Rhymes for Young Ghouls
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Rhymes for Young Ghouls (anglais: [ɹaɪmz fɔɹ jəŋ ɡuɫz], litt. Des rimes pour les jeunes goules) est un drame indépendant canadien de 2013, premier long métrage du scénariste et réalisateur Jeff Barnaby. Se déroulant en 1976 dans la réserve fictive Micmac de Red Crow, il aborde le contexte du système des pensionnats autochtones canadiens[1].
Bien que le récit raconte l'histoire fictive d'une adolescente nommée Aila et de son projet de vengeance, il s'inspire de l'histoire des abus commis par des agents gouvernementaux canadiens contre les peuples autochtones des Premières Nations, parmi-eux de nombreux cas signalés de violence physique et psychologique envers les enfants des pensionnats[1]. L'histoire est présentée du point de vue d'une adolescente[1].
Le récit commence avec une prologue bréf qui explique l'histoire des enfants des Premieres Nations canadiennes, qui furent forcé à assister aux pensionnats indiens. En 1969, Aila, une prépuberé à l'époque, vit avec son pére, Joseph, sa mère, Anna, et son jeune-frére Tyler dans la réserve indienne fictive Micmac de Red Crow. Les parents d'Aila consomment des drogues et de l'alcool afin de gérer les abus subis au pensionnat Ste. Dymphne. Tyler est renversé et tué par Anna en reculant sa voiture pendant qu'elle est ivre. Horrifiée, Anna se suicide après que Joseph prend la responsabilité et est incarceré.
Le récit recommence en 1976. Désormais adolescente, Aila occupe le rôle de son pére, vendant de la drogue en son absence. Elle est à la charge de son oncle Burner, un consommateur et revendeur de drogue lui-même. Afin d'éviter le pensionnat Ste. Dymphne, Aila soudoie l'agent indien Popper, le directeur violent et corrompu. Les retours en-arrière montre l'abus qu'il a subi aux mains des jeunes Micmacs, y compris Burner. Un jeune Joseph protége Popper (bien que sa préoccupation soit largement de blesser les autres lui-meme). Popper rejete son offre d'amitié, en venant á haÏr les indiens de la réserve.
Un jour, l'argent de la drogue est volé. La situation est compliqué en plus par le retour de son pére après sa sortie de prison. Les relations entre les deux sont tendues; Joseph est en désaccorde avec le fait qu'Aila vend de la drogue. Aila en veut à l'absence de son pére. De plusieurs scènes montrent le chagrin bouleversant de Joseph face à la mort de son épouse. Aila et ses amis conspirent à cambrioler Ste. Dymphne pour reprendre les fonds, aidé par Jujijj, un garçon qui réside à l'école. Burner les trahit à Popper, provoquant l'arrestation de Joseph pour les accusations de destruction de biens montées de toutes pièces.
Arrivant au pensionnat, les longues tresses d'Aila sont tondues et elle est imprisonnée dans la cave de l'école. Lors de sa captivité, Aila voit le fantôme de son frére, qui la guide dans un état de rêve vers une fosse commune derriere Ste. Dymphne, révélant les atrocités commises là-bas. Elle est libérée par un garçon du pensionnat. À la recherche de vengeance, Aila et ses amis revêtent des costumes d'Halloween et s'introduire dans l'école. Ils libérent Joseph, volant 20,000 CAD du bureau de Popper. Après leur fuite, Aila et Joseph se réconcilient. Il l'assure qu'elle n'est pas responsable pour la mort de sa mère et le cycle d'abus qui a eu lieu à St. Dymphne.
Cependant, Popper les rattrape, assommant Joseph avec un coup de crosse. Il tente de violer Aila, mais il est abattu par le garçon qui a libéré Aila. Afin de proteger les deux, Joseph prend la responsabilité pour le meurtre. Gisigu, un ami du grand-pére d'Aila, devient un mentor et s'engage à l'eloigner de l'influence du trafic de drogue. Aila se lie avec le jeune garçon.
Distribution
- Kawennáhere Devery Jacobs : Aila
- Glen Gould : Joseph
- Brandon Oakes : Burner
- Mark Antony Krupa : Popper
- Roseanne Supernault : Anna
- Cody Bird : Sholo
- Nathan Alexis : Angus
- Kent McQuaid : Milch
- Katherine Sorbey : Ceres
Production
Inspiration et mission
Dans un communiqué de presse publié après l'annonce du film, Barnaby a noté qu'il était « l'un des rares Autochtones dont la découverte de son héritage au cinéma ne résultait pas d'un stéréotype mal représenté, plutôt d'une autre cinéaste autochtone dont son sujet était un membre de [sa] propre communauté ». Il faisait référence à la visite en 1981 du documentariste Alanis Obomsawin dans sa communauté natale, située dans la réserve mi'kmaq de Listuguj. Obomsawin était venue afin de documenter la résistance d'un membre de la communauté face aux raids de la Sûreté du Québec, provoqués par des conflits concernant les droits de pêche au saumon dans la région. Barnaby a déclaré que « dès lors », après avoir été témoin du témoignage de cet homme, il a « assimilé le cinéma à la protestation sociale, à la fierté et à la force »[2]. Il a précisé :
« Si je devais synthétiser ma mission en une phrase, ce serait que "je veux rendre la culture indienne cool à nouveau". Je veux prendre nos images, nos vies, nos langues et les représenter fidèlement à l'écran. » [3]
Conception et développement
L'idée de « Rhymes for Young Ghouls » a germé en 2010, lors de la première du court métrage de Barnaby , « File Under Miscellaneous », au Festival international du film de Toronto (TIFF)[2]. CFC Features du Centre canadien du film était le premier organisme à offrir son soutien au projet en développement, suivi peu après par la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC), le Conseil des arts du Québec, Téléfilm Canada et le Fonds Harold Greenberg[2]. En 2012, le film a été sélectionné pour le programme Tribeca All-Access, donnant aux écrivains accès à des ateliers créatifs et à l'assistance de professionnels de l'industrie, dans le but d'aider les auteurs issus de communautés sous-représentées[4]. Les auteurs ont présenté leur scénario au Festival du film de Tribeca devant un jury constitué des acteurs Cuba Gooding Jr., Rosario Dawson et Gabourey Sidibe, qui ont voté à l'unanimité pour leur décerner le prix Creative Promise du Festival qui comprenait 10 000 $[2].
