Madagascar

pays insulaire situé dans la partie occidentale de l'océan Indien From Wikipedia, the free encyclopedia

Madagascar (en malgache : Madagasikara), en forme longue république de Madagascar[8] (en malgache : Repoblikan'i Madagasikara), est un État insulaire situé dans l'océan Indien et géographiquement rattaché au continent africain, dont il est séparé par le canal du Mozambique. Longue de 1 580 km et large de 580 km, Madagascar couvre une superficie de 587 000 km2 qui la classe quatrième île du monde, après le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo. Sa capitale est Antananarivo[9] et le pays a pour monnaie l'ariary. Ses habitants, les Malgaches, sont un peuple issu d'un mélange de populations d'origines austronésiennes et est-africaines (bantoues) avec des influences arabes, indiennes et européennes, à degrés variables selon les régions mais parlant une langue malayo-polynésienne : le malgache. Le pays est entouré par d'autres îles et archipels : les Comores (dont Mayotte), les Mascareignes (dont La Réunion et Maurice), les îles Éparses et les Seychelles[10]. Une revendication sur les îlots des éparses, autrefois rattachés au protectorat français de Madagascar, a été émise par Madagascar en 1973[11][réf. à confirmer].

Devise en malgache : Fitiavana, Tanindrazana, Fandrosoana  Amour, Patrie, Progrès »)
Hymne en malgache : Ry Tanindrazanay malala ô  Ô, notre chère patrie »)
· Événement commémoré
Indépendance vis-à-vis de la France ()
Faits en bref Devise, Hymne ...

République de Madagascar

(mg) Repoblikan'i Madagasikara

Drapeau
Drapeau de Madagascar
Blason
Emblème de Madagascar
Devise en malgache : Fitiavana, Tanindrazana, Fandrosoana  Amour, Patrie, Progrès »)
Hymne en malgache : Ry Tanindrazanay malala ô  Ô, notre chère patrie »)
Fête nationale
· Événement commémoré
Indépendance vis-à-vis de la France ()
Description de l'image Madagascar (centered orthographic projection).svg.
Description de l'image Madagascar-carte.png.
Administration
Forme de l'État République unitaire à régime semi-présidentiel
Chef de l'État Michaël Randrianirina
Premier ministre Mamitiana Rajaonarison
Président du Sénat Vacant[1]
Président de l'Assemblée nationale Siteny Randrianasoloniaiko
Parlement Parlement malgache
Chambre haute
Chambre basse
Sénat
Assemblée nationale
Langues officielles Malgache
Français
Capitale Antananarivo

18° 54′ 44″ S, 47° 31′ 18″ E

Géographie
Plus grande ville Antananarivo
Superficie totale 587 041 km2
(classé 48e)
Superficie en eau 0,95 %
Fuseau horaire UTC +3
Histoire
Entités précédentes
Indépendance Drapeau de la France France
(65 ans)
Royaume de Madagascar 1817-1897
Colonie de Madagascar et dépendances 1897-1958
République malgache (Ire République) 1958-1975
République démocratique malgache (IIe République) 1975-1992
République de Madagascar (IIIe République) 1992-2010
République de Madagascar (IVe République) 2010-
Démographie
Gentilé Malgache
Population totale (2023[2]) 30 325 732 hab.
(classé 53e)
Densité 52 hab./km2
Économie
PIB nominal (2025) en augmentation 19,38 milliards de dollars[3]
PIB (PPA) (2025) en augmentation 64,14 milliards de dollars][3]
PIB (PPA) par hab. (2013) en augmentation 1 414 dollars
Monnaie Ariary (MGA)
Développement
IDH (2021) en stagnation 0,501[4] (faible ; 173e)
IDHI (2021) en augmentation 0,367[4] (133e)
Coefficient de Gini (2012) en augmentation 42,6 %[5]
Indice d'inégalité de genre (2021) en augmentation 0,556[4] (143e)
Indice de performance environnementale (2022) en diminution 28,0[6] (167e)
Divers
Code ISO 3166-1 MDG, MG
Domaine Internet .mg
Indicatif téléphonique +261
Code sur plaque minéralogique RM
M (sur certaines plaques)
Organisations internationales

Drapeau des Nations unies Nations unies ()
Drapeau de l'Union africaine Union africaine (adhésion le , mais suspendue depuis le 15 octobre 2025[7])
FMI ()
OIF ()
Drapeau de la SADC SADC

()
COMESA
BAD
INBAR
CIR
G33
CAMES
Fermer

Durant la majeure partie du XIXe siècle, l'île est administrée par le royaume de Madagascar, cette administration s'exerce dans le cadre du protectorat français de Madagascar après 1883, à la suite de la première expédition de Madagascar. Considérant que le protectorat est peu appliqué par le gouvernement malgache, la France organise une deuxième expédition militaire à partir de 1895. Les établissements français de Diego-Suarez, de Nosy Be et de l'Île Sainte-Marie sont rattachés au protectorat le . Les troubles consécutifs à l'intervention militaire française conduiront, en 1897, à la fin de l'autonomie malgache, à l'annexion de l'île par la France et à la réunion de l'ancien protectorat et d'autres territoires français au sein de la colonie de Madagascar et dépendances.

Le premier gouvernement autonome malgache renaît le lorsque la république de Madagascar est proclamée sur le territoire de l'ancien protectorat (territoire de l'ancien royaume mérina et des anciens établissements français de Diego-Suarez, de Nosy Be et de l'île Sainte-Marie) tout en restant membre de la Communauté française. En 1960, comme d'autres pays africains francophones, la République malgache accède à l'indépendance, ce qui fait du pays l'un des premiers à devenir souverain dans cette zone de l'océan Indien.

Le pays est divisé en six anciennes provinces (faritany) historiques, de même nom que celui de leurs capitales : Antananarivo (ou Tananarive), Antsiranana (ou Diego-Suarez), Fianarantsoa, Majunga (ou Mahajanga), Tamatave (ou Toamasina) et Toliara (ou Tuléar).

Durant vingt siècles, Madagascar a été façonnée par des peuples venant d'horizons divers (Afrique, Sud-Est asiatique (Indonésie), Proche-Orient, Europe, etc.) pour créer la société pluriculturelle malgache actuelle. Ce pays de plus de 30 millions d'habitants est très diversifié sur le plan culturel et compte 18 ethnies distinctes (foko = « groupe », « tribu », « caste »), ou nations autochtones, parlant chacune un dialecte malgache, ainsi que trois minorités arrivées au cours des trois derniers siècles, les Karanes, les Sinoas et les Vazahas.

Madagascar appartient au groupe des pays les moins avancés selon l'ONU[12]. En effet, Madagascar fait face à une croissance insuffisante et une pauvreté persistante, en grande partie à cause de faiblesses de la gouvernance[13].

Géographie

Toponymie

L'île de Madagascar est nommée de bien des façons au cours des siècles par les différents peuples qui l'ont visitée : on lit chez les navigateurs les noms de Ménouthias (dans la Géographie de Ptolémée, mais il n'est pas sûr qu'il désigne bien cette île), Phébol, Qanbalû (par les Arabes), Bukini (en swahili), Wakwak (pour certains peuples malgaches), Cerné, Malichu ou Madeigester, sans qu'il soit toujours certain que tous ces témoignages se rapportent bien à la même île[14].

Le nom arabe de Madagascar est « Ķ(u)mr’ » (homonyme d'une montagne africaine, peut-être le Kilimandjaro et non de la lune - qamar - comme souvent affirmé), qui a peut-être désigné toutes les îles situées sous le nuage de Magellan avant d'être finalement réservé aux îles Comores Jouzour al qomr »)[15]. Quant aux Portugais, ils la baptisent brièvement São Lourenço, découverte par Diogo Dias, le , jour de la Saint Laurent[16],[15].

Le terme « Madagascar » est d'origine européenne et semble être une translittération de l'arabe ملاي جزيرة soit malay-jazayra, « île malaise » (les Arabes ayant remarqué la parenté linguistique entre Malgaches et Malais, avec qui ils commerçaient). Ce mot a d'ailleurs également eu des traductions latines en malai insula, abrégé en malains[h]u puis Malichu, forme que l'on retrouve sur certaines cartes de la Renaissance[14].

Pour d'autres, le nom de « Madagascar » serait issu d'une faute de scribe écrivant le nom persan de l'île Madagasbar, puisque Madgâshî-bar signifierait dans cette langue le « pays des malgaches »[17].

Certaines sources suggèrent que ce serait également l'étymologie de Ķ(u)mr’, qui pourrait être apparenté à khmer (même si Khmers et Malais sont des peuples bien distincts)[15].

Situation, délimitation

Situé dans la partie sud-ouest de l'océan Indien, au sud de l'équateur et traversé par le tropique du Capricorne, Madagascar est la quatrième plus grande île du monde en superficie (591 896 km2)[18] après le Groenland, la Nouvelle-Guinée et Bornéo. Elle fait partie de l'Afrique, le canal du Mozambique, d'une largeur d'environ 400 km, la séparant de l'Afrique de l'Est continentale.

La Grande Île, parfois appelée « l'île Rouge » en référence à la latérite qui colore ses plateaux, s'étire sur 1 580 km du nord au sud, pour 500 km d'est en ouest avec un maximum à 575 km, et comporte 4 828 km de côtes. Elle est entourée de l'archipel des Comores (300 km au nord-ouest), des Seychelles (1 000 km au nord), de La Réunion (800 km à l'est), de l'île Maurice (868 km à l'est), du Mozambique (400 km à l'ouest) et est ceinturé par les Îles Éparses de l'océan Indien (Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Europa).

Relief

Le relief divise le pays en trois bandes : à l'est, une étroite bande de falaises s'aplanit brusquement en une mince plaine côtière bordée par l'océan Indien ; des hauts plateaux au centre, enfin à l'ouest, une zone plus large et plus étalée, occupée par des plaines alluvionnaires à faible déclivité jusqu'au canal du Mozambique.

Les hauts plateaux centraux dans le sens nord-sud ont une altitude oscillant entre 800 et 1 500 m et couvrent 60 % de l'île ; ils s'élèvent brusquement lorsqu'on approche le pays par la côte est et descendent beaucoup plus doucement vers les vastes plaines de l'Ouest. Les hauts plateaux comptent trois principaux massifs : au nord, le Tsaratanana, qui possède le plus haut sommet de l'île (un pic volcanique de 2 876 m d'altitude, le Maromokotro), au centre le massif volcanique de l'Ankaratra avec 2 642 m d'altitude au Tsiafajavona et au sud l'Andringitra, qui culmine au pic Boby à 2 658 m.

Un caméléon panthère dans le Parc national de la Montagne d'Ambre.

Outre ces ensembles montagneux majeurs, on distingue aussi au nord, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest du Maromokotro, dans la région Diana, la chaîne Tsiafapandroaka, dont l'altitude moyenne est de 508 m. Toujours dans la même région, on trouve la chaîne de l'Andrafiamena, qui culmine à une altitude de 760 m. Elle fait partie de l'aire protégée Andrafiamena-Andavakoera. Au sud-ouest, répartie sur les régions Menabe et Atsimo-Andrefana, se situe la chaîne de Makay, d'une longueur de 120 km sur 50 km de large et culminant à environ 750 m d'altitude. Très sauvage, sillonné de nombreux canyons, cet ensemble montagneux est encore peu connu du grand tourisme. Plus au sud, dans la région d'Ihorombe, se dresse le massif de l'Isalo, très original par son relief ruiniforme et ses canyons, et qui, pour ces raisons, a fait l'objet d'un parc national[19]. Son altitude atteint 1 304 m au Mitsinjoroy[20]. Au sud et sud-est, en se dirigeant vers la côte orientale, on rencontre les monts de l'Ivakoany, qui s'élèvent à 1 644 m. De là partent vers le nord les monts Kalambatritra (1 842 m) qui séparent la vallée de l'Onilahy (qui coule vers le canal du Mozambique) de celle de l'Ionaivo (qui coule vers le nord pour se jeter dans la Mananara)[21].

La côte orientale est bordée de lagons abrités par une barrière de corail. La côte nord-ouest (sur le canal du Mozambique) comporte de nombreuses îles dont celles de Nosy Be et Nosy Mitsio.

Hydrographie

Le fleuve Fiherenana, sur le versant ouest.

L'hydrographie de Madagascar est caractérisée par une distribution asymétrique de ses cours d'eau, influencée par la topographie et les précipitations. À l'est de l'île, les cours d'eau sont abondants et longs, coulant à travers des régions forestières et montrant une forte pente, alimentés par les précipitations régulières. Ces cours d'eau, tels que le fleuve Mananjary, maintiennent un débit constant tout au long de l'année, bien que leur eau puisse prendre une teinte brunâtre due à l'érosion accrue des terres forestières. En revanche, les fleuves de l'ouest, prenant source sur les hautes terres, sont généralement plus longs mais moins abrupts, avec des variations saisonnières marquées de débit, influencées par les saisons de pluie et de sécheresse. Ces cours d'eau, comme le Mangoky, présentent des crues impressionnantes pendant la saison des pluies, teintées en rouge par l'érosion des sols occidentaux. Les plaines de l'ouest peuvent être sujettes à des inondations dévastatrices après le passage de cyclones, affectant les habitants et leurs cultures[22],[23].

