Restitution de la collection Budge

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La collection Budge est un vaste ensemble d'œuvres d'art et d'objets précieux rassemblés par Emma Budge (1852-1937) et son mari Henry Budge. Cette collection a été dispersée lors d'une vente forcée (dite « vente juive » ou Judenauktion) organisée par le régime nazi en 1937 à Berlin. Depuis la fin des années 1990 et l'adoption des principes de la Conférence de Washington, de nombreux musées et institutions à travers le monde procèdent à l'identification et à la restitution de ces œuvres aux héritiers d'Emma Budge.

Emma Budge (née Lazarus en 1852 à Hambourg) épouse en 1879 Henry Budge, un banquier. Le couple vit plusieurs années aux États-Unis, à New York, où Henry anglicise son prénom, avant de revenir s'installer à Hambourg en 1900. Ils consacrent une grande partie de leur fortune à la philanthropie et à la constitution d'une collection d'arts décoratifs (porcelaines, orfèvrerie, textiles, sculptures). Ils marquent leurs acquisitions avec des étiquettes portant leurs initiales.

En 1920, ils fondent la Fondation Henry et Emma Budge (Henry und Emma Budge-Stiftung) à Francfort, destinée à offrir un lieu de vie et de soins aux personnes âgées, avec pour vœu explicite que Juifs et non-Juifs y vivent ensemble dignement[1].

Après la mort d'Henry en 1929, Emma continue d'enrichir la collection. À son décès en 1937, elle laisse un patrimoine artistique considérable comprenant plus d'un millier d'objets, dont un catalogue de vente de 1937 recense plus de 150 pages de descriptions et photographies[2].

La vente forcée de 1937

L'arrivée au pouvoir des nazis en 1933 bouleverse les volontés d'Emma Budge. Dans son testament, elle avait initialement prévu de léguer une partie de sa collection à la ville de Hambourg, mais elle révise ses dernières volontés, déclarant que « la situation politique en Allemagne [...] rend illogique le maintien d'une stipulation en faveur de la ville ». Elle spécifie également qu'il ne serait « probablement pas judicieux de vendre tous ces objets à l'intérieur du Reich allemand » et recommande de consulter des experts à Amsterdam et Leipzig pour disperser la collection.

Cependant, à sa mort en 1937, ses souhaits ne sont pas respectés. Ses exécuteurs testamentaires, également juifs, sont renvoyés de leurs fonctions bancaires et se trouvent dans l'incapacité d'appliquer ses directives. La collection est saisie et vendue aux enchères par la maison Paul Graupe à Berlin, les 4-6 octobre et 6-7 décembre 1937. Le produit de la vente est placé sur des comptes bloqués (« comptes de sûreté ») par le Troisième Reich, spoliant ainsi les héritiers[3].

Historique des restitutions

Les premières tentatives de récupération ont lieu dès les années 1950. En 1954, une demande concernant une coupe en argent détenue par le Schlossmuseum de Berlin est rejetée par un tribunal, qui considère à tort la vente comme volontaire. Ce n'est qu'après la réunification allemande et surtout la Déclaration de Washington de 1998 que les recherches de provenance s'intensifient. La Jewish Claims Conference (JCC) et le cabinet d'avocats Lothar Fremy et Jörg Rosbach jouent un rôle clé dans ces démarches.

Sur plus d'un millier d'objets, environ 60 avaient été identifiés et attribués en 2018.

Restitutions par pays et institutions

Allemagne

  • Musée d'État de Schwerin : En 2001, le musée restitue une statuette en grès de Böttger (XVIIIe siècle) représentant probablement l'électeur Frédéric-Auguste, ainsi que deux éventails. Le musée a par la suite racheté la statuette en 2012 pour la conserver dans ses collections[4].
  • Musée des Arts et Métiers de Hambourg (MKG) : Le musée a identifié deux gobelets en argent (restitués sous forme de compensation financière en 2002) et une maison de poupée (accord amiable trouvé en 2011).
  • Münchner Stadtmuseum (Munich) : Huit objets acquis lors de la vente de 1937, dont un buste en bronze du Prince Électeur Max Emanuel et des textiles liturgiques, ont été restitués aux héritiers[5].
  • Collection Oetker : Dans le cadre d'un audit de la collection de Rudolf August Oetker lancé en 2015, un gobelet en argent (« gobelet à surprise » en forme de moulin à vent) a été identifié. Une compensation a été versée aux héritiers, permettant à l'objet de rester dans la collection[4],[6].
  • Hôtel Vier Jahreszeiten (Hambourg) : Une tapisserie des Gobelins ("Scène de chasse") exposée dans l'hôtel avait été achetée via le marchand Julius Böhler. Bien qu'étant une propriété privée sans obligation légale de restitution, l'hôtel a rendu l'œuvre aux héritiers en 2011 suite à la pression publique[7].

États-Unis

  • Musée des Beaux-Arts de Boston (MFA) : Le musée possédait sept figurines en porcelaine de la Commedia dell’arte (manufactures de Höchst, Fürstenberg et Fulda) provenant de la collection Budge. Ces pièces avaient été acquises par Otto et Magdalena Blohm, puis offertes au musée par Edward et Kiyi Pflueger en 2006. En 2017, un accord a été conclu avec la succession d'Emma Budge, permettant au musée de conserver les œuvres[8].

Royaume-Uni

  • Victoria and Albert Museum (V&A) : Le musée a restitué trois figurines de Meissen aux héritiers en 2014. Les recherches de provenance ont été facilitées par l'identification des étiquettes du couple Budge sur les objets et l'annotation d'un exemplaire du catalogue de vente de 1937 conservé par le musée[3].

Pays-Bas

  • Rijksmuseum (Amsterdam) : En novembre 2022, la Commission de restitution néerlandaise a recommandé la restitution de deux salières en vermeil réalisées par Johannes Lutma, considérant la perte de possession en 1937 comme involontaire[9].

Suisse

Ventes aux enchères contemporaines

Notes et références

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