Relations entre les États-Unis et la Somalie

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Relations entre les États-Unis et la Somalie
Drapeau des États-Unis
Drapeau de la Somalie
États-Unis et Somalie
États-Unis Somalie
Ambassades
Ambassade des États-Unis en Somalie
  Ambassadeur Richard H. Riley IV (en) (depuis le 8 mai 2024)[1],[2]
  Adresse Mogadiscio
  Site web so.usembassy.gov
Ambassade de Somalie aux États-Unis
  Ambassadeur Ali Sharif Ahmed (depuis le 16 septembre 2019)[3]
  Adresse 1609 22nd St NW, Washington, DC 20008, USA
  Site web somaliembassydc.net/g

La Somalie, un des pays les plus pauvres et les plus instables du monde, intéresse surtout la politique étrangère des États-Unis d'un point de vue humanitaire et sécuritaire. Pendant la guerre froide, la rivalité des États-Unis et de l'URSS les amène à soutenir alternativement la Somalie et l'Éthiopie, son rival régional. À partir de 1990, la guerre civile somalienne plonge le pays dans le chaos : l'intervention militaire américaine de 1992-1993 est un échec. Par la suite, les États-Unis entretiennent une présence militaire limitée au nom de la guerre contre le terrorisme en raison des liens entre le réseau djihadiste Al-Qaïda et les chebabs somaliens. Après une quasi-rupture sous la présidence de Donald Trump, la coopération entre la Somalie et les États-Unis se rétablit sous la présidence de Joe Biden mais se détériore de nouveau en 2025 avec le retour au pouvoir et les mesures anti-migratoires de Donald Trump. Une communauté de la diaspora somalie (en) vit aux États-Unis.

Le front est-africain de la guerre froide (1960-1990)

Porte de Merka sur l'océan Indien en 1928.
Atterrissage d'avions-cargos américains C-130 Hercules à Berbera dans le cadre de l'exercice Bright Star (en) en 1983.
Un soldat somalien pendant l'exercice commun Bright Star en janvier 1985.

En 1828, le brick Ann de Salem (Massachusetts), capitaine Charles Millett, est le premier Américain connu à faire escale dans les ports somalis de Merka et Brava[4]. Le premier consulat américain à Mogadiscio ouvre en 1957, un peu avant l'indépendance du pays[5].

La Somalie accède à l'indépendance en 1960 par l'unification de deux colonies européennes : la Somalie italienne et le Somaliland britannique. Dans les années 1960, les États-Unis sont présents en Somalie par l'aide au développement et l'investissement privé : 3 500 entreprises et 300 associations basées aux Etats-Unis ont une activité en Somalie, à quoi s'ajoutent des partenariats avec les universités et autres institutions publiques. L'Agence des États-Unis pour le développement international fournit une aide à la Somalie de 1960 à 1999[6].

Le coup d'état militaire de 1969, qui porte au pouvoir le général Mohamed Siad Barre, et le traité d'amitié entre l'URSS et la Somalie amènent les États-Unis à réduire fortement leur coopération avec cette dernière[7]. En décembre 1969, la Somalie expulse les volontaires du Peace Corps et, en avril 1970, un certain nombre d'officiels américains. En juin 1970, les États-Unis tentent de faire interdire la navigation de navires sous pavillon somalien à destination du Vietnam du Nord. Cependant, la Somalie obtient encore 6 millions de dollars de prêts des États-Unis en 1970[8]. Les évolutions de la Corne de l'Afrique jusqu'en 1990 tiennent à la fois à la guerre froide américano-soviétique et à la rivalité régionale entre l'Éthiopie, pays le plus vaste et le plus peuplé de la région, et la Somalie qui entretient un projet de Grande Somalie réunissant les populations d'ethnie somalie divisées entre cinq pays. La position stratégique des deux pays africains, le long des voies maritimes qui relient le bassin pétrolier du Moyen-Orient et la mer Rouge aux marchés occidentaux, en fait un enjeu pour les deux superpuissances. Les États-Unis entretiennent longtemps une relation privilégiée avec l'Éthiopie de l'empereur Haïlé Sélassié tandis que la Somalie mise sur le soutien de l'URSS[9]. La révolution éthiopienne de 1974 entraîne un renversement des alliances : la junte militaire éthiopienne rompt avec les États-Unis et, pendant la guerre de l'Ogaden de 1977-1978, reçoit un fort soutien militaire soviétique et cubain tandis que le régime somalien se tourne vers Washington[7],[9].

Cependant, la base de Berbera est peu utile aux Américains qui ont de meilleures positions à Diego Garcia et dans plusieurs pays arabes. En 1988, en raison de la montée de la guérilla du Mouvement national somalien dans le nord du pays, les Américains évacuent Berbera et transfèrent leur personnel à Djibouti. Ils ne font que très peu usage de leur base somalienne pendant la guerre du Golfe de 1990-1991. Le Congrès américain proteste de plus en plus contre les violations des droits de l'homme par le régime de Siad Barre : l'aide militaire américaine à la Somalie tombe de 34 millions de dollars en 1984 à 6 millions en 1988[10].