Le lac Tritriva, d'origine volcanique

Les étendues d'eau de Madagascar, couvrant environ 0,94 % de la superficie totale, forment un ensemble diversifié[22], entre autres:

Île éparses

En 1896, l'empire colonial français déclare que « Madagascar et les îles qui en dépendent » deviennent colonie française. Les îles Éparses de l'océan Indien deviennent alors un territoire administré depuis le protectorat de Madagascar. Mais, à la veille de l'indépendance de Madagascar (), l'État français promulgue un décret détachant « nommément le récif de Tromelin, l'archipel des Glorieuses et les îlots Juan de Nova, Europa et Bassas da India du territoire de la République autonome de Madagascar » (qui fut créé le ) pour les placer sous l'autorité directe du ministre responsable de la France d'outre-mer.

Au moment de l'indépendance malgache, l'intérêt géopolitique des îles Éparses de l'océan Indien est central, ces îles étant situées sur une importante route maritime permettant de relier l'Asie et le Moyen-Orient à l'Europe et l'Amérique, comportant une importante zone économique exclusive (ZEE) et pouvant servir de site d'essai nucléaire. C'est dans ce contexte que le général de Gaulle réaffirme l'importance de l'absence de prétentions de souveraineté de Madagascar sur ces îles :

« Je mets en garde le Quai d'Orsay pour n'importe quelle emprise de Madagascar sur les îles et îlots français avoisinants. Cela ne se justifie d'aucune manière et risque d'entraîner des inconvénients. Les îles et îlots peuvent revêtir pour nous une importance réelle, notamment en ce qui concerne nos expériences atomiques. Je n'approuve donc pas qu'on introduise Madagascar en quoi que ce soit qui se passe dans ces îles, notamment en ce qui concerne la météo[24],[25]. »

Géologie

Carte des terres émergées au Trias, montrant deux supercontinents, la Laurasie et le Gondwana.
Mouvements continentaux dans le cadre de la tectonique des plaques.
Parc national de l'Isalo.

La tectonique des plaques montre qu'au Permo-Trias (250-200 Ma), Madagascar, l'Inde, l'Afrique, l'Australie, l'Antarctique et l'Amérique du Sud étaient réunis en un supercontinent appelé Gondwana, qui commençait à se démanteler. Il y a 250 millions d'années, le Gondwana se disloque pour former les cinq continents : à une première phase de formation de rift qui débute au Permo-Trias, succède une phase d'ouverture océanique du Jurassique moyen au Crétacé supérieur (180-70 Ma) : ceci donne naissance aux bassins de Somalie au nord et du Mozambique au sud, reliés par la ride de Davie. La plaque indo-malgache est alors entraînée vers le sud[26]. L'extension de la dorsale centrale indienne, il y a 150 Ma, sépare l'Inde de Madagascar avec un épisode de compression le long de la ride de Davie alors exhumée. Au cours de cette ouverture océanique se forme un épaulement de rift (à l'origine des actuels Ghats occidentaux, chaîne de montagnes de l'Ouest indien). L'Inde opère ensuite une remontée du sud au nord vers l'Asie, il y a entre 150 et 50 millions d'années, à une vitesse estimée à environ 15 cm par an : ce processus aboutit à une collision avec la plaque eurasiatique (au niveau de l'ancien Tibet), provoquant la surrection de l'Himalaya et l'expulsion du bloc indochinois vers le sud-est[27].

L'amincissement lithosphérique et la remontée asthénosphérique à la hauteur de Madagascar suggèrent que l'île est soumise à une extension Est-Ouest depuis le Miocène, contemporaine et de direction parallèle à l'ouverture du rift Est-Africain. Ainsi, le rifting afromalgache qui se développe actuellement témoigne de la reprise, depuis le Néogène, du démantèlement du Gondwana[28].

Cette origine permet d'expliquer l'existence d'une faune et d'une flore communes à Madagascar et au sud des continents africain, asiatique et américain, ainsi que des profils géologiques très proches.

Néanmoins, l'isolement de Madagascar au cours des temps géologiques a fait évoluer la faune et la flore de façon unique. On trouve donc sur la Grande Île des espèces particulières qui n'existent nulle part ailleurs (endémiques), dont les lémuriens sont un exemple célèbre (bien qu'on puisse en trouver sur l'archipel des Comores). D'un point de vue géologique, on retrouve dans la structure de la Grande Île toutes les périodes de l'histoire de la planète.

Le point culminant de Madagascar est le Maromokotro dans le massif du Tsaratanana dans le massif volcanique nord, qui culmine à 2 876 m d'altitude.

Du fait de son relief, Madagascar réunit une véritable mosaïque de paysages. L'île est faite de contrastes entre le bush du grand Sud, les forêts humides de l'est, les hauts plateaux granitiques du centre, parfois surmontés de massifs volcaniques et les savanes des collines sédimentaires de l'ouest.

L'île de Madagascar bien que faisant partie de l'Afrique, est parfois surnommée « le huitième continent »[29].

Climat

Madagascar est découpé en cinq zones climatiques :

  • au nord et nord-ouest, la région reçoit des pluies annuelles abondantes pendant la mousson, période qui dure de décembre à avril. Le climat est de type tropical et les températures varient de 15 à 37 °C ;
  • sur la côte est, du nord-est au sud-est, règne un climat tropical humide et la côte rectiligne est exposée annuellement aux alizés et aux cyclones tropicaux dévastateurs, entre les mois de janvier et mars ;
  • la grande région de l'ouest de Madagascar est moins pluvieuse que la précédente et se caractérise par un climat tropical de savane. Les températures y varient de 6 à 37 °C ;
  • au centre de l'île, les Hautes Terres se trouvent à une altitude qui varie de 1 200 à 1 500 m. Le climat peut être assimilé à un climat de type subtropical à pluies estivales dominantes, avec des températures annuelles moyennes de l'ordre de 20 °C ;
  • l'extrême sud de la Grande Île est très sec et les pluies sont rares. L'amplitude thermique est très élevée allant de −6 à 40 °C. Le climat est de type subdésertique.

L'île subit l'influence des alizés et de la mousson. Il existe deux saisons : la saison des pluies (saison chaude), de novembre à avril, et la saison sèche (saison fraîche), de mai à octobre.

Dans le passé, d'importantes variations climatiques et environnementales (« hypervariations ») semblent avoir touché certaines parties de la grande île[30], qui pourraient expliquer le « nanisme » de certaines espèces de lémuriens (microcèbes)[31].

Madagascar est particulièrement exposée au changement climatique[32]. L'île a en effet été classée septième pays le plus affecté par le changement climatique en 2017 par le Global Climate Risk Index. Dans une étude publiée par le WWF en , l'ONG écrivait que « les résultats des projections des scientifiques sur la Grande Ile sont alarmants. Même si nous limitons l'augmentation de la température de la Terre à 2 °C objectif des pays signataires de l'accord de Paris —, la situation climatique sera insoutenable pour 25 % des espèces de Madagascar. Ce qui provoquera leur extinction dans les années 2080 »[33].

Fin janvier 2022, la tempête Ana provoque la mort de 48 personnes et le déplacement de 72 000 Malgaches ayant perdu leur maison[34].

Milieu naturel

La déforestation et la dégradation environnementale causent l'érosion des sols, elle-même facteur de disettes.
Madagascar abrite une des faunes endémiques les plus riches au monde, en voie rapide de régression.

Très étirée entre l'équateur et le tropique du Capricorne, l'originalité de Madagascar réside dans son extrême diversité : la variété du relief et du climat a favorisé la biodiversité d'une flore et d'une faune caractérisées par un important taux d'endémisme, bien que l'île n'abrite plus qu'une partie de sa forêt primaire.

Récifs de corail, plages de sable fin, arbres du voyageur (ravinala), allées de baobabs, jungle aquatique, savanes. La côte nord-ouest est protégée par une barrière corallienne comme un atoll. Le littoral oriental est une chaîne de falaises couronnées d'arbres géants. À l'intérieur, au nord, des cuvettes fertiles ; au sud, une brousse d'épineux ; au centre, des montagnes.

Rizière Nosimbary à Mahavanona (Province d'Antsiranana)

En 2003, le Président Marc Ravalomanana a annoncé qu'il triplerait la superficie des aires protégées de l'île pour atteindre six millions d'hectares. En , le pays a créé un million d'hectares d'aires protégées nouvelles. En 2007, plus d'un million d'hectares supplémentaires (soit un total de 3,7 millions d'hectares) incluant :

  • le corridor biologique / corridor forestier « Fandriana-Vondrozo » ;
  • le complexe de lacs, rivières et forêts des zones humides de Mahavavy-Kinkony (côte nord-ouest) dans le District de Mitsinjo (Sud-est) et incluant le second lac le plus grand du pays, à environ 80 km de Mahajanga. Bien qu'abritant l'industrie sucrière Sirama, ce complexe reste d'une extrême richesse en biodiversité et associe la rivière de Mahavavy, le lac Kinkony, la forêt de Tsiombikibo, la baie de Boeny Aranta et les mangroves littorales. Sur 30 espèces de poissons, cinq sont endémiques ; sur 18 espèces de reptiles, 12 sont endémiques ; sur 133 espèces d'oiseaux, 57 sont terrestres dont 45 endémiques et 76 sont aquatiques dont 23 sont endémiques ; quatre lémuriens, un rongeur et un carnivore bénéficient aussi de protection ;
  • la forêt sèche centrale du Menabe (sud-ouest de l'île).

Faune, flore et biodiversité

Lémur catta, parc national de l'Isalo.
Carte (modélisation) de la répartition de la biodiversité sur l'île.
Le Ravinala, endémique de Madagascar.

Madagascar est isolée de l'Afrique continentale et de l'Asie depuis plus de 80 millions d'années et a développé une flore et une faune distinctives, avec plus de 90 % de ses espèces endémiques à la nation insulaire[35]. La biodiversité de l'île est fortement menacée[36].

L'isolement biogéographique de Madagascar, la variété des climats et des reliefs ont favorisé le développement d'une faune et d'une flore uniques au monde, en partie endémiques (dont l'Hapalémur gris du lac Alaotra (Hapalemur alaotrensis), unique primate au monde à vivre dans des roseaux). On découvre encore de nouvelles espèces dans le pays ; en 11 ans, au début du XXIe siècle, ce sont ainsi 41 mammifères, 61 reptiles, 69 amphibiens, 17 poissons, 42 invertébrés et 385 plantes qui ont été découvertes sur l'île, soit plus de 600 nouvelles espèces animales et végétales au total. Parmi elles figurent le plus petit primate du monde, un lémurien de dix centimètre (Microcebus berthae) ou encore un caméléon au museau inhabituellement long (Calumma crypticum)[37]. Dans les espèces végétales remarquables, on peut citer le Baobab amoureux. Un grand nombre de ces espèces, animales ou végétales, ont été nommées avec l'épithète spécifique madagascariensis ou madagascariense. Un genre d'araignées et un genre de serpents ont également été nommés en référence à Madagascar : Madagascarchaea et Madagascarophis.

Cette biodiversité est cependant très fragilisée par le développement de l'agriculture et par la déforestation en partie illégale. Les Malgaches pratiquent de façon intense la culture sur brûlis.

Madagascar a perdu 44 % de sa couverture forestière depuis les années 1950. Entre 50 000 et 100 000 hectares de forêts sont détruits chaque année[38].

La faune marine est également très riche, bien qu'encore mal connue.

L'avifaune de Madagascar comprend 294 espèces dont 107 endémiques : voir la liste des espèces d'oiseaux de Madagascar. Les amphibiens de Madagascar comportent 247 espèces dont 245 endémiques : voir la liste des amphibiens de Madagascar.

L'île abrite les deux tiers des caméléons présents dans le monde et 50 espèces de lémuriens que l'on ne trouve que sur place[39] ; parmi ces derniers qui représentent 15 % des espèces et sous-espèces de primates connus au monde[40], 96 % des espèces de lémuriens sont considérées comme étant menacées d'extinction. D'ici à 2070, 95 % de l'habitat des lémuriens pourraient être détruits du fait de la déforestation et du réchauffement climatique[41].

Histoire

Origines de la population malgache actuelle

Les découvertes archéologiques permettent d'envisager une première présence de l'espèce humaine à Madagascar il y a au moins 10 000 ans[42],[43]. Ce sont des traces d'actes de boucherie sur un oiseau géant, l'æpyornis, espèce aujourd'hui disparue.

L'origine de la population malgache actuelle est diverse et discutée. Les Malgaches sont tantôt considérés comme majoritairement d'ascendance austronésienne (comme leurs langues) tantôt, compte tenu de la proximité de l'Afrique (400 km des côtes de Madagascar), comme majoritairement Africains. Des origines indiennes, mélanésiennes ou même phéniciennes ont été aussi proposées[44].

Une grande étude pan-génomique (le projet MAGE, Madagascar Génétique et Ethnolinguistique[45]) a été lancé sur tout le territoire malgache. Cette étude a montré en 2018 que chaque Malgache est le fruit d'un ancien métissage entre des populations de langue austronésienne et de populations de langue bantoue[46]. Les proportions de chromosomes Y des études génétiques récentes sur les Malgaches ont montré que leurs ancêtres étaient africains et asiatiques[47] Trois ethnies malgaches, les Antemoros, les Vézos et les Mikeas, ont environ 70 % d'ascendance africaine et 30 % d'ascendance asiatique[47]. Dans une étude récente menée à l'échelle de l'île, les proportions de chromosomes Y selon l'étude montrer pourcentages de Africain et Asiatique (70,7 contre 20,7 ou 51 % contre 34 %). Cependant, les lignées d'ADNmt, transmises de la mère à l'enfant, sont à l'opposé (42,4 % d'origine africaine contre 50,1 % d'origine est-asiatique)[48],[49],[50]. Le chromosome Y exclusivement masculin des fréquences paternelles d'Asie de l'Est/Sud-Est telles que l'haplogroupe O-M175 varie de 45 % chez les Antalaotra, 16 % chez les Ampanabaka, 5 % chez les Anteony. En revanche, l'haplogroupe masculin africain tel que E1b1a1 constituait 76 % de la diversité génétique des Ampanabaka, mais seulement 7 % chez les Antalaotra et 12 % chez les Anteony[51].

