Quartier antique des Farges
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| Quartier antique des Farges | |
Jardin archéologique de la rue des Farges. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Lieu | Lyon |
| Type | Habitat et thermes romains |
| Protection | accès libre |
| Coordonnées | 45° 45′ 25″ nord, 4° 49′ 14″ est |
| Histoire | |
| Antiquité | de à la fin du IIe siècle) |
| Dégagement archéologique | 1974 - 1980 |
| modifier |
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Le quartier antique des Farges regroupe les vestiges d'époque gallo-romaine (entre et la fin du IIe siècle) découverts au nord de la rue des Farges, sur une pente de la colline de Fourvière, à Lyon. La fouille archéologique est la première fouille de sauvetage importante menée à Lyon en parallèle d'une opération immobilière. Démarrée en 1974 dans des conditions difficiles, et poursuivie jusqu'en 1980, elle découvre un quartier aménagé en terrasses qui regroupe une maison à péristyle et des demeures plus modestes, des boutiques et des entrepôts, ainsi que les soubassements des grands thermes de Lugdunum, dont la localisation était indéterminée. Les fouilles ont aussi révélé l’importance des constructions en terre dans l’architecture romaine, peu étudiées à l'époque.
Après sa fouille, le site est partiellement recouvert et aménagé en jardin archéologique libre d'accès. Les artefacts découverts, de menus objets du quotidien, enrichissent les collections du musée Lugdunum.
Ancieneté du quartier

Plusieurs découvertes fortuites démontrent l'antiquité de ce quartier en contre-bas du plateau de Fourvière, centre de la colonie romaine. Au XVIe siècle, une lampe de laraire est mise au jour devant la croix de Colle. Un fragment sculpté d'un serpent et dédié à Mithra est découvert dans un mur d'une maison de la rue des Farges[1], tandis qu'une citerne romaine, dite grotte Bérelle est repérée dans le quartier[2]. Au XXe siècle, un autel dédié à Erennius est découvert au 43 de la rue[3], tandis qu'à proximité l'autel funéraire du vétéran Flavius Super Cepula est mis au jour dans le lycée de Saint-Just[4],[5].
Sondages

Entre 1908 et 1912, l'archéologue Rogatien Le Nail réalise des sondages dans la partie nord du site contigüe au lycée Jean Moulin. Aucune publication de ces fouilles ne fut faite, seul un compte-rendu succinct fut adressé au Comité des Travaux Historiques[6]. Ce document indique la découverte de divers débris de décoration tels que pilastres cannelés en marbre de couleurs diverses, fragment de statue en marbre blanc, pavage de salles en mosaïques. Les fouilles organisées ultérieurement n'ont pu trouver de trace de salles au sol en mosaïque[7].
En 1966, le service d'assainissement de la Ville de Lyon, chargé de consolider les galeries du sous-sol du lycée, atteint en perçant un puits les vestiges de deux salles voutées, soubassement d'un édifice inconnu. Ces salles sont vidées des déblais qui les encombrent, détruisant sans contrôle les couches archéologiques. Les extrémités des salles sont ensuite murées par des parois de béton[8]. L'archéologue Amable Audin fait le rapprochement avec le lieu d'emprisonnement en 177 des martyrs de Lyon, interprétation hâtive que la découverte des thermes invalida[6].
En 1970, pour élargir la rue des Farges à la suite de l'augmentation du trafic routier vers l'ouest lyonnais, plusieurs immeubles anciens sont détruits entre la place des Minimes et la montée du Télégraphe. Aucune surveillance archéologique n'est réalisée, et ces travaux détruisent des maisons anciennes et des structures antiques alors que ce site est connu comme le plus ancien de la colline de Fourvière[9]. En février 1973, une demande d'autorisation de fouilles est refusée par la Ville de Lyon, propriétaire du terrain, et des terrassements au mois d'août détruisent de nouveaux vestiges[10].
À la fin de 1973, Amable Audin, directeur des fouilles municipales de Lyon, fait des sondages en creusant des tranchées à la pelle mécanique. Il repère les éléments d'un mur monumental et conclut à l’existence de demeures privées[11].
Fouilles de sauvetage
En octobre 1974, la direction des antiquités de Lyon organise sous la responsabilité d'Armand Desbat une fouille de sauvetage. C'est la première opération de ce type réalisée à Lyon avec cette ampleur, mais elle commence avec un manque de temps et de moyens. L'équipe réduite est renforcée par la participation bénévole d'étudiants en archéologie[12]. Un délai est convenu avec le promoteur qui donne accès à l'ensemble du site à fouiller jusqu'au 31 décembre 1975. Ce délai est prolongé au 31 décembre 1976, tandis que des retards dans la construction permettent d'organiser en octobre 1975 une visite publique du site avec présentation des découvertes archéologiques, qui attire quatre mille personnes[13].
