Raymond Dart
anthropologue australien
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Raymond Arthur Dart, né le à Toowong (Australie) et mort le à Johannesbourg (Afrique du Sud), est un anatomiste et anthropologue australien. En 1924, il a décrit l'enfant de Taung, le premier fossile d'Australopithèque, découvert en Afrique du Sud.
Parcours
Né à Toowong, Queensland en Australie, il étudie à l'Ipswich Grammar School, à l'université du Queensland, à l'université de Sydney et à l'University College de Londres. En 1922, il obtient le poste de directeur du nouveau département d'anatomie de l'université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.
Fils de fermier, il se marie six fois et a deux enfants.
Découverte de l'« enfant de Taung »

En 1924, Dart a pris connaissance d'un fossile en provenance de Taung. Malgré l'existence de plusieurs récits concernant la découverte de ce fossile, Dart a clairement expliqué dans ses mémoires[1] que c'est par le biais de sa première étudiante de sexe féminin, Josephine Salmons, qu'il a pris connaissance de ce fossile. Le fossile est celui d'un jeune primate et devient connu comme l'« enfant de Taung ». Dart publie sa description en 1925 et crée un nouveau genre et une nouvelle espèce : Australopithecus africanus, le singe austral d'Afrique[2]. Dart considère le fossile comme un représentant du « chaînon manquant » entre les grands singes et les humains, du fait de son cerveau relativement petit, de sa denture évoquant celle des humains modernes et de sa probable station bipède.
La découverte et son auteur furent vivement critiqués dans un premier temps par la plupart des éminents anthropologues d'alors. Arthur Keith prétendit notamment que l'enfant de Taung n'était qu'un gorille juvénile. Le jeune âge du fossile rendait effectivement difficile son interprétation. Une origine africaine de l'humanité et une apparition de la bipédie antérieure au développement du volume du cerveau ne s'accordant pas avec les idées dominantes de l'époque concernant l'évolution humaine, Dart et l'enfant de Taung firent l'objet de nombreuses attaques.
Reconnaissance et divergence
Les plus proches alliés de Dart étaient Wilfrid Le Gros Clark et Robert Broom, qui découvrit de nouveaux spécimens d'Australopithèque. Ce n'est qu'en 1947 qu'Arthur Keith reconnut que Dart avait raison.
Les interprétations de R. Dart ne sont toutefois pas toutes confirmées aujourd'hui. L’ hypothèse d'une industrie ostéodontokératique (en os, dent et corne) qu'il avait cru identifier en association avec les ossements d'Australopithèques n'est plus soutenue par le développement des recherches. Dart est également à l'origine de la « théorie du singe tueur » selon laquelle Homo sapiens est un animal brutal par nature qui se serait répandu depuis l'Afrique à travers l'Eurasie en éliminant les autres espèces de singe bipèdes ; des anthropologues tels que Robert Ardrey l'ont défendue et développée, mais elle n'est pas soutenue par la majorité des préhistoriens et des paléoanthropologues, pour ne pas dire abandonnée, faute de preuves archéologiques, anthropologiques et éthologiques[3].
L'héritage de R. Dart
Dart a conservé son poste de directeur de l'école d'anatomie à l'université du Witwatersrand jusqu'en 1958. Il y a travaillé en collaboration avec Phillip Tobias qui a poursuivi ses recherches et a contribué à l'étude du Cradle of Humankind, un ensemble de sites fossilifères du Gauteng incluant Swartkrans et Sterkfontein.
Il a par ailleurs dirigé des travaux d'anatomie comparée et d'anthropologie physique sur des individus vivants, en particulier des représentants des peuples indigènes San et Khoi d'Afrique du Sud, qu'il considérait comme des "fossiles vivants"[4]. Ces travaux le situent dans la continuité du racisme scientifique de son époque[5]. Un de ses articles, publié en 1937[6], contient des descriptions détaillées des organes génitaux féminins de ses sujets, soulevant des questions éthiques importantes concernant l'objectification des sujets de ses recherches.
En 1959 est paru un récit autobiographique de ses découvertes intitulé Aventures avec le chaînon manquant. L’Institut pour l'étude de l'Homme en Afrique a été créé en son honneur à l'Université du Witwatersrand.
A partir des années 1990, un nombre croissant de voix critiques se sont fait entendre concernant la pratique de Dart d'objectifier les êtres humains qu'il étudiait, son obsession pour les caractéristiques physiques et sexuelles des femmes africaines, le lien entre sa pratique de la science et le spectacle, ainsi que ses théories de diffusion culturelle. Ces critiques sont résumées dans l'article de Christa Kuljan publié à l'occasion du centenaire de la découverte de l'enfant de Taung[5].