Carte des langues apparentées a la famille des langues bantoues
Carte de l'expansion des austronésiens.
Waka, « canoë à balancier » austronésien qui a donné au malgache le mot vahoaka (le « peuple », du proto-austronésien *va-waka, « ceux des canoës », « peuple de la mer ».
Bas-relief du temple de Borobudur (VIIIe siècle) dans le centre de Java en Indonésie, montrant un bateau à balancier typique de la technologie navale austronésienne.
Vaγimba, « ceux de la forêt » en proto-barito du Sud-Est (ancienne langue austronésienne dont la branche moderne dite « barito oriental » regroupe le malgache et des langues parlées par des peuples Dayaks du bord du fleuve Barito à Bornéo (Kalimantan du Sud) : ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku).

Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes — archéologiques[52], linguistiques[53],[54],[55] et historiques[56] — confirment ce mélange[57] :

  • génétiquement, un vieux « motif polynésien » (ADN mitochondrial/haplogroupe B/sous-groupe B4a1a1a2) (en) commun et unique au monde a été décelé au sein de différentes ethnies malgaches distantes géographiquement et endogames historiquement tels que les Vézos et les Mérinas[58] (cette altération du « motif polynésien » d'origine, commune et propre aux Malgaches, a été baptisé « motif malgache » par les chercheurs en génétique) ;
  • linguistiquement, le lexique du malgache est composé de 90 % de vocabulaire austronésien. La langue malgache est une langue issue du proto-austronésien, appartenant à la branche proto-malayo-polynésienne (proto-MP) et à la sous-branche proto-Sud-Est Barito (proto-SEB) qui partage ces mêmes bases anciennes communes avec les langues dayak actuelles du groupe barito de Bornéo du Sud telles que le ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku actuels[53],[54],[55] ;
  • il existe néanmoins de nombreux superstrats bantous swahilis dans la langue proto-austronésienne des Vazimbas, notamment le vocabulaire domestique et agraire (exemples : le bœuf - omby - du swahili ngumbe, l'oignon - tongolo - du swahili kitungu, la marmite malgache - nongo - vient du swahili nungu) ;
  • sur le plan morphologique, enfin, l'origine Sud-Est asiatique des Malgaches explique des caractéristiques décelées en 1940 par le professeur Albert Ratsimamanga[59], notamment le pli épicanthal de la paupière supérieur présent chez certains Malgaches ;
  • la culture malgache porte des éléments communs aux Austronésiens, des îles du Pacifique à l'Indonésie, et jusqu'à la Nouvelle-Zélande et les Philippines : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro - saonjo, de la banane - akondro, de la noix de coco - voanio et de la canne à sucre - fary qui est originaire de Nouvelle-Guinée), l'architecture traditionnelle (maison levu végétale à base carrée sur pilotis), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la cithare valiha) et la danse (notamment la « danse des oiseaux » que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)[Note 1].

L'arrivée des populations austronésiennes a suscité de nombreuses études. Des simulations sur ordinateur de la navigation entre l'Indonésie et Madagascar permettent de comprendre les itinéraires possibles qui ont amené à la colonisation de Madagascar par des Austronésiens à partir du début de notre ère. Les Maldives, et dans une moindre mesure les Chagos voisines, étaient une escale probable sur la route de Madagascar, aussi bien depuis Sumatra que depuis le sud de l'Inde et Sri Lanka, où des marins et marchands javanais et malais se rendaient pour le commerce[60]. Quant à la cause de la venue de ces Austronésiens, l'histoire de l'océan Indien du début du premier millénaire de notre ère est encore très mal connue. On peut seulement supposer que l'île de Madagascar joua un rôle important dans le commerce, notamment celui des épices[61], entre l'Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient, directement ou via les côtes africaines. Il se peut notamment que ces vahoaka ntaolo aient en particulier recherché du bois solide pour construire leurs pirogues, tel le lakana ou le vintana (un nom que l'on trouve encore aujourd'hui dans le vinta, homonyme contemporains des Vezo).

Les Vazimbas et les Vezos

Au début du peuplement humain, appelé « période paléomalgache », les Ntaolo semblent s'être divisés en deux grands ensembles selon leurs choix de subsistance : les Vazimbas (de *ba/va-yimba ceux de la forêt », de *yimba forêt » en proto Sud-Est Barito (SEB), aujourd'hui barimba ou orang rimba en malais[62]) qui s'installèrent  comme leur nom l'indique  dans les forêts de l'intérieur, et les Vézos (de *ba/va/be/ve-jau, « ceux de la côte » en proto-Malayo-Javanais, qui a aussi donné veju en bugis, bejau en malais et bajo en javanais[63]) qui restèrent sur la côte Ouest. Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir « dans la forêt », notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la Grande Île et celles de la côte Est et Sud-Est[Note 2], tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)[55].

Le mot vazimba est un qualificatif austronésien désignant les « habitants de la forêt » d'une manière générale (y compris les Austronésiens eux-mêmes qui s'installèrent dans les forêts), il n'est pas exclu que d'autres hominidés vazimba aborigènes, de type homme de Florès par exemple, aient habité dans les forêts de Madagascar des dizaines  voire des centaines  de milliers d'années avant l'arrivée des vazimba austronésiens. Quelques-uns ont peut-être encore existé à l'arrivée des vahoaka ntaolo austronésiens au premier millénaire avant notre ère. Ceci pourrait expliquer le mythe des « petits hommes/nains primaires de la forêt » que les vahoaka ntaolo austronésiens  ancêtres de la majorité des malgaches actuels  auraient rencontrés et assimilés (ou peut-être anéantis) à leur arrivée. Seules l'archéologie et la génétique pourraient apporter des preuves à l'appui de ce mythe. Il n'est pas à exclure non plus que le mythe des « vazimba-petits hommes/nains » ait été emmené par les Austronésiens à partir des îles où ils habitaient auparavant, auquel cas ce mythe pourrait effectivement concerner les hominidés de type « Florès » ou Négrito (orang asli en malais). Ces derniers, de petite taille, ont en effet habité les forêts des îles de la Sonde bien avant l'arrivée sur place des Austronésiens, et y sont considérés comme étant les peuples aborigènes. On sait par exemple que le mythe de l'ogre « Trimo be - mangeur d'enfant » est un conte emmené par les Austronésiens et parle en fait du tigre (de * (t)rimu, « tigre » en proto-MP) qui habite les forêts des îles de la Sonde. Le mythe des « petits nains vazimba » pourrait avoir subi un voyage similaire.

Immigrations néo-austronésiennes, bantoues, perses et arabes (700-1600)

Dès le milieu du premier millénaire jusqu'à 1600 environ, l'ile accueillit des immigrants moyen-orientaux (Perses shirazi, Arabes omanites, Juifs arabisés), africains (Bantous) et orientaux (Indiens gujaratis, Malais, Javanais, Bugis et Orang Laut), voire européens (Portugais), qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba, souvent par alliance matrimoniale.

Les apports culturels, politiques et technologiques seront à l'origine des grands bouleversements du XVIe siècle qui conduiront à l'époque féodale malgache.

Les clans néo-austronésiens[54] (Malais, Javanais, Bugis, Toraja et Orang Laut), quant à eux, historiquement et globalement  sans distinction de leur île d'origine  dénommés les Hova (de uwa homme du peuple », « roturier » en vieux bugis[64]), ont, selon les traditions orales[65], débarqué au Nord et à l'Est de l'île. Selon l'observation des linguistes au sujet des emprunts aux vieux malais (sanskritisé), vieux javanais (sanskritisé) et vieux bugi du Moyen Âge dans le fonds de vocabulaire proto-austronésien (proto-SEB) originel, les premières vagues hova sont arrivées au VIIIe siècle au plus tôt[53],[54].

Diplomates, officiers, savants, commerçants ou simples soldats, certains alliés aux marins Orang Laut ou Talaut (Antalaotra en malgache), ces hova étaient probablement issus des thalassocraties indonésiennes. Leurs chefs, connus sous le nom des diana ou andriana ou raondriana (de (ra)hadyan seigneur » en vieux javanais[66], aujourd'hui raden et qu'on retrouve également encore dans le titre de noblesse andi(an) chez les Bugis), se sont, pour la plupart, alliés aux clans vazimba :

  • au nord-ouest dans la région de l'actuel Ankoala (du malais/de l'indonésien kuala estuaire ») où les hova Orang Laut (Antalaotra en malgache) avaient probablement établi leur base pour les actions dans l'océan Indien ;
  • sur la côte Est (Betsimisaraka) où les chefs hova étaient également appelés Filo be ;
  • au sud-est où les dynaties hova Zafiraminia et Zafikazimambo notamment qui fondèrent les royaumes Antaisaka, Antaimoro, Antambahoaka, etc. ;
  • à l'ouest : la dynastie Maroserana(na) qui fonda le royaume sakalava est elle-même issue des Zafiraminia de la côte Est ;
  • au centre où les alliances répétées des chefs (andriana) des hova (tels qu'Andrianerinerina et Andriantomara et leurs descendants) avec les chefs des clans vazimba (tels que Rafandrana et, plus tard, Rabiby et leurs descendants) durant tout le début du second millénaire fut à l'origine du royaume Merina (fondé à Ambohidrabiby par la dynastie de Ralambo) ainsi que du royaume Betsileo.

Le , le portugais Diogo Dias fut le premier Européen à apercevoir Madagascar, qu'il appela l'île São Lourenço.

Époque ancienne : naissance des ethnies et royaumes (1600-1895)

Village austronesien avec levu sur piloti (*levu maisons » en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu –« à la maison ») : tous les villages des ntaolo vazimba et vezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la Grande Île et dans les zones intérieures reculées (forêts, etc.).

À l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie des différents clans néo-Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans néo-Vezo des côtes appelaient sans distinction les Hova) aboutirent à la naissance des royaumes et/ou ethnies Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka, Tsimihety et Bara.

Sur les côtes, l'intégration des nouveaux immigrés orientaux, moyen-orientaux et africains donnèrent naissance aux royaumes et/ou ethnies néo-Vezo : Antakarana, Boina, Menabe (réunis plus tard en Sakalaves) et Vézos (côte Ouest), Mahafaly et Antandroy (Sud), Antesaka, Antambahoaka, Antemoro, Antaifasy, Antanala, Betsimisaraka (côte Est).

La naissance de ces grands royaumes « post-Vazimba »/ « post-Vezo » modifièrent essentiellement la structure politique de l'ancien monde des clans néo-Vazimba et néo-Vezo, mais la grande majorité des anciennes catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservés dans leur grande majorité, avec des variations de forme selon les régions.

Aujourd'hui, la population de Madagascar peut être considérée comme le produit d'un brassage entre les premiers occupants vahoaka ntaolo austronésiens (Vazimba et Vezo) et, ceux arrivés plus tardivement (Hova néo-Austronésiens, Perses, Arabes, Africains et Européens).

Génétiquement, le patrimoine austronésien originel est plus ou moins bien réparti dans toute l'île. Les chercheurs ont notamment remarqué la présence, partout, du « motif polynésien »[67],[58],[68], un vieux marqueur caractéristique des populations austronésiennes datant d'avant les grandes immigrations vers les îles polynésiennes et mélanésiennes, (c. 500 av. J.-C. au plus tard). Ceci supposerait un foyer de départ commun entre les ancêtres des Polynésiens actuels (partis vers les îles Pacifiques à l'est) et des vahoaka ntaolo (partis vers l'ouest jusqu'à Madagascar) vers (ou avant) 500 av. J.-C.

Phénotypiquement, c'est parmi les populations des hautes terres (Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka), plus endogames, que le phénotype austronésien mongoloïde est le plus prégnant. On remarque également parfois le phénotype austronésien australoïde et austronésien négrito partout à Madagascar (y compris sur les hauts plateaux). Contrairement au phénotype bantou, le phénotype austronésien « négrito » se caractérise notamment par sa petite taille.

Esclavage à Madagascar

La traite des esclaves à Madagascar est un sujet complexe qui implique différents acteurs et a pris des formes variées au fil des siècles. On peut la diviser en trois catégories.

Traite d'exportation

Madagascar a été une source d'esclaves pour d'autres régions du monde, notamment :

  • la traite orientale (ou arabe) : dès le Xe siècle, des marchands arabes et swahilis fréquentaient les côtes malgaches. Ils y achetaient des esclaves pour les vendre sur les marchés de la péninsule Arabique, du golfe Persique, de l'Inde et des Mascareignes. Ces esclaves, souvent capturés lors de guerres tribales ou d'expéditions de razzia, étaient désignés sous les noms de Makoa ou Masombika ;
  • la traite européenne : à partir du XVIIe siècle, les puissances européennes, notamment la France et l'Angleterre, se sont approvisionnées à Madagascar pour leurs colonies. Les Mascareignes (La Réunion, Maurice) ont été les principales destinations de cette traite pour alimenter en main-d'œuvre les plantations de café et de canne à sucre.