L'équipe pu obtenir les crédits de fonctionnement nécessaires dans le cadre d'une Action Thématique Programmée (ATP) sur le thème de l'architecture et de l'urbanisme à Lyon entre le Ier siècle av. J.-C. et le IIIe siècle apr. J.-C. faisant partie du programme de développement de la recherche en Sciences Humaines dans la région Rhône-Alpes, organisé par le CNRS et la Région[14].
Les travaux de construction sont arrêtés en décembre 1976, après la suspension du permis de construire par le tribunal administratif de Lyon, faisant droit à l'action intentée par l'association Sauvegarde et Embellissement de Lyon pour irrégularités administratives. Cette interruption permet une dernière campagne de fouille en 1977 sur le terrain appartenant à la SCI rue des Farges[15]. L'organisation des fouilles est améliorée par la création en 1977 du Groupe Lyonnais de Recherche en Archéologie Gallo-Romaine[16], association qui permet de recevoir des subventions de la Ville de Lyon et du Conseil général du Rhône, et qui peut disposer de locaux de travail qui faisaient jusque là défaut[14].
La recherche archéologique est prolongée de 1978 à 1980 sur le terrain mitoyen, propriété de la Ville de Lyon, jouxtant le lycée Jean-Moulin qui recouvre les vestiges des thermes antiques[15].
Les travaux immobiliers reprennent en 1982 après modifications du projet initial de la SCI. Cette dernière rétrocède à la Ville de Lyon la portion de terrain où subsistent les vestiges et prévoit d'aménager un passage sous les immeubles pour y accéder[15].
Description du site
Périmètre fouillé

Les fouilles conduites de 1974 à 1980 par le Service archéologique de la Ville de Lyon couvrent une surface de plus d’un hectare environ, sur un terrain morainique en forte pente d'ouest en est (25 mètres de dénivellation pour 100 mètres), et descendant plus doucement vers le sud. Elles ont mis au jour un quartier daté de la fin du Ier siècle et abandonné à la fin du IIe siècle ou au début du IIIe siècle : L'urbanisme antique a structuré cet espace en trois terrasses superposées d'est en ouest, dites terrasses supérieure, médiane et inférieure, desservies par deux voies orientées nord-sud reliant ce quartier aux édifices de spectacle de Fourvière[17],[18].
- Périmètre fouillé (en blanc).
- Altitude des terrasses, selon la coupe A (ouest)-B (est)[19].
La partie sud-est de la zone accessible aux fouilles est vide de vestiges archéologiques, car ils ont été détruits par des constructions du XIXe siècle ou par les démolitions du chantier en cours[10],[20].
Voirie antique
Un tronçon de rue est repéré entre la terrasse haute et la terrasse intermédiaire. Orientée nord-sud, cette rue apparait comme le prolongement de la voie pavée qui passe derrière l'odéon et le théâtre. Le tronçon découvert ne conserve aucun dallage, il descend rapidement (altitude restituée de 259 à 247,5 mètres, soit une pente à 6%) tout en se rétrécissant, large de 11,30 mètres d'une façade de maison à l'autre dans sa partie la plus haute, de seulement 8 mètres dans le milieu du site fouillé. Dans la partie nord de la rue, un mur à deux mètres en avant des constructions semble être la base d’un portique. Au milieu de cette rue se trouvait un collecteur, détruit à l'exception de son extrémité nord, qui mesure un mètre de largeur pour 1,30 mètre de hauteur intérieure[21].
Une seconde voie borde le côté est du site, avec une orientation légèrement déviée par rapport à un axe nord-sud. Très endommagée au niveau du site fouillé, dépourvue de dallage, elle est repérée par des sondages dans l'enceinte du lycée, qui ont montré un tronçon d'égout vouté. Son tracé vient en prolongement de la voie qui bordait l'esplanade à l'est de l'odéon[22].
Chronologie d'occupation
Les monnaies découvertes lors des fouilles permettent de dater l'occupation du site : sur 168 monnaies éparses collectées, deux seulement datent de l'époque moderne (XVIe siècle), quatre sont gauloises et six de la République romaine, les autres datent du Ier siècle apr. J.-C. (environ 30% du total) et du IIe siècle (environ 33%), les dernières sont quatre bronzes du règne de Commode (180-192) et un denier de son épouse Crispine. La trouvaille la plus remarquable est matérialisée par deux rarissimes aurei de émis par Quintus Cornificius en Afrique romaine, le reste se répartit entre 15 deniers et quinaires d'argent et 149 bronzes[23],[24].
