Rhodope (hétaïre)

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Activité
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Rhodope
La belle Rhodope, amoureuse d'Ésope ; gravure de Francesco Bartolozzi, 1782, d'après le tableau d'Angelica Kauffmann.
Biographie
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Rhodope (en grec ancien : Ῥοδόπη / Rhodópē ou ῾Ροδῶπις / Rodópis), peut-être de vrai nom Doricha (grec ancien : Δωρίχα)[1], est une hétaïre grecque de l'Antiquité, native de Thrace, que des auteurs grecs et romains présentent comme ayant pour tombe la pyramide de Mykérinos, à Gizeh, en Égypte. Elle est l'une des deux seules hétaïres mentionnées nommément par Hérodote lorsqu'il parle de leur profession, l'autre étant Archidike (en)[2]. Elle est l'héroïne d'une histoire semblable à celle de Cendrillon[3],[4],[5].

Hérodote, Histoires

D'après Hérodote, dans ses Histoires[6] (vers 445 av. J.-C.), elle fut la maîtresse d'Ésope, quand ils étaient esclaves à la cour d'un roi de Samos :

« [Mykérinos] laissa aussi une pyramide ; elle est carrée, et de pierre d'Éthiopie jusqu'à la moitié, mais beaucoup plus petite que celle de son père, ayant vingt pieds de moins, et chacun de ses côtés trois plèthres de large. Il y a des Grecs qui prétendent qu'elle est de la courtisane Rhodopis. Ils se trompent, et il me semble qu'ils ne connaissent pas même cette courtisane. S'ils l'eussent connue, ils ne lui eussent pas attribué la construction d'une pyramide qui, pour le dire en peu de mots, a coûté des millions de talents sans nombre : d'ailleurs Rhodopis n'a pas vécu sous Mykérinos, mais sous Amasis, c'est-à-dire un grand nombre d'années après la mort des rois qui ont fait construire ces pyramides. Rhodopis était originaire de Thrace, esclave d'Iadmon, fils de Héphestopolis, de l'île de Samos, compagne d'esclavage d'Ésope le fabuliste ; car Ésope fut aussi esclave d'Iadmon. On en a des preuves ; et une des principales, c'est que les Delphiens ayant fait demander plusieurs fois par un héraut, suivant les ordres de l'oracle, si quelqu'un voulait venger la mort d'Ésope, il ne se présenta qu'un petit-fils d'Iadmon, qui portait le même nom que son aïeul. »

Diodore de Sicile, Bibliothèque historique

Diodore de Sicile évoque brièvement cette histoire dans sa Bibliothèque historique (Ier siècle av. J.-C.) :

« Ni les habitants du pays ni les historiens ne sont d'accord sur l'origine de ces pyramides ; selon les uns, elles sont construites par les rois que nous avons cités ; selon les autres, elles ont été bâties par d'autres rois ; ainsi ils disent qu'Armseus a élevé la plus grande, Amasis la seconde, et Inaron la troisième. Cette dernière pyramide passe pour le tombeau de la courtisane Rhodopis ; elle a été, dit-on, élevée par quelques nomarques, comme un témoignage de leur amour pour cette femme. »

Strabon, Géographie

Cette anecdote est livrée également similairement par Strabon, dans sa Géographie[7] (entre 20 av. J.-C. et 23 apr. J.-C.) :

« La pyramide en question passe pour être le tombeau d'une courtisane célèbre et pour avoir été édifiée aux frais de ses amants, et ladite courtisane ne serait autre que cette Doricha dont parle Sappho, l'illustre mélographe, comme ayant été la maîtresse de son frère Charaxus, au temps où celui-ci, négociant en vins de Lesbos, fréquentait Naucratis pour ses affaires. Quelques auteurs donnent à cette même courtisane le nom de Rhodôpis et racontent à son sujet la fable ou légende que voici : un jour, comme elle était au bain, un aigle enleva une de ses chaussures des mains de sa suivante, et s'envola vers Memphis où, s'étant arrêté juste au-dessus du roi, qui rendait alors la justice en plein air dans une des cours de son palais, il laissa tomber la sandale dans les plis de sa robe. Les proportions mignonnes de la sandale et le merveilleux de l'aventure émurent le roi, il envoya aussitôt par tout le pays des agents à la recherche de la femme dont le pied pouvait chausser une chaussure pareille ; ceux-ci finirent par la trouver dans la ville de Naucratis, et l'amenèrent au roi, qui l'épousa et qui, après sa mort, lui fit élever ce magnifique tombeau. »

Pline l'Ancien, Histoire naturelle

Le roi Psammétique d'Égypte amoureux des Rhodopes, gravure de Francesco Bartolozzi, 1783, d'après le tableau d'Angelica Kauffman.

Pline l'Ancien, naturaliste romain, reprend brièvement cette légende dans son Histoire naturelle (publiée vers 77)[8] :

« Telles sont ces merveilleuses pyramides. Et enfin, pour qu'on ne s'extasie pas sur l'opulence des rois, la plus petite, mais la plus célèbre, a été construite par une courtisane, par Rhodope. Cette femme partagea l'esclavage et la couche d'Ésope le fabuliste ; et la plus grande merveille, est qu'une courtisane ait pu, à son métier, amasser de si grandes richesses. »

Athénée de Naucratis, Les Deipnosophistes

Athénée de Naucratis, dans Les Deipnosophistes (vers 228), présente les courtisanes de Naucratis :

« Naucratis produisit également de célèbres courtisanes, remarquables de beauté, telles que Doriché, qui devint la maîtresse de Charaxos, frère de la belle Sappho, lorsque celui-ci se rendit à Naucratis pour affaires. Sappho a d’ailleurs dénoncé cette liaison avec vigueur, accusant cette femme d'avoir soutiré beaucoup d’argent à son frère.

Hérodote l’appelle Rhodopis, tout en étant incapable de dire s’il s’agit en fait de Doriché, celle qui érigea à Delphes les deux fameux obélisques dont Cratinos a parlés dans les vers suivants… (lacune).

Posidippe, qui a si souvent évoqué Doriché dans son Éthiopienne, composa cette épigramme en son honneur :

« Ô Doriché, tes os, depuis longtemps, ne sont plus que cendre, comme tes couronnes et ta tunique embaumée de parfums, toi qui naguère, serrant dans tes bras le beau Charaxos et partageant sa couche, buvais jusqu’à la lie la coupe du matin. Mais les vers sublimes de Sappho vivent encore et vivront à jamais pour faire résonner ton nom. Et ton nom est glorieux, car Naucratis en gardera le souvenir, tant que les vaisseaux, venant du Nil, vogueront en pleine mer. » »

Claude Élien, Histoire variée

Claude Élien, dans son Histoire variée[9] (IIIe siècle), rapporte une anecdote selon laquelle un aigle lui vola une de ses sandales alors qu'elle était au bain. L'oiseau la laissa tomber aux pieds du pharaon Psammétique. Celui-ci, frappé par la délicatesse de la pantoufle, se promit d'épouser la femme à qui elle appartenait :

« Rhodope passe pour avoir été la plus belle courtisane de l'Égypte. Un jour qu'elle était au bain, la fortune, qui se plaît à produire des événements extraordinaires et inattendus, lui procura une faveur qu'elle méritait moins par les qualités de son âme que par les charmes de sa figure. Tandis que Rhodope se baignait, et que ses femmes gardaient ses vêtements, un aigle vint fondre sur un de ses souliers, l'enleva, et l'ayant porté à Memphis, dans le lieu où Psammétique était occupé à rendre la justice, le laissa tomber dans le sein du prince. Psammétique, frappé de la délicatesse de ce soulier, de l'élégance du travail, et de l'action de l'oiseau, ordonna qu'on cherchât par toute l'Égypte la femme à qui il appartenait : dès qu'on l'eut trouvée, il l'épousa. »

Analyse

Bon-Joseph Dacier, dans des notes de sa traduction de l'Histoire variée de Claude Élien (1827), souligne que les récits d'Élien et d'Hérodote sont difficiles à concilier. L'un dit que Rhodope vivait sous le règne de Psammétique, l'autre sous celui d'Amasis (qui ne monta sur le trône que quarante-sept ans après sa mort). Il cite alors les hypothèses de Jacobus Périzonius. Soit Élien s'est trompé sur le nom du roi. Soit il y a eu deux courtisanes du nom de Rhodope : l'une qui devint la femme de Psammétique et qui fit bâtir la pyramide en question et qui est censée lui avoir servi de tombeau (celle dont parle Élien) ; l'autre s'était d'abord appelée Dorica pendant son esclavage avec Ésope chez Iadmon, puis, après avoir été rachetée par Charax, frère de Sappho, dont elle était la maîtresse, exerça le métier de courtisane à Naucratis. Ce sera la Rhodope d'Hérodote, qui florissait sous le règne d'Amasis et qui employa la dixième partie de son bien à faire faire des broches de fer qu'elle consacra dans le temple de Delphes, assez fortes pour rôtir des bœufs entiers[9].

Postérité

Notes et références

Liens externes

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