Traite d'importation

Paradoxalement, Madagascar n'a pas été qu'une source d'esclaves. À partir du XIXe siècle, l'île elle-même est devenue une destination pour des esclaves, principalement originaires de la côte orientale de l'Afrique :

  • un grand nombre d'esclaves Makoa ou Masombika ont été importés d'Afrique de l'Est pour travailler sur les grandes propriétés foncières, notamment sur la côte Ouest. Le terme Masombika est une déformation de Mozambique et trace leur origine ;
  • les royaumes malgaches en expansion, comme le royaume Merina au XIXe siècle, ont eux-mêmes participé à ce commerce, en utilisant une main-d'œuvre servile importée pour développer leur économie et leurs infrastructures.

Traite interne

L'esclavage était une institution bien ancrée dans la société malgache avant l'arrivée des Européens. La traite interne, au sein de l'île, a été une réalité majeure.

  • Prisonniers de guerre : La principale source d'esclaves était les prisonniers de guerre (appelés babò). Les conflits entre les différents royaumes et les razzias sur les populations voisines généraient un flux constant de captifs qui étaient réduits en esclavage.
  • Le statut social : Les esclaves (andevo) constituaient une classe sociale distincte, sans droits et soumis à leurs maîtres. Ils étaient utilisés pour les travaux domestiques, agricoles ou artisanaux. Le statut d'esclave était souvent héréditaire.

Abolition

Le général péruvien Luis Miguel Sánchez Cerro, président du Pérou à deux reprises entre 1930 et 1933, descendait en partie d'esclaves malgaches amenés au XVIe siècle.

L'abolition de l'esclavage à Madagascar s'est faite en plusieurs étapes :

  • en 1817, l'Angleterre et le royaume Merina signent un traité interdisant l'exportation d'esclaves ;
  • en 1877, la reine Ranavalona II est contrainte d'affranchir les Masombika, sous la pression britannique. Les Andavo sont toutefois exclus de cette mesure ;
  • en 1896, l'administration coloniale française abolit définitivement l'esclavage sur l'ensemble de l'île sous le régime du protectorat (règne de Ranavalona III), libérant environ 500 000 esclaves.

Ainsi, des esclaves malgaches ont été amenés par les Européens dans la vice-royauté du Pérou, en Amérique du Sud, et se sont installés principalement sur la côte nord du pays, dans la région de Piura[69]. Il existe ainsi au Pérou un lieu nommé « ferme Malakasy », qui date de l'époque à laquelle les Malgaches ont été exploités dans la culture des champs et qui évoque le nom de leur pays d'origine, tel qu'il est prononcé dans leur propre langue. Actuellement au Pérou, les descendants de ces esclaves sont connus comme Mangaches, une corruption de la langue au fil du temps. Ces descendants des Malgaches ont conservé, dans de nombreux cas, des caractéristiques d'origine afro-indonésienne. Leur intégration au Pérou a été si forte qu'ils ont contribué à la culture de ce pays par la création de formes musicales, telles que le tondero[70]. Ils ont même eu une influence dans le domaine politique puisque l'ancien président péruvien Luis Miguel Sánchez Cerro, qui a gouverné ce pays dans la troisième décennie du XXe siècle, était un Mangache[71].

Époque coloniale (1895-1960)

Jean Laborde est nommé premier consul de France à Madagascar le 12 avril 1862, sous le Second Empire, c'est-à-dire avant la colonisation à proprement parler. Il est le précepteur du futur roi Radama II, mais aussi le confident des missionnaires, l'initiateur de l'industrie malgache.

La fin du XIXe siècle, avec le partage de l'Afrique entre les empires coloniaux européens à la conférence de Berlin (1884-1885), sonne le glas de l'expansion et de l'indépendance du royaume de Madagascar. Les politiciens malgaches jouaient jusqu'alors sur les rivalités des puissances coloniales pour conserver leur souveraineté. La conférence de Berlin laisse la France comme favori pour s'approprier l'île (position stratégique face aux Anglais, dans l'océan Indien). La France signe alors un traité avec le royaume de Madagascar qui repose sur l'ambiguïté de la langue malgache et qui ne donne théoriquement aucun droit à la République française sur le royaume de Madagascar. Mais, au fil des incidents diplomatiques, la France mène une politique de plus en plus intrusive[72], puis entreprend la conquête de l'île.

Le taro (saonjo) qui est, selon un très vieux proverbe malgache « l'ainé du riz » (Ny saonjo zokin'ny vary) constitue la base alimentaire de tous les Austronésiens, notamment des anciens Ntaolo Vazimba et Vezo.

Conquête française

La résistance est massive, l'armée malgache parvient à repousser les premières vagues d'invasion en 1883, mais les combats décisifs suivront. Ils sont connus sous le nom de « deuxième guerre franco-malgache »[73].

Lorsque le gouvernement français envoie une armée de conscrits mal préparés qui progresse très lentement, les maladies font des ravages dans leurs rangs. Finalement, au premier coup de canon sur la capitale Antananarivo, la reine Ranavalona III fait hisser le drapeau blanc[réf. nécessaire]. Contrairement à un récit forgé par les autorités, puis diffusé dans l'enseignement, les Malgaches sont vaincus facilement. Les ennemis principaux ne sont ni les monarques ou chefs indigènes, ni les sultans marchands d'esclaves, mais le climat et les maladies[74].

Quand la campagne de Madagascar se termine en 1895, l'armée française recense 13 tués et 88 blessés au cours des combats, et 4 498 morts de maladies (paludisme, dysenterie...), soit près de 30 % de pertes sur un effectif total de 14 850 hommes[74].

Pirogue-sarcophage de l'ethnie Dayak de Bornéo en Indonésie : une sépulture qui rappelle les traditions orales témoignant que les anciens Vazimba ensevelissaient leurs morts dans des pirogues-sarcophages, sous la mer ou sous un lac.

Administration française

La conquête est suivie de dix ans de guerre civile larvée, due à l'insurrection des Menalamba. L'insurrection qui est née parmi le peuple Sakalaves, s'est rapidement étendue à la capitale Tananarive et ailleurs. Cette insurrection est en opposition à la colonisation française et à la classe politique merina convertie au protestantisme. Les rebelles n'avaient pas pour objectif de restaurer la reine , mais étaient opposés au christianisme et au système de travail forcé qui existait dans le royaume Merina. Ils étaient en grande partie constitués de paysans et d'esclaves en fuite[75]. La « pacification » conduite par l'administration française dure plus de quinze ans, en réponse aux guérillas rurales dispersées dans le pays. Au total, cette guerre civile et la répression de cette résistance à la conquête coloniale fait entre 50 000 et 700 000 victimes malgaches, selon les sources[76],[73].

Madagascar sera sous administration française du au .

La flûte suling indonésienne, cousine de la sodina.

Le général Joseph Gallieni, nommé gouverneur général de Madagascar (1896-1905), contribue à pacifier l'île, non sans mesures répressives. Selon ce dernier, l'action militaire devait être accompagnée d'une aide aux peuples colonisés dans différents domaines, comme l'administration, l'économie et l'enseignement. Elle nécessitait un contact permanent avec les habitants ainsi qu'une parfaite connaissance du pays et de ses langues. Le , l'administration française abolit l'esclavage (il s'agissait d'un esclavage inter-malgache). Trentinian, Joffre et Lyautey servirent à Madagascar sous les ordres de Gallieni.

Durant l'été 1897 a lieu le massacre d'Ambiky[77],[78] cité par Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme, comme un des exemples de la violence de la conquête coloniale.

Sous l'impulsion de Galliéni, de nombreuses infrastructures sont mises en place : premier chemin de fer Tananarive-Tamatave (achevé en 1903), achèvement du chemin de fer de Madagascar[79], développement rapide du réseau routier (1905 à 1935), Institut Pasteur, écoles. Toutes les écoles établies avant l'ère coloniale sont fermées et l'obligation pour les indigènes de parler le français est instaurée.

En 1907, pour la première fois depuis un siècle, les exportations malgaches sont supérieures aux importations : les planteurs et l'administration coloniale s'enrichissent, d'immenses concessions minières et forestières sont accordées à de grosses sociétés. Les chefs indigènes loyaux envers l'administration française se voient également accorder une partie des terres et certains jeunes Malgaches vont étudier en France, contribuant à faire connaître Madagascar. Le travail forcé est instauré en faveur des compagnies françaises et les paysans se voient incités, à travers l'impôt, à se salarier (notamment dans les concessions coloniales) au détriment des petites exploitations individuelles[73].

Madagascar est avec 46 000 hommes l'une des colonies françaises à mobiliser le plus de soldats par rapport à sa population durant la Première Guerre mondiale[80].

La période coloniale est toutefois accompagnée de mouvements de lutte pour l'indépendance : les Menalamba, les Vy Vato Sakelika, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM). En 1927, d'importantes manifestations sont organisées à Antananarivo, notamment à l'initiative du militant communiste François Vittori, emprisonné à la suite de cette action[81]. Les années 1930 voient le mouvement anti-colonial malgache gagner encore en dynamisme. Le syndicalisme malgache commence à apparaître dans la clandestinité et le Parti communiste de la région de Madagascar se constitue. Mais dès 1939, toutes les organisations sont dissoutes par l'administration de la colonie, qui opte pour le régime de Vichy. Le MDRM est lui accusé par le régime colonial d'être à l'origine de l'insurrection de 1947 et sera poursuivi par de violentes répressions[73].

La répression menée contre la résistance des malgaches à la colonisation aurait fait entre 1897 et 1947 plus de cent mille morts pour une population de trois millions d'habitants à l'époque[82].

Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, un projet nazi est resté dans les cartons : c'est le « plan Madagascar » visant à déporter quatre millions de Juifs d'Allemagne, de ses pays alliés et de ses territoires conquis, à Madagascar, alors colonie française du régime de Vichy.

Joueurs de valiha des Philippines et de Madagascar.

À partir de mai 1942, craignant que le gouvernement de Philippe Pétain n'ouvre les ports malgaches aux sous-marins allemands ou à la marine impériale japonaise, l'Empire britannique mène l'opération Ironclad et prend progressivement possession des points stratégiques de l'île. Lorsque les Français libres arrivent en janvier 1943, le contrôle de ces points devient l'objet de tensions entre le général de Gaulle et le gouvernement britannique.

Après-guerre

Le retour des combattants malgaches enrôlés durant la Seconde Guerre mondiale, les discriminations du régime de l'indigénat et les conditions de vie misérables des autochtones favorisent le militantisme des mouvements anti-colonialistes aspirant à l'indépendance et créent les conditions d'une insurrection.

L'insurrection malgache débute en mars 1947, entraînant une répression sanglante par l'armée française, qui fait plusieurs dizaines de milliers de morts, les chiffres oscillant, selon les sources, entre une dizaine de milliers et 89 000 d'après Jacques Tronchon[83]. La répression s'accompagne d'exécutions sommaires, de tortures, de regroupements forcés et d'incendies de villages. L'armée française expérimente la « guerre psychologique » : des suspects sont jetés, vivants, depuis des avions afin de terroriser les villageois dans les régions d'opération[73].

Territoire d'outre-mer de 1946 à 1958, Madagascar obtient un premier niveau d'autonomie le , en tant que République autonome malgache au sein de la Communauté. Le 14 octobre, Philibert Tsiranana devient président du Conseil de gouvernement avant d'être élu premier président de la République le .

Indépendance et Première République (1960-1975)

L'île accède à l'indépendance le mais la Première République malgache reste très étroitement liée à la France par les accords de coopération. Le président Tsiranana, critiqué par la population pour son soutien aux intérêts français, fait face à une contestation grandissante, en particulier la grève des étudiants menée de la capitale vers les provinces, et quitte le pouvoir en 1972.

Philibert Tsiranana, premier président malgache.

Il donne les pleins pouvoirs au général Gabriel Ramanantsoa qui décide d'organiser un référendum afin d'officialiser son pouvoir pour une période transitoire. Le référendum l'ayant plébiscité, il crée un gouvernement d'union nationale, qu'il dirige jusqu'en 1975, avant de passer le flambeau au populaire colonel de gendarmerie Richard Ratsimandrava. Ce dernier est assassiné au bout d'une semaine, le 11 février 1975 à 20 heures. Après l'assassinat du général Ratsimandrava, Madagascar est dirigé par un Comité national de direction militaire présidé par le général Andriamahazo.

Le 14 juin 1975, Didier Ratsiraka est nommé chef de l'État et du gouvernement. Le Comité national de direction militaire est alors remplacé par un Comité national de la révolution.

État socialiste et Deuxième République (1975-1991)

Didier Ratsiraka

La deuxième république malgache est apparentée à un État communiste, même si la propriété privée n'y est pas abolie, et que la religion n'y est pas persécutée. Comme le régime cubain, elle contrôle tous les échanges avec l'extérieur, se dote en mars 1976 d'un parti unique, l'« Avant-Garde de la révolution malgache » (AREMA), et s'appuie sur le bloc de l'Est pour subsister. Pour commencer, le capitaine de frégate Didier Ratsiraka organise le 21 décembre 1975 un référendum pour approuver la Charte de la révolution socialiste et la nouvelle constitution. Le 30 décembre 1975, Didier Ratsiraka proclame la République démocratique malgache. Par la suite, il devient l'un des militants actifs du non-alignement. En 1976, le gouvernement achève l'expulsion de l'armée française et ferme les ambassades et consulats. Ratsiraka instaure le franc malgache (FMG) et délaisse le franc CFA. Dix ans plus tard, vers la fin des années 1980, on parle d'« échec de l'expérience socialiste » car le régime de Didier Ratsiraka ne parvient pas à améliorer les conditions de vie et l'opposition s'amplifie. Au début des années 1990, la fin du soutien du bloc de l'Est oblige le régime à autoriser des investisseurs privés à opérer dans le pays. Les disettes provoquent des manifestations populaires qui sont réprimées par l'armée au prix de nombreuses victimes[Note 3].

