Ressaut hydraulique
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Le ressaut hydraulique est un phénomène couramment observé lors d'écoulements à surface libre (rivières et déversoirs, courants marins). Lorsque le fluide subit une perte importante de vitesse, la surface de l'écoulement s'élève brusquement. L'énergie cinétique est transformée en énergie potentielle et en turbulence, qui se traduit par des pertes irréversibles de charge. Le flot, qui était rapide, ralentit et s'empile sur lui-même à la manière d'une onde de choc supersonique. Ce phénomène du ressaut hydraulique a été décrit en 1818 par Giorgio Bidone, puis en 1828 par Jean-Baptiste Bélanger[1].
Ce phénomène dépend de la vitesse initiale du fluide. Si cette vitesse est inférieure à la vitesse critique, aucun ressaut n'est possible. Lorsque la vitesse du liquide n'est pas nettement supérieure à la vitesse critique, la transition apparaît comme un système d'ondes. Si la vitesse du flot devient plus grande, la transition est de plus en plus abrupte, jusqu'à ce que la zone de transition se brise et s'enroule sur elle-même. Lorsque ce phénomène se produit, le ressaut apparaît, en conjonction avec une violente turbulence, la formation de rouleaux et de vagues.
Les deux manifestations principales d'un ressaut hydraulique sont :
- le ressaut hydraulique stationnaire où le flot rapide se transforme en un flot plus lent (figures 1 et 2) ;
- le mascaret, qui est une vague remontant le flot (figure 3).

Le concept de ressaut hydraulique peut se généraliser en météorologie en présence d'ondes de relief. De la même manière que pour un écoulement dans une rivière, si la vitesse de l'air (le vent) est importante, des ressauts hydrauliques se forment, qui peuvent être assez violents pour briser des aéronefs[2],[3].
Nombre de Froude, flot critique
Pour des écoulements caractérisés par la transition d'un écoulement torrentiel à un écoulement de type fluvial, les lignes de courant divergent fortement et l'écoulement devient rapidement varié en ce qui concerne le profil de la surface libre. Si l'exhaussement de la ligne d'eau est suffisamment important, on observe un ou plusieurs rouleaux plus ou moins instables avec déferlement et turbulence importante qui entraînent une dissipation d'énergie non négligeable.
Le ressaut hydraulique désigne uniquement cette transition. Il s'accompagne d'une dissipation d'énergie (perte de charge). Par ailleurs, une partie de l'énergie cinétique est convertie en énergie potentielle (la vitesse diminue et la hauteur augmente). Le ressaut est caractérisé par une forte turbulence.
Ces caractéristiques ont permis aux ingénieurs (à partir des années 1950) de remplacer les évacuateurs de crue « en cascades successives » aussi dénommés « coursiers en marches d'escalier » (stepped spillways) utilisés depuis au moins 3500 ans et équipant environ 1/3 des barrages nord-américains, en les remplaçant par des bassins dissipateurs d'énergie par ressaut hydraulique, bien moins coûteux[4]. Mais la technique "en escalier" a trouvé un regain d'intérêt à la fin du XXe siècle car elle est bien plus efficace pour réoxygéner l'eau prélevée en fonds de réservoir en amont du barrage, moins traumatisante pour les organismes aquatiques présents dans le flux, et car grâce aux nouveaux matériaux et à une meilleure connaissance des écoulements diphasiques (ces derniers entrainent en effet une grande quantité d'air avec l'eau en condition d'écoulement supercritique, formant une « eau blanche » et « mousseuse », et donc bien plus volumineuse) il est aujourd'hui moins nécessaire de surdimensionner les installations[4]. Il a aussi récemment été démontré que la présence d'air dans l'eau s'écoulant à grande vitesse réduit ou empêche l'érosion des matériaux par cavitation[4].
On considère un canal fluvial ouvert rectangulaire. Soit v la vitesse de l'eau et soit h la profondeur. On appelle charge hydraulique E la quantité suivante :
On définit l'écoulement Q comme étant la quantité :
Pour une charge hydraulique donnée, l'écoulement Q va être maximal lorsque :
Un tel écoulement est appelé écoulement critique.
On cherche à déterminer quelle est la hauteur h₀ pour laquelle l'écoulement sera maximal pour une charge E donnée. Une telle hauteur est appelée hauteur critique.
On résout :
On a :
et donc :
Finalement, on résout donc :
et finalement :
On définit maintenant le nombre de Froude comme suit :
L'écoulement sera dit sous-critique si Fr < 1, critique si Fr = 1 et super-critique si Fr > 1.
