Wikiwand AI

Projet CORAIL Réunion

From Wikipedia, the free encyclopedia

Le projet CORAIL Réunion (pour COlonisation de Récifs Artificiels ÎLe de la Réunion)[1] a pour objectif la création et l’immersion de récifs artificiels sur le littoral de l’île de la Réunion pour soutenir la pêche artisanale en difficulté et protéger les récifs coralliens existants. Ce projet a été initié en 2007 par le CRPMEM (Comité Régional des Pêches Maritimes et des Élevages Marins de La Réunion) et a eu des résultats encourageants selon les suivis scientifiques.

Situation géographique et climatique

Localisation de l'île de la Réunion.

Le projet CORAIL Réunion se situe sur l'île volcanique de la Réunion par 21° de latitude Sud et 55° de longitude Est à environ 700 km des côtes de Madagascar. La superficie totale de l'île est de 2 500 km2 et elle fait partie intégrante de l'archipel des Mascareignes (avec les îles Maurice et Rodrigues)[2] dans l'Océan Indien.

De par sa position géographique, la Réunion est soumise à des conditions climatiques tropicales. La saison chaude, de mi-novembre à mi-mai, se caractérise par des températures de l'air supérieures à 23,7 °C et la saison fraîche, de mi-mai à mi-novembre, par des températures en dessous. La température de l'eau de mer est de 25,7 °C en moyenne avec des variations pouvant aller jusqu'à 4,6°C. Ces variations sont souvent observées lors des saisons chaudes, de janvier à avril, et des saisons fraîches, de juillet à octobre[2].

Situation humaine et économique

En 2004, la population de la Réunion a été estimée à 774 600 habitants. Depuis l'an 2000, l'île connait une forte croissance démographique avec une population ayant augmenté de 57 600 personnes en quatre ans (entre 2000 et 2004) et on estime qu'un million de personnes seront présentes sur l'île d'ici 2030. Les régions les plus peuplées sont l'Ouest et le Sud car elles concentrent respectivement 25 % et 35 % de la population totale. C'est également dans ces régions que les récifs coralliens sont présents[2].

Le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant était de 13 300 euros en 2002 ce qui représentait un peu plus de la moitié du PIB national. Le secteur primaire comprenant la pêche et l'aquaculture ne représentait que % du PIB total ce qui était relativement faible mais représentatif de la chute de l'industrie de la pêche sur l'île depuis plusieurs années. Le taux de chômage de 33,5 % était également le plus élevé des régions françaises ce qui favorisait une économie parallèle avec la pêche à pied par exemple. La pêche artisanale dans les eaux territoriales était centrée sur les zones Ouest et Sud de l'île tandis que la pêche professionnelle s'exerçait plus au large. La navigation de plaisance via le développement du tourisme était également une activité en progression en 2004[2].

Les récifs naturels réunionnais

Présentation et caractéristiques

Localisation des récifs coralliens de la Réunion et de la Réserve Naturelle Marine[1].

Les écosystèmes récifaux de l'île de la Réunion ont une surface d'environ 12 km2 et s'étendent sur 25 km le long de la côte Ouest de l'île. Ils couvrent moins de 10 % de l'interface côtier et sont peu développés à cause de l'activité volcanique. Actuellement, il existe quatre récifs naturels différents qui sont :

  • le récif frangeant de Saint-Gilles-La Saline,
  • le récif frangeant de Saint-Leu,
  • le récif frangeant de l'Étang-Salé,
  • le récif frangeant de Saint-Pierre / Petite Île et les plateforme récifales de Grand-Bois et de Grande Anse au Sud[3].

L'âge des récifs réunionnais est estimé à moins de 10 000 ans. Ils sont relativement jeunes à l'échelle des temps géologiques, c'est ce que l'on appelle des récifs de type frangeant (premiers stades des récifs coralliens). Malgré leur jeune âge, la biodiversité de ces récifs est élevée : en 2005, on estimait qu'environ 2 832 espèces (poissons, mollusques, éponges, micro-organismes, etc) étaient inféodées aux structures coralliennes. De plus, la biodiversité pourrait être beaucoup plus élevée car toutes les espèces sont encore loin d'être connues. Les recherches sur les récifs sont gérées essentiellement par des Universités à travers des Instituts de recherches et par des organisations non gouvernementales (ONG). L'environnement marin est également géré par un service de l'État (Direction Régionale de l'environnement)[2].

