Psychologie évolutionniste
courant de la psychologie dont l'objectif est d'expliquer les mécanismes de la pensée humaine à partir de la théorie de l'évolution
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La psychologie évolutionniste, ou évolutive[1], ou encore évolutionnaire[2], parfois abrégée en « psycho-évo » ou « évo-psy », est un courant de la psychologie cognitive[3] et de la psychosociologie dont l'objectif est d'expliquer les mécanismes de la pensée et les comportements humains à la lumière de la théorie de l'évolution biologique. Elle est assimilée par certains auteurs à la sociobiologie[4], ou considérée comme un courant qui a pris la succession de la sociobiologie aujourd'hui fortement contestée. Comme la sociobiologie, la psychologie évolutionniste cherche à expliquer nos comportements et représentations en se référant à la théorie synthétique de l'évolution, mais elle accorde une plus grande place que la sociobiologie aux mécanismes psychologiques et à l'environnement culturel comme facteurs déterminants[4].
| Partie de |
Psychologie, théorie de l'évolution (d) |
|---|---|
| Pratiqué par |
Psychologue évolutionniste (d) |
Certains de ses détracteurs la considèrent comme pseudo-scientifique, lui reprochant un manque d'assise empirique et théorique, ainsi qu'une propension à naturaliser les conduites et les rapports de domination entre groupes humains.
Historique
La psychologie évolutionniste s’inscrit dans une tradition de courants ayant cherché à appliquer la théorie de l’évolution à l’étude du comportement humain. À la fin de L’origine des espèces, en 1859, Charles Darwin écrivait déjà :
« J’entrevois dans un avenir éloigné des routes ouvertes à des recherches encore bien plus importantes. La psychologie sera solidement établie sur une nouvelle base, c’est-à-dire sur l’acquisition nécessairement graduelle de toutes les facultés et de toutes les aptitudes mentales, ce qui jettera une vive lumière sur l'origine de l’Homme et sur son histoire. »[5]
Dans son sillage suivront la psychologie des instincts de William James[6] et William McDougall, l’éthologie de Nikolaas Tinbergen, Konrad Lorenz et Karl von Frisch[7], la sociobiologie de Richard Alexander, William D. Hamilton, Robert Trivers et Edward O. Wilson[8], ainsi que les approches nativistes du langage de Noam Chomsky et Eric Lenneberg[9].
Néanmoins, si la psychologie évolutionniste se développe de façon importante dans les années 1980-1990 spécifiquement, c’est que deux avancées scientifiques majeures ont eu lieu dans la seconde moitié du XXe siècle[10].
La première est la « révolution adaptationniste » en biologie évolutive, initiée notamment par George C. Williams, William D. Hamilton, Robert Trivers et John Maynard Smith (et résumée par Richard Dawkins dans Le gène égoïste). Leurs travaux fournissent une base théorique rigoureuse à l’étude de la sélection naturelle et de l’adaptation, en montrant comment les traits biologiques peuvent être compris comme des solutions à des problèmes récurrents rencontrés au cours de l’évolution[11],[12]. Cette approche a permis l’élaboration de nombreuses théories visant à expliquer l’évolution de comportements tels que l’altruisme, la coopération ou les stratégies reproductives[13],[14],[15]. Parallèlement, l’adaptationnisme a fourni des outils conceptuels permettant de distinguer les adaptations façonnées par la sélection naturelle de leurs sous-produits ou de caractéristiques apparues de manière contingente[11].
La deuxième avancée est la « révolution cognitive » démarrée dans les années 1950-1960 grâce à l’essor de la théorie de l’information, de la cybernétique et de l’informatique[16],[17]. L’esprit est maintenant considéré comme un système de traitement de l’information pouvant être étudié, et non plus comme une simple « boîte noire » ou une capacité générale d’apprentissage.
Les années 1970 et 1980 sont également marquées par des progrès en anthropologie, en primatologie et en linguistique. Des chercheurs comme Irven DeVore et Richard Lee développent des programmes d’étude systématique des chasseurs-cueilleurs contemporains afin de mieux comprendre les pressions de sélection ayant façonné l’espèce humaine au cours de son histoire évolutive[18]. Des travaux en comportement animal, en linguistique et en neuropsychologie remettent en cause l'hypothèse de la tabula rasa, et tendent à montrer que l'esprit humain possède des prédispositions cognitives héritées de l'évolution qui orientent l'apprentissage et le traitement de l'information[9],[19],[20],[21],[8].
