Promotion 2002-2004 de l'École nationale d'administration

promotion 2002-2004 de l'École nationale d'administration From Wikipedia, the free encyclopedia

La promotion 2002-2004 de l’École nationale d’administration, dite promotion Léopold-Sédar-Senghor ou promotion Senghor, est la soixantième promotion d’élèves depuis la création de l'École nationale d'administration en 1945. Elle porte le nom du chef d’État sénégalais Léopold Sédar Senghor.

La promotion Senghor est remarquée pour le nombre élevé d’élèves ayant par la suite accédé à des postes clefs de la République[1], parmi lesquels le futur président de la République Emmanuel Macron, ainsi que la rapidité de cette accession. À ce titre, elle est parfois comparée à la promotion Voltaire de 1980.

Histoire de la promotion

Concours d'entrée (août-décembre 2001)

Les épreuves d’admissibilité du concours de recrutement de cette promotion se déroulent pendant la semaine des attentats du 11 septembre 2001[1].

Début de la scolarité et stage (janvier-juin 2002)

La promotion 2002-2004 de l'ÉNA commence sa scolarité au [a]. En raison de la suspension du service militaire l'année précédente, la promotion compte les vingt-deux élèves issus du concours de l'automne 2000 ayant fait leur service au cours de l'année 2001 ainsi que l’ensemble des recrues du concours de l'automne 2001 : elle est donc nombreuse (134 élèves), et les jeunes hommes y sont surreprésentés par rapport aux années précédentes et suivantes[2].

Très rapidement après le début de la scolarité a lieu l’élection présidentielle de 2002 et l'arrivée au second tour de Jean-Marie Le Pen (choc du 21 avril), alors que les élèves sont en stage en préfecture ou en ambassade[2],[1]. Voir un candidat d'extrême-droite au second tour pousse les élèves à s’interroger durablement sur le sens de leurs convictions et du service de l'État[1],[2]. Selon Marguerite Bérard, alors élève et future major de la promotion, certains élèves envisagent de démissionner[1].

Scolarité

De retour en scolarité, la promotion fait le choix d'un nom de promotion basé sur l'homme d'État sénégalais Léopold Sedar Senghor, mort l'année précédente. Ce choix constitue une réponse à l'arrivée au second tour de Jean-Marie Le Pen. Le nom de l'héroïne antique Antigone a également été envisagé[2],[α].

Le contexte du refus français de l'intervention en Irak et du discours de Dominique de Villepin au début de leur deuxième année de scolarité donne lieu à des désaccords politiques forts, qui contribuent à politiser la promotion[3]. De nombreux élèves de la promotion ont un engagement politique, majoritairement à gauche. Ainsi, la section CFDT de l’École, dirigée par Fabrice Casadebaig, comporte près de 60 adhérents, ce qui est un nombre particulièrement élevé[4].

Au cours de la scolarité, un conflit avec la direction sur la question du classement de sortie contribue à unir les élèves, faisant de la promotion Senghor un groupe particulièrement soudé[1]. Le choix est fait de ne pas donner aux élèves leurs notes en cours de scolarité, ce que certains élèves interprètent comme étant le moyen de favoriser la reproduction sociale en aménageant les notes[1]. Un groupe d’élèves, composé notamment du délégué de la promotion Pierre Ramain, de Gaspard Gantzer et de Fabrice Casadebaig, négocie avec la direction et obtient que les notes soient connues en cours de route, en menaçant de ne pas communiquer le nom de baptême de la promotion décidé par les élèves[1].