Après-socialisme et Troisième République (1991-2010)

Albert Zafy

1991-1996 : présidence Albert Zafy

La Convention du est adoptée pour mettre fin aux émeutes dans le pays. Elle officialise une transition démocratique et libérale conduite par Albert Zafy, lequel dirige la Haute Autorité de l'État, tandis que Didier Ratsiraka demeure symboliquement président de la République. Après une brève période transitoire, une nouvelle Constitution est adoptée par référendum et Albert Zafy, candidat de l'opposition, est élu à la présidence en 1993. C'est le début d'un libéralisme économique et politique sans précédent, mais la croissance promise et tant attendue n'est pas plus au rendez-vous. Le président fait appel le à un référendum constitutionnel afin de donner le pouvoir au président de la République de nommer le Premier ministre et ainsi de destituer Francisque Ravony, soutenu par les députés de la majorité. C'est le début d'une guerre ouverte entre le président et les députés, laquelle se soldera par le vote en de la destitution du président. Le Premier ministre Norbert Ratsirahonana devient chef de l'État par intérim en attendant les nouvelles élections.

1997-2001 : présidence Didier Ratsiraka

L'amiral Didier Ratsiraka, rentré quelques mois plus tôt de son exil en France, est réélu au 2e tour de l'élection présidentielle face à Zafy[84]. Madagascar connaît une période de stabilité économique jusqu'en 2001 avec 4,3 % de croissance annuelle moyenne.

2002-2009 : présidence Marc Ravalomanana

2001

Le maire de la capitale, Marc Ravalomanana, arrive en tête de l'élection présidentielle de . Un second tour est prévu mais celui-ci revendique la victoire dès le premier tour sur la base des résultats publiés par son propre quartier général à Ankorondrano (quartier de Tananarive). Ravalomanana dénonce une fraude électorale massive et décide d'acculer ainsi le gouvernement Ratsiraka. Le président Didier Ratsiraka tente de reprendre la main en modifiant les membres de la Haute Cour Constitutionnelle, chargée de proclamer les résultats électoraux à Madagascar. Le candidat Ravalomanana réclame la confrontation des procès-verbaux en sa possession et les procès-verbaux officiels. Le gouvernement refuse une telle méthode jugée « illégale » mais exhorte les opposants à participer au second tour.

2002

Marc Ravalomanana est élu président de la République et nomme plus tard Jacques Sylla, Premier ministre. La capitale étant acquise à la cause de l'ancien maire, Didier Ratsiraka décide de délocaliser le siège du gouvernement à Toamasina, son fief et principal port de l'île situé dans l'est. Le gouvernement érige des barrages routiers pour paralyser et asphyxier la capitale, ce qui finit par paralyser tout le pays.

À l'invitation de l'Union Africaine et du président du Sénégal Abdoulaye Wade, les deux parties protagonistes se réunissent à Dakar et signent des accords en qui prévoient notamment un nouveau décompte des voix, l'organisation d'un référendum (à la place d'un second tour) si la majorité absolue n'était pas obtenue et l'instauration d'un gouvernement d'union nationale dirigé par M. Ravalomanana. Ces accords ne seront pas respectés par les deux parties qui camperont sur leur position, une fois rentrées au pays. Ravalomanana ne relâche pas la pression et finit par obtenir l'annulation de la nomination de la nouvelle Haute Cour constitutionnelle en raison d'un vice de forme, la cour précédente, reconduite dans ses fonctions, se charge de procéder à la publication des résultats des élections.

En , Marc Ravalomanana est déclaré vainqueur dès le premier tour avec plus de 51 % des voix. Il est investi dans ses fonctions de président de la République une semaine plus tard. Il confirme Jacques Sylla au poste de Premier ministre. Il décide de faire appel aux réservistes de l'armée pour lancer des expéditions contre les troupes fidèles à Didier Ratsiraka et pour « libérer » les provinces des barrages. Les deux camps s'affrontent désormais militairement. En , Toamasina, la dernière province où le camp Ratsiraka s'est retranché est tombée entre les mains de Ravalomanana. Didier Ratsiraka prend la fuite avec ses fidèles à bord d'un avion à destination de la France. Les pays occidentaux, les États-Unis en tête, et la France en dernier, reconnaissent la victoire de Ravalomanana. Cependant, l'Union africaine, l'ONU et les bailleurs de fonds ne reconnaissent le gouvernement de Marc Ravalomanana qu'en , à la suite des élections législatives remportées par son parti.

À la fin de son premier mandat, le président Marc Ravalomanana élabore sa vision « Madagascar Naturellement » et met en œuvre le Madagascar Action Plan (MAP), un nouveau programme de développement pour 5 ans[85].

2006

En , le président Marc Ravalomanana est réélu dès le premier tour avec 56 % des voix pour un second mandat de 5 ans, avec comme principal objectif la réalisation du MAP[86],[87].

2007

En , Marc Ravalomanana fait modifier par voie référendaire la Constitution dans un sens qui renforce les pouvoirs présidentiels en permettant les ordonnances « en cas d'urgence et de catastrophe ». Cette révision introduit en outre l'anglais comme troisième langue officielle, modifie la structure administrative en remplaçant les six provinces autonomes par 22 régions et supprime le caractère laïc de l'État malgache[88].

L'opposition voit dans cette révision des risques de dérive autocratique tandis que l'Église catholique malgache critique sévèrement l'organisation du référendum, et pointe « le pouvoir exorbitant » accordé au président. Les autorités épiscopales catholiques craignent que le président Ravalomanana, qui est vice-président de la puissante Église réformée de Madagascar[89], interfère directement dans les activités religieuses[88].

2008
Marc Ravalomanana

Au fil des années, les partis d'opposition accusent le gouvernement de paralyser les entreprises locales comme la Savonnerie tropicale[Note 4],[Note 5], la société le Quartz[90]. Le gouvernement ne serait pas neutre vis-à-vis des diverses concurrences entre entreprises, qui devraient ne compter que sur elles-mêmes pour assurer leur gestion. Marc Ravalomanana est également pointé du doigt par l'opposition pour avoir « éliminé » les entrepreneurs malgaches performants, accaparé leurs affaires pour se placer lui-même dans tous les secteurs économiques bénéficiaires[Note 6].

Le problème principal est que des luttes intestines incessantes conjuguées à l'âge de la majorité des élites négligeant leur succession ont creusé un vide politique et amené un cruel défaut d'émulation.

Le processus électoral est également fortement décrié par les opposants, qui voudraient lui apporter de fortes améliorations afin d'éviter les troubles lors de chaque élection présidentielle[91].

En août 2008, le gouvernement Ravalomanana mène un bras de fer intense avec la commune urbaine d'Antananarivo dirigée par le maire révolté de la capitale Andry Rajoelina. Depuis l'accession de ce dernier à ce poste, se sont succédé la confiscation des recettes de la commune par le Trésor[92], le retrait à la commune de la gestion de la gare routière d'Ampasapito, le retrait de la gestion de l'assainissement de la capitale[93] ; on a constaté d'autre part l'absence de travaux sérieux de la part de la mairie et la dégradation flagrante de la ville.

En , le président malgache cède une licence d'exploitation de 1,3 million d'hectares de terres  la moitié des terres arables malgaches  pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans à la multinationale sud-coréenne Daewoo Logistics dans le but d'approvisionner la Corée du Sud notamment en maïs[94]. L'information est dévoilée en novembre à la suite de sa publication dans le Financial Times[95] relayé par d'autres médias du monde et sème la panique du peuple dans la capitale, ainsi que la colère et la peur de « l'envahisseur », contribuant à porter au pouvoir Andry Rajoelina qui dénonce l'accord comme anticonstitutionnel en [96].

En décembre 2008, le ministre de la Communication de Marc Ravalomanana ferme la chaîne de télévision Viva du maire de Tananarive – ce dernier, Andry Rajoelina, ayant diffusé un reportage sur l'ancien président Ratsiraka (acte interdit par les lois sur les médias et n'ayant pas eu l'autorisation du ministère de la Télécommunication)[97]. S'ensuivent protestations et manifestations.

Crise politique de 2009
Andry Rajoelina

À la suite de la fermeture de la chaîne de télévision Viva de l'opposant Andry Rajoelina, de violentes manifestations et émeutes secouent la capitale. Le , lors de l'assaut du palais d'État d'Ambohitsorohitra par la foule, la garde présidentielle ouvre le feu, tuant 28 manifestants et en blessant 212 autres[98]. Le , des militaires mutins soutiens d'Andry Rajoelina parviennent à prendre de force le palais. Marc Ravalomanana se voit contraint à la démission de son poste de président de la République, à transférer le pouvoir à un conseil militaire, et doit fuir en Afrique du Sud[99]. Ces changements sont considérés par l'ensemble de la communauté internationale comme un putsch que la France est la première à condamner[100]. S'ensuit une période de bras de fer politique et militaire entre les prétendants, soutenus par les armées, régulière pour l'un, mutine pour l'autre.

Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina, Didier Ratsiraka et Albert Zafy se rencontrent finalement en , en présence des représentants de l'Union africaine (UA), des Nations unies (ONU), de l'Organisation internationale de la Francophonie et de la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), pour des pourparlers qui conduisent aux accords de Maputo, nom de la capitale du Mozambique. Le , Andry Rajoelina dénonce ces accords de Maputo, change de premier ministre et décide de faire précéder les élections législatives à venir d'un référendum sur une nouvelle constitution. Le référendum a lieu finalement en [101].

Quatrième République (depuis 2010)

Par référendum du au suffrage universel direct, la population se positionne par oui ou non sur le changement de la constitution[101]. Cette nouvelle constitution est proclamée le de la même année, et fait entrer le pays dans sa IVe république.

Le régime semi-présidentiel de la constitution de la Troisième République révisée en 2007[102] est remplacé par un régime semi-parlementaire, selon la constitution 2010[101] : « Art. 54 : Le président de la République nomme le Premier ministre, présenté par le parti ou le groupe de partis majoritaire à l'Assemblée nationale ».

En , furent organisées conjointement l'élection présidentielle et l'élection législative à Madagascar. Hery Rajaonarimampianina est élu premier président de la Quatrième République, en éliminant son adversaire au second tour Jean-Louis Robinson. Il est investi et prête serment à Mahamasina le . Jean-Omer Beriziky est encore le chef du gouvernement jusqu'au , ou il est remplacé par le gouvernement Roger Kolo. Nouveau changement le , où Jean Ravelonarivo devient chef du gouvernement. Olivier Mahafaly Solonandrasana le remplace le , mais pour calmer le pays en proie aux émeutes, il est contraint à la démission et remplacé par Christian Ntsay le [103]. Les élections de portent au pouvoir pour 5 ans Andry Rajoelina[104]. Son parti remporte également les élections législatives de et obtient la majorité absolue à l'Assemblée nationale[105].

Malgré un scandale autour de son acquisition de la nationalité française le rendant ainsi inéligible[106], ce dernier est réélu dès le premier tour le 1er décembre 2023, lors d'une élection largement contesté et boycotté par l'opposition[107].

Manifestations de 2025

Fin septembre 2025, des manifestations pacifiques éclatent à Antananarivo afin de protester contre les coupures récurrentes d'électricité et d'eau dans la capitale ainsi que pour une amélioration des conditions de vie. Violemment réprimé par les forces de l'ordre[108], le mouvement de contestation prend de l'ampleur, se repend dans le reste du pays[109], et la lutte contre la corruption et la démission du président Rajoelina sont alors demandées[110].

Le , après quatre jours de manifestations, le président Rajoelina limoge son Premier Ministre Christian Ntsay et l'ensemble de son gouvernement[111]. Le samedi 11 octobre, le contingent militaire du CAPSAT (Corps d'administration des personnes et des services de l'Armée de terre) refuse de réprimer les manifestants et entre en mutinerie en rejoignant les manifestants et en les aidant à gagner la place du 13 mai que ceux-ci essayaient d'atteindre depuis le début des manifestations[112]. Le lendemain, dimanche 12 octobre, le CAPSAT annonce prendre le contrôle de l'armée tandis que le président fuit le pays à bord d'un avion de l'armée de l'air française. Le 14 octobre, en réaction à l'annonce de sa dissolution par le président en fuite, l'assemblée nationale vote sa destitution, ce qui engendre la prise de pouvoir de l'armée. Le colonel Michaël Randrianirina, du CAPSAT, est nommé chef d'État par la Haute cour constitutionnelle. Un « conseil de défense national de transition »[113] est mis en place pour accompagner le nouveau président et le gouvernement transitoire[114]. Le colonel doit assurer les prérogatives présidentielles sur une durée maximum de 2 ans et a assuré la tenue d'élections dans les 18 à 24 mois maximum. Il annonce le jour même la dissolution du Sénat et de la Haute cour constitutionnelle[115].

L'Union Africaine suspend Madagascar[113] et le secrétaire général de l'ONU condamne la prise de pouvoir inconstitutionnelle[116].