Dans cet environnement intellectuel, les fondateurs de la psychologie évolutionniste John Tooby et Leda Cosmides couchent sur le papier en 1992 un programme de recherche visant à réunir toutes ces disciplines au sein d’un cadre théorique ayant comme objectif commun une meilleure compréhension du comportement humain[22].
Cadre théorique
Présentation
La psychologie évolutionniste est une approche théorique des sciences sociales qui place la structure psychologique dans une perspective évolutionniste[23]. Elle identifie les traits psychologiques humains qui résulteraient d'adaptations évoluées, c'est-à-dire les produits fonctionnels de la sélection naturelle dans l'évolution humaine. La réflexion sur les adaptations des mécanismes physiologiques, tels que ceux du cœur, des poumons et du système immunitaire, irrigue la biologie évolutionniste. Les psychologues évolutionnistes appliquent le même raisonnement à la psychologie, en proposant que l'esprit humain est modulaire et que la modularité de l'esprit est similaire à celle du corps. Une grande partie du comportement humain serait donc le résultat d'adaptations psychologiques mises en œuvre pour résoudre des problèmes récurrents dans les environnements ancestraux des humains[24],[25].
La psychologie évolutionniste n'est pas simplement une sous-discipline de la psychologie. Sa théorie évolutionniste prétend fournir un cadre métathéorique fondamental qui intègre le champ entier de la psychologie de la même manière que la biologie de l'évolution l'a fait pour la biologie[26],[27],[28].
Les psychologues évolutionnistes soutiennent que les comportements ou les traits de caractère qui sont universels dans toutes les cultures sont de bons candidats pour être déclarés comme résultant d'adaptations évolutives[29], y compris les capacités d'empathie, de discernement des parents avec les non-parents, d'identification et de préférence des partenaires plus sains, de coopération avec les autres.
Hypothèses
La première hypothèse sur laquelle s'appuye la psychologie évolutionniste— tout comme la psychologie cognitive — est que la majeure partie, voire la totalité, de nos comportements s'explique par des mécanismes psychologiques internes[30]. La seconde hypothèse est que l'esprit est un ensemble de multiples modules spécialisés de traitement de l'information, résultant d'une adaptation à des contraintes environnementales précises auxquelles ont dû faire face nos ancêtres hominidés à l'ère des chasseurs-cueilleurs[26].
L'idée sous-jacente est d'appliquer à l'esprit, ensemble de mécanisms cognitifs, l'approche évolutionniste reconnue par la biologie, pour découvrir et expliquer leur apparition dans le cadre des adaptations conservées via la sélection naturelle[31].
Différences avec d’autres disciplines liées
Différences avec la sociobiologie
Alors que la sociobiologie, désormais largement contestée et marginalisée par les médias[32],[33],[34], a pour but d'expliquer des comportements à partir des théories évolutionnistes telles que la sélection naturelle ou la sélection sexuelle, la psychologie évolutionniste s'en distingue en déplaçant l'analyse des comportements vers les mécanismes cognitifs qui les sous-tendent. Son objet principal n'est donc pas tant le comportement lui-même que les facultés mentales supposées en être à l'origine[35]. Elle ajoute notamment à certains postulats de la sociobiologie celui de la modularité de l'esprit, emprunté à la psychologie cognitive de Jerry Fodor, étendant les concepts que celui-ci a développé pour la perception et le langage à l'ensemble de l'esprit humain. Celui-ci serait alors constitué d'une multitude de modules mentaux étroitement spécialisés, conçus comme autant de procédures de computation autonomes, façonnés au cours de l'évolution en réponse aux problèmes récurrents rencontrés par les populations humaines ancestrales[36].
