René Vautier

cinéaste français From Wikipedia, the free encyclopedia

René Vautier, né le à Camaret-sur-Mer et mort le à Saint-Malo, est un réalisateur et scénariste français, communiste, anticolonialiste et cinéaste du FLN algérien, particulièrement connu par son film Avoir vingt ans dans les Aurès.

Décès
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Saint-MaloVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
René André Georges VautierVoir et modifier les données sur Wikidata
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René Vautier
René Vautier en 1973.
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Décès
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René André Georges VautierVoir et modifier les données sur Wikidata
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Biographie

Jeunesse et formation

Il naît le à Camaret-sur-Mer[1].

Son père est gérant d’usine[2] et sa mère est institutrice[1].

René Vautier est boursier du lycée de la Tour d’Auvergne à Quimper[1].

René Vautier est membre des Éclaireurs de France[1].

Seconde Guerre mondiale

Il fait partie du groupe de la Résistance appelé clan René Madec[1].

René Vautier va à Paris pour passer en 1946 le concours de l’Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) en 1948, premier de sa promotion en section réalisation-production[3].

Étudiant, René Vautier participe à la mobilisation contre les accords Blum-Byrnes et comme stagiaire à la réalisation de La grande lutte des mineurs[1].

Il adhère ensuite au Parti communiste français[4].

Afrique 50

En , il part de Marseille et débarque à Dakar, pour réaliser une exposition et un film sur la réalité des villages africains pour la Ligue française de l'enseignement[1].

Indigné par ce qu'il voit sur place, René Vautier décide de filmer la réalité de l'Afrique colonisée. Mais la police saisit les négatifs du film et lui-même est cité à comparaître pour « avoir […] procédé à des prises de vues cinématographiques sans l'autorisation du gouverneur[5] ».

Avec Raymond Vogel, René Vautier quitte le groupe à Bamako pour poursuivre un travail d’enquêtes sur les exactions et crimes coloniaux, avec le soutien actif du Rassemblement démocratique africain[1].

Il réalise en 1950 le film Afrique 50, qui est diffusé clandestinement. Une des toutes premières projections eut lieu à Quimper, en [1]. Ce documentaire lui valut plusieurs poursuites judiciaires et inculpations, dont une pour non respect du décret « Pierre Laval » (11 mars 1934), relatif au tournage dans les colonies[1]. Ce film lui vaut treize inculpations et une condamnation à un an de prison[6]. Il est expulsé de Dakar, en [1].

En , il filme l’enterrement de Édouard Mazé, tué par des CRS[1].

En 1955, René Vautier est secrétaire administratif de La Fédération du Spectacle CGT[1].

L'Algérie (1956-1965)

Engagé en Afrique sur divers tournages, il rejoint clandestinement l'Algérie par les maquis dès 1956 et participe à la lutte révolutionnaire pour l'indépendance de l'Algérie du FLN. Il tourne dans les Aurès, les Némentchas, ainsi qu'à la frontière tunisienne, filmant les maquisards de l'ALN[7],[8].

Au printemps 1958, il se rend au Caire pour réaliser le documentaire Algérie en flammes sur l'ALN[9]. Sur place, il doit rencontrer Abane Ramdane, l'un des cinq membres du comité exécutif du FLN. Il ignore cependant que ce dernier a été assassiné au Maroc en 1957 sur ordre de Krim Belkacem[10].

René Vautier est alors accusé d'avoir détourné des sommes qui auraient servi à payer les travaux de laboratoire en Allemagne de l'Est[7] et de tentative de « commercialisation de la Révolution »[11].

Après sa libération et l’indépendance de l’Algérie, il participe au développement du cinéma algérien. Il est co-directeur du Centre audiovisuel d’Alger (jusqu’en 1965) et secrétaire général des « Cinés pops’ », les cinémas populaires qui organisent des projections itinérantes[1].

Ne gardant pas rancune de cet épisode aux indépendantistes algériens, il s'installe dès l'indépendance à Alger[12]. Il est nommé directeur du Centre audiovisuel d’Alger (1962-1965). Il y est aussi secrétaire général des Cinémas populaires[13]. Il filme les premiers jours de l'Indépendance algérienne et tente de créer un dialogue, grâce à la vidéo, entre les peuples français et algérien. Il coécrit le documentaire L'Aube des damnés d'Ahmed Rachedi, sorti en 1965.

René Vautier fut arrêté en et emprisonné jusqu’en [1].

René Vautier poursuit une grève de la faim contre la censure du film de Jacques Panijel sur les noyades d’octobre 1961 (Octobre à Paris) et contre la censure cinématographique[1].

Après le coup d’État de Boumediene (1965) et autour de 1968, René Vautier opère un retour progressif en France[1].

La Bretagne et la France

Il participe au groupe Medvedkine[1].