Fin de scolarité (janvier-mars 2004)

Par la suite, les élèves rédigent et signent à la quasi-unanimité (132 élèves sur 134[5]) un rapport d’une vingtaine de pages[6] intitulé L'ÉNA, l'urgence d’une réforme, particulièrement incisif[1] vis-à-vis de la scolarité. Les étudiants organisent en fin de scolarité un vote de défiance, unanime, à l’encontre de la direction[1]. Au cours de l’« amphi garnison », c’est-à-dire du processus d’attribution des postes fondé sur le classement de sortie, la major de promotion, Marguerite Bérard, première appelée, remet le rapport au directeur, tandis que le délégué Pierre Ramain fait connaître le résultat du vote de défiance[1]. La direction ordonne la confidentialité du rapport, qui n’est diffusé qu’après censure des passages les plus virulents[1]. Le ministre de la fonction publique, Renaud Dutreil, écrit alors à chacun des élèves pour leur rappeler le devoir de réserve auquel sont soumis les hauts fonctionnaires[6]. À la suite d’irrégularités dans l’organisation des examens pour l’établissement du classement de sortie, Étienne Grass rédige un recours en excès de pouvoir, cosigné par soixante-seize élèves et soutenu par la CFDT[7]. La promotion termine sa scolarité en pour une prise de poste au [b].

Postérité

Le , le Conseil d’État annule le classement de sortie de la promotion Senghor[8],[9]. Officiellement, la promotion est donc la première[β] à n’avoir pas de classement de sortie[1]. Néanmoins, l'arrêté d’affectation des élèves, fondé sur le classement contesté, n'est pas annulé, de sorte que la décision du Conseil d’État est sans effet sur l’avenir des anciens élèves[11]. La scolarité à l'école est par la suite réformée pour tenir compte des critiques exprimées par les élèves des différentes promotions[11].

La promotion Senghor est caractérisée par la rapidité avec laquelle ses anciens membres ont atteint des postes prestigieux au sein de la puissance publique et dans le secteur privé. Elle est ainsi parfois comparée à la promotion Voltaire à partir des années 2010[12].

En 2024, la promotion organise un dîner afin de célébrer les vingt ans de la promotion[13].

Sociologie

La promotion comporte plusieurs élèves dont les parents ont eux-mêmes exercé de hautes fonctions de la République. Parmi les quinze premiers classés de la promotion, cinq sont fils d’énarques et l’un, Sébastien Veil, est petit-fils de ministre[14]. En référence à l’œuvre de Bourdieu, l’une des élèves, Shéraz Gasri, propose que la promotion soit baptisée « Les Héritiers »[15].

En 2018, une dizaine d’élèves de la promotion étaient membres du Siècle[16].

Carrière

Dès le quinquennat de Nicolas Sarkozy, plusieurs membres de la promotion exercent à de hautes fonctions de l’administration[17], à l’exemple de Marguerite Bérard, directrice de cabinet du ministre du Travail Xavier Bertrand, et Sébastien Proto, directeur de cabinet des ministres du budget Éric Woerth puis Valérie Pécresse[1]

En 2013, un article publié dans le quotidien Le Monde relève la forte politisation de la promotion et le parcours exceptionnellement rapide d’un grand nombre de ses membres[1],[2]. Moins de dix ans après leur sortie de l’École, dix-sept membres de la promotion occupent ce que Le Monde qualifie de « postes-clefs de la République », un chiffre exceptionnel[18] : cinq directeurs de cabinet de ministres[γ], quatre directeurs adjoints, six conseillers, un conseiller du Premier ministre (Nicolas Namias) et un secrétaire général adjoint de l’Élysée (Emmanuel Macron). Plusieurs exercent également des postes de directeurs de cabinets d’élus locaux, notamment à la mairie de Paris[19],[δ], qui sert d’accélérateur de carrières[21]. Parmi les profils purement administratifs, enfin, plusieurs connaissent une ascension rapide également[6]. Un seul est alors lui-même élu, Julien Aubert[6], mais Jean-Pierre Jouyet, cité par Le Monde, leur voit « un avenir électoral »[1].

