Roman industriel
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Le roman industriel est un genre littéraire qui fait son apparition au début de l'ère victorienne en Grande-Bretagne. Classé dans la catégorie plus vaste du roman social, il décrit le déclin d’un monde essentiellement rural gagné par de nouvelles formes de production et d'urbanisation et aborde les difficultés dans lesquelles se débattent les ouvriers non seulement pour survivre mais aussi pour défendre leur humanité pendant et après la révolution industrielle. Certains romans industriels témoignent de sympathie pour le chartisme et les formes d’action pacifiques comme la grève.
Parmi les exemples qui illustrent ce genre on peut citer Benjamin Disraeli avec Sybil, or the Two Nations (1845), qui fait la peinture d'une utopie industrielle ; Elizabeth Gaskell avec Mary Barton (1848), et plus tard North and South (1854) ; Charles Kingsley avec Alton Locke (1849) [1]; Charles Dickens avec Hard Times (1854) ; George Eliot avec Felix Holt (1866).
Certains romans mettent en scène non seulement la vie quotidienne des travailleurs mais encore le mouvement social qui structure leur combat : le héros d’Alton Locke adhère au chartisme, et l’intrigue du roman permet à Kingsley de dénoncer l'injustice sociale dont sont victimes les travailleurs de l'industrie textile, ainsi que les misères des ouvriers agricoles. Kingsley avait participé au mouvement chartiste dans les années 1840 et il se sert de cette expérience dans le roman. Hard Times fait également allusion au mouvement chartiste mais sous un angle tout à fait différent. Le roman dénonce les conditions de vie faites aux ouvriers, s'en prend aux patrons exploiteurs, au mouvement utilitariste de Jeremy Bentham et aux agitateurs que Dickens accuse de manipuler les travailleurs à des fins politiques.
Une partie du roman de David Lodge, Nice Work (1988) renoue avec la tradition du roman industriel en Grande-Bretagne.
Aux États-Unis, c’est encore une femme, Rebecca Harding Davis, qui s’illustre dans le genre avec une nouvelle, Life in the Iron Mills (La Vie dans l'usine sidérurgique) publiée en 1861.
En Allemagne
La révolution industrielle est également source d'inspiration en Allemagne, d'abord de façon négative lorsque les auteurs romantiques dénoncent le divorce qu'elle introduit entre l'homme et la nature[2]. En 1843 paraît le premier roman que l'on peut qualifier de « roman industriel », Le Fer, l'or et l'esprit (Eisen, Gold und Geist) de Ernst Willkomm. En 1845, il publie encore Esclaves blancs, ou les souffrances du peuple (Weisse Sklaven oder die Leiden des Volkes) qui fait entrer le paysage industriel dans le roman allemand[3].
En France
Le terme est parfois employé en France pour qualifier des œuvres telles que La Ville noire (1862), de George Sand[4],[5]. La Fortune de Gaspard, roman de la comtesse de Ségur paru en 1866 est à sa façon un « roman industriel » qui marque la transition entre une France paysanne et une France ouvrière. Le terme apparaît parfois à propos de certains romans de Zola, notamment Germinal. L’industrie se taille généralement dans la littérature française une place moins importante que dans d’autres pays européens. Parmi les auteurs ayant abordé ce thème, on trouve des romanciers marqués par le paysage industriel qui les a entourés, comme le Roubaisien Maxence Van der Meersch, ou des auteurs à préoccupations sociales comme François Bon.
L’expression est d’un emploi délicat en français car elle sert également, dans un sens péjoratif, à désigner des œuvres aux ambitions littéraires réduites au profit d’objectifs commerciaux, qui seraient fabriquées de manière « industrielle » par opposition à une littérature « artisanale ». Le roman-feuilleton ou la « littérature de gare » entrent dans ce cadre.