- Aurei de Q. Cornificius. Musée Lugdunum
- Avers : déesse Africa, coiffée d'une tête d'éléphant.
- Avers : Tête de Jupiter coiffé des cornes d'Ammon
Les céramiques, recueillies en grand nombre sur le site sont aussi un moyen de datation des couches archéologiques[25]. Plus de cent mille tessons ont été récupérés dans de nombreux dépotoirs et dans les couches d’abandon, majoritairement en céramiques communes sombre et claire. Aucun débris trouvé n’est antérieur ou contemporain de la fondation de Lugdunum[26]. Une coupure assez nette se manifeste entre le Ier siècle et le IIe siècle pour la majorité des productions (céramique sigillée, céramiques à parois fines, céramiques à glaçure plombifère, céramique commune)[27].
Trois périodes d'occupation du site sont caractérisées :
- État 1, entre et Aucune trace de construction antérieure n'est détectée. La voirie est en place, un habitat dit « maison augustéenne » et des boutiques ou des ateliers occupent une partie de la terrasse supérieure. La terrasse médiane n'est pas bâtie et semble servir de décharge aux activités de la terrasse supérieure. Des boutiques bordent le côté ouest de la terrasse inférieure, adossées au mur de soutien de la terrasse médiane[28].
- État 2, entre et . Le quartier se développe. Les terrasses supérieures et médiane sont nivelées et bâties. Vers , la terrasse inférieure est rehaussée par les déblais de construction de grands thermes, au nord du site[29].
- État 3, entre et , l'organisation générale du quartier évolue peu, les bâtiments connaissent des remaniements internes mineurs, tels que réfection de sols et déplacement de cloisons intérieures. Les thermes sont en partie reconstruits[30].
Au début du IIIe siècle, le site est à l'abandon, une partie des bâtiments sont détruits par un incendie. Le terrasse inférieure sert de nécropole au VIe siècle et VIIe siècle[31].
État 1

L'État 1, entre et correspond au règne d'Auguste. Aucune trace de construction antérieure n'est détectée. La voirie est en place, de construction sommaire en galets et graviers compactés et dépourvue d'égout maçonné[28].
Sur la terrasse supérieure, les vestiges les plus anciens sont une maison à atrium dite « maison augustéenne », datée des années , soit les débuts de la colonie romaine de Lugdunum. Son plan n'est que partiellement repéré sur une douzaine de pièces, car la préservation des constructions de l'état 2 a limité la zone fouillée[28]. Sa façade sur la rue est évaluée à 40 mètres. Ses murs sont en briques crues de grande dimension (en moyenne 44 × 30 × 8 cm) reposant sur des soubassements en galets liés au mortier ou à l’argile, étayés par des pan de bois[32], avec des traces d'enduit peint sur certains murs. Les sols sont en terre battue[33]. Une salle centrale de 4,40 × 7,30 mètres conservait sur place des parois peintes de belle qualité selon le troisième style pompéien, avec une plinthe en gris mouchété imitant le marbre surmontée de panneaux rouges bordés de triple filets et séparés par de fins candélabres ouvragés ; des panneaux verts marquaient les angles de mur. Les fragments d'enduit recueillis dans le remblai remplissant la pièce ont permis de reconstituer une figure de muse vêtue à la grecque, couronnée de lierre et tenant un plectre qui devait décorer le centre d'un panneau[34],[35]. Paradoxalement, ces peintures de grande qualité, complétées par un plafond mouluré en stuc, ornaient une pièce au modeste sol en terre battue[36].
La maison augustéenne était bordée au nord et au sud par des structures légères aux murs en briques crues montés sur un soubassement en petit appareil de 80 cm de haut pour 80 cm d'épaisseur[32]. Ces locaux sont identifiés comme des ateliers métallurgiques, d'après la présence de scories de fer et de bronze, des fragments de moules et un lingot de cuivre[28].
La terrasse médiane n'est pas bâtie et semble servir de décharge aux activités de la terrasse supérieure d'après les scories qu'elle contient[28].