Cette approche s'appuie sur l'idée que certaines dispositions psychologiques, adaptées à l'environnement dans lequel elles ont évolué, peuvent devenir inadaptées lorsque les conditions environnementales changent rapidement. Konrad Lorenz, par exemple, suggérait que l'attrait humain pour les aliments riches en sucres et en graisses pouvait s'expliquer par la rareté de ces ressources énergétiques dans les environnements préhistoriques. Dans les sociétés contemporaines, où ces aliments sont au contraire abondants et facilement accessibles, cette prédisposition peut contribuer à l'apparition de problèmes de santé tels que l'obésité ou le diabète[37].
Différences avec la psychologie cognitive
L'approche de la psychologie évolutionniste diffère de l'approche traditionnelle en psychologie cognitive sur différents points :
- La psychologie évolutionniste s'intéresse davantage à la phylogénèse des processus cognitifs qu'à leurs fonctionnements neurobiologiques.
- La psychologie évolutionniste tente de découvrir et de prédire l'existence et le fonctionnement de processus cognitifs en utilisant la psychologie comparée, notamment des primates et l'analyse sociobiologique et écoéthologique.
- Les hypothèses, justifiant une expérience, sont toujours basées sur des arguments évolutionnistes.
- La psychologie évolutionniste propose d'expliquer les mécanismes psychologiques selon deux catégories de processus : les processus spécifiques à chaque domaine (domain-specific) et les processus généraux (domain-general). Les mécanismes en œuvre pour traiter un problème récurrent dans l'histoire évolutive seront dits domain-specific. Ainsi, l'importance de détecter un tricheur dans une interaction sociale serait à l'origine d'un processus spécifique qui ne s'appliquerait pas lorsqu'il s'agit de détecter la violation d'une règle non-sociale, comme l'illustre la tâche de Wason.
Par contre, les modèles sont testés en utilisant une démarche expérimentale dans la pure tradition de la psychologie cognitive. Par conséquent, ces différences ne constituent pas une frontière véritable entre ces deux approches en psychologie. En effet, seul le résultat expérimental compte en dernière instance.
Différences avec la théorie des traits d’histoire de vie
Au-delà des emprunts initiaux à ces divers cadres théoriques, la discipline fait depuis les années 2010 un appel de plus en plus fréquent à la théorie des histoires de vie, utilisée en biologie évolutionniste, en la transposant au champ du cerveau, mais avec des écarts tels qu'un article de synthèse publié par la Royal society publishing en vient à évoquer le paradoxe du bateau de Thésée[38].
Définitions et périmètre
La dénomination « psychologie évolutionniste » est utilisée dans le monde anglo-saxon comme un terme générique regroupant toutes les approches évolutionnistes de la psychologie, y compris celles en désaccord avec les postulats originaux de Tooby et Cosmides, alors qu'en France, les chercheurs du domaine utilisent le plus souvent d'autres dénominations (éthologie humaine, écoéthologie, etc.)[réf. nécessaire]
En France, si la psychologie dite évolutionniste est opposée dans les discours à différents autres courants de la psychologie, ces courants, bien que ne revendiquant pas le titre d'« évolutionniste », intègrent la notion d'évolution dans leur approche, de sorte que selon deux psychologue cognitifs, tous les courants pourraient revendiquer l'adjectif. Ils soulignent qu'une psychologie non évolutionniste pourrait formellement être conceptualisée, tout en donnant un contenu étrange. Selon eux, la différence entre psychologie évolutionniste et les autres écoles tient plus à l'accent posé par la première sur certains concepts, dont le fort adaptationnisme et l'importance centrale donnée à la sélection naturelle, permettant à la discipline de prédire aussi bien des mécanismes psychologiques au regard d'une fonction adaptative que d'inférer des fonctions adaptatives à partir des propriétés observées de ces mécanismes. Un autre concept différenciant est celui de la granularité des fonctions spécialisées envisagées, dont le nombre est plus nettement plus important[note 1]. Par exemple, il existe des fonctions telles que « détecter les infidèles dans les relations d'échange » ou « choisir un partenaire convenable », alors que les autres écoles s'appuient sur un plus petit nombre de fonctions, très générales, comme l'apprentissage associatif, la mise à jour bayésienne, les stratégies d'apprentissage social et le besoin de routine, qui sont considérées comme suffisantes[39].
