Rapport Brazza

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Le rapport Brazza est le fruit d'une enquête administrative portant sur les conditions de vie au Congo français, confiée en 1905 à Pierre Savorgnan de Brazza. Dénonçant la collusion des intérêts de compagnies privées et de l'administration coloniale, et les sévices que subissent les indigènes en violation des dispositions de la conférence de Berlin de 1885, le rapport est enterré et n'est rendu public qu'en 2014.

Affaire Toqué-Gaud

Georges Toqué au poste de Fort-Crampel (Gribingui) vers 1905

Le , à Fort-Crampel, en Oubangui-Chari, un administrateur des colonies, George Toqué, et un commis des affaires indigènes, Fernand Gaud, décident de faire exécuter Pakpa, ancien guide, en lui attachant de la dynamite autour du cou. Au procès, les accusés rappellent qu’ils ont déclaré avant cette action épouvantable : « Ça a l’air idiot ; mais ça médusera les indigènes. Si après ça ils ne se tiennent pas tranquilles ! » Gaud indique à son procès qu’il voulait faire constater autour de lui l’étrangeté de cette mort : « Ni trace de coup de fusil, ni trace de coup de sagaie : c’est par une sorte de miracle qu’est mort celui qui n’avait pas voulu faire amitié avec les Blancs. » Ils sont condamnés à des peines légères (à cinq ans de réclusion), mais le scandale est tel qu’il conduit au lancement d’une enquête administrative, enquête dont est chargé Brazza[1].

L'affaire cause scandale et remonte jusqu’à Paris. Les chambres sont saisies, la presse s’en empare, et le Journal des débats lance l’idée de l’enquête administrative. La Commission est désignée ; elle est présidée par Pierre Savorgnan de Brazza. À ses côtés figurent Charles Hoarau-Desruisseaux, inspecteur général des colonies, Félicien Challaye, un jeune agrégé de philosophie qui représente le ministre de l’Instruction publique, un membre du Cabinet des colonies et un délégué du ministre des Affaires étrangères. Les chambres adoptent un crédit extraordinaire de 268 000 francs. Le , Brazza quitte Marseille. Le , il est à Libreville et l’enquête peut commencer[2].

Pression internationale

Pour Jean Martin, la pression des médias nationaux et internationaux précipite la décision de convoquer une mission d'enquête. Au début de 1905, le ministère Rouvier, à peine entré en fonctions, se trouve confronté aux campagnes qui exposent les « scandales du Congo » ou du « caoutchouc rouge », c’est-à-dire les abus commis dans la colonie par l’administration et par les compagnies concessionnaires. Parce qu'il redoute surtout l’envoi d’une commission d’enquête internationale, il prend les devants envoie la mission Brazza[1].

Le ministre des Colonies Étienne Clémentel charge notamment Brazza de démontrer que

« [la France] a toujours eu soin de réprimer, quand ils ont été portés à la connaissance des autorités, les actes de violence commis envers les indigènes ; que ces violences se sont du reste toujours bornées à des actes individuels, sans qu'il soit possible d'y voir un système organisé ; qu'on n'a jamais vu au Congo français toute entreprise publique ou privée recourir par principe, pour subsister ou pour accélérer son succès, à des procédés de tyrannie méthodique, qui seraient, paraît-il, analogues à ceux employés dans les parties de l'État indépendant du Congo actuellement soumis à une enquête »[3]

 Clémentel, Instructions confidentielles à Savorgnan de Brazza

Le cadre de la mission précise que celle-ci ne saurait, voyages inclus, dépasser six mois[1].

Enquête au Congo français

Transport de Brazza à l'hôpital de Dakar (1905).

Brazza découvre au Congo mais surtout en Oubangui-Chari que les femmes et les enfants sont enlevés et parqués dans des camps d’otages, jusqu’à ce que le mari ou le père ait récolté assez de caoutchouc. À Bangui, les otages sont enfermés à la factorerie. Alors que les hommes apportent le caoutchouc, la quantité est jugée insuffisante. Les femmes sont alors transférées à Bangui, dans une case longue de six mètres, sans autre ouverture que la porte. Parmi les soixante-six otages entassés, vingt-cinq meurent les douze premiers jours, leurs cadavres sont jetés à la rivière[4],[5].

À Fort Crampel, Brazza découvre un camp dans lequel sont entassés des otages[4].

Brazza indique dans son rapport no 148, du  :

« J'ai trouvé dans l'Oubangui-Chari une situation impossible. C'est la continuation pure et simple de la destruction des populations sous forme de réquisitions, et bien que tout ait été mis en œuvre dans la région de Krébédjé pour m'empêcher de voir clair dans le passé et surtout dans le présent, j'ai été amené à relever de graves abus de répression. (...) Au cours de mon voyage, j’ai acquis le sentiment très net que le Département n’a pas été tenu au courant de la situation réelle dans laquelle se trouvent les populations indigènes et des procédés employés à leur égard. Tout a été mis en œuvre lors de mon passage dans cette région pour m’empêcher d’en avoir connaissance. »[6]

 Pierre Savorgnan de Brazza, Lettre de Brazza à Paul Bourde

Le jeune universitaire Félicien Challaye alimente Le Temps de chroniques d'après les éléments rapportés par Brazza. Émile Gentil, administrateur colonial au Congo, souhaite rentrer pour se justifier, mais le ministre le prie de rester pour encadrer Brazza. Il part finalement deux jours avant son illustre prédécesseur[1].

La santé de Savorgan de Brazza se détériore au retour de sa mission. Atteint de fortes fièvres, contraint de débarquer à Dakar, il meurt à six heures du soir le [1].

Rapport Brazza

Références

Voir aussi

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