Une partie de son œuvre est liée à la Bretagne. René Vautier est, entre autres, considéré comme un cinéaste breton[14],[15]. Il fait partie en 2000 des récipiendaires de l'Ordre de l'Hermine qui "récompense les personnes pour la contribution qu'elles ont apportée au rayonnement de la Bretagne".

En 1970, il fonde l'Unité de production cinématographique Bretagne (UPCB)[16], avec Nicole Le Garrec et Félix Le Garrec, dans la perspective de « filmer au pays » et pour « promouvoir un cinéma breton indépendant avec ses propres moyens techniques et humains ».

Durant ces années-là, il participe aux actions de l'association Radio-Tele Brezhoneg (RTB), qui exigeait des émissions en langue bretonne à la télévision[17]. René Vautier décide notamment de ne plus payer la redevance télé. Dans une lettre au chanteur Youenn Gwernig, fondateur de Radio-Télé Brezhoneg, il affirmait la nécessité d'émissions en langue bretonne :

"Ami Youenn, avec toi de tout cœur. Tu as raison de dire que, à l’heure actuelle, la télévision est aux mains de nos ennemis, de gens dont le pouvoir se sert pour brider l’expression, l’expression en breton. Dangereux de vouloir parler breton lorsque Raymond Barre veut transformer tous les chômeurs en pigeons voyageurs. Allez chercher du travail là où vous n’avez aucune attache mais où vos bras peuvent encore augmenter un peu le profit des capitalistes ; dangereux de parler des problèmes bretons." [18]

En 1972, il sollicite en tant que distributeur du film un visa d'exploitation pour le documentaire de Jacques Panijel, Octobre à Paris, consacré au massacre des Algériens à Paris le par les forces de police sous les ordres de Maurice Papon[19]. Le visa est refusé. Aussi, le , il commence une grève de la faim, exigeant « la suppression de la possibilité, pour la commission de censure cinématographique, de censurer des films sans fournir de raisons ; et l’interdiction, pour cette commission, de demander coupes ou refus de visa pour des critères politiques[20] ».

En 1974, René Vautier joue son propre rôle de résistant dans Quatre journées d'un partisan d'Alain Aubert[21].

En 1984, il fonde une société de production indépendante : Images sans chaînes.

René Vautier déclare s'être toujours efforcé de mettre « l'image et le son à disposition de ceux à qui les pouvoirs établis les refusent », pour montrer « ce que sont les gens et ce qu'ils souhaitent. » Comme Jean-Luc Godard, qu'il rencontre en 2002, René Vautier cherche à développer une théorie en acte de l’image[22].

Cité comme témoin au procès de Roger Garaudy  auquel il a consacré un court métrage en 1991, À contre nuit[23] , le cinéaste a néanmoins assuré qu'il ne partageait pas ses thèses négationnistes et antisémites[24].

Il meurt à l'âge de 86 ans le [25],[26],[27] à Saint-Malo[28], ville où il est crématisé le [29].

Distinctions

Filmographie

Les libertés en France

  • Le film, "D'autres sont seuls au monde", de Raymond Vogel et René Vautier, sorti en 1953, qui raconte le mouvement de soutien à Henri Martin via la pièce Drame à Toulon[33].

Le capitalisme

  • Un homme est mort
Film sur la mort de l’ouvrier Édouard Mazé, lors des manifestations et des grèves de Brest (mars-avril 1950). Le titre de ce film est repris d'un poème de Paul Éluard tiré du recueil Au rendez-vous allemand (1944), rendant hommage à Gabriel Péri, résistant fusillé par les Allemands, le 15 décembre 1941. L'histoire de ce film disparu est relatée dans la bande dessinée homonyme de Kris et Étienne Davodeau.
Un film d'animation a été réalisé par Olivier Cossu en 2017[34],[35].

S’adressant à d’autres collectivités ouvrières, les ouvrières licenciées des usines des Forges d'Hennebont racontent la façon dont les promesses gouvernementales et patronales les ont flouées.

  • Quand tu disais Valéry, 1975 Le film retrace la longue grève des ouvriers de l’usine de fabrication de caravanes Caravelair à Trignac, classé meilleur film français au festival de Rotterdam.