Le 17 octobre, Michaël Randrianirina est officiellement investi et prête serment devant la haute cour constitutionnelle[114].

Politique et administration

Institutions

Madagascar est une république à régime semi-présidentiel multipartite, où le président est le chef d'État et le Premier ministre le chef du gouvernement. Le pouvoir exécutif est aux mains du gouvernement[117] tandis que le pouvoir législatif est partagé entre le gouvernement et les deux chambres du Parlement : l'Assemblée nationale et le Sénat. Le pouvoir judiciaire est indépendant des deux premiers.

Andry Rajoelina a été élu Président de la République, au suffrage universel direct le , pour un mandat de 5 ans reconductible une fois[101]. Il devient le deuxième président élu de la IVe république de Madagascar et succède à l'intérim du Premier ministre Christian Ntsay qui est reconduit dans sa fonction par le nouveau président[118]. La passation de pouvoir a eu lieu le [104]. Le , à la suite d'un mouvement de contestation, l'armée annonce prendre le pouvoir juste après un vote par l'Assemblée nationale qui a destitué le chef de l'État[119].

Subdivisions

Six provinces sont créées en 1959, au moment de l'indépendance du pays, et nommées en fonction de leur capitale. Elles sont scindées en 22 régions en 2004[120] puis en 23 régions en 2021[121] et 24 régions en 2023[122]. La révision 2007 de la constitution de 1992 supprime l'autonomie de ces provinces[120]. L'article 143 de la constitution de 2010 institue que « Les collectivités territoriales décentralisées de la République sont les communes, les régions et les provinces »[123].

Davantage d’informations Nouvelles régions en 2021, Anciennes provinces ...
Les nouveaux découpages régionaux et les anciennes provinces
Nouvelles régions en 2021Anciennes provinces
Diana (1), Sava (2)Antsiranana
(Diégo-Suarez)
Itasy (3), Analamanga (4), Vakinankaratra (5), Bongolava (6)
Antananarivo
(Tananarive)
Sofia (7), Boeny (8), Betsiboka (9), Melaky (10)Majunga
(Mahajanga)
Alaotra-Mangoro (11), Atsinanana (12), Analanjirofo (13)Tamatave
(Toamasina)
Amoron'i Mania (14), Haute Matsiatra (15), Vatovavy (16), Fitovinany (17), Atsimo-Atsinanana (18), Ihorombe (19)
Fianarantsoa
Menabe (20), Atsimo-Andrefana (21), Androy (22), Anôsy (23)Toliara
(Tuléar)
Carte des régions de Madagascar en 2021.
Fermer

Population et société

Démographie

En 2024, la population de Madagascar était estimée à 32 millions d'habitants, contre 2,2 millions en 1900. Le taux de croissance démographique annuel à Madagascar était d'environ 2,4 % en 2024[124]. Environ 60% de la population est rurale en 2024[125].

Environ 39,3 % de la population a moins de 15 ans, tandis que 57,3 % ont entre 15 et 64 ans. Les personnes âgées de 65 ans et plus représentent 3,4 % de la population totale[124] . Seuls deux recensements généraux, en 1975 et 1993, ont été effectués depuis l'indépendance. Les régions les plus densément peuplées de l'île sont les hauts plateaux de l'est et la côte est, contrastant fortement avec les plaines occidentales peu peuplées.

Groupes ethniques

Les malgaches représente plus de 90 % de la population de Madagascar et se divise généralement en 18 groupes ethniques. Des recherches génétiques récentes ont révélé que le patrimoine génétique du Malgache moyen est constitué d'un mélange à peu près égal de gènes d'Asie du Sud-Est (en particulier du sud de Bornéo) et d'Afrique de l'Est[126],[127],[128], bien que la génétique de certaines communautés montre une prédominance d'origines d'Asie du Sud-Est ou d'Afrique de l'Est, ou encore une ascendance arabe, indienne ou européenne.

Les traits d'asiatique sont les plus marqués chez les Mérinas des hauts plateaux du centre de l'île, qui constituent le plus grand sous-groupe ethnique malgache avec environ 26 % de la population, tandis que certaines communautés parmi les populations côtières de l'ouest (appelées collectivement les côtiers ou ambaniandro) présentent des traits d'africains relativement plus prononcés. Les plus grands sous-groupes ethniques côtiers sont les Betsimisarakas (14,9 %) et les Tsimihety et Sakalava (6 % chacun).

Les différents groupes ethniques malgaches et leur localisation.
Davantage d’informations Ethnies, Berceau provincial ...
Fermer

Outre les 18 ethnies, certaines communautés d'origines diverses issues d'une immigration récente (à partir des années 1900) se sont installées sur l'île. Il s'agit notamment :

  • des Comoriens, vivant principalement dans les provinces d'Antsiranana et Majunga ;
  • de la communauté européenne (« Vazaha »), descendants de colons ou expatriés installés sur l'île depuis l'indépendance ;
  • de la communauté chinoise d'origine cantonaise (« Sinoa»), pour la plupart commerçants de détail et alimentaire ;
  • de la communauté indo-pakistanaise (« Karana »), propriétaires de magasins particuliers et de bijouteries.

Émigration et diaspora

Des années 1880 aux années 1970, l'émigration reste faible. Elle est liée, dans le contexte colonial, à des études poursuivies par des enfants de la bourgeoisie malgache - qui choisissent souvent de revenir au pays où les attendent de belles situations - ou à des carrières militaires. Elle se développe ensuite à partir de l'arrivée au pouvoir de Didier Ratsiraka en 1975, la dégradation des conditions d'enseignement et de l'économie du pays conduisant les étudiants à quitter le pays plus nombreux et surtout à se fixer durablement en France[129]. Depuis le début des années 1990, les flux migratoires croissent régulièrement. On estimait le nombre de migrants malgaches dans le monde à en 1990 à 58 000 personnes et en 2015 à 170 000 personnes[130]. Les Malgaches migrent majoritairement vers l'Europe. Environ neuf migrants sur dix vivent en Europe et 85 % en France[130].

La diaspora malgache est en lien fort avec Madagascar. Elle est regroupée en plus de 240 associations rien qu'en France, et elle transfère chaque année quelque 86 millions d'euros vers Madagascar[131].

Langues

Le malgache est la langue nationale de Madagascar mais chaque région a aussi sa propre langue maternelle. Le français est la deuxième langue officielle, parlée par environ 26,5 % de la population, soit 7,7 millions de personnes sur 29,1 millions d'habitants en 2022[132]. Selon les statistiques de l'académie malgache, dans tout Madagascar en 2012, 0,57 % du peuple malgache parlait uniquement le français, 15,87 % le pratiquait occasionnellement et 83,61 % ne comprenait que le malgache[133]. L'anglais aussi fut langue officielle de 2007 à 2010[102],[88]. Cependant, la nouvelle Constitution de novembre 2010 ne mentionne que le malgache (langue nationale) et le français comme langues officielles, l'anglais ayant disparu du texte[134].

Le malgache est une langue d'origine malayo-polynésienne, parlée sur toute l'île. Ses nombreux dialectes, généralement mutuellement intelligibles, peuvent être regroupés en trois sous-groupes : le malgache centre-oriental, le malgache septentrional et le malgache méridional[135].

Le malgache fait partie des langues barito orientales, le ma'anyan étant sa plus proche parente. Il a intégré de nombreux emprunts au malais et au javanais[136].

Le français est devenu langue officielle durant la période coloniale, lorsque Madagascar était sous domination française. La première Constitution nationale, adoptée en 1958, a désigné le malgache et le français comme langues officielles de la République malgache. Madagascar est aussi membre de l'Organisation internationale de la francophonie, le français y est principalement parlé comme langue seconde par la population instruite et utilisé pour la communication internationale. Dans les classes aisées des grandes villes, il est même parlé comme langue maternelle[137].

Religion

Cathédrale de l'Immaculée-Conception à Antananarivo.

Selon le Pew Research Center, 85 % de la population se déclarait chrétienne, tandis que seulement 4,5 % pratiquaient exclusivement des religions traditionnelles ; les protestants représentaient la majorité des chrétiens, suivis des catholiques[138]. En revanche, une étude menée en 2020 par l’Association des archives de données religieuses a révélé que 58,1 % de la population était chrétienne, 2,1 % musulmane, 39,2 % pratiquait des religions traditionnelles et 0,6 % était sans religion ou adhérait à d’autres confessions[139]. Cette hétérogénéité des données religieuses reflète la pratique courante d’alterner entre différentes identités religieuses ou de syncrétiser diverses traditions. Les chrétiens intègrent et combinent leurs croyances religieuses avec la pratique profondément ancrée du culte des ancêtres. Par exemple, ils peuvent faire bénir leurs défunts à l’église avant de procéder aux rites funéraires traditionnels ou inviter un ministre du culte chrétien à consacrer une réinhumation selon le rite du famadihana[140].

Le protestantisme et le catholicisme sont les principales confessions chrétiennes du pays. Le Conseil malgache des Églises regroupe les quatre confessions chrétiennes les plus anciennes et les plus importantes (catholique, FJKM, luthérienne et anglicane) et a exercé une influence considérable sur la vie politique malgache[141].

L'islam est implanté depuis des siècles sur le territoire de l'actuelle Madagascar et les musulmans représentent aujourd'hui entre 2 et 5 % de la population totale[139],[142]. La grande majorité des musulmans de Madagascar pratiquent l'islam sunnite de l'école de jurisprudence chaféite, avec d'importantes communautés chiites[143].

Éducation

En 2013 environ 35 % de la population adulte est analphabète[144]. Le taux d'alphabétisation des jeunes hommes est très légèrement supérieur à celui des jeunes femmes[144]. Les investissements publics pour l'éducation correspondent à 10,7 % des dépenses gouvernementales dans la période de 2009-2016[145]. La part réservée à l'enseignement supérieur dans le budget public de l'éducation a dégringolé de 32 % au début des années 1990 à environ 13 % en 2000[146]. « Un assistant débutant touche 300 euros et un professeur titulaire en fin de carrière environ 440 », explique Émile Rakotomahanina Ralaisoa, ancien recteur de l'université d'Antananarivo.[réf. nécessaire] Même si c'est largement au-dessus du SMIC local, qui est de 250 000 ariary par mois[147] (soit plus de 52 euros), la profession reste sous-payée. Les dépenses courantes pour l'enseignement primaire sont d'environ 57 dollars américains (parité de pouvoir d'achat) par élève[145].

Système éducatif malgache

Depuis 1972, l'enseignement national à Madagascar se dissocie du programme de la France d'où la distinction entre statuts national et international. Deux classes d'écoles apparaissent : les écoles malgaches « d'État » et les écoles françaises « diplomatiques ».

Le malgache devient la langue officielle dans toutes les écoles et les administrations. Le français devient la première langue enseignée et l'anglais la deuxième. Cette révolution intellectuelle n'a pu bénéficier d'aucune année préparatoire. Aucun programme de création du vivier professoral n'a été prévu. Des bacheliers sont recrutés par différents corps de l'armée, avec « discipline et patrie », avant de devenir des professeurs contractuels durant une année scolaire maximum.

Au début des années 1990, des écoles primaires privées fleurissent ici et là, revendiquant le modèle français d'enseignement. Cela constitue un espoir de se projeter vers l'Europe, pour des parents prêts à se sacrifier dans le paiement de droits de scolarité (écolage) exorbitants pour la majorité des ménages. En 2008, ces écoles se sont multipliées dans beaucoup de villes.

Centres universitaires nationaux et écoles internationales

Chacune des capitales des six provinces dispose de son université : l'université d'Antananarivo, l'université d'Antsiranana, l'université de Fianarantsoa, l'université de Mahajanga, l'université de Toamasina et l'université de Toliara.

Il existe aussi d'autres écoles d'enseignement supérieur :

On trouve également diverses écoles internationales, dont des établissements financés par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE) dépendant du ministère français de l'Éducation nationale. L'AEFE compte une vingtaine d'établissements homologués dans le pays[150].

En 2025, Madagascar est classé en 120e position pour l'indice mondial de l'innovation[151].

Santé

Famine et paludisme, deux menaces en suspens

Consultation gratuite auprès d'un médecin itinérant.
  • Famines, épidémies : les grands fléaux qui déciment certaines autres régions d'Afrique ne frappent pas Madagascar avec la même fréquence ni la même ampleur catastrophiques. Mais l'équilibre y reste précaire. Si la pluie tant attendue au début de l'été ne tombe pas, les maigres réserves sont vite épuisées. Le sud est toujours la région la plus menacée par la sécheresse, qui y est appelée kéré. La zone critique se situe aux environs d'Ambovombe (région Androy).
  • Autre mal endémique : le paludisme. On parle d'une recrudescence alarmante de la maladie et on en attribue la cause à une résistance des plasmodiums à la chloroquine, ce qui ferait échec à la prise classique de quinine ou de nivaquine[réf. nécessaire].
  • Sida : le taux de prévalence du VIH est relativement bas à Madagascar ; cependant, entre 2003 et 2013, l'épidémie est passée de « naissante » à « concentrée » au niveau de certains groupes de la population (principalement les hommes ayant des rapports homosexuels, les professionnelles du sexe et les utilisateurs de drogues injectables)[152].
  • Syphilis : forte prévalence des infections sexuellement transmissibles classiques : 1 femme enceinte sur 20 et 1 professionnelle du sexe sur 7 sont positives à la syphilis[152].
  • Peste : maladie endémique, le pays abrite quelques foyers de peste qui apparaissent chaque année autour de la saison des pluies. Madagascar est l'un des pays les plus touchés par cette maladie dans le monde[153].
  • Cysticercose : prévalence de la cysticercose active pouvait estimée en 2003 à environ 10 %, qui plaçait donc Madagascar parmi les pays les plus touchés dans le monde[154][réf. non conforme].
  • Lèpre : elle a touché longtemps une grande partie de la population (la Fondation Raoul-Follereau a été impliqué dans son éradication) ; Madagascar est l'un des cinq pays d'Afrique les plus touchés[9].