Plusieurs explications sont proposées à ce phénomène. Outre la taille conséquente de la promotion, le choc de l’élection présidentielle de 2002 susmentionnés, et le talent propre à certains élèves[2], l’intensité du clivage politique entre le parti socialiste et l’UMP au moment de l’élection présidentielle de 2007 puis l’alternance de 2012 pourraient expliquer l’attrait des membres de cette promotion pour les cabinets ministériels[2],[1]. Ainsi, en particulier, les élèves de la promotion Senghor seraient arrivés à « maturité politique » lors de l’accès au pouvoir de François Hollande, lequel souhaitait par ailleurs rajeunir la composition des cabinets ministériels[22]. Le Monde émet également l’hypothèse que cette promotion aurait été « protégée » par les membres de la promotion Voltaire (1978-1980), qui présentait des caractéristiques similaires[1]. Surtout, Mathieu Larnaudie y voit les conséquences d’un changement de mentalité des hauts fonctionnaires investis en politiques : ceux-ci, plutôt que de passer par le cursus honorum de l’élection dans un « fief » politique, auraient privilégié l’accès direct aux responsabilités technocratiques[23] tout en faisant preuve d’une particulière capacité d’adaptation[24].

La notoriété d’Emmanuel Macron rejaillit sur la promotion lorsqu’il devient ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique en 2014 au sein du gouvernement Valls II, puis après son élection comme président de la République en 2017 alors qu’il n’est âgé que de 39 ans. Selon Capital, Gaspard Gantzer, alors conseiller en communication auprès de François Hollande, avait activement milité pour la nomination d’Emmanuel Macron au ministère de l’Économie[25].

L’écrivain Mathieu Larnaudie publie le lendemain de son entrée au gouvernement une première enquête sur la promotion dans le magazine Vanity Fair[6], puis un ouvrage intitulé Les jeunes gens : enquête sur la promotion Senghor en 2018 décrivant « comment la promotion s’est emparée du pouvoir en France »[26]. Les élections législatives de 2017 permettent par ailleurs à trois élèves de la promotion[ε] de devenir députés. En revanche, peu d’entre eux compte parmi l’entourage professionnel direct du Président de la République : exception faite d’Aurélien Lechevallier, conseiller diplomatique et ami proche d’Emmanuel Macron[27], seuls trois anciens élèves[ζ] travaillent au cabinet présidentiel, sans avoir été choisis directement par le Président ni faire partie de ses proches[28].

En 2018, Sibyle Veil est choisie par le Conseil supérieur de l’audiovisuel pour prendre la tête de Radio France[25].

En 2021, Mathias Vicherat est nommé directeur de Sciences Po[25], poste qu'il quitte en 2024 après une affaire de violences conjugales. Luis Vassy, issu de la même promotion, lui succède[29].

Liste des élèves

Élèves français

La liste qui suit est établie par corps de sortie et par ordre alphabétique[b]. Le rang figurant entre parenthèses à côté de certains noms correspond à celui au sein du classement de sortie annulé, lorsqu’il est connu.