Guerre civile et échec de l'intervention américaine (1990-2014)

Terrain de l'ambassade des États-Unis à Mogadiscio transformé en base de la mission UNITAF en décembre 1992.
Fouille corporelle de civils somaliens par la police militaire américaine avant une visite médicale en février 1994.

Plusieurs fronts rebelles se constituent dans le nord et le centre du pays, avec le soutien de l'Éthiopie, et menacent la capitale[11]. En 1990, la Somalie se trouve en cessation de paiement de ses dettes, ce qui entraîne une suspension de l'aide financière américaine. En janvier 1991, pendant les affrontements de Mogadiscio, l'ambassade des États-Unis (en) est mise à sac par la foule, ce qui entraine son évacuation[12]. La chute de Siad Barre ouvre la première phase de la guerre civile somalienne : les services diplomatiques américains sont transférés à Nairobi au Kenya[7].

La guerre civile, accompagnée de la sécheresse, de la famine de 1991-1992 et de la montée de la piraterie dans les eaux somaliennes amènent la communauté internationale à se saisir de la question. Une première mission internationale déployée entre avril et décembre 1992 n'apporte qu'un palliatif : les États-Unis ouvrent un pont aérien depuis le Kenya et livrent 145 000 tonnes de nourriture mais les chefs de guerre locaux barrent les routes et détournent l'aide. En décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies décide l'envoi d'une force militaire, l'UNITAF, pour s'interposer entre les factions armées et assurer le transport de l'aide internationale. Les États-Unis, seule superpuissance depuis l'effondrement de l'URSS, fournissent 75% du financement et 25 426 soldats sur 38 301 sous le commandement du général américain Robert B. Johnston (en). L'opération Restore Hope Restaurer l'espoir ») est d'abord un succès : les troupes américaines débarquent sous les caméras de télévision et, sans rencontrer de résistance, se déploient dans les principales villes et sur les axes routiers. L'UNITAF répare 2 000 km de route, reconstruit des ponts, creuse des puits et ouvre des hôpitaux. Les chefs de guerre acceptent de remettre une partie de leurs armes mais dissimulent le reste pour préparer leur revanche. Faute de gouvernement national reconnu, l'UNITAF ne peut maintenir qu'une paix provisoire et, à son départ, toutes les installations sont pillées. La seconde opération des Nations unies, à partir de mars 1993, se fait sous un général turc et avec une moindre participation américaine : 2 600 hommes des services logistiques et 1 100 des commandos[11].

En octobre 1993, les forces spéciales américaines des Task Force Rangers tentent de liquider le général Mohamed Farrah Aidid, un des chefs de guerre les plus récalcitrants. La bataille de Mogadiscio coûte 19 morts et deux hélicoptères UH-60 Black Hawk aux Américains, plusieurs centaines de morts aux Somaliens, mais les images de corps de soldats américains traînés dans les rues au milieu des chants et danses de la foule traumatisent l'opinion américaine et entraînent le retrait de leurs combattants[11].

En raison de la situation sécuritaire, l'aide au développement est suspendue en 2000 tandis que l'aide humanitaire est maintenue [6].

L'intervention éthiopienne en Somalie, à partir de 2007, contre les islamistes de l'Union des tribunaux islamiques, bénéficie d'un fort soutien aérien des Américains à partir de leur base de Djibouti malgré les protestations du président djiboutien. Les prisonniers sont remis pour interrogatoire à des officiers éthiopiens et américains ; on ignore généralement ce qu'ils deviennent ensuite[13].

Retour, rupture et rétablissement des relations (2014-2024)

Message sur Twitter du président américain Donald Trump dénonçant la visite en Israël de la représentante somali-américaine Ilhan Omar le 15 août 2019.
Entraînement des forces spéciales somaliennes Danab à la base de Baledogle sous contrôle militaire américain en avril 2021.

À partir de 2014, les Américains réintroduisent une présence militaire discrète en Somalie : ils déploient des drones et des instructeurs pour combattre les chebabs somaliens, alliés du réseau djihadiste Al-Qaïda. La « guerre des drones » culmine en 2019 avec 63 frappes[14].

Le 27 janvier 2017, le président Donald Trump promulgue le décret présidentiel 13769, intitulé « Protéger la Nation de l'entrée de terroristes étrangers aux États-Unis », qui interdit l'entrée sur le territoire des citoyens d'Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. Ce décret controversé, critiqué comme discriminatoire envers les musulmans, est validé par la Cour suprême des États-Unis le 26 juin 2018[15].

En octobre 2019, Donald Trump, en tournée dans le Minnesota, annonce son intention d'y interdire l'installation de réfugiés venus de Somalie, un des pays visés par le décret de janvier 2017. Cette attaque vise particulièrement une de ses opposantes les plus actives, la représentante démocrate somalo-américaine Ilhan Omar, élue du Minnesota[16].

Le 5 décembre 2020, le président Donald Trump ordonne le retrait de la quasi-totalité des troupes américaines de Somalie. La mission militaire américaine, basée à Kismaayo, Baledogle et Mogadiscio, était destinée à combattre les djihadistes d'Al-Qaïda, notamment en assurant la formation du Danab, les forces spéciales somaliennes destinées à éliminer physiquement les chefs rebelles[17].

À partir de 2021, le président américain Joe Biden réintroduit l'aide militaire au gouvernement somalien contre les chebabs. Les frappes de drones et la formation du Danab reprennent. En 2023, la consolidation du gouvernement somalien, appuyé par les États-Unis et plusieurs États africains, permet d'envisager une victoire sur les chebabs[14]. En mars 2023, le président Biden annonce la nomination d'un nouvel ambassadeur, Richard H. Riley, précédemment en poste dans plusieurs pays dont l'Afghanistan, l'Irak et le Yémen ; cette annonce coïncide avec la reddition d'un chef rebelle, Abdi Hassan Hulbaale, bien que des combats se poursuivent dans la région de Mogadiscio[1].

Nouvelle crise en 2025

La seconde présidence de Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche à partir de janvier 2025, ouvre une nouvelle crise dans les relations américano-somalienne. En juin 2025, le président impose des restrictions de visas aux ressortissants de 19 pays dont la Somalie. En novembre 2025, à la suite d'une agression commise par un ressortissant afghan contre la garde nationale de Washington, il annonce son intention de fermer totalement les États-Unis à l'immigration en provenance du tiers monde[18]. Le 2 décembre 2025, à l'occasion d'une affaire de fraude aux aides sociales au Minnesota, évaluée à un milliard de dollars par la justice locale et où sont impliqués des Somali-Américains, il s'en prend violemment à la Somalie : « Ils n’ont rien, ils ne font que s’entre-tuer. Leur pays ne vaut rien (…). Leur pays est pourri, et nous ne voulons pas d’eux chez nous. » À propos de l'élue somali-américaine Ilhan Omar, il ajoute : « Ilhan Omar est une ordure. Ses amis sont des ordures[19]. » Le gouvernement somalien, qui dépend de l'aide militaire américaine, hésite à réagir[20] ; le premier ministre somalien Hamza Abdi Barre déclare que Donald Trump a déjà insulté plusieurs pays africains comme le Nigeria et l'Afrique du Sud et qu'il vaut mieux ignorer ses propos plutôt que d'en faire une matière à problème. Le ministre de la Défense Ahmed Moalim Fiqi (en) réagit plus vivement et dit que si leur « sœur » (Ilhan Omar) et attaquée, les Somaliens sont prêts à la défendre. Les Somali-Américains, dont 58% sont nés aux États-Unis et 87% citoyens américains, réagissent les uns avec indignation, les autres avec humour, mais la plupart sont inquiets : le Service de l'immigration et des douanes a déjà commencé des descentes dans les quartiers de Minneapolis et Saint Paul où vit leur principale communauté[21].

Économie et aide humanitaire

Publicité de Coca-Cola à Mogadiscio en juin 2006.

La Somalie est un des pays extrêmement pauvres de la Corne de l'Afrique : son produit national brut est estimé à 1 100 dollars par habitant en 2021 dont 60 % viennent de l'agriculture. Sa production de minerais et d'hydrocarbures est pratiquement nulle. Après 30 ans de guerre civile, ses infrastructures sont à reconstruire et son environnement fortement menacé. Sa balance commerciale est structurellement déficitaire : ses exportations sont estimées à 819 million de dollars en 2014 avec pour principaux partenaires les Émirats arabes unis (47 %), l'Arabie saoudite (19 %), l'Inde (5 %) et le Japon (5 %) tandis que ses importations, estimées à 94,4 milliards de dollars en 2018, viennent des Émirats arabes unis (32 %), de Chine (20 %), de l'Inde (17 %) et de Turquie (7 %)[22]. Ses échanges avec les États-Unis sont très faibles : 25 millions de dollars en 2021[23].

En 2023, les États-Unis sont le principal donneur d'aide humanitaire à la Somalie avec 480 millions de dollars US, suivis par l'Allemagne (38 millions) et le Japon (10 millions)[24]. En 2024, les États-Unis assurent 46,1% de l'aide humanitaire internationale à la Somalie, soit 484 millions de dollars[25]. En 2025, la part des États-Unis descend à 11,5% soit 56 millions de dollars, derrière la Commission européenne, le Qatar et le Royaume-Uni[26].

Diaspora somalienne aux États-Unis

Dans la culture

Voir aussi

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