Pauvreté

Selon la Banque mondiale, 75 % de la population vivait toujours sous le seuil international de pauvreté à 1,90 dollar par jour en 2019 — un taux nettement supérieur à la moyenne régionale de 41 %[155].

Le pays occupe la quatrième place mondiale en termes de malnutrition chronique. Près d'un enfant de moins de 5 ans sur deux souffre d'un retard de croissance. En outre, Madagascar compte parmi les cinq pays où l'accès à l'eau est le plus difficile pour la population. Douze millions de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, selon l'ONG WaterAid[156].

En ce sens, l'ONG La Source Jeune[157] permet de venir en aide aux Malgaches en leur permettant de construire des puits et d'en faire bénéficier les populations locales. Les forages ont lieu dans les zones les plus reculées où l'accès à l'eau potable est l'un des problèmes majeurs.

Plus d'un million de personnes se trouvent en 2021 en situation d'insécurité alimentaire aiguë dans le sud de Madagascar[158].

Économie

Évolution du PIB réel par habitant de Madagascar.

Le PIB de Madagascar en 2024 était estimé à 17,42 milliards de dollars américains, avec un PIB par habitant de 545 dollars[159]. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), en 2021, 68,4 % de la population malgache vivait dans une situation de pauvreté multidimensionnelle[160]. Entre 2011 et 2015, le taux de croissance moyen était de 2,6 %, mais il aurait dû atteindre 4,1 % en 2016 grâce aux programmes de travaux publics et à la croissance du secteur des services. L'agriculture représentait 29 % du PIB malgache en 2011, tandis que le secteur manufacturier en représentait 15 %. Les autres moteurs de croissance de Madagascar sont le tourisme, l'agriculture et les industries extractives[161]. Le secteur de la pêche représente 800 millions de dollars américains, soit 6 % du PIB, et emploie 200 000 personnes directement [162],[163].

En , l'ariary remplace le franc malgache (FMG) comme monnaie à Madagascar. À partir de cette date, un double étiquetage est appliqué dans les commerces et sur les marchés jusqu'au basculement officiel, le . Depuis cette date, seul l'ariary a cours officiel dans le pays (1 ariary = 5 FMG).

La corruption est élevée dans les administrations du pays. Le Centre de recherches et de publications sur les relations entre le tiers-monde et l'Europe (Cetim) dénonce ainsi le « pillage » des ressources naturelles malgaches, notamment par les concessions minières et les trafiquants de bois précieux. Les zones franches sont également sources d'immenses profits pour les entreprises, aux dépens des salariés, souvent privés de tout droit[156].

Depuis des décennies, Madagascar fait face à une croissance insuffisante et une pauvreté persistante, en grande partie à cause de faiblesses de la gouvernance, d'un développement inadéquat du capital humain et physique, et d'une transformation structurelle lente. La situation est exacerbée par l'augmentation des crises climatiques et la vulnérabilité accrue aux chocs extérieurs. En outre, la faible croissance économique combinée à une croissance démographique rapide a fait de Madagascar l'un des pays où le taux de pauvreté est parmi les plus élevés au monde, atteignant 75 % en 2022 si l'on se réfère au seuil de pauvreté national.

Bien que la croissance économique se soit ralentie, passant de 5,7 % en 2021 à 3,8 % en 2022, en grande partie à cause des retombées de la guerre en Ukraine et des chocs climatiques, elle s'est progressivement redressée. La croissance devrait poursuivre son redressement et se stabiliser à 4 % en 2023, avant de s'accélérer pour atteindre environ 4,7 % en 2024-25. Les pressions inflationnistes se sont intensifiées, l'inflation globale passant de 6,9 % en juin 2022 à 11,3 % en juin 2023. L'inflation devrait se maintenir à 10,5 % en 2023, avant de se modérer pour atteindre environ 8,5 % en 2024-25.

Le déficit des comptes courants s'est creusé, passant de 5 % du PIB en 2021 à 5,6 % en 2022. Toutefois, une baisse des prix mondiaux du pétrole devrait contribuer à une nouvelle réduction du déficit des comptes courants à 4,5 % du PIB en 2023-25, la baisse des importations étant supérieure au ralentissement des exportations. Le rebond des exportations pourrait toutefois se heurter à des difficultés, car les politiques d'importation restrictives - telles que l'abaissement des niveaux de nicotine autorisés dans les produits alimentaires importés - des principaux partenaires commerciaux de Madagascar dans le secteur de la vanille sont susceptibles d'entraver les progrès.

Le déficit budgétaire global s'est creusé, passant de 2,8 % du PIB en 2021 à 6,4 % en 2022, et la dette publique totale a augmenté pour atteindre 56,9 % du PIB en 2022. Cette détérioration du solde budgétaire résulte en grande partie du report des paiements des droits pétroliers par les distributeurs de pétrole. Le règlement de ces dettes croisées devrait ramener le déficit budgétaire à 3,8 % du PIB en 2023, les recettes fiscales passant de 9,6 % du PIB en 2022 à 12,8 % en 2023. En outre, l'augmentation progressive prévue des dépenses en capital de 5,1 % du PIB en 2021 à 8,7 % en 2025 reflète l'amélioration de l'exécution du budget et la mise en œuvre des projets prioritaires du gouvernement[13].

Ressources naturelles et commerces

Madagascar est le premier producteur mondial de vanille Bourbon.
Usine de raffinerie des minerais en provenances d'Ambatovy, près de Toamasina.

Les ressources naturelles de Madagascar comprennent une variété de produits agricoles et minéraux. L'agriculture (notamment la culture du raphia), l'exploitation minière, la pêche et la sylviculture constituent les piliers de son économie. En 2017, les principales exportations étaient la vanille (894 millions de dollars US), le nickel (414 millions de dollars US), le clou de girofle (288 millions de dollars US), les pulls en maille (184 millions de dollars US) et le cobalt (143 millions de dollars US)[164].

Madagascar est le premier fournisseur mondial de vanille, de clous de girofle et d'ylang-ylang[165]. L'île fournit 80 % de la vanille naturelle mondiale[166]. Parmi les autres ressources agricoles importantes figurent le café, les litchis et les crevettes. Ses principales ressources minérales comprennent divers types de pierres précieuses et semi-précieuses. L'île fournit actuellement la moitié de l'approvisionnement mondial en saphirs, découverts près d'Ilakaka à la fin des années 1990.

Madagascar possède l'une des plus importantes réserves mondiales d'ilménite (minerai de titane), ainsi que d'importantes réserves de chromite, de charbon, de fer, de cobalt, de cuivre et de nickel. Plusieurs grands projets sont en cours dans les secteurs minier, pétrolier et gazier, parmi ceux-ci figurent l'exploitation de l'ilménite et du zircon à la mine de Mandena par Rio Tinto près de Tôlanaro[167], l'extraction de nickel à la mine d'Ambatovy près de Moramanga et son traitement dans la banlieue sud de Toamasina par Sherritt International[168], et le développement des gisements géants de pétrole lourd terrestres de Tsimiroro et de Bemolanga par Madagascar Oil[169].

Les exportations représentaient 28 % du PIB en 2009. La majeure partie des recettes d'exportation du pays provient de l'industrie textile, du poisson et des fruits de mer, de la vanille, des clous de girofle et d'autres produits alimentaires. La France est le principal partenaire commercial du pays, bien que les États-Unis, le Japon et l'Allemagne entretiennent également des liens économiques étroits. Les cultures de rente à forte valeur ajoutée destinées à l'exportation, telles que les litchis, constituent des secteurs de croissance plus récents : 18 000 tonnes ont été vendues à l'étranger en 2023, dont 16 000 tonnes à destination de l'Europe[170].

Le Conseil commercial Madagascar-États-Unis a été créé en mai 2003, fruit d'une collaboration entre l'USAID et des artisans malgaches, afin de soutenir l'exportation de l'artisanat local vers les marchés étrangers[171]. Les importations de produits tels que les denrées alimentaires, les carburants, les biens d'équipement, les véhicules, les biens de consommation et les produits électroniques représentent environ 52 % du PIB. Les principaux fournisseurs de Madagascar sont la Chine[172], la France, l'Iran, l'île Maurice et Hong Kong.

Transports

Madagascar dispose de 836 km de voies ferrées et d'environ 49 250 km de routes dont 1 724 km goudronnées.

Elle possède 11 aéroports à liaisons commerciales régulières (Antananarivo-Ivato, Nosy Be Fascène, Toamasina, Tolagnaro, Toliara, Mahajanga Amborovy, Antsiranana Arrachart, Maorantsetra, Morondava, Sambava et Sainte-Marie).

80 % du trafic maritime de marchandises à l'international est assuré par le port de Toamasina.

Énergie

En 2019, seuls 15 % des habitants disposent de l'électricité. Ce taux n'a pas évolué depuis huit ans. La plupart des personnes s'éclairent à la bougie ou à la lampe à pétrole[173]

En 2011, la production d'électricité du pays atteint 1 328 GWh et est issue à[174] :

En 2001, les énergies renouvelables représentaient 63 % de la production totale d'électricité. Le potentiel de développement de l'hydroélectricité est par ailleurs élevé, le pays n'en exploitant que 132 MW alors que la ressource totale est estimée à 7 800 MW[174]. L'énergie solaire photovoltaïque représente aussi un fort potentiel en raison du bon ensoleillement disponible et de la possibilité de construire des petites unités de production non connectées au réseau électrique[175].

Économie informelle

L'économie informelle échappe à l'évaluation nationale du PIB. Cette classification vient du fait que les revenus financiers produits en monnaies fiduciaires, sont friables et sans traçabilité. Pourtant ce sont des devises monnayables à l'international mais de sources non vérifiables, donc non comptabilisée comme indice de croissance du pays, en l'absence de contrôle imposé par l'État[Note 7]. Cette manne fait vivre un peu plus de 30 % de la population mais la valeur de la monnaie nationale s'en retrouve lourdement affectée auprès des organisations de valorisation économique, comme le FMI.

Tourisme

Formations rocheuses tsingy dans le Tsingy de Bemaraha, Madagascar.

En 1984, le gouvernement malgache a décidé d'élargir l'ouverture du pays au tourisme. Madagascar possède des potentialités très importantes pour le développement du tourisme, mais ce secteur est encore en lente progression. Les parcs nationaux, comme ceux du Tsingy de Bemaraha, d'Andasibe-Mantadia, d'Isalo, de Ranomafana ou d'Ankarana constituent des destinations prisées pour les visiteurs internationaux qui veulent découvrir la faune et la flore unique de l'île. Le nombre de touristes internationaux fluctue en fonction des conjonctures ; ainsi, après la crise politique de 2009, il a fortement chuté. Le record annuel d'entrée de touristes à avoir visité le pays est de un peu moins de 300 000 personnes en 2016, ce qui a généré l'entrée de 702 millions de dollars en devise[176].

En , la fermeture des frontières à suite de la pandémie de Covid-19 a également fortement affecté le secteur touristique malgache durant les deux années qui ont suivi[177]. Depuis la levée des restrictions en , on observe une timide reprise de l'activité : entre janvier et novembre de cette même année 106 000 personnes ont visité l'île[178].

Malgré son haut potentiel touristique, le tourisme à Madagascar est sous-développé. Les attractions touristiques malgaches incluent ses plages et sa biodiversité[179]. Pendant les années 1990, le tourisme était le deuxième revenu d'exportation du pays et lui rapporta près de 50 millions de dollars. Le nombre de touristes visitant le pays ne cesse d'augmenter depuis les années 1990, malgré des baisses ponctuelles dues aux instabilités politiques, et devrait atteindre 500 000 visiteurs en 2018[180]. La grande majorité des touristes sont français ; cela s'explique par les liens historiques et linguistiques qu'ont les deux pays.

Marché local

Vente de primeurs.

Privée de comptabilité officielle, la production rurale écoulée ne laisse aucun indice économique. Ce secteur englobe l'élevage bovin, la culture du riz, la pêche artisanale, etc. Des ONG achètent des productions artisanales pour les vendre en France et réinvestir les gains dans l'éducation et l'économie malgaches[181].

Main-d'œuvre locale

Le salaire moyen mensuel par habitant à Madagascar compte parmi les plus bas du monde. En 2022, il était estimé à environ 44 euros par mois[182]. Le , le gouvernement et le patronat malgache ont fixés le salaire minimum mensuel à 250 000 ariary soit environ 52 euros[183].

Accaparement des terres

Madagascar occupe le premier rang dans le classement des pays africains par rapport à la superficie des terres cédées aux investisseurs étrangers avec 3,7 millions d'hectares de terres agricoles cédées[184]. L'engouement pour les terres se poursuit dans le cadre d'autres projets agricoles ou miniers, et la transparence fait parfois défaut[185].