Le colonialisme et particulièrement la guerre d’Algérie

  • Afrique 50, 1950 Premier film réalisé par René Vautier, alors âgé de 21 ans, et premier film anticolonialiste français.
  • Une nation, l'Algérie, 1954 L’une des deux copies est détruite, la deuxième a disparu.
    Après la révolution du , le film relate en images la véritable histoire de la conquête de l’Algérie. René Vautier est poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État pour une phrase du film : « L’Algérie sera de toute façon indépendante ».
  • Algérie en flammes, 1958[36]
  • J'ai huit ans, 1961, réalisé avec Olga Baïdar-Poliakoff et Yann Le Masson. Un court-métrage montrant le témoignage d'enfants de huit ans lors de la guerre d'Algérie.
  • Peuple en marche, 1963 Film qui fait un bilan de la guerre d'Algérie en retraçant l'histoire de l'ALN et qui montre l'effort populaire de reconstruction du pays, après l'indépendance.
  • Avoir vingt ans dans les Aurès[37], avec Alexandre Arcady, Yves Branellec, Philippe Léotard. Prix international de la critique du festival de Cannes 1972.
  • Déjà le sang de mai ensemençait novembre, 1982.
  • Le Cinéma des premiers pas, 1985 Réalisé en Algérie, le film porte sur sa participation à l'activité cinématographique dans l'Algérie indépendante.

Le racisme en France

  • Les Trois Cousins Fiction tragique sur les conditions de vie de trois cousins algériens à la recherche d’un travail en France.
    Prix du meilleur film pour les Droits de l'Homme à Strasbourg en 1970.
  • Les Ajoncs, 1971
  • Le Remords, 1974
  • Vous avez dit : Français ?, 1986 Réflexion sur la notion de citoyenneté française et l’histoire de l’immigration en France.

L’apartheid en Afrique du Sud

  • Le Glas, réalisé sous le pseudonyme algérien de Férid Dendeni, en réaction à la pendaison de trois révolutionnaires de Rhodésie du Sud pourtant précédemment graciés par la reine d'Angleterre[38]. Le film est d’abord interdit en France, puis autorisé en 1965 parce qu’il était autorisé en Grande-Bretagne, 6 minutes, 1964.
  • Frontline, réalisé avec Oliver Tambo, prédécesseur de Nelson Mandela et coproduit avec le Congrès national africain, 1976

La pollution

  • L'homme et l'eau, 1965 (producteur) de Jean-Pierre Bastid
  • Marée noire, colère rouge, 1978 Classé meilleur film document mondial 1978 au festival de Rotterdam.
  • Mission pacifique, 1988 Documentaire sur des témoins sur place qui analysent les prises de vues effectuées lors des explosions atomiques dans le Pacifique et du naufrage du Rainbow Warrior.
  • Hirochirac, 1995 Reportage tourné pendant le cinquantième anniversaire d’Hiroshima, au moment où Jacques Chirac reprend les essais nucléaires dans le Pacifique, et complété par des témoignages de victimes du nucléaire.

L’extrême droite française

  • À propos de… l'autre détail, 1984 Documentaire monté à partir de témoignages sur la torture de personnes ayant vécu la guerre, comme l'historien Pierre Vidal-Naquet, le militant de la non-violence Jacques Pâris de Bollardière, le préfet de police d'Alger Paul Teitgen, la déportée Germaine Tillion et l'Algérien Hadj Boukhalfa, qui aurait été torturé par l'officier parachutiste Jean-Marie Le Pen[39],[40].
    Le document sera utilisé pour défendre Le Canard enchaîné lors du procès pour diffamation intenté par Jean-Marie Le Pen. Le film est projeté et certains témoins viennent également soutenir le journal. Mais la loi d’amnistie de 1963 protège l’homme politique, interdisant l’utilisation d’images pouvant nuire à des personnes ayant servi pendant la guerre d’Algérie[41].
  • Châteaubriand, mémoire vivante, 1985 Châteaubriand est un camp allemand où 27 résistants français, dont 21 militants communistes, ont été fusillés en 1941. On soutient d'ordinaire que les communistes ne sont entrés dans la Résistance qu’au moment où l’Allemagne a envahi l’URSS, or le film démontre le contraire : les 21 fusillés du camp sont des communistes résistants désignés aux Allemands par le gouvernement français. La télévision française refuse de soutenir le projet. Le film est fait avec Fernand Grenier, un responsable de l’Amicale des anciens de Châteaubriand. Des hommes et des femmes internés témoignent, et chaque année des milliers de personnes se souviennent en commun[41].

Le mouvement féministe

La Bretagne

Oscar du meilleur film sur la mer, 1978

  • Vacances en Giscardie, 1980 Film qui regroupe deux reportages sur les vacances d'été des « Français moyens » : 1. Simplement vivre et 2. Une place au Soleil.
  • Histoires d'images, Images d'Histoire, documentaire, coréalisation avec Moïra Chappedelaine-Vautier, 2014

Publications

Édition de films

  • Afrique 50 et De sable et de sang, Les Mutins de Pangée, Paris, 2013
  • Coffret de quatre DVD réunissant l'ensemble des films réalisés en Algérie, Les Mutins de Pangée, Paris, 2014
  • Une grande partie de son œuvre a été retrouvée, reconstituée et restaurée et maintenant disponible sur CinéMutins[42]

Notes et références

Voir aussi

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