La terrasse inférieure forme une grande place, bordée à l'ouest par un mur de soutènement de la terrasse médiane, long de 70 mètres au moins. Les limites de cette place sont inconnues, en raison des destructions des côtés est et sud du site archéologique[37]. Au mur de soutenement étaient adossées des boutiques, édifiées avec des murs en adobe reposant sur un soubassement en granit et couverts d'un enduit peint. Les fragments d'enduits peints témoignent de décors simples : candélabres, tiges végétales, guirlandes en feston avec de petits objets, datables des années 20-[38]. Les fouilles ont constaté que ces boutiques étaient précédées d'un portique aux colonnes en bois sur un sol en terre battue[37]. Trois des boutiques comportaient des foyers, et l'abondant mobilier recueilli témoigne d'un travail d'orfèvrerie du bronze, avec des incrustations d'argent et de cuivre. Plusieurs objets produits étaient destinés à une clientèle militaire : boucles de ceinturon, pendentifs décoratifs (phalères)[39].
État 2

Vers 30-40, le quartier se développe. Les bâtiments anciens sont détruits et les terrasses supérieure et médiane sont nivelées et rebâties. Vers , sous le règne de Claude, de grands thermes sont construits au nord de la terrasse inférieure qui est rehaussée. La technique de maçonnerie évolue, avec l'emploi de moellons de micaschiste noir extraits des collines voisines, tandis que demeure l'usage du torchis et du pan de bois pour les cloisons[40].
Terrasse supérieure, la « maison aux masques »
La « maison augustéenne » est démolie vers et remodelée en terrasse artificielle, bornée à l'ouest par un mur de soutènement étayé de gros contreforts, conservé dans sa partie basse, mais estimé à 3,5 mètres de hauteur[41]. Sur cet emplacement est bâti une grande domus à péristyle, dite « maison aux masques ». Elle est remaniée vers , état dans laquelle on la connait. Elle est fouillée sur ses parties sud et est, tandis que la partie nord, située sous une autre propriété, n'a pas pu être dégagée[42]. Avec une surface estimée entre 700 et 1 000 m2, pour au moins 14 pièces, c'est la plus grande habitation du site[43],[33]. Elle s'organise autour d'une cour jardin bordée d'un péristyle en U accolé au mur de soutènement. Les colonnes, repérées sur les côtés sud et est, reposent sur des dalles de calcaire et sont montées en briques demi-circulaires recouvertes d'enduit peint en rouge dans la partie inférieure, en blanc au-dessus. Dans la partie est de la cour se trouvait un bassin rectangulaire de 5,40 × 2,60 mètres. Le sol du péristyle et celui de la cour étaient en terre battue[44]. Entre les colonnes devaient être suspendus des masques de théâtre en terre cuite. Les fouilleurs ont retrouvé deux masques complétement reconstituables dans le réduit du vide sanitaire, dans un niveau stratigraphique comportant une monnaie de Commode (180-192), et 23 autres fragments de masques provenant pour la plupart des couches d’abandon dans le péristyle de la maison, ainsi qu'un œuf d'autruche[45].
- Masques décoratifs en terre cuite - Musée gallo-romain de Fourvière[45]
- Masque de Faune. 21,8 cm de largeur.
- Masque de Maccus. 20 cm de largeur.
La plupart des pièces dégagées autour du péristyle ont un sol en terrazzo blanc-gris (un béton avec des inclusions d'éclats de calcaire). Une grande salle de réception (10,5 × 6,5 mètres) du côté est dispose d'un sol en terrazzo plus luxueux, avec des inclusions de marbre de couleur[46]. Une seconde salle au sud (8,2 × 6,2 mètres) est aménagée avec des piliers qui la divisent en trois nefs, soutiens d'un plancher ou plus probablement d'une voûte[47]. Elle est isolée de l'humidité par un étroit couloir qui longe le mur de soutènement qui domine la maison et qui débouche sur un vide sanitaire trapézoïdal[48]. Des traces de peintures murales subsistaient sur le mur sud du portique, jusqu'à 2,5 mètres de hauteur. La plinthe haute de 70 cm est décorée de touffes de feuillage alternativement grandes et petites sur fond rouge. La zone médiane du mur en fond noir est rythmée par des candélabres verticaux grêles et de fines guirlandes de feuillages accrochées à une corniche en trompe-l'œil. Ce type de décoration était à la mode dans la première moitié du Ier siècle[41].
La « maison aux masques » est bordée de bâtiments utilitaires et commerciaux : à l'est et à un mètre et demi en contrebas, deux ensembles de six pièces chacun s’organisent en quatre boutiques ouvertes sur la rue et en arrière-boutiques, dont une équipée d’une série de foyers[49]. Une boutique qui contenait des amphores pourrait être une caupona, un débit de vin[50]. Au nord, vers , deux entrepôts sont construits, séparés par un couloir ou une ruelle. Le premier entrepôt, de 7,50 × 12 mètres et au sol en terre battue, était divisé en deux nefs reposant sur une rangée centrale de trois piliers et trois piliers accolés à chaque mur latéral. Le second entrepôt, d'architecture similaire, n'a été que partiellement dégagé[51].
