Qubaysiyyat
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Qubaysiyyat[1], Al-Qubaysiat, ou Al-Qubaisiat ( القبيسيات ) en Syrie, Al-Tabba'iyyat ( الطباعيات ) en Jordanie et Al-Sahariyyat ( السحريات) au Liban, est une organisation islamique féminine et un mouvement religieux apparu au début des années 1960, basé à Damas en Syrie, et fondé par la cheikha Munira al-Qubaysi en Syrie.
Le groupe Qubaysi, exclusivement féminin, est un acteur majeur du mouvement du renouveau islamique en Syrie. Il prône un islam apolitique. Son objectif est d'enseigner aux jeunes Syriennes et aux filles le Coran, les hadiths, la Sunna, l'exégèse islamique (tafsir) ainsi que les valeurs et traditions islamiques. Le groupe organise des cours de religion à domicile et a joué un rôle déterminant dans la diffusion du sentiment religieux parmi les jeunes femmes. Depuis ses débuts, le mouvement a opéré de manière semi-ouverte jusqu'à sa reconnaissance officielle par l'État syrien sous le gouvernement de Bachar el-Assad en 2003, date à laquelle il a été autorisé à mener ouvertement ses activités depuis les mosquées officielles.
Les activités des femmes de Qubaysiyyatt ont débuté au début des années 1960. Munira al-Qubaysi (appelée aussi al-Anisa[2]), la fondatrice du groupe, était une institutrice certifiée en sciences naturelles[3]. Après ses études, elle est nommée enseignante dans diverses écoles de Damas. Son poste lui permettait de concilier son travail d'enseignante avec la prédication islamique. Ces activités de prédication lui valurent d'être emprisonnée à plusieurs reprises au début des années 1960. Après le massacre de Hama en 1982, le groupe dut poursuivre ses activités de prédication clandestinement jusqu'en 2003, date à laquelle il fut reconnu par l'État[3]. Le groupe a bénéficié de l'évolution de la politique du gouvernement syrien en faveur de la renaissance islamique[4]. Bachar el-Assad abrogea d'abord la loi interdisant aux filles de porter le hijab dans les écoles publiques, puis il reconnut Qubaysiyyat et les encouragea à mener ouvertement leurs activités dans les mosquées[5],[4].
Idéologie
L'idéologie du groupe fait l'objet de controverses. Certains affirment qu'il est influencé par l'idéologie soufie de l'ordre Kuftariya Naqshbandiya. Cette hypothèse repose sur le fait que Munira al-Qubaysi elle-même était une disciple du cheikh Ahmad Kuftaro (en). De plus, la nature même de l'action du groupe présente des caractéristiques soufies : elle vise à élever la conscience religieuse et morale de la société en encourageant les comportements et les habitudes éthiques des individus. Une autre hypothèse est que l'idéologie d'al-Qubaysiyyat est influencée par le baasisme[6] car certains membres du mouvement sont des sœurs et des filles de baasistes[7]. Cette hypothèse est d'autant plus plausible que le groupe a accédé à des postes baasistes après la révolution de 2011. Avant 2011, le groupe avait la charge de 200 écoles islamiques et enseignait l'islam aux classes féminines supérieures. En 2008, l'une des membres de l'organisation est nommée conseillère religieuse officielle du ministre de l'Awkaf, en charge des dotations religieuses. Cette nomination est associée à la création d'un bureau de l'instruction religieuse féminine[8].
L'organisation est en concurrence avec les soeurs syriennes, affiliées aux Frères Musulmans. La principale différence entre les deux groupes et l'affirmation des Qubaysiyyat de ne pas s'impliquer dans les questions politiques, ce qui lui vaut le soutien du régime d'Bachar el-Assad. Les Qubaysiyyats ont aussi en grande majorité dénoncé les révoltes de 2011 lors du printemps arabe en Syrie et ainsi soutenu le régime en place[9].
Organisation
Comme tous les ordres soufis, ce groupe possède une organisation hiérarchique. Les femmes sont réparties en différents rangs au sein de l'organisation. Le rang d'une membre est déterminé par la couleur de son hijab. Les membres du groupe sont souvent reconnaissables à leur style vestimentaire distinctif : un hijab noué en un grand nœud sous le menton et un manteau boutonné descendant jusqu'à mi-mollet. Le hijab blanc est porté par les nouvelles recrues ou celles qui s'impliquent peu dans les activités du groupe. Le hijab bleu clair est porté par les membres ayant accédé à un rang intermédiaire[10]. Outre le recrutement de nouvelles filles, les membres de ce rang sont chargées de tâches organisationnelles et éducatives. Les tâches organisationnelles comprennent l'organisation d'événements et la réservation de lieux de réunion. Les tâches éducatives consistent principalement à réciter le Coran et à enseigner la Sunna aux jeunes membres. Le hijab bleu foncé est porté par les membres actives et les plus anciennes[4]. Ces membres sont chargés de la tâche d'enseigner et de prêcher des textes sur des sujets plus sophistiqués comme le fiqh (jurisprudence islamique) et la charia (loi islamique).
Le film Q de Jude Chehab et Fahd Ahmed de 2023 suit la mère de Jude Chehab, Hida, et sa grand-mère Doria dans leur parcours au sein de l'organisation. Il exprime aussi certaines des critiques adressées à ce mouvement, comme le culte autour de la fondatrice, le contrôle exercé sur ses membres et l'enseignement de croyances non orthodoxes[11].