Refroidissement global
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Le refroidissement global est une conjecture discutée dans la sphère académique essentiellement dans les années 1970, selon laquelle un refroidissement prochain voire imminent de la Terre pourrait survenir, menant à une glaciation. Dans le contexte d'un léger refroidissement depuis les années 1940, plusieurs chercheurs ont envisagé qu'un futur refroidissement global soit provoqué par la pollution aux aérosols ou par les cycles glaciaires-interglaciaires (variation du forçage orbital).
Plusieurs articles de presse et ouvrages ont relayé cette hypothèse, parfois de manière sensationnaliste et sans refléter fidèlement la littérature scientifique de l'époque, qui était généralement plus préoccupée par un potentiel réchauffement dû à un effet de serre accru. En tout état de cause, la possibilité d'un refroidissement global a cessé d'être véritablement considérée dès la fin des années 1970, alors qu'un consensus se formait quant au réchauffement climatique.
Néanmoins, le mythe d'un consensus scientifique, dans les années 1970, sur un refroidissement global est relayé de manière récurrente dans les années 2010 et 2020, y compris avec la diffusion de fausses informations, dans une rhétorique au service du déni du changement climatique.
Dans les années 1970, plusieurs chercheurs émettent l'hypothèse que pourrait survenir un refroidissement global. Ils s'appuient pour cela sur plusieurs éléments[1],[2],[3] :
- les premières reconstruction de l'évolution des températures mondiales montrent une légère baisse de celles-ci depuis 1940 dans l'hémisphère Nord ;
- les émissions d'aérosols sont en hausse, or ceux-ci ont un effet refroidissant ;
- la compréhension des cycles de Milankovitch indique que la période interglaciaire en cours, déjà plus longue que les précédentes, devrait logiquement s'achever et laisser place à une glaciation.
En 1971, S. Ichtiaque Rasool (en) et Stephen Schneider publient un article dans la revue Science[4], dans lequel ils concluent qu'un quadruplement de la concentration atmosphérique en aérosols, dû notamment à la hausse de la pollution industrielle, pourrait conduire à un refroidissement de 3,5 °C, susceptible de déclencher une nouvelle glaciation[3],[5],[6]. Le météorologue Reid Bryson envisage également un refroidissement provoqué par la pollution atmosphérique et s'en ouvre largement auprès de la presse[6] ; en 1976, il publie avec Gerald J. Dittberner un article académique qui conclut à un effet refroidissant des émissions de CO2[7],[8].
Le physicien George Kukla, qui a observé dans ses travaux une hausse de la couverture neigeuse et de glace dans l'hémisphère Nord[8], envisage avec prudence, dans une étude de 1972, un refroidissement progressif de l'atmosphère menant in fine à une nouvelle glaciation. Un groupe d'experts réuni début 1972 à l'université Brown pour étudier les cycles glaciaires-interglaciaires aboutit à une conclusion similaire : la période interglaciaire actuelle devrait laisser sa place d'ici quelques milliers d'années, voire centaines d'années, à une nouvelle glaciation[3],[9],[10].
Certains arguments favorables à un refroidissement sont toutefois contredits rapidement : l'étude de Rasool et Schneider (1971) comporte plusieurs erreurs (identifiées par Schneider qui rétracte ses conclusions en 1974), lesquelles conduisent à exagérer le pouvoir refroidissant des aérosols et à sous-estimer l'effet réchauffant du CO2 (la sensibilité climatique)[3],[5] ; les conclusions de Bryson et Dittberner (1976), contestées les deux années suivantes, s'avèrent n'indiquer un refroidissement qu'à court terme[7],[8].
La théorie d'un refroidissement global est diffusée par plusieurs médias durant la décennie 1970. C'est notamment le cas d'un article de Newsweek publié le — et très fréquemment cité par la suite — intitulé « The Cooling World », qui s'inquiète que la diminution des températures n'ait des conséquences catastrophiques pour l'agriculture[2],[11],[12]. Des articles, plus nuancés, sont également publiés dans The New York Times (1975)[13] et National Geographic (1976). Enfin, plusieurs ouvrages grand public, notamment The Weather Machine de Nigel Calder (1974), The Cooling de Lowell Ponte (1976) et Ice or fire? de Daniel Stephen Halacy (1978), évoquent de manière peu rigoureuse l'imminence d'un refroidissement global[8].
État contemporain de la science
Dès les années 1980, et après la publication du rapport Charney en 1979, l'hypothèse d'un refroidissement global est obsolète dans le milieu scientifique.
Contrairement à ce qui était craint, les émissions d'aérosols ont atteint un plateau à la fin des années 1970 (notamment sous l'effet du Clean Air Act) avant de diminuer[14]. Le refroidissement observé à partir des années 1940 a quant à lui cessé au milieu des années 1970 ; il fait seulement figure de pause dans le réchauffement[3].
Enfin, s'agissant des perspectives de fin de la période interglaciaire actuelle, les publications les plus contemporaines évaluent sa durée théorique à 50 000 ans en l'absence de changement climatique d'origine anthropique[1],[15]. La concentration atmosphérique en CO2 due aux activités humaines est susceptible de décaler la survenue de la prochaine glaciation, potentiellement de 50 000 ans supplémentaires selon une étude parue en 2016 dans Nature[16],[17].