Au sud et en contrebas de la « maison aux masques », les constructions suivent une orientation différente. Deux habitations aux plans très incomplets sont séparées par un double mur. Elles comportent des pièces au sol en terrazzo et des murs en terre et pans de bois. La plus proche de la « maison aux masques » est constituée de deux pièces communicantes de 6,40 × 4,70 mètres et 6,40 × 5,60 mètres. Ses murs sud et est conservaient des enduits peints en vert. Entre les deux maisons, un passage en chicane et en pente devait mener à une terrasse supérieure[52]. Le plan de la deuxième maison au sud de la précédente est mal connu, il jouxte une aire, peut-être le jardin de la maison, large de 7,40 mètres équipée d'un petit bassin rectangulaire (peut-être une citerne). Deux grands entrepôts forment le sud de la partie fouillée, le premier large de 8,50 mètres et divisé en deux nefs par des colonnes, l'autre moins large 7 mètres à une seule nef[53],[54].
Terrasse médiane, la « maison au char »
| Image externe | |
| Fouilles archéologiques de la rue des Farges, peinture murale. Bibliothèque municipale de Lyon. | |

La terrasse médiane occupe un espace étroit, aménagées vers en contrebas de la rue à l'est et appuyé à un mur de soutènement à l'ouest. Dans cet espace restreint et en pente vers le sud, les bâtiments sont contraints de s'étager en enfilade[55]. Deux ensembles bâtis sont séparés par un étroit passage est-ouest, qui devait être occupé par une rampe ou un escalier permettant de passer de la rue à une terrasse longeant le haut du mur de soutènement, en partie couverte par un portique. Le bâtiment le plus au sud a été endommagé par une construction du XIXe siècle et incomplètement fouillé. Il n'en subsistait que deux pièces trapézoïdales, dont l'usage n'est pas déterminé. Celle au nord avait un sol en terrazzo, et en son milieu, deux blocs calcaires devaient supporter des piliers qui séparait la pièce en deux nefs[56].
L'autre corps de bâtiment, en forme de trapèze, consiste en deux maisons accolées, disposant d'un étage donnant sur la rue desservant la terrasse supérieure[57]. La plus au sud aligne trois pièces non communicantes, ouvertes à l'est sous le portique[58]. La maison au nord compte six ou sept pièces au sol en terrazzo, dont certaines conservaient un enduit avec un décor peint alternant de petits et de grands panneaux décorés de motifs de feuillage et séparés par de petites colonnes noires[36]. Les murs sont montés en schiste, combinés avec des cloisons en colombage et en briques crues[59]. Elle est dite « maison au char », en raison de la découverte dans la pièce la plus au nord d'éléments métalliques provenant d’un véhicule. L'examen de ces fragments a permis d'identifer l'armature métallique d'un joug, pour un attelage à deux équidés, des ferrures appartenant à l'extrémité d'un essieu, des bandages de roue, sans qu'il soit possible de trancher sur un véhicule à deux ou à quatre roues. La présence de clous et l'absence de pièces décoratives fait supposer que le « char » est probablement un véhicule utilitaire du type benne en bois, parqué à l'étage de la maison ouvert de plain-pied sur la rue[60].
Terrasse inférieure
Les boutiques de la terrasse inférieure sont détruites et recouvertes par l’épandage de remblais sur une épaisseur de 2 mètres, peut-être le volume de terre extrait lors de la construction des thermes. Les monnaies et les céramiques recueillies dans les couches de destruction permettent une datation vers [61].
Un puissant mur de soutènement de la terrasse médiane est édifié sur plus de 70 mètres, reposant sur une fondation haute de 2 mètres pour 2 mètres d'épaisseur. Cette fondation supporte un mur en petit appareil en moellons de schistes noires, alternant avec des arases de briques doubles, étayé par des contreforts sur la face extérieure, disposés tous les 2,75 mètres et soutenant des arcades. La section nord de ce mur est doublé sur sa face intérieure d'un vide sanitaire vouté[62],[61].
- Mur de soutenement
- Mur de soutènement et ses contreforts. Vestiges de la maison au char sur la terrasse médiane.
- Construction en moellons de schiste alternant avec des arases en briques.
- Contrefort et voûte du vide sanitaire.
- Vide sanitaire, vue en enfilade.