Équation de Belanger

On considère un flux super-critique en aval d'une obstruction. On va démontrer que l'écoulement va être soumis à un ressaut qui va diminuer la charge hydraulique. On suppose qu'à l'origine, l'écoulement est de hauteur h₁ et de vitesse v₁. On rappelle que le nombre de Froude associé sera :
L'équation de Belanger exprime la hauteur h₂ du ressaut comme suit[5]:
On constate que lorsque l'écoulement est légèrement super-critique, l'écoulement en aval du ressaut hydraulique va être à une très bonne approximation critique. Même si Fr = 2, le nombre de Froude en aval du ressaut sera proche de 1.
Toutefois, lorsque le nombre de Froude en amont est important, l'écoulement en aval va devenir nettement sous-critique.
Comme on verra plus tard, il est avantageux de supposer que l'accélération de la gravité n'est pas uniforme le long du flot. Cette hypothèse supplémentaire va permettre de généraliser ce modèle aux phénomènes météorologiques en aval d'une montagne.
Le courant super-critique n'est pas dans un état stable et le flot va rebondir. Lors du rebond, le flot va être turbulent et l'énergie (charge) va se dissiper en chaleur. On ne peut donc pas appliquer la loi de conservation de l'énergie. Toutefois, on peut écrire que la différence de la quantité de mouvement en amont et lors du ressaut est égale à la force de pression appliquée au fluide. Soit v₂ la vitesse du flot dans le ressaut hydraulique et soit h₂ la hauteur du ressaut. Soit ρ la densité du fluide. On considère une colonne d'eau de base infiniment petite δ S. On suppose qu'à la position x, la hauteur est h et la vitesse v. On considère maintenant la quantité de mouvement en xx pour une colonne infinitésimale :
Comme on verra plus tard, il est avantageux de supposer
En x + δ x, où δ x est infiniment petit, la quantité de mouvement sera :
Soit L la largeur du canal, on a alors :
- .
La différence de quantité de mouvement sera donc :
La force de pression δ F_p à la hauteur z sera :
On développe et donc :
Donc :
On obtient donc :
En intégrant suivant z, on obtient :
En utilisant la loi de Newton, on écrit :
On a
En combinant les équations, on obtient :
On obtient alors une grande simplification :
et donc :
On remarque que le flot est uniforme et donc . Donc,
Donc :
Donc :
Et maintenant en intégrant suivant x, on obtient :
On remarque que :
Donc :
Dans ce qui suit, on va supposer que l'accélération gravitationnelle est uniforme. Avec cette hypothèse supplémentaire, on obtient donc :
Puisqu'il y a ressaut hydraulique, on a et donc on peut diviser par h₂-h₁ et donc :
On divise par et donc :
Cette équation est une équation quadratique en y = h₂/h₁. On définit le nombre de Froude Fr comme étant :
L'équation à résoudre est alors :
La racine positive de cette équation est donc :
Pour des nombres de Froude élevés, on a :
On définit maintenant . On suppose que h₁ < h₀.
On a :
- .
On a :
On obtient donc :
On considère maintenant la fonction . On a f(1) = 1. On écrit et on effectue un développement limité au voisinage de 1. On obtient :
Donc :
Donc, au premier ordre, on a :
On constate que f(2) = 0.95 et donc pour des petits nombres de Froude au-desdus de l'unité, le courant devient approximativement critique. Cependant, lorsque x devient grand, on a :
et l'on sera en présence d'un ressaut important.
On considère le cas extrême où . Dans ces conditions, l'équation x devient :
On doit donc résoudre :
Effet d'un obstacle en travers du flot
On considère maintenant un obstacle en travers du flot de hauteur H₀ on suppose que le flot au-dessus de l'obstacle est critique. Soit h la hauteur du courant en aval de l'obstacle. On définit :
La hauteur du courant d'eau h₁ juste en aval de l'obstacle telle que calculée par Joachim Küttner sera donnée par l'équation suivante[6] :
La loi de conservation du flux s'écrit :
où v₁ est la vitesse de l'écoulement en aval de l'écluse. On suppose que l'écoulement est laminaire juste en aval de l'obstacle et donc que l'énergie est conservée. On a :
On substitue v₁ et l'on obtient :
On rappelle que et que et donc :
Cette équation se simplifie et donc :
On définit . Donc finalement :
Cette équation est une équation cubique en x.
On suppose par exemple que h₀ = 0.4 × H₀. Dans ces conditions, on obtient .
On constate que l'accélération de la gravité g a disparu dans l'équation finale.