Raskol
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Le raskol (du russe : раскол, « division », et dans ce cas « schisme ») désigne la scission qui survint au sein de l'Église orthodoxe russe à partir des années 1666-1667. En russe, ce schisme particulier est habituellement appelé « raskol », ou никонианский раскол (Nikonianskyi raskol) par les vieux-croyants, c'est-à-dire « raskol nikonien », mais le terme raskol peut servir aussi à désigner d'autres schismes.
Le raskol est directement issu des réformes entreprises dès 1652 par le patriarche de Moscou Nikon. Celui-ci s'était fixé deux objectifs principaux pour son patriarcat : d'une part établir la suprématie du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel (ce qui lui fut possible grâce à son influence sur le tsar Alexis Ier), d'autre part réformer les rites et les textes de l'Église orthodoxe russe en conformité avec ceux des autres Églises orientales de l'époque[1].
La justesse et la régularité de ces réformes furent contestées par nombre de fidèles de l'Église russe. Ce conflit a donné naissance au raskol, séparant le patriarcat orthodoxe de Moscou des millions de fidèles ensuite appelés « Vieux-croyants ».
Pierre Pascal, historien des débuts du raskol, situe son origine au « Temps des troubles », soit la période du XVIe siècle. Des causes extérieures ont été cherchées en vain, mais, selon Pascal, « ces interprétations ayant fait faillite, il a bien fallu reconnaître au raskol une origine purement et profondément religieuse[2] ».
En effet, l'Église russe change beaucoup à partir de la fin du Moyen Âge et son poids devient prépondérant dans le monde orthodoxe après la chute de Constantinople en 1453. Moscou a son propre métropolite depuis 1448[3] et les Russes ont de plus en plus de défiance envers l'Église grecque : Dieu n'aurait-il pas puni les Grecs de leurs vices en laissant Constantinople être prise par les Turcs ? Moscou, patriarcat libre et resté dans la tradition orthodoxe, n'a-t-il pas vocation à prendre le relais de la capitale byzantine ? C'est ainsi que la ville s'impose progressivement dans les mentalités comme la « Troisième Rome »[4] et que les grands princes de Moscovie prennent le titre de « Tsar », variante slave de César. L'idée d'une « Troisième Rome » ne fut cependant jamais formellement admise par l'Église orthodoxe et les patriarches russes ont toujours affirmé pour eux la primauté de Constantinople. Mais dans la conscience populaire, comme dans le bas-clergé, cette idée alimente de violentes controverses sur l'avenir religieux de la Russie[5].
D'une part, certains préconisent une étroite alliance de l'Église et de la monarchie, et une conservation des grands domaines du clergé qui servaient à pratiquer la charité et instruire. Ils pensent que le royaume moscovite doit s'efforcer de réaliser sur terre le royaume de Dieu et qu'une monarchie très liée à l'Église est bénéfique. Leur chef de file est l'abbé Joseph de Volokolamsk.
En face d'eux, menés par un ascète, le starets Nil de la Sora (1433c-1508), d'autres craignent qu'une étroite alliance entre l'Église et le Tsar ne débouche, plus tard, sur une aliénation du clergé au pouvoir politique, et prêchent la pauvreté monastique et la fidélité à Constantinople[6].
Les causes directes du raskol

Le nouveau patriarche de Moscou dans les années 1650, Nikon, est un prélat autoritaire. Il souhaite la suprématie du spirituel sur le pouvoir politique et veut réformer en profondeur l'Église russe. Son premier objectif est atteint grâce à son emprise sur Alexis Ier.
Ses réformes de l'Église sont cependant très mal acceptées. Il demande des changements faisant passer le signe de croix de deux doigts (symbole de la double nature du Christ) à trois doigts — index, majeur, annulaire — (symbole de la Trinité), ou l'alléluia chanté désormais trois fois au lieu de deux, etc. Ces demandes sont faites dans un esprit de conformité avec le reste des Églises orientales, mais dans l'optique de la Troisième Rome et de la défiance de certains Russes envers l'orthodoxie des Grecs, elles sont mal acceptées : si les Russes ont été épargnés en conservant leurs usages, pourquoi adopter ceux des Grecs punis par Dieu ?