Conseil d’État (six postes)
Cour des comptes (six postes)
Inspection générale des finances (six postes)
Tribunaux administratifs et cours administratives d’appel (seize postes)
  • Marie-Paule Allio-Rousseau (d)
  • Colombe Ansiau
  • Olivier Becht
  • Alain Charier (d)
  • Vincent Droullé (d)
  • Romain Grau
  • Philippe Grimaud (d)
  • Blandine Lagasse (d)
  • Christine Lescaut (d)
  • Frédéric Mauget (d)
  • Christelle Oriol (d)
  • Jérôme Rivoisy (d)
  • Benjamin Rohmer (d)
  • Nicolas de Saussure (d)
  • Olivier Serre (d)
  • Éléonore von Bardeleben (d)
Chambres régionales des comptes (huit postes)
  • Brigitte Beaucourt (d)
  • Pierre Berthet (d)
  • Laurent Bourgin (d)
  • Romuald de Pontbriand (d)
  • Philippe Dedryver (d)
  • Maryelle Girardey Maillard (d)
  • Valéry Molet
  • Bertrand Schneider (d)
Conseillers des affaires étrangères (huit postes)
Conseillers commerciaux (deux postes)
  • Aymeric Ducrocq (d)
  • Pierre Moussy (d)
Inspection générale de l’administration (trois postes)
  • Yasmina Goulam Ally (d)
  • Jérôme Letier (d)
  • Chrystelle Naudan-Carastro (d)
Inspection générale des affaires sociales (quatre postes)
  • Marie Fontanel-Lassalle
  • Étienne Grass (25e[33])
  • Nicolas Grivel
  • Stéphanie Seydoux
Administrateurs civils (71 postes)
  • Jules Aniambossou
  • Charline Avenel
  • Samuel Barreault
  • Véronique Billaud
  • Jean-Christophe Boccon-Gibod
  • Thomas Boisson
  • Christophe Bories
  • Alain Boulanger
  • Frédéric Bouvier
  • Francis Bouyer
  • Stéphane Calviac
  • Fabrice Casadebaig
  • Christophe Castell
  • Stanislas Cazelles
  • Étienne Champion
  • Karin Ciavaldini
  • Jean-François Clerc
  • Olivier Dauvé
  • Fanny Debreyne
  • Véronique Deprez Boudier
  • Jean-Benoît Dujol
  • Tsiporah Fried
  • Hélène Furnon-Petrescu
  • Gaspard Gantzer
  • Florence Gourgeon
  • Anne Guillou
  • Sébastien Jallet
  • Arnaud Jullian
  • Wassim Kamel
  • Marianne Kermoal
  • Jean-Pascal Lanuit
  • Aurélia Lecourtier
  • François Lefebvre
  • Mathieu Lefebvre
  • Gilles Lelong
  • Nicolas Lerner
  • Édouard Leroy
  • Michel Lévêque
  • Adèle Lieber
  • Bastien Llorca
  • Jeanne Marcucci-Demeure
  • Christophe Marot
  • Olivier Masseret
  • Clarisse Mazoyer
  • Alexandre Monéger
  • Nicolas Namias
  • Laurent Paillard
  • Rodolphe Pellé
  • Jérémie Pellet
  • Charles Personnaz
  • Yann Pouëzat
  • Anne-Christine Priozet
  • Yannick Prost
  • Pierre Ramain
  • Judikaël Regnaut
  • Benjamin Richard
  • Lionel Rouillon
  • Sylvain Rousselle
  • Romain Royet
  • Sophie Salaün-Baron
  • Frédéric Sollazzi
  • Olivier Sueur
  • Emmanuelle Thomas
  • Hervé Tilly
  • Guilhem Tosi
  • Olivier Touvenin
  • Boris Vallaud
  • Vanessa Verschueren
  • Mathias Vicherat
  • Mireille Viora
  • Paul Weick
Administrateurs de la ville de Paris (quatre postes)
  • Nicolas Chayvialle
  • Florence Philbert
  • Kévin Riffault
  • David Zivie

Élèves étrangers

Outre les élèves français destinés à être titularisés dans la fonction publique nationale, la promotion Senghor a compté 51 élèves étrangers, dont 37 hommes et 14 femmes. Ceux-ci venaient pour moitié environ de l’Europe, pour 15 % d’Amérique, pour 15 % d’Asie, pour 10 % d’Afrique du Nord et pour 5 % du Moyen-Orient[34]. Le haut fonctionnaire afghan Abdel-Ellah Sediqi en a notamment fait partie[35].

En outre, trois élèves allemands ont obtenu à titre exceptionnel du ministre de la Fonction publique Jean-Paul Delevoye d’être intégrés à l’administration française plutôt que de retourner en Allemagne. Il s’agit de[36] :

  • Katrin Moosbrugger ;
  • Holger Osterrieder ;
  • Cornelia Findeisen.

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI