Restauration écologique des zones humides
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Définitions et contexte
Zones humides

L’article 1.1 de la convention de Ramsar définit les zones humides, aussi appelées milieux humides, comme des « étendues de marais, de marécages, de tourbières ou d’eau, qu’elles soient naturelles ou artificielles, permanente ou temporaire, avec de l’eau stagnante ou courante, douce, saumâtre ou salée, incluant les aires d’eau marine dont la profondeur à marée basse n’excède pas six mètres »[1]. L’article 46.0.2 de la loi québécoise sur la qualité de l’environnement apporte également des éléments intéressants à la définition des zones humides, notamment une description de leur sol et de leur végétation. Cet article définit les milieux humides et hydriques comme des « lieux d’origine naturelle ou anthropique qui se distinguent par la présence d’eau de façon permanente ou temporaire, laquelle peut être diffuse, occuper un lit ou encore saturer le sol et dont l’état est stagnant ou en mouvement. Lorsque l’eau est en mouvement, elle peut s’écouler avec un débit régulier ou intermittent. [Les milieux humides sont] également [caractérisés] par des sols hydromorphes ou une végétation dominée par des espèces hygrophiles »[2]. Cette loi désigne entre autres les cours d’eau, les rives, les zones inondables, les étangs, les marais, les marécages, et les tourbières comme des milieux humides et hydriques.
Contexte mondial
Les milieux humides fournissent de nombreux services écosystémiques aux populations humaines, tels que le stockage de carbone, la mitigation des inondations, ainsi que la purification de l’eau, et possèdent une valeur culturelle, récréative, et éducative. Ce sont également des refuges fauniques qui hébergent une biodiversité unique et élevée[3]. Cependant, la situation des milieux humides se détériore à travers le monde. Une étude estime que 21 % des milieux humides de la planète auraient été perdus depuis les années 1700, et qu’il ne resterait présentement que 10,9 à 13,8 millions de km2 de milieux humides autour du globe[4]. Une autre analyse suggère que ces pertes se chiffreraient plus proche de 33 %, et qu’il ne resterait présentement que 1,53 à 14,86 millions de km2 de milieux humides[5]. Au Québec, une province canadienne où les zones humides occupent approximativement 180 000 km2[6], la loi concernant la conservation des milieux humides et hydriques a été adoptée afin de minimiser la perte de ces écosystèmes[7]. Malgré cette politique de protection, 19 % des milieux humides des basses-terres du Saint-Laurent ont été perturbés entre 1990 et 2011[8].
Restauration écologique
La restauration écologique des zones humides est donc nécessaire afin de réduire les pertes nettes mondiales de ces écosystèmes. Le gouvernement canadien définit la restauration écologique comme un « moyen de ralentir, de stopper et de renverser la dégradation des écosystèmes »[9]. Similairement, l’office québécois de la langue française la définit comme une « opération visant à remettre dans un état proche de son état d'origine un écosystème terrestre ou aquatique altéré ou détruit généralement par l'action de l'humain »[10]. Le gouvernement français quant à lui la définit comme un « processus volontaire qui vise le rétablissement d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit » et précise que la restauration écologique d’un milieu ne consiste pas nécessairement à « revenir à un état de nature antérieur, mais à un état de référence qui permet le bon fonctionnement de l’écosystème, et son maintien sur le long terme »[11]. De plus, cette dernière définition explique que « selon le niveau de dégradation de l’écosystème, la restauration écologique se traduit par différents types d’interventions. Cela peut aller de l’action de réduire ou faire disparaître les pressions qui ont mené à la dégradation de l’écosystème, en le laissant se rétablir naturellement, à des interventions ciblées sur ses composantes permettant d’assister ou accélérer sa récupération »[11].
Menaces pesant sur les zones humides
Agriculture
Étant responsable d’environ 25 % des pertes mondiales de milieux humides, l’agriculture est la principale activité humaine affectant ces écosystèmes[12]. Plus précisément, l’expansion des terres arables est le facteur premier menant à la destruction des zones humides mondiales, sans compter d’autres activités agricoles telles que l’élevage et l’aquaculture[13]. Une méta-analyse estime que le drainage des milieux humides pour l’agriculture serait responsable de 61,7 % des pertes de ces écosystèmes depuis les années 1700, excluant les 18,2 % des pertes attribués aux rizières[4]. Au Québec, l’agriculture serait la cause de 44 % des perturbations de milieux humides ayant eu lieu entre 1990 et 2011[8].
Urbanisation
L’urbanisation est la deuxième activité humaine affectant le plus les milieux humides, étant responsable d’environ 16,8 % des pertes mondiales de ces écosystèmes[12]. Notamment, le développement résidentiel et la construction d’infrastructures essentielles telles que des routes et des aéroports sont à blâmer pour ces pertes[13]. Une méta-analyse estime que la conversion des zones humides en milieux urbains serait responsable de 8 % des pertes de ces écosystèmes depuis les années 1700[4]. De plus, les aires urbaines affectent également les zones humides se trouvant à proximité en modifiant leur hydrologie et leur géomorphologie, deux facteurs déterminants chez les milieux humides côtiers[14].
Espèces envahissantes
Les espèces envahissantes, autant exotiques qu’indigènes, affectent également les zones humides de manière disproportionnée. En effet, la base de données mondiale sur les espèces envahissantes[15] dénombre 33 plantes comme faisant partie des 100 espèces les plus invasives au monde, et parmi celles-ci se retrouvent 8 espèces végétales associées aux milieux humides. Cela signifie que 24 % des espèces végétales les plus envahissantes au monde affectent des écosystèmes qui ne recouvrent que 6 % de la surface du globe. Notamment, les plantes envahissantes affectent la structure, la biodiversité, et les réseaux trophiques des milieux humides au détriment de la faune et de la flore indigène[16].
Changements climatiques
Les changements climatiques ont également été identifiés comme un facteur majeur affectant les milieux humides, autant de manière directe qu’indirecte. En effet, les changements au niveau de l’intensité et de la fréquence des précipitations et les évènements climatiques extrêmes tels que les sécheresses, les inondations et les tempêtes altèrent grandement l’hydrologie de ces écosystèmes[17]. Combinés à l’augmentation des températures, ces facteurs influencent la biogéochimie et le fonctionnement des milieux humides et peuvent affecter l’intégrité de leurs processus et de leurs services écosystémiques[17]. Par exemple, certaines zones humides risquent de ne plus participer à la purification des cours d’eau et d’au contraire mener à l’eutrophisation de ceux-ci en raison d’une augmentation de la décomposition[17].