Un changement de paradigme en psychologie
Tooby et Cosmides (1997) proposent que la psychologie connaisse un changement de paradigme et la redéfinissent comme « cette branche de la biologie qui étudie (1) les cerveaux, (2) comment les cerveaux traitent l'information et (3) comment les programmes du cerveau traitant l'information génèrent le comportement ».
Il y a débat pour savoir s'il s'agissait bien d'un changement de paradigme ou simplement de l'une des facettes du changement de paradigme produit par la réforme de la sélection naturelle générée par la sociobiologie et l'écoéthologie. De la même façon que la paléontologie humaine n'est pas un changement de paradigme particulier en regard de la paléontologie et de la théorie de l'évolution en général.[réf. nécessaire]
Critiques
Critiques des méthodologies
Selon Pascal Picq,
« La psychologie évolutionniste actuelle n’échappe pas à ces travers épistémologiques, négligeant l’algorithme darwinien, et tentant d’attribuer notre psychologie à des traits mentaux sélectionnés au cours de notre long passé de chasseurs-collecteurs, et plus particulièrement pendant les âges glaciaires. Seulement, ses tenants se réfèrent à des conceptions erronées des périodes de la préhistoire, sans parler de leurs connaissances caricaturales de la sexualité chez les espèces les plus proches de nous[40]. »
La psychologie évolutionniste observe les mécanismes psychologiques actuels qui régulent en partie le comportement et, à partir de ces observations, elle essaye de retrouver d’hypothétiques adaptations passées causant ces mécanismes. Les critiques de la psychologie évolutionniste dénoncent cette forme d'inférence qui aboutit à élaborer des histoires ad hoc (just-so stories) dont la réfutablité s'avère problématique[41],.
Certains critiques soulignent aussi des biais et faiblesses épistémologiques : version simplifiée à outrance de la théorie darwinienne, mauvaise prise en compte des données des autres domaines scientifiques (primatologie, paléoanthropologie, paléoclimatologie, ethnologie).
La critique de la psychologie évolutionniste remet en cause la testabilité des hypothèses cognitives et évolutionnistes (telles que le fonctionnement modulaire du cerveau, et une grande incertitude sur l'environnement ancestral), et portent sur l'importance minorée des explications non-génétiques et non-adaptatives, ainsi que sur des questions politiques et éthiques dues aux interprétations des résultats de la recherche[42],[43].
Darwin lui-même avait mis en garde contre la tentation d'attribuer systématiquement une explication évolutionniste en biologie : relevant le cas de la fontanelle des mammifères, que certains avaient justifié comme une évolution adaptative permettant de franchir l'étroit passage du bassin, il relevait que cette disjonction des os du crane existait aussi chez les oiseaux et les reptiles, qui pourtant éclosent des œufs[44].
Les critiques de l'adaptationnisme darwinien s'appliquent aussi à la psychologie évolutionniste dont la prémisse est que les traits psychologiques sélectionnés ont eu une fonction importante pour la survie et la reproduction des individus dans un environnement passé. Ainsi selon le contre-argumentaire structuraliste : « de même que la couleur blanche des os n’a pas d’utilité, mais résulte de la présence de calcium (qui est utile), certains aspects de notre esprit peuvent n’être que des sous-produits d’autres capacités. Il ne servirait alors à rien d’essayer de déterminer leur fonction, puisqu’ils en seraient dépourvus : s’interroger sur la fonction de tel ou tel processus psychologique reviendrait à se demander à quoi sert la couleur des os ! ». Certains chercheurs, notamment Stephen J. Gould et Richard C. Lewontin, pensent que la grande majorité de nos mécanismes mentaux ne sont au départ que des « sous-produits » ayant maintenant une importance cruciale[45].
Mario Bunge cite, dans la revue Skeptical Inquirer, « la psychologie évolutive (purement spéculative) de la côte Ouest » comme une des « différentes poches de pseudoscience installées dans les sciences »[46]. Ce statut de pseudoscience, sans faire l'unanimité[47], et contesté par les tenants de la psychologie évolutive[48], émane d'une part non négligable de ses critiques, et peut résulter aussi bien d'une contestation du cadre théorique que des méthodologies utilisées ou des résultats empiriques[48],[49],[50].
