Rosemary Radford Ruether
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Claremont School of Theology (en) (docteur en philosophie) |
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Rosemary Radford Ruether, née le à Saint Paul (Minnesota) et morte le , est une féministe et théologienne catholique américaine reconnue pour ses contributions majeures à la théologie féministe et à l'écoféminisme.
Rosemary Radford Ruether a écrit et édité plus de quarante livres et des centaines d'articles et de critiques. Elle traite de domaines très variés tels que la patristique, les racines historiques et théologiques de l'antisémitisme, le conflit israélo-palestinien, l'histoire des femmes dans la religion américaine, la théologie de la libération, l'écologie et l’écoféminisme.
Jeunesse et formation
Rosemary Radford Ruether est née le à Saint Paul (Minnesota) d'une mère catholique, Rebecca Cresap Ord, et d'un père épiscopalien, Robert Armstrong Radford. Elle a déclaré avoir été éduquée avec ouverture d'esprit et humanisme. Au décès de son père, alors qu'elle a douze ans, elle déménage avec sa mère en Californie[1],[2].
Après avoir envisagé des études artistiques, Rosemary Radford Ruether opte pour les humanités et obtient un B. A. en philosophie de Scripps College en 1958. Elle obtient une maîtrise en théologie historique et un doctorat en lettres classiques et patristique en 1965 à Claremont Graduate School à Claremont en Californie[1].
Carrière académique
Les convictions politiques et théologiques de Rosemary Radford Ruether engendrent parfois des conflits avec les institutions pour lesquelles elle travaille. Elle perd ainsi son premier poste d'enseignante (1964-1965) et son unique emploi dans un établissement d'enseignement catholique – l'Immaculate Heart College (en) de Los Angeles, en Californie – en raison de ses positions en faveur du contrôle des naissances et du droit à l'avortement[3].
Elle est nommée professeure à l'Université Howard de Washington, une université historiquement noire, de 1965 à 1976. Elle y dirige le département de religion[3].
Après un bref passage comme professeure invitée à Harvard Divinity School, elle est nommée professeure titulaire de la chaire Georgia Harkness de théologie appliquée au Garrett-Evangelical Theological Seminary (en) en 1977. Elle devient ainsi la première femme à occuper une chaire dotée dans ce séminaire. Elle occupe ce poste pendant près de 30 ans, jusqu'à sa pension en 2002[4],[3].
Après avoir pris sa retraite du Séminaire Garrett-Evangelical, Rosemary Radford Ruether devient professeure titulaire de la chaire Carpenter de théologie féministe à la Pacific School of Religion (en) et Graduate Theological Union[5].
Théologie
Bien qu'elle soit restée fidèle à l'Église catholique toute sa vie, malgré son désaccord avec les dogmes fondamentaux et les pratiques ecclésiastiques, Rosemary Radford Ruether ne cesse de remettre en question les positions et les politiques de l'Église.
Théologie féministe
Rosemary Radford Ruether est une des théologiennes féministes les plus lues en Amérique du Nord. Son premier ouvrage, The Church against itself (L'Église contre elle-même), en 1967, est une critique de la doctrine catholique. Dans nombre de ses premiers écrits féministes, au milieu des années 1960, elle critique les conceptions catholiques de la sexualité et de la reproduction[1]. Plutôt que de tenter de remplacer le christianisme patriarcal par un christianisme féministe, elle prône une multiplicité de perspectives théologiques. Elle choisit la pluralité plutôt que qu'une approche théologique unique et dominante[3].
Selon Rosemary Radford Ruether, l'exclusion des femmes des rôles académiques et de direction en théologie engendre la multiplication d'attitudes et de croyances androcentriques. Les femmes n'étant pas appelées à contribuer au dialogue et aux pratiques théologiques chrétiennes, leurs expériences sont négligées dans les croyances et les traditions théologiques. La théologie classique et ses traditions perpétuent ainsi l'idée de la subordination des femmes aux hommes[6].
Elle soutient que non seulement l'expérience féminine doit être reconnue et codifiée dans les espaces théologiques, mais que la compréhension même de notions telles que l'expérience et l'humanité doit être réévaluée[7].
Pour développer une christologie féministe, elle considère qu'il faut se rapprocher du Jésus des Évangiles synoptiques : « Une fois dépouillée la mythologie de Jésus comme Messie ou Logos divin, avec son imagerie masculine traditionnelle, le Jésus des Évangiles synoptiques apparaît comme une figure remarquablement compatible avec le féminisme. »[1].
Elle ouvre de nouvelles perspectives christologiques avec sa fameuse question : « Un sauveur masculin peut-il sauver les femmes ? ». Elle répond : « Théologiquement parlant, donc, nous pourrions dire que la masculinité de Jésus n’a aucune signification ultime ». Elle estime que le divin doit être compris comme à la fois masculin et féminin, et pourtant, ni l'un ni l'autre. « Christ, en tant que personne rédemptrice et Parole de Dieu, ne doit pas être encapsulé «une fois pour toutes» dans le Jésus historique. La communauté chrétienne continue l’identité du Christ. ». « Dieu/Femme » est le néologisme qu'elle utilise en l'absence de nom adéquat pour le divin. L'accent qu'elle met sur le Divin comme Matrice Primordiale affirme l'immanence de Dieu par opposition au Dieu patriarcal. L’importance du Christ réside plus dans ses actions que dans ses identités stables, actions qui sont portées aujourd’hui par les communautés et les mouvements pour la justice[1],[8].
Son ouvrage, Sexism and God-Talk, 1983, un classique de la théologie féministe, étudie de façon systématique les symboles chrétiens. Elle dit vouloir « reconstituer, d’un point de vue féministe et critique, le parcours de la conscience occidentale. »[8],[1].
Rosemary Radford Ruether est une fervente défenseure de l'ordination des femmes, un mouvement catholique qui affirme la capacité des femmes à devenir prêtres, malgré l'interdiction officielle de l'Église[9]. Pendant des décennies, elle est membre du conseil d'administration, puis membre émérite, de l'association Catholics for Choice, favorable au droit à l'avortement[10]. Ses prises de position publiques sur ces sujets ont été critiquées par certains responsables de l'Église catholique.
Malgré ses critiques, Rosemary Radford Ruether reste au sein de l’Église, contrairement à d'autres féministes radicales comme Mary Daly, y noue des amitiés avec des militants et penseurs catholiques (dont Thomas Merton et Gregory Baum) durant la période post-Vatican II, dans les années 1960 et 1970[1].
Ecoféminisme
La crise écologique est un des thèmes majeurs de l'œuvre de Rosemary Radford Ruether. Dans To Change the World, elle met en lumière le lien entre la destruction de l'environnement et les structures de domination sociale. Elle prône une vision du monde « écologique-libertarienne » plus cohérente, qui implique l’acceptation de la finitude et des limites. « Nous avons besoin d'un modèle fondamentalement différent d'espoir et de changement pour l'humanité. Je suggère la conversion plutôt qu'une croissance infinie ou une révolution finale. ». Un développement créatif qui ne nécessiterait pas une expansion infinie[1].
Christologie
A la suite de son origine dans son mémoire de licence qui porte sur la littérature apocalyptique juive, Rosemary Radford Ruether étudie le décalage entre la conception juive du « Messie » et le sens que l'Église catholique donne au mot « Christ ». Elle estime que la christologie classique s'appuie sur la rhétorique antijuive de l'Eglise pour affirmer sa propre interprétation du Messie. Cette recherche fait l'objet de son ouvrage Faith and fracticide. The theolgical roots of Antisemitism (Foi et fraticide. Les racines théologiques de l'antisémitisme)[1].
Autres engagements
Mouvement des droits civiques
Au début des années 1960, Rosemary Radford Ruether s'engage dans le mouvement des droits civiques, d'abord dans le Mississippi où elle découvre les réalités du racisme et la lutte pour la justice au sein de la communauté afro-américaine, puis à Washington D.C. où elle découvre les travaux émergents de la théorie de la libération noire lors de ses cours[1],[5].
Mouvement pacifiste
A Washington, elle s'implique également impliquée dans le mouvement pacifiste. Elle participe aux nombreuse marches et manifestations et passe souvent du temps en prison avec d'autres catholiques et protestants radicaux[1].
Conflit israelo-palestinien
Plus tard, Rosemry Radford Ruether critique vivement la politique d'Israël dans le conflit israélo-palestinien. Dans The Wrath of Jonah: The Crisis of Religious Nationalism in the Israeli-Palestinian Conflict (La colère de Jonas : la crise du nationalisme religieux dans le conflit israelo-palestinien, 1988) coécrit avec son mari, elle explore la théologie de l'Holocauste et sa justification du pouvoir entre les mains des anciennes victimes, les efforts pour établir un État juif, le développement du conflit israélo-palestinien et les réponses chrétiennes[5],[1].
Elle s'engage dans la défense des droits humains des Palestiniens et dirige la publication de deux ouvrages consacrés à l'Intifada, Beyond Occupation et Faith and the Intifada[1].
Vie privée
Rosemary Radford Ruether épouse le politologue Herman Ruether durant sa dernière année d'études supérieures. Ils ont trois