Question linguistique grecque

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La question linguistique grecque (en grec moderne : γλωσσικό ζήτημα, glossikό zítima) est une controverse qui a opposé les partisans de l’utilisation, comme langue officielle de la Grèce, du grec populaire (ou grec démotique, « δημοτική » [dimotikí] en grec), à ceux qui lui préféraient une version artificielle et supposément plus proche du grec ancien, conçue par des intellectuels nationalistes grecs, la katharévousa (καθαρεύουσα, « langue purifiée »). La question linguistique fut à l'origine de nombreuses polémiques politiques et intellectuelles aux XIXe et XXe siècles et ne fut résolue qu’en 1976, lorsque le démotique fut finalement choisi comme langue officielle de la république hellénique.

Éléments morphologiques

Dès le premier siècle avant Jésus-Christ, l'émergence de deux styles d'écriture différents se dessine dans les pays de langue grecque: alors que d'un côté, le koine alexandrin, langue du peuple, évoluait naturellement, certains érudits, appelés "atticistes", commencèrent à imiter dans leurs écrits le grec attique de l'époque classique. Celui-ci était associé aux nombreuses innovations du Ve siècle av. J.-C. dans les domaines de la philosophie, de l'art d'État et autres, et était considéré comme noble, tandis que la langue simple du peuple, qui avait subi de grands changements phonétiques, morphologiques et syntaxiques en l'espace de quelques siècles, et qui se distinguait déjà nettement du grec ancien (plus précisément du dialecte attique du grec ancien), était de plus en plus perçue comme vulgaire et indigne d'être écrite par les cercles d'érudits[1].

Au XVIIIe siècle, l'émergence des Lumières et de la Grande Idée dans l'espace intellectuel hellénophone embrase la controverse. Il faut noter qu'il ne s'agit pas de deux camps complètement séparés, mais plutôt d'un large spectre d'opinion entre les partisans d'un retour pur et simple à l'attique du Ve siècle av. J.-C. et ceux d'un grec populaire et entièrement phonétique. Par exemple, la première grand controverse sur la question se joue entre deux « atticiens », Adamantios Korais (1748–1833) et Panagiotis Kodrikas (1762-1827), ce dernier voulant un retour au grec ancien. Dans leurs pamphlets, les deux auteurs montrent cependant déjà une caractéristique qui va dominer les débats pendant toute la question, le lien anti-scientifique fait entre linguistique, politique et morale. Pour eux, la décadence de la culture grecque avait conduit à une barbarisation de la pensée et de la langue ; si l'on corrigeait maintenant la langue, cela entraînerait automatiquement un ennoblissement des mœurs[2].

Après plusieurs années de guerre d'indépendance, l’État grec est fondé en 1830 ; la capitale est d'abord Nauplie, puis Athènes, à partir de 1834. Le katharevousa s'imposa comme langue officielle de l'État, car on considérait que la langue vernaculaire, peu prestigieuse et « brute », n'était pas adaptée aux exigences d'un État moderne[3] ; en outre, l'établissement d'une langue savante de haut niveau devait permettre de renouer avec la splendeur des temps passés. Toutefois, une normalisation et une standardisation officielles du katharevousa n'a jamais eu lieu, de sorte que des variantes plus archaïques de la langue haute ont pu continuer à exister et s'imposer peu à peu face au katharevousa modéré d'un Korais.

Voici quelques exemples des éléments caractéristiques à la plupart des formes de katharevousa :

La katharévousa a conservé le datif, de nombreux participes et plusieurs temps et modes de conjugaisons du grec ancien.

Éléments phonologiques

La katharévousa utilise des phonèmes qui n'existent plus en grec moderne. Ainsi, νδρ (en grec ancien : [ndr] mais en katharévousa : [nðr]), φθ (en grec ancien : [pʰtʰ], en démotique et en katharévousa [fθ]), αυθ (en grec ancien : [autʰ], en démotique et en katharévousa [afθ]), ευθ (en grec ancien : [eutʰ], en démotique et en katharévousa [ɛfθ])

Éléments syntaxiques

Alors que le démotique utilise principalement des phrases simples, la katharévousa emploie souvent une syntaxe proche du grec ancien, respectant les règles de l'enclave et du déterminant qui précède le déterminé, et créant ainsi des phrases relativement complexes.

Éléments lexicaux

La katharévousa a rejeté de nombreux mots issus de la langue populaire car ceux-ci sont d'origine étrangère, souvent turque, italienne ou française. Ces termes ont été remplacés soit par des mots anciens, soit par des néologismes. Parallèlement, des mots issus du grec ancien mais ayant évolué furent archaïsés ou remplacés par leurs équivalents anciens. Le terme ancien « ἰχθύς », poisson, a ainsi remplacé le terme moderne « ψάρι », tandis que la forme archaïsante « εξωκλήσσιον » a remplacé le terme moderne « ξωκλήσι », petite chapelle.

Toutes ces différences font que la katharévousa n'est que partiellement compréhensible pour un Grec qui ne l’a pas étudiée.

Histoire

Notes et références

Voir aussi

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