Critiques du sexisme
En 2013, Michel Huteau a écrit : « la psychologie évolutionniste a été accusée d'être une « science sexiste » véhiculant une idéologie conservatrice contribuant indirectement à justifier la domination masculine et les discriminations dont les femmes sont l'objet[51] ». Irène Jonas décèle un « sexisme bienveillant » dans la valorisation apparente par les psychologues évolutionnistes de qualités prétendument innées des femmes, comme le goût pour la coopération et la conciliation, distinctes de qualités « masculines », comme le goût pour la compétition ; elle juge sans fondement scientifique cette tentative de présenter comme naturelles les différences entre les hommes et les femmes[52]. Le sociologue Sylvain Laurens et les journalistes Stéphane Foucart et Stéphane Horel voient dans la psychologie évolutionniste l'« excuse génétique du sexisme »[53]. La biologiste et philosophe de la biologie Elisabeth Lloyd conteste le postulat des psychologues évolutionnistes selon lequel il y aurait des prédispositions masculines et féminines, qui s'expliqueraient par la sélection naturelle au cours de l'évolution ; que des facteurs autres que la sélection naturelle entrent en jeu dans l'évolution (comme la dérive génétique aléatoire par exemple)[53].
Mari Ruti (en), auteur de The Age of Scientific Sexism. How Evolutionary Psychology Promotes Gender Profiling and Fans the Battle of the Sexes (2015) souligne le caractère rétrograde des stéréotypes de genre dans les versions vulgarisées de la psychologie évolutionniste, qui glorifient le mariage, stigmatisent les célibataires, et refusent d'« envisager différentes façons de vivre et d'aimer »[54].
Critiques de l'ethnocentrisme
Pour l’anthropologue Susan McKinnon, cette discipline est caractérisée par un biais ethnocentrique qui considère les comportements passés ou présents du monde occidental comme des « universaux de l’espèce humaine », ce qui aboutit à « essentialiser » les comportements, en négligeant d'autres facteurs (comme la culture), et alimente une idéologie néo-libérale[55].
Réponses aux critiques par les psycho-évolutionnistes
Différentes critiques sont apparues dès la constitution de la psychologie évolutionniste au sein des sciences psychologiques[56] (notamment dans la lignée des critiques portées à la sociobiologie (dont la scientificité est débattue) dont elle cherchait pourtant à se distinguer).
Pour certains chercheurs se réclamant de la psychologie évolutionniste, ces critiques s'attaquent le plus souvent à une version caricaturale de leur discipline, selon la rhétorique de l'épouvantail[57]. Ce biais serait particulièrement accentué[58] quand la psychologie évolutionniste touche au sexe[59] et au genre, y compris dans des manuels universitaires[60]. Le psychologue évolutionniste Jesse Bering, par exemple, considère que ses opposants l'attaquent par idéologie dès qu'il est question de la sexualité des femmes[61].
Par ailleurs, la discipline elle-même a évolué depuis sa constitution au cours des années 1990. Elle s'est notamment structurée sur le plan méthodologique et propose des formulations beaucoup plus complexes des interactions entre traits évolutifs et construction de l'individu, telles qu'elles se manifestent dans les variations inter-culturelles et inter-individuelles (par exemple dans le lien entre investissement parental et jalousie[62]).
Des données sociologiques relevées par Geoffrey Miller et al., comprenant un échantillon de 31 doctorants en psychologie se réclamant des thèses adaptationnistes, tendent aussi à contredire l'idée selon laquelle cette discipline serait la façade pseudo-scientifique d'une idéologie politique conservatrice : le fait d'être favorable ou non aux thèses adaptationnistes ne serait pas associé à une idéologie politique plus conservatrice (ces étudiants se révélant même souvent plus progressistes que la population américaine moyenne)[63].
Contre l'argument idéologique, les tenants de la discipline évoquent la loi de Hume selon laquelle la description d'un état de fait (concernant la nature de la psychologie humaine) n'est en rien une justification morale de celle-ci[64].
