Précarité menstruelle
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La précarité menstruelle est la difficulté ou le manque d'accès des personnes menstruées aux protections périodiques pour des raisons économiques. La précarité menstruelle a notamment pour origine le coût des produits hygiéniques, qui rend leur accès difficile, et a pour principale conséquence l'exclusion des personnes réglées, dont l'absentéisme répété voire le décrochage scolaire.
Dans le monde, jusqu'à 500 millions de personnes vivent dans la précarité menstruelle (2019)[1],[2]. En France, le coût des dépenses pour les règles (qui concernent 15,5 millions de femmes, soit un quart de la population, en 2018) varie entre 1 700 et 5 400 euros tout au long d'une vie (sans compter les médicaments, notamment anti-douleurs, et les sous-vêtements)[3].
L'âge d'apparition des premières règles (aussi nommées menstruations ; la première période étant aussi appelée « ménarche ») varie selon la personne mais a lieu le plus souvent entre 11 et 14 ans (avec un âge médian de 13,1 ans) ; celles-ci dureront jusqu'à la ménopause de la personne, qui a lieu en général entre 45 et 55 ans (avec un âge médian de 51 ans)[3]. Des journalistes du journal français Le Monde, Anne-Aël Durand et Gary Dagorn, ont estimé en 2019 qu'elles ont donc lieu en moyenne durant 39 années, à raison de cycles durant en moyenne 28 jours (les règles en elles-mêmes durant entre 2 et 8 jours, avec une moyenne de 5), soit environ 500 fois en moyenne par femme (hors éventuellement la ou les grossesses)[3]. De plus, selon la personne, le flux peut être plus ou moins important, ou il peut y avoir des périodes d'aménorrhée (absence de règles)[3]. Les protections périodiques utilisées peuvent être de différentes sortes.
L'évaluation du budget consacré aux règles est un sujet qui n'est pas étudié dans tous les pays ; par exemple, en France, en 2019, aucune étude scientifique sur le sujet n'existe[3]. Par ailleurs, les médias traitent plus ou moins des menstruations selon les pays[3]. Les chiffres avancés en matière de budget peuvent être variables[3]. En 2015, différents médias, dont des journaux français, se basent sur un document de sondage cité faussement comme une « étude britannique » et estimant le coût des règles à 18 500 livres sterling (soit environ 23 000 euros de 2015 et 21 500 euros de 2019) ; les éléments pris en compte étant très divers et mélangeant les produits de première nécessité à d'autres fausse le propos[3]. En 2017, au Royaume-Uni, la BBC propose un outil de calcul du coût des seules protections périodiques : en moyenne, il est de 1 550 livres par femme pour sa vie entière (soit environ 1 730 euros de 2019) ; une association locale estime le budget à 4 800 livres (soit environ 5 360 euros de 2019)[3]. En 2019, les journalistes Anne-Aël Durand et Gary Dagorn ont établi pour la France une évaluation de leur coût monétaire des règles ; ils relatent les principes et modalités de leur calcul dans un article du quotidien Le Monde[3].
En France, par exemple, pour leur évaluation en 2019, les journalistes du Monde ont pris en compte plusieurs éléments, dont le coût en 2018 pour des tampons, qui doivent être changés selon des délais de port d'entre 3 et 6 heures (un risque pour la santé augmentant au-delà de ces délais) et aussi pour les serviettes hygiéniques, qui ont elles aussi des durées d'utilisation[3]. Ils ont également tenu compte du fait qu'en cas de règles douloureuses (dysménorrhées), les personnes peuvent utiliser des médicaments contre les douleurs ou antispasmodiques, certains n'étant que peu remboursés par la Sécurité sociale[3]. Pour une personne ayant une durée de règles et un flux considérés comme « moyens », ils estiment un coût moyen par cycle de 7,50 euros pour les protections et antidouleurs, ce qui mène sur la vie à 3 800 euros[3]. Les coûts de la menstruation pour les femmes ne s'arrêtent toutefois pas là car elles ont aussi besoin de consulter une fois par an un gynécologue et, en cas de vêtements, draps ou serviettes de toilette tachés par le sang, il peut être nécessaire de les remplacer[3],[4]. Au total, le montant calculé est d'environ 10 euros par mois pour une personne qui correspondrait à toutes les « moyennes » de durée de cycle, de durée de règles et de flux[3]. Les journalistes signalent également le poids que peut avoir cette dépense obligée pour les personnes en situation de précarité[3].
Par ailleurs, à la suite d'une plus grande prise en compte des règles au sein des sociétés, et d'une parole qui s'ouvre plus, les dispositifs tels que les coupes menstruelles ou les serviettes réutilisables sont plus souvent présents dans les magasins ; si certains sont plus chers lors d'un achat initial, sur le long terme, ils sont plus économiques[5]. Toutefois, les coupes menstruelles par exemple nécessitent de bonnes conditions d'hygiène pour leur changement ou leur entretien, ce qui n'est pas adapté pour des femmes sans abri qui ont peu souvent accès à des locaux et des produits adéquats[5].