Fonctions

Les récifs coralliens de la Réunion : là où la mer et la terre se rencontrent.

Les récifs coralliens de la Réunion sont ce que l'on appelle une interface plurifonctionnelle. C'est-à-dire qu'ils sont des endroits où la mer et la terre se rejoignent tout comme la nature et la société. Ils remplissent de ce fait plusieurs fonctions essentielles au bon fonctionnement de l'écosystème.

Les récifs coralliens sont tout d'abord une interface entre la mer et la terre. De ce fait, ils jouent deux rôles importants qui sont celui de la protection et celui de l'enrichissement. Les structures récifales protègent généralement les côtes de par leur seule présence qui dissipe l'énergie des vagues arrivant sur le rivage et donc limite l'érosion. Les récifs sont aussi un refuge pour les poissons herbivores et les poissons juvéniles contre les prédateurs. Les coraux permettent également un enrichissement du milieu océanique. Cela se fait grâce aux flux de matières vivantes et mortes qui sont échangés entre l'océan Indien et l'île. Cela permet aux végétaux et aux animaux marins de trouver plus facilement de quoi s'alimenter, se reproduire et se cacher. Les coraux sont donc à la base du réseau alimentaire côtier.

Les systèmes récifaux représentent aussi une interface entre la nature et la société humaine. Ils fournissent des ressources en poissons pour la pêche mais sont aussi de bons endroits pour développer le tourisme.

De par leur seule présence, ils participent à l'équilibre socio-économique de la Réunion à travers sept fonctions importantes qui sont :

  • les fonctions récréatives (plongée sous-marine, etc.),
  • les fonctions touristiques,
  • les fonctions alimentaires (pêche),
  • les fonctions cadre de vie et esthétique,
  • les fonctions économiques (pêche, tourisme, etc.),
  • les fonctions sociales,
  • les fonctions culturelles.

Toutes ces fonctions sont reliées et dépendantes entre elles. Cet équilibre est cependant très précaire du fait que l'écosystème corallien est très vulnérable et fragile à la Réunion et a tendance à être touché et dégradé par les pressions naturelles et anthropiques (humaines) à cause de sa jeunesse et de sa petite surface de développement[3]. Au vu des nombreuses fonctions des récifs coralliens de l'île, il serait problématique pour les Réunionnais de perdre ces structures.

Menaces

Selon les caractéristiques des récifs coralliens, ils sont donc plus susceptibles à subir des dégradations que d'autres écosystèmes plus résilients. Les agressions que peuvent subir les récifs sont de deux natures : les agressions naturelles et les agressions d'origine anthropique, c'est-à-dire d'origine humaine.

Les menaces d'origine naturelle

Les menaces d'origine naturelle pouvant dégrader les coraux sont les cyclones car ils peuvent provoquer de fortes houles cassant les coraux. Les épisodes de blanchissement des coraux, causés par des variations de la température et/ou de la salinité, une acidification de l'eau de mer, etc, fragilisent les récifs à tel point que le moindre autre stress peut causer leur mort. La prolifération de l'étoile de mer Acanthaster plancii se nourrissant presque exclusivement de coraux est aussi une grande menace car aucun moyen de lutte contre cette espèce invasive n'a encore été trouvé. Pour finir, l'érosion et la sédimentation des structures récifales les abiment progressivement[3]. Les récifs de l'île de la Réunion ont notamment été touchés par deux épisodes de blanchissement en 2003 et 2004, ce qui les a beaucoup affaiblis et rendus plus vulnérables aux pressions naturelles mais aussi anthropiques[2].

Les menaces d'origine humaine

Les menaces d'origine naturelle peuvent mettre en péril les structures coralliennes mais seulement dans une moindre mesure. Elles ne peuvent pas à elles seules provoquer la destruction des récifs mais leurs impacts peuvent être fortement renforcés par les pressions d'origine humaine qui les rendent moins résilients aux menaces naturelles. Les impacts anthropiques sur les écosystèmes récifaux peuvent être directs ou indirects :

  • les impacts directs sont la surfréquentation des récifs et la surexploitation des ressources associées ;
  • les impacts indirects peuvent être l'urbanisation et la pollution urbaine, industrielle et agricole.