Daewoo, entreprise coréenne, avait obtenu un bail pour l'exploitation de plus d'un million d'hectares de surfaces agricoles en 2009[185], en échange de la promesse d'infrastructures et d'emplois[186]. Cette zone était aussi grande que la moitié des biens arables du pays. Ce bail est arrêté après le coup d'état de 2009, qui conduit au départ forcé du président Marc Ravalomanana[187].

465 000 hectares de terres à Madagascar avaient été loués à une société indienne, Varun International, pour cultiver du riz pour la consommation en Inde[188]. Cela a été annulé par le nouveau gouvernement[188].

L'achat des terres agricoles par de nouveaux investisseurs non occidentaux en pays tropicaux est habituellement présenté comme un accaparement inédit des terres paysannes.

La situation est souvent celle-ci : les investisseurs arrivés de longue date dans ces pays contrôlent la production, les filières et la commercialisation des denrées, sans avoir besoin d'endosser de nombreux aspects du « mic-mac » de la gestion des exploitations et la responsabilité éthique des revenus de misère de la main d'œuvre.

La terre reste nominalement propriété des paysans locaux mais la production et les valeurs ajoutées sont la propriété de fait des investisseurs étrangers et de quelques cooptés locaux. Ces derniers sont tenus par une corruption de longue date à laquelle aucun nouvel arrivant ne peut se soustraire. Il s'agit de situations acquises durant la période coloniale et consolidées pendant les cinquante années qui ont suivi.

Les investisseurs des pays émergents n'ont pas ces avantages d'antériorité de présence. Ils doivent payer au prix fort la terre, prendre en charge les investissements de terrain, gérer les aléas des facteurs de production, faire face directement aux conflits sociaux éventuels, payer plus cher la main d'œuvre et faire sur-enchère sur des décideurs déjà corrompus.

Les aspects de la contre-attaque des premiers arrivants sont multiformes : pression directe sur les États producteurs et indirecte par des institutions internationales pour annuler des contrats, faux semblants humanistes souvent repris sincèrement par les citoyens des pays développés, manipulation de la société civile organisée urbaine des pays sous-développés (presse locale et ONG locales corrompues, etc.).

Parfois aussi, des efforts sous forme d'opportunités immédiates mais aux bénéfices incertains à long terme, sont consentis à la paysannerie locale. À titre d'exemple, la flambée multifactorielle des prix de la vanille a introduit une concurrence qui a rapidement amélioré les revenus paysans des Malgaches mais également fragilisé la position monopolistique des importateurs traditionnels. Le fonds Danone, le Suisse Firmenich et l'Américain Mars ont mis 120 millions d'euros sur la table en 2018 pour différents pays producteurs. À Madagascar, ils aideront 3 000 producteurs en contrepartie de l'asservissement de leur production à leur filière pendant 10 ans[189].

Commerce en ligne

Depuis l'amélioration significative des offres de connexion à Internet, le commerce en ligne a connu un développement timide mais constant. En 2017, un internaute malgache sur dix déclare avoir déjà effectué un achat en ligne. Les produits les plus achetés sur Internet concernent la haute technologie et le prêt-à-porter, ces deux catégories rassemblant à elles seules près de 50 % des ventes en ligne. Les freins majeurs au développement du commerce en ligne à Madagascar sont le manque de confiance dans l'économie numérique et les problèmes de paiement en ligne. C'est ainsi que la majorité des achats en ligne sont payés en espèces à la livraison. Malgré tout, plus d'un non-consommateur sur deux affirme être prêt à acheter sur Internet[190].

Culture et patrimoine

Arts

Une littérature orale et écrite d'une grande richesse s'est développée à Madagascar. L'une des traditions artistiques les plus importantes de l'île est son art oratoire, qui s'exprime à travers le hainteny (poésie), le kabary (discours public) et l'ohabolana (proverbes)[191]. L'Ibonia, poème épique emblématique de ces traditions, s'est transmise au fil des siècles sous différentes formes à travers l'île et offre un aperçu des mythologies et croyances diverses des communautés malgaches traditionnelles[192]. Cette tradition s'est perpétuée au XXe siècle grâce à des artistes tels que Jean-Joseph Rabearivelo, considéré comme le premier poète moderne d'Afrique, Jacques Rabemananjara, poète, militant indépendantiste et lauréat du Grand prix de la francophonie en 1988 et Elie Rajaonarison, figure emblématique du renouveau de la poésie malgache.

Musique

Artiste malgache utilisant le valiha.

La musique malgache est riche d'influences proches et lointaines dans le temps et l'espace. En effet, elle a su conserver son patrimoine ancien austronésien de l'Asie du Sud-Est, mais aussi de la proche Afrique et Océanie, celle de l'Arabie tout en amalgamant de nouveaux genres dus aux contacts avec l'Europe et les États-Unis.

La musique malgache est très mélodique et se distingue de nombreuses traditions de l'Afrique par la prédominance des instruments à cordes par rapport aux instruments à percussion[193]. Madagascar possède un riche patrimoine musical, incarné par des dizaines de genres musicaux régionaux, comme le salegy côtier ou l'hira gasy des hauts plateaux centraux. L'instrument le plus emblématique de Madagascar, la valiha, est une cithare tubulaire en bambou très semblable à celles utilisées traditionnellement en Indonésie et aux Philippines. La valiha est considérée comme l'instrument national de Madagascar[194],[195].

Sports

Le moraingy, sport de combat malgache.

De nombreux passe-temps traditionnels ont vu le jour à Madagascar. Le moraingy, un type de combat au corps à corps, est un sport populaire auprès des spectateurs dans les régions côtières. La lutte contre les zébus, appelée savika ou tolon-omby, est également pratiquée dans de nombreuses régions. Outre les sports, une grande variété de jeux sont pratiqués. Parmi les plus emblématiques figure le fanorona, un jeu de plateau répandu dans les Hautes Terres. Selon une légende, la succession du roi Andrianjaka après son père Ralambo serait en partie due à l'obsession que le frère aîné d'Andrianjaka aurait eue pour le fanorona, au détriment de ses autres responsabilités[196].

Les activités récréatives occidentales ont été introduites à Madagascar au cours des deux derniers siècles. Le rugby à XV est considéré comme le sport national de Madagascar[197]. Le football est également populaire. La pétanque est aussi très pratiqué dans les zones urbaines et sur les Hautes Terres[198]. Les programmes sportifs scolaires comprennent généralement le football, l'athlétisme, le judo, la boxe, le basket-ball féminin et le tennis féminin. Madagascar a envoyé ses premiers athlètes aux Jeux olympiques en 1964 et a également participé plusieurs fois aux Jeux africains.

Coutumes

Le famadihana (sur les hauts plateaux centraux)

famadihana

Vieille tradition austronésienne que l'on retrouve encore dans certaines îles d'Indonésie (Bornéo et Bangka notamment), le famadihana est un rituel d'exhumation des morts propre surtout aux peuples des hauts plateaux, notamment les mérinas[199], et qui se raréfie du fait de la christianisation. Quand le devin en donne le signal, le clan familial décide de commencer la cérémonie dite du Famadihana retournement des morts »). Exhumé quelques années après le décès, le défunt est d'abord porté en procession avec un cortège de musiciens, puis les ossements, après une toilette rituelle, sont enveloppés dans des lambas traditionnellement en soie naturelle (lambamena). La fête marque le retour définitif des ancêtres (les razana) parmi leurs descendants dont ils deviendront les protecteurs. Il s'agit bien d'une fête : la liesse est de règle, les pleurs et les lamentations sont proscrites. Le repas traditionnel à cette fête est le vary be menaka, du riz avec de la viande grasse (avec beaucoup de graisse, parfois on ajoute de la viande de porc à la viande de zébu). La famille organisatrice peut même préparer des tenues spéciales pour bien marquer la fête. Cette coutume n'est propre qu'à certaines tribus de Madagascar et est aussi une occasion de rassembler la grande famille et une occasion de voir qui sont les personnes qui préservent leur relation avec cette grande famille (ayant répondu à l'invitation et apporté une contribution habituellement financière).

Les fady

La vie en société est régie par les fady (interdits instaurés par les ancêtres).

À Madagascar, les fady peuvent concerner une région entière, des lieux particuliers, des familles ou une personne[200].

Quelques exemples de fady :

  • il est interdit de pointer du doigt les baleines[201]
  • ne pas tuer, ni manger de dauphins
  • ne jamais donner de coups de pied au mur au risque d'entraîner la mort de sa grand-mère maternelle ou paternelle
  • ne pas travailler la terre le jour du mardi
  • etc.

Les fady sont des moyens utilisés par les aînés pour apprendre aux plus jeunes le savoir-vivre et l'art de se comporter en société[202]. Et ils ont aussi des vertus dans la protection de l'environnement.

Fêtes et jours fériés

Davantage d’informations Date, Nom français ...
Fêtes et jours fériés
DateNom françaisNom localRemarques
Jour de l'anTaom-baovao Le premier jour de la nouvelle année est férié à Madagascar.
Lundi suivant PâquesLundi de PâquesAlatsinain'ny PaskaPâques est le premier dimanche qui suit la première pleine lune après le .
29 mars Commémoration des martyrs de l'insurrection de 1947. Martioran'ny tolona tamin'ny 1947 Commémoration des martyrs de l'insurrection qui a débuté le et noyée dans le sang par l'armée coloniale française : 90 000 morts selon le commandant des troupes françaises de l'époque (Général Garbay).
Fête du TravailFetin'ny asa Traditionnellement le jour de nombreuses manifestations syndicales et politiques à Madagascar.
1er chawal Fête de la rupture du jeûne ou la petite fêteAïd el-Fitr Marque la fin du ramadan.
Jeudi, 40 jours après Pâques AscensionAndro niakarana Jésus, ayant rassemblé ses disciples, rejoint son Père aux cieux.
Lundi suivant le septième dimanche après Pâques Lundi de PentecôteAlatsinain'ny Pentekosta Descente du Saint-Esprit parmi les apôtres.
26 juinFête nationaleFetim-pirenena Commémoration de la signature de l'acte d'Indépendance de l'île, de la colonisation française, le .
10 dhou al-hijja La grande fête ou fête du sacrifice Aïd al-Adha Commémore le sacrifice du prophète Abraham.
15 aoûtAssomptionAsompsiona Transport au ciel de la Vierge Marie.
ToussaintFetin'ny olo-masina Fête de tous les saints.
25 décembre NoëlKrismasy / NoelyNaissance de Jésus-Christ.
Fermer

Données statistiques

  • Capitale : Antananarivo
  • Population : 29 178 075 habitants (en 2022)
  • Superficie : 587 040 km2
  • Densité : 43,5 hab./km2
  • Frontières terrestres : 0 km
  • Littoral : 4 828 km
  • Extrémités d'altitude : 0 m > + 2 876 m
  • Espérance de vie des hommes : 68,2 ans (en 2022)
  • Espérance de vie des femmes : 67 ans (en 2009)
  • Taux d'accroissement naturel : 2,7 % (en 2022)
  • Taux de natalité : 36,2  (en 2010)
  • Taux de mortalité : 6,8  (en 2010)
  • Taux de mortalité infantile : 41  (en 2011)
  • Taux de fécondité : 4,6 enfants/femme (en 2009)
  • Age médian : 19,6 ans (en 2022)
  • Taux d'électrification des foyers : 15 % (en 2019)[203]
  • Lignes de téléphone : 172 181 (en 2009)
  • Téléphones portables : 8 600 000 (en 2012)
  • Postes de radio : 3,05 millions (en 1997)
  • Postes de télévision : 2 700 000 (en 2008)
  • Utilisateurs d'Internet : 5 000 000 (en 2020)[204]
  • Nombre de fournisseurs d'accès Internet : 5 (en 2007)
  • Routes : 50 000 km (dont 5 000 bitumées)
  • Voies ferrées : 893 km (écartement métrique)
  • Nombre d'aéroports : 130 (dont 29 avec des pistes bitumées)

Migration

Nombres de passeports à l'émigration par année :

Davantage d’informations Ville, Antsiranana ...
Ville 2007 2008 2009 2010
Antsiranana 200 NC NC NC
Mahajanga 190 NC NC NC
Toamasina 234 NC NC NC
Antananarivo 3 000 NC NC NC
Toliara 20 NC NC NC
Fianarantsoa NC NC NC NC
Fermer

Association internationale et partenaire local

Davantage d’informations Année, Pays ...
Fermer

Association locale et ressource extérieure

Les Organisations paysannes faitières : RESEAU SOA, CPM, KOLOHARENA, FIFATA, FEKRITAMA, FENAM (Filière Apiculture) en collaboration avec le Tranoben'ny Tantsaha (chambre d'Agriculture à Madagascar). Source FIDA.

Davantage d’informations Création, Association ...
CréationAssociationFinancier extérieurNature de l'aideintérêtsSiège
1974SAF-FJKM[217][réf. non conforme]Alliance ICCO[218][réf. non conforme]
UNDP
UNAIDS
Global Funds
APPEL
UNICEF
UE
WATER AID
Money For Madagascar
Église presbytérienne des États-Unis
*Développement humainAntananarivo
1989Association Akamasoa
du Père Pedro Opeka[219]
Union européenne
France
*Aide d'urgence
Lutte contre la pauvreté
Éducation
Santé
Antananarivo (Andralanitra)
1999ZOMARÉ[220]Armor Cuisine (Paris-Bobigny)
Frame Acime[221][réf. non conforme]
Conseil général du Finistère
Produits alimentaires
Fiduciaire
École de MusiqueAntsiranana (Diego-Suarez)
Fermer

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI