Le retournement du stigmate est un concept de sociologie, qui désigne la réappropriation par un groupe marginalisé des éléments utilisés pour le stigmatiser.
L'expression en tant que telle "retournement du stigmate" est utilisée pour la première fois par le sociologue français Louis Gruel en 1985, dans la Revue française de sociologie[1]. Mais l'origine du concept est plus compliquée.
Elle est souvent attribuée au livre d'Erving GoffmanStigmates et/ou à celui de Howard S. Becker, Outsiders. Ces deux sociologues, en étudiant les stigmates et la notion de norme, parlent de stratégie possible pour les personnes stigmatisées d'adoption des stigmates, voire de conformation à ceux-ci, mais dans une vision négative[1].
Par la suite, Pierre Bourdieu, dans son ouvrage L’identité et la représentation, y ajoute une dimension plus positive pour les personnes stigmatisées et y introduit la notion de fierté, de faire des stigmates un emblème[1].
Définition
La notion de retournement du stigmate, est un concept qui est utilisé pour désigner la récupération, réappropriation par les personnes concernées d'éléments stigmatisant (caractéristiques physiques, insultes...) pour en faire des éléments de fierté[2]. C'est aussi un processus par lequel une personne ou un groupe s’approprie une stigmatisation subie, en la revendiquant ouvertement et en la revalorisant, dans une logique d’affirmation identitaire ou de contestation sociale[3].
Utilisations
Ainsi on peut noter dans les retournements du stigmate les plus connus, le courant de la Négritude créé par Aimé Césaire, ou l'utilisation de l'insulte queer (bizarre, tordu en anglais) comme désignation communautaire pour le mouvement LGBTQIA+[2].
Dans les mouvements LGBTQIA+
Retournement du stigmate associé au terme «gouine» à la marche des fiertés 2018 de Rennes
Le retournement du stigmate est une stratégie très utilisée dans les milieux militants LGBTQIA+. Ainsi les insultes (pédé, gouines, queer, folle...) sont réutilisées comme des éléments de fierté[4]. Mais cela donne également des modes d'action militants comme le pink bloc[5]. L'esthétique du camp, et la pratiques du voguing, et la culture ballroom sont également des retournements des stigmates liés aux communautés LGBTQIA+ et racisées[4].
Dans le mouvement féministe
Pancarte de la manifestation du 8 mars 2026 à Paris.
Avant même la naissance du terme féministe, les femmes sont affligées de plusieurs stigmates, qu'elles vont retourner à leur avantage et s'emparer en tant que force[6]. Olympe de Gouges par exemple, utilise les insultes la traitant de monstre, car elle ne se conforme pas aux stéréotypes de genre de son époque, pour revendiquer le courage attribué aux hommes[6] dans cette citation «Je suis un animal sans pareil, je ne suis ni homme, ni femme. J’ai tout le courage de l’un, et quelques fois les faiblesses de l’autre»[7]. Plus récemment des féministes se sont approprié l'insulte «sales connes», utilisée par Brigitte Macron contre des militantes féministes[8].
D'autres insultes sont utilisées sous forme de revendication, comme les mots cagole ou virago, qui sont aujourd'hui aussi utilisés comme marques commerciales[1].
Dans la lutte anti-raciste
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Dans les luttes afro-américaines, la réappropriation du terme historiquement péjoratif nigger (nègre en Français) constitue un exemple important de renversement de stigmate. Son usage, socialement toléré lorsqu’il est employé par un Noir américain à l’égard d’un autre Noir américain, souligne la dimension identitaire de cette réappropriation. Le caractère partiellement exclusif de cet emploi renforce en effet sa fonction de reconnaissance mutuelle, d’appartenance au groupe et de redéfinition du stigmate imposé[9].
Dans les années 1960, le mouvement noir américain adopte le slogan « Black is beautiful » pour affirmer la valeur positive du mot « Black »[10].
Dans la lutte anti-validiste
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↑Kévin Bideaux, «Rose: une couleur aux prises avec le genre», BnF ISBN, Éditions Amsterdam, (ISBN9782354802769)
12Caroline Fayolle, «Des corps «monstres». Historique du stigmate féministe», GLAD!. Revue sur le langage, le genre, les sexualités, no04, (ISSN2551-0819, DOI10.4000/glad.1034, lire en ligne, consulté le )
↑(en) Jacquelyn Rahman, «The N Word: Its History and Use in the African American Community», Journal of English linguistics, vol.Volume 40, noNuméro 2, , p.137-171