À l'époque du projet CORAIL Réunion, en 2007, les coraux de l'île de la Réunion se dégradaient. Ils étaient (et le sont toujours) traditionnellement exploités pour la pêche. Cependant, ils sont de plus en plus surexploités ce qui les met en danger et cause des problèmes de rentabilité pour les petits pêcheurs artisanaux, qui pour certains doivent partir au chômage. Les récifs sont également endommagés par les activités touristiques, les ancrages de bateau de plaisance et la pêche de loisir. L'urbanisation liée à la forte croissance démographique en cours affecte réellement les coraux et provoque également une hausse des activités agricoles pour nourrir tous les habitants de l'île. Les activités agricoles provoquent une augmentation de matériel terrigène dans les milieux récifaux lorsque de fortes pluies les amènent dans l'océan par ruissellement ce qui cause l'eutrophisation.

L'état des récifs coralliens à la Réunion est assez problématique car ils sont réellement dégradés par les menaces naturelles et humaines. En 2000, seulement 1% des platiers coralliens étaient considérés comme étant encore à leur stade originel, 54% étaient faiblement dégradés tandis que 32% étaient moyennement dégradés et 13% fortement abimés. De plus, entre 1998 et 2006, la couverture algale a pris le dessus sur la couverture récifale vivante ce qui veut dire que la surface des récifs diminue graduellement.

Étant donné qu'il est indispensable de protéger les récifs coralliens de l'île de la Réunion pour qu'ils continuent à assurer leurs fonctions essentielles, la Réserve Naturelle Marine de La Réunion a été créée en février 2007. Elle contient 75% des récifs coralliens de l’île et la pêche y est interdite[2].

Objectifs du projet

La création de récifs artificiels sur l'île de la Réunion peut être une réponse à beaucoup de ces problématiques. Tout d'abord, les récifs artificiels permettraient d'accroitre la surface des récifs réunionnais qui a tendance à diminuer. Ils peuvent également servir de support à la colonisation et au regroupement des organismes marins tout en favorisant la croissance et la survie des petits poissons. Les récifs artificiels permettraient également d'alléger les pressions naturelles et humaines déjà en cours sur les récifs naturels, de créer de nouvelles zones de biodiversité marine et de repermettre certaines activités humaines telles que la pêche et la plongée tout en continuant à protéger les récifs déjà présents[4].

Ce projet s'inscrit directement dans le thème du développement durable car il pourra surement être bénéfique pour l'environnement, l'économie et le social. En effet, il possède plusieurs buts :

  • buts environnementaux  : l'enrichissement du milieu marin, la valorisation de matériaux recyclés et le projet n'est pas dangereux pour l'environnement ;
  • but économiques  : la relance de la pêche côtière, l'optimisation de la gestion des ressources en poissons et la création de sites touristiques ;
  • buts sociaux : être un support d'étude pour la recherche scientifique, la sensibilisation du public à la protection de l'environnement et notamment du milieu marin et la gestion concertée de la zone par les pêcheurs, les plongeurs et les chercheurs[4].

Les récifs artificiels qui seront crées dans le cadre du projet CORAIL Réunion seront des récifs de production pour contrer la baisse de productivité des récifs naturels. De plus ils seront installés sur des fonds sableux, dans des endroits où il n'y a initialement pas de récifs ce qui permettra de créer des endroits de production supplémentaires pour la pêche locale en attirant, concentrant et protégeant les poissons des prédateurs[2].

Ce projet et ces objectifs ne sont pas nouveaux. En effet, une grande proportion des récifs artificiels installés à travers le monde a pour objectif d'améliorer l'écologie des écosystèmes marins et la gestion de la pêche ainsi que la production, la mise en valeur et l'amélioration des pêcheries. Cependant, uniquement la moitié des projets atteignent leurs objectifs d'où l'importance d'un encadrement scientifique[5].

Les étapes du projet

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Timelines

Top Qs

Fact Checks