Les femmes cisgenres, les personnes non-binaires et les hommes trans peuvent être concernés par la précarité menstruelle[6].
Origines de la précarité menstruelle
La précarité menstruelle a pour origine le manque d'information et d'infrastructures adaptées (accès à l'eau potable), ainsi que le coût élevé des protections hygiéniques (serviettes hygiéniques, tampons, culottes menstruelles, coupes menstruelles…). En 2018, selon Rose Caldwell, directrice générale de l'organisation Plan International UK, les causes sont multiples, avec une combinaison de difficultés résultant du manque d'éducation adéquate, de la stigmatisation et la honte liée aux règles, et du coût des protections périodiques[7],[8]. Le tabou sur les règles est aussi cité par d'autres personnes comme important pour le sujet[9]. Une femme sur dix ne pourrait pas avoir accès à ces produits dans le monde[1]. Dans les pays occidentaux, les femmes sans-abri, les travailleuses pauvres, les personnes en situation de précarité et les étudiantes sont particulièrement touchées en raison du budget nécessaire à l'achat de ces protections[10],[11],[3],[12],[13]. De plus, le tabou lié aux règles peut empêcher certaines adolescentes d'en parler à leurs parents et donc elles ne reçoivent pas l'argent ou les protections nécessaires, et l'éventuel argent de poche ne permet pas non plus à toutes de ses les payer[14]. Par ailleurs, des éléments de contexte peuvent toucher à l'hygiène nécessaire pour ces dispositifs : par exemple, le manque ou la difficulté d'accès à des lieux d'hygiène adéquats[3], de l'eau[10] et des produits tels que du savon pour se laver les mains et pour l'hygiène intime[10].
Conséquences de la précarité menstruelle
Pour la Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique (FIGO), la précarité menstruelle a pour conséquence une diminution des opportunités offertes aux filles et aux femmes à travers le monde. Ces personnes sont ainsi parfois obligées de concevoir leurs propres protections, parfois inefficaces et peu ou pas hygiéniques. Le manque d'accès aux protections hygiéniques a pour principale conséquence l'exclusion des personnes réglées, dont l'absentéisme[14] voire le décrochage scolaire pour les plus jeunes[1],[15]. Dans de nombreux pays, occidentaux ou non[16], de jeunes filles s'abstiennent d'aller à l'école durant leurs règles parce qu'elles ne disposent pas de protection hygiénique[17], manquant, par exemple, jusqu'à 145 jours d'école de plus que leurs homologues masculins au Royaume-Uni[1]. En moyenne, les filles manquent 40 jours par an[17].
Dans le monde, il y aurait 1 femme sur 10 qui n'aurait pas l'argent pour s'acheter des protections mensuelles[14]. En France, 1,7 million de femmes manqueraient de protections menstruelles et des femmes sont parfois contraintes de choisir entre acheter des protections hygiéniques ou s'alimenter[6]. Certaines femmes optent pour l'utilisation de papier journal, de papier toilette[14], d'essuie-tout[11], de chaussette[6],[9], jusqu'à l'utilisation de bouteilles d'eau comme coupe menstruelle par des femmes en prison, faute d'accès à des protections hygiéniques à des prix décents[18].
La précarité menstruelle est aussi présente en prison. En ce qui concerne la France, dans ces lieux de détention, depuis 1985, les femmes ne reçoivent généralement qu'un « kit arrivante » avec le nécessaire d'hygiène, variable selon les lieux[19], dont notamment quelques serviettes hygiéniques. Même si elles ont souvent accès à des protections supplémentaires, elles sont souvent plus chères que dans les grandes surfaces et s'en procurer de meilleure qualité devient compliqué. De ce fait, certaines femmes décident de créer elles-mêmes leurs protections hygiéniques, dont notamment des coupes menstruelles. Elles sont réalisées à partir d'anciennes bouteilles et ne sont donc pas conformes aux règles sanitaires[19].
Le défaut d'hygiène lié à la précarité menstruelle peut entraîner des conséquences sur la santé[14], comme des démangeaisons et des infections (de type mycose, par exemple)[10], pouvant mener à un syndrome du choc toxique[10] (SCT), qui peut être grave, voire mortel (surtout dans le cas de protections internes)[20],[21]. Des femmes sont également amenées à acheter des contrefaçons composées de produits chimiques nocifs[2].
La précarité menstruelle est également un problème concernant la réinsertion sociale : en France, par exemple, 17 % des femmes qui bénéficient du soutien d'association distribuant des protections hygiéniques ont déjà manqué le travail ou un rendez-vous par manque de protection, tandis que 12 % des jeunes filles ont manqué des cours[6].
Cette difficulté peut aussi amener les femmes à voler, effectuer de travaux pénibles ou donner du sexe[15]. En Afrique, certaines filles effectuent de la prostitution clandestine afin de recevoir des protections hygiéniques, ce procédé est surnommé le « Rocki mi Rocki »[22]. Le fait de se prostituer engendre le risque de grossesse menant à l'avortement, parfois clandestin[23].