Nikon fait mettre en place ces mesures de façon extrêmement autoritaire[1].
Les principaux meneurs de la résistance à Nikon sont issus du bas-clergé, moines et prêtres : Pierre Prokopovitch, Daniel de Kostroma et surtout l'archiprêtre Avvakoum. Ce dernier demande à Nikon de démissionner de sa charge et de se retirer dans un couvent, pour accepter de reconnaître l'opposition. Nikon refuse, et Alexis Ier convoque en 1660 un concile pour décider de la conduite à tenir envers Nikon. Celui-ci est quasi unanimement désavoué par ses pairs, et il est déposé.
Le départ de Nikon, chef autoritaire, ne calme pas le trouble dans une Église qui n'est alors plus dirigée. Alexis convoque donc, en 1666, un nouveau concile appelé « Grand concile » à cause de la gravité de la situation. Y sont présents les patriarches d'Alexandrie et d'Antioche, munis des pleins pouvoirs des patriarches de Constantinople et de Jérusalem. Le tsar préside les séances. Les débats sont longs et vigoureux, mais les opposants aux réformes ne parviennent pas à justifier véritablement leur refus. Pour les contenter, la décision est prise de démettre Nikon de sa dignité de patriarche et de l'envoyer en réclusion à vie dans un monastère. Mais les réformes sont entérinées, et les pères conciliaires déclarent que les opposants à ces réformes sont excommuniés. Cela provoque le schisme (Raskol) de millions de croyants russes[7].
Évolution du Raskol

Entre 1653 et 1656, les réformes de Nikon sont mises en application notamment par la révision des livres saints qui sont republiés en étant corrigés. L'archiprêtre Avvakoum, notamment, dénonce les imprimeurs ayant effectué ces publications comme étant influencés par le catholicisme. Il pense que ces réformes trahissent la foi antique.
Le concile de 1666-1667 (en) entérine les réformes et prononce l'anathème contre les vieux-croyants en les déclarant schismatiques. Le bas-clergé vieux-croyant et le peuple qui le suit fuient dans les bois vers la Volga, dans les forêts denses du Nord de la Russie, et jusqu'en Sibérie. Certains choisissent également la fuite, mais vers l'Ouest et les territoires proches de la Pologne et de la Lituanie, où ils peuvent plus facilement pratiquer leur foi. Cet exode massif de population touche essentiellement des petites gens, paysans et artisans, mais aussi des cosaques.
Les vieux-croyants évoluent vers une vision clairement apocalyptique de l'Église russe. Certains vont jusqu'à s'immoler par le feu, par crainte de la fin des temps. On évoque l'Armageddon et l'Antéchrist.
Dans les années 1670-1680, la répression contre les vieux-croyants est très forte. L'archiprêtre Avvakoum, en exil, explique la rébellion comme le signe d'une sanction divine contre le tsar et le haut-clergé. Il est brûlé vif en 1682. En 1767, 70 vieux-croyants tentèrent de s'installer sur l'île inhospitalière de Kolgouïev. Mais après un an seuls quatre d'entre eux avaient survécu.
Au cours du XVIIIe siècle, les vieux-croyants s'installent dans une sorte d'exil à l'intérieur de leur propre pays. Ils ont leurs propres monastères clandestins, leur propre organisation. Ils ne sont pas activement persécutés, et Catherine II tente même de faire revenir certains vieux-croyants partis à l'étranger. Jusqu'en 1905, le schisme est considéré comme illégal.
Les différents courants du Raskol
Le mouvement issu du Raskol s'est principalement divisé en deux grands groupes : ceux qui ont continué à se donner un clergé, et ceux qui n'ont plus de clergé depuis que les clercs d'avant la réforme de Nikon sont morts.
Les vieux-croyants ayant un clergé sont appelés vieux-croyants presbytériens ou popovtsy. Ils sont plus homogènes et plus nombreux[8]. Les groupes principaux sont l'Église orthodoxe vieille-ritualiste russe et l'Église orthodoxe vieille-ritualiste lipovène basée à l'embouchure du Danube, en Roumanie, et dont le siège est revenu à Moscou récemment.
Les vieux-croyants non presbytériens se sont fractionnés en de nombreux courants, par exemple l'Église vieille-orthodoxe pomore.