Une plinthe rouge était en place lors des fouilles sur le mur de soutenement sur un mètre de hauteur. Des fragments de peinture murale trouvés au pied du mur donnent un aperçu de sa décoration. Sur chaque contrefort, le décor imitait un pilastre cannelé sur fond blanc. Les fragments de motifs de candélabres, de monstres marins, de dauphins et de personnages devaient décorer le fond des niches. Ces sujets marins s'accordent avec la proximité des thermes[63]. L'espace ainsi aménagé sur la terrasse inférieure a vraisemblablement constitué une palestre, annexe habituelle des thermes romains destinée aux exercices physiques en extérieur. Elle est bien orientée, au sud, mais il faut supposer pour son accès depuis les salles de thermes l'existence d'un passage entre le mur de soutènement et la façade ouest des thermes[64].
Thermes
Les fouilles n'ont permis d'examiner que la façade sud de l'édifice, sur 55 mètres entre le mur de soutènement de la terrasse médiane et la rue antique basse, et sur une étendue de 20 à 30 mètres vers le nord. La découverte de nombreuses briques de suspensura, éléments caractéristiques des hypocaustes, permet d'identifier le bâtiment comme des thermes romains monumentaux. Certaines briques portent la marque CCCAL (pour Colonia Copia Claudia Augusta Lugdunum, nom officiel pris par la colonie lors du règne de Claude), ce qui démontre que ces thermes ont été construits par la municipalité, sous le règne de Claude (41-54) ou celui de Néron (54-68)[65]. Comme tout bâtiment de ce type, il a servit de carrière au Moyen-Âge, mais la récupération des matériaux a été tellement poussée que les fouilleurs ne trouvent que des fondations enfouies sous des couches de déblais de démolition atteignant parfois plusieurs mètres. Les débris contenus dans ces couches témoignent du luxe de la décoration de ces thermes : fragments de marbre blanc en abondance, morceaux de pilastre cannelé en marbre jaune, plaques de porphyre vert ou rouge, tesselles de mosaïque en pâte de verre, morceaux de mosaïques murales, éclats de verre à vitre et morceaux de plomb de fixation fondus[66].
L'emprise au sol du bâtiment est évaluée à partir de pans de mur repérés à l'est et au nord. La partie sud-est du bâtiment a été endommagée par les constructions modernes, dont les caves ont démoli presque complètement les fondations antiques. Seule subsiste à l'est une section de mur de 3,50 mètres d'épaisseur, interprétée comme la façade occidentale des thermes qui dominait d'environ 5 mètres la rue basse[64]. Au nord, des travaux réalisés en 1941 dans la cour de l’école de La Martinière des Minimes (devenu lycée Jean Moulin) ont détecté deux murs antiques orientés est-ouest et séparés par un égout. Ces murs peuvent correspondre à la ruelle repérée par Camille Germain de Montauzan entre 1913 et 1914. Un de ces murs par son mode de construction semble appartenir à la façade nord des thermes. Ces observations permet d'évaluer les dimensions générales du bâtiment des thermes à environ 75 mètres de long sur l'axe nord-sud et 50 mètres de large d'est en ouest[67].
Le bâtiment thermal était formé d’un corps central rectangulaire de 13 mètres de largeur, flanqué de deux ailes symétriques, rectangulaires et terminées chacune par une abside. Les parties fouillées du corps central et des ailes montraient des vestiges de la surface inférieure d'hypocaustes, cette zone devait comporter les salles chaudes de thermes, classiquement au sud, les salles froides étant dans le secteur nord, inaccessible aux fouilleurs. Au bord du corps central et dans l'espace rentrant entre les deux ailes, les fouilleurs ont localisé trois installations de chauffe (praefurnium)[64].
L’ensemble du bâtiment était soutenu par une série de huit galeries souterraines voûtées en plein cintre, orientées nord-sud, large en moyenne d'environ 3,50 mètres. De l'aile et de l'abside du côté est, il ne subsiste que quelques éléments de mur. L'aile ouest a pu être explorée dans son extrémité sud. Son abside a conservé ses fondations et un sol en mortier au tuileau, encore visible. De grands blocs en calcaire dur (du choin selon l'appelation locale) trouvés à proximité de l'abside appartenaient d'après les archéologues à la base en grand appareil du mur de l'abside[68]. Les deux voûtes de l'aile ouest avaient été repérées en 1966, malencontreusement vidées de leurs déblais et consolidées par un bétonnage moderne. Elles présentent un plan différent des autres voûtes. Longues d'une quinzaine de mètres, larges de 3,50 mètres et hautes de 2,90 mètres, elles forment un local double ceinturé sur ses quatre côtés par un couloir de 1,20 mètre de largeur. De larges ouvertures (1,90 mètres) à chaque extrémité de voûte s'ouvraient sur ce couloir[69]. Outre leur rôle de soutien architectonique, ces salles ont pu servir de réserve pour le bois de chauffage des thermes[54].
