aux aiguilles d'une montre, une disposition exceptionnelle dans le monde indo-européen, sauf peut-être dans le Limousin, où de nombreuses ostensions et dévotions aux saints se font le plus souvent à main gauche[19]. Cette circumambulation sénestrogyre est vécue comme normale, sans valeur négative ou positive, alors qu’elle est généralement associée dans la Bible à une bipolarité positif-négatif induisant un monde dual ; une dualité omniprésente dans les pratiques populaires[20].
Inscription au patrimoine culturel immatériel
Le procession est inscrite à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel depuis le , dans la catégorie « les pratiques rituelles »[21],[22].