Le film était produit par Prospector Films de Montréal. Ils l'ont tourné du 21 octobre au 22 novembre 2012. Il est annoncé au public le 23 octobre 2012[4]. Les phases de préproduction et de production se sont déroulées dans la réserve mohawk de Kahnawake et à Montréal. La postproduction a eu lieu pendant le premier semestre 2013 à Montréal[2].
Le premier acteur choisi pour le film fut Glen Gould, acteur et musicien mi'kmaq, collaborateur habituel de Barnaby, interprétant le rôle de Joseph. Parmi 70 actrices d'Amérique du Nord, Kawennáhere Devery Jacobs, âgée de 19 ans à l'époque, fut sélectionnée pour interpréter Aila. De nombreux postes importants de la production furent affectés à des collaborateurs de longue date de Barnaby[2]. La distribution comprenait plusieurs acteurs autochtones, dont Gould, Roseanne Supernault ( métisse ), ainsi que Jacobs et Brandon Oakes ( mohawk )[3].
« Rhymes for Young Ghouls » a été présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto le 9 septembre 2013[5]. Le film a ensuite été sélectionné pour être projeté lors de la 13e édition du Festival des dix meilleurs films canadiens du TIFF en janvier de l'année suivante[6]. Sa première sortie (début) en salles s'est tenue le 31 janvier 2014 à Toronto[1],[7],[8]. Seville Pictures était responsable de la distribution au Canada, eOne s'occupait des ventes internationales[4].
Le film a été projeté spécialement au Musée national des Indiens d'Amérique le 30 octobre 2014 en présence de Barnaby et Jacobs[3].
Rhymes for Young Ghouls a reçu des critiques globalement positives. Sur le site d'agrégation de critiques Rotten Tomatoes, le film affiche un taux d'approbation de 88 % fondé sur 8 critiques, et un taux d'approbation du public de 75 % fondé sur plus de 250 critiques (données à partir de 2025)[6].
Après avoir annoncé sa retraite en 2023, Steve Gravestock, programmateur et critique du cinéma vétéran au TIFF, a cité Rhymes for Young Ghouls parmi ses trois films canadiens préférés qui ont été projetés au festival, affirmant que « Jeff avait une voix trop unique [...] sa façon de mélanger les genres pour raconter une histoire très sérieuse et réelle était importante. » [6]
Dans la culture populaire
Le film a inspiré la création du Test d'Aila, rebaptisé par la suite le Test d'Ali Nahdee en hommage à sa créatrice, l'écrivaine anishinaabe Ali Nahdee[9],[10]. Nahdee a initialement formulé ce test en Finlande à la fin des années 2010, pendant les manifestations contre l'oléoduc Dakota Access à Standing Rock, aux États-Unis. Elle l'en pensait comme l'occasion de soutenir la cause autochtone malgré sa distance du centre géographique et politique du mouvement[6]. Ce test vise à analyser la représentation des personnages féminins autochtones dans les récits. Semblable au Test de Bechdel, créé en 1985 pour mesurer la représentation et la capacité des femmes à agir dans le récit, le Test d'Aila original se compose de trois questions, initialement formulées comme suit :
(1) Est-elle une femme autochtone/aborigène qui est un personnage principal ;
(2) qui ne s'éprend pas d’un homme blanc ;
(3) et n'est pas violée ou assassinée à aucun moment du récit ? [10]
Parmi les œuvres qui verifient ces trois critères, on trouve « Rhymes for Young Ghouls », « l'Élue d'un peuple nouveau » de Niki Caro, « Vaiana » de Disney, « La Légende de Korra » de Nickelodeon et le jeu vidéo « Never Alone » de Kisima Inŋitchuŋa (2014)[10]. Nadhee a expliqué que sa logique pour ce changement de nom était qu'elle ressentait d'avoir usurpé l'identité d'un personnage créé par quelqu'un d'autre à des fins personnelles. Comme elle l'a expliqué, Barnaby lui-même avait déclaré qu'elle « utilisait son œuvre pour se promouvoir »[9]. Troublée par cette situation, elle a choisi de renommer officiellement le test et ses comptes sur les réseaux sociaux concernant le sujet, et d'élargir ses critères en avril 2022. Selon Nadhee, pour réussir le test Ali Nadhee, une œuvre doit désormais répondre aux critères suivants :
- Une femme autochtone qui est un personnage principal … y compris tout groupe autochtone réel ainsi que les personnages fictifs à connotation autochtone … y compris les femmes transgenres … [elle] doit être représentée par une actrice autochtone si le récit est en prises de vues réelles.
- Qui ne tombe pas amoureuse d'un homme blanc … [En ce cas] l'amour et le sexe ne sont pas la même chose… [Elle] peut tomber amoureuse d'une femme blanche / Non-binaire
- Qui n’est pas violée et ne meurt à aucun moment du récit … y compris la période avant et après les événements du récit[9].