- Fondations
- Base de l'abside occidentale des thermes, avec un sol en tuileau.
- Blocs de choin, interprétés comme base des murs de l'abside.
État 3

Après l'essor connu au Ier siècle, le quartier manifeste son vieillissement au siècle suivant. Son plan général ne connait pas de modification ou de construction nouvelle. L'évolution majeure au début du IIe siècle consiste en la réfection des thermes et la reconstruction du mur de soutènement de la terrasse médiane[30].
Terrasse inférieure et thermes
Le mur de soutènement de la terrasse médiane est partiellement démoli dans sa partie sud et reconstruit avec des contreforts carrés couverts d'enduit au tuileau, tandis que la terrasse inférieure est de nouveau rehaussée, comme probable palestre annexée aux thermes. Les fragments de marbre rose et vert découverts lors des fouilles proviennent soit des thermes soit d'une colonnade sur les parties hautes du mur de soutènement[37].
Dans les thermes, les hypocaustes sont refaits, avec une disposition des pilettes en briques modifiée. Le petit égout qui longeait les absides est remplacé par un grand collecteur haut de 1,50 mètre et large de 0,85 mètre. L'espace de service situé entre les deux ailes des thermes connait l'évolution la plus marquée, avec l'ajout de deux grandes pièces, situées 3,50 mètres en contrebas de la salle centrale des thermes et flanquées de deux installations de chauffe[70]. La première salle de 7,50 × 4,25 mètres dispose d'une banquette intérieure. Son sol conserve l'empreinte d'un dallage en plaques de marbre, arraché après l'abandon du bâtiment. L'usage de ces deux salles, plusieurs fois réaménagées, est indéterminé, peut-être servaient-elles de piscine pour la palestre[71]. La datation de ces remaniements est incertaine, la fin d'activité des thermes se marque par une couche de cendres dans le couloir de l'aile ouest, qui contenait de nombreux débris de lampes à huile, et une lampe intacte datée du IIe siècle[72].
- Extrémité sud des thermes
- Le grand collecteur, le petit égout, l'abside occidentale.
- Salles (piscine ?) entre les deux absides.
Terrasses supérieure et médiane
Les habitats ne connaissent que des réaménagements internes mineurs comme des déplacements de cloisons, les réfections sont peu soignées avec parfois du matériau de remploi, les sols en terrazzo sont refaits en terre battue[46].
Dans la cour de la « maison aux masques », un réduit est constitué entre le mur de soutenement et son contrefort et une cloison qui ferme l'espace entre deux colonnes du péristyle. Les marques d'encoches et de pitons dans l'enduit de ce réduit prouvent la présence d'étagères[73]. Le vide sanitaire desservi par le couloir à proximité sert de décharge d'ordures ménagères, mine d'artefacts domestiques pour les archéologues qui y trouvent plus de neuf cent vases brisés en céramique commune et en céramique sigillée de La Graufesenque et des ateliers de potiers lyonnais[52], de la verrerie, de petits objets en os ou en métal, des déchets culinaires[74].
- Dépotoir de la « maison aux masques » - Musée gallo-romain de Fourvière
- Gobelet en verre bleu.
- Bol en céramique sigillée.
- Coupelle en céramique sigilée.
Les portes de la salle de la maison située derrière les entrepôts au sud-ouest sont murées et le lieu est transformé en un gros dépotoir ménager, dit « dépotoir E4 » par les archéologues, contenant des débris de céramiques pouvant dater de la fin du IIe siècle au début du IIIe siècle[75]. Les fouilleurs y récupèrent 25 000 fragments de céramique[76], dont des sigillées avec de nombreuses marques d'artisans, six vases complets avec un médaillon d'applique et trente cinq autres médaillons d'applique, associés aux couches datées par une monnaie de Commode (180-192) et deux monnaies d'Hadrien (117-138)[77].
- Dépotoir E4 - Musée gallo-romain de Fourvière
- Vase à médaillon d'applique, condamné aux lions.
- Coupelle brûle-parfum, diamètre 11,5 cm.
- Mortier en céramique commune, diamètre 25,5 cm.
Abandon
Les couches supérieures du site, donc les plus tardives, contenaient des armes, pointes de flèche et de javelot, éléments de boucliers et de cuirasses, il est possible d'y voir des traces des événements de 197, la bataille de Lyon disputée entre l'armée de Septime Sévère et celle de Clodius Albinus, suivie du pillage de la ville[78].
Après sa désertion, le quartier est partiellement détruit par un incendie, qui touche les édifices de la terrasse médiane et les boutiques de la terrasse supérieure, mais épargne la « maison aux masques ». Ces locaux étaient probablement déjà désertés, car aucun mobilier, aucun objet marqué par le feu n'a été trouvé en place[31].
La date d'abandon des thermes n'a pu être fixée, vue la pauvreté du matériel recueilli dans les remblais de démolition[79]. Ils servirent de carrière, et la récupération des matériaux fut poussée au maximum, entrainant la disparition de toutes les superstructures jusqu'aux fondations des murs, parfois même entamant ces fondations. En résulte un état de conservation que les fouilleurs qualifient de « déplorable »[67].
Après la disparition de l’Empire romain d'Occident, la terrasse inférieure servit de nécropole des VIe au VIIIe siècle[54]. Les fouilles ont trouvé une trentaine de sépultures, dont trois dans des sarcophages formés de pierres de remploi, les autres inhumations étant réalisées en pleine terre avec parfois quelques pierres ou briques pour délimiter la fosse[80]. Les corps sont orientés est-ouest, avec la tête à l'ouest. Aucun mobilier funéraire n'a été trouvé. La partie ouest de la nécropole vers le mur de soutènement était très perturbées par des fosses circulaires, dont la destination n'a pu être déterminée[81].
Postérité

Suites archéologiques
Tirant les leçons d'un démarrage du chantier difficile sur un large espace, opposant archéologues et aménageurs, la municipalité de Lyon s'est dotée de son premier Plan d'Occupation des Sols incluant des clauses archéologiques[82].
Les fouilles de la rue de Farges ont permis de découvrir l'architecture domestique de Lugdunum, mal connue jusqu'alors. Ce quartier sur la pente de la colline revèle des constructions diversifiées, faisant voisiner une maison à péristyle classique et d'autres adaptées au relief en terrasses. L'habitat est modeste et peu luxueux, avec au mieux des sols en terrazzo et des peintures simples en troisième style pompéien dit « schématique »[83]. Les fouilles ont revéler l’importance des constructions en terre dans l’architecture romaine, traditionnellement réputée en pierre et mortier. Ont été découverts des murs en adobe avec l'emploi de briques crues ou de torchis montés à pan de bois et à colombage, d'argile utilisée comme liant[32],[84]. La « maison au char » a livré l'exemple le mieux conservé de ce type de construction[59]. Un colloque à Lyon en 1983 fut consacré à l’architecture de terre et de bois et aux techniques particulières nécessaires à la fouille archéologique de ces vestiges souvent peu perceptibles[85].
Présentation au public
Vue l'importance historique du site, la Ville de Lyon a racheté une partie du terrain, qui est géré par le Conseil départemental du Rhône depuis le , puis par la Métropole de Lyon depuis le . Les terrasses supérieure et médiane ont été recouvertes de terre et engazonnées, le site est transformé en jardin archéologique. Seuls les murs de la « maison au char », la partie nord du mur de soutènement de la terrasse médiane, l'esplanade et les fondations sud des thermes restent visibles, par un accès libre sous les arcades de la résidence construite sur le site au 6 et au 12, rue des Farges[86]. Des bornes installées en mars 2026 évoquent par des dessins de reconstitution les maisons antiques et les thermes.
- Site visible actuel
- Entrée depuis la rue des Farges, à travers le bâtiment moderne.
- Vue sur les vestiges sud des thermes. Escalier menant à hauteur de la terrasse médiane.
- Terrasse supérieure, talus recouvrant la maison aux masques.
- Terrasse médiane, vue sur les vestiges de l"arrière des thermes.
Le Groupe lyonnais de recherche en archéologie gallo-romaine, constitué lors du chantier archéologique, a organisé en juin 1977 une petite exposition "Lugdunum sous Lyon", présentant un échantillon des objets usuels de la vie gallo-romaine recueillis durant les fouilles[87]. Le Groupe a réalisé ensuite une exposition plus longue au Musée de la civilisation gallo-romaine de Lyon du au et rédige e catalogue de l'exposition, avec l'aide financière du Conseil départemental du Rhône[88]. L'exposition montre des maquettes de l'architecture des maisons et de leur décor et de nombreux objets de la vie quotidienne de ce quartier antique, récupérés parmi les rébuts abandonnés par les habitants[89].
- Objets de la vie quotidienne
- Cruche en terre cuite.
- Hachoir en fer.
- Jetons, en os pour la plupart.
- Débris de verre coloré.
- Épingles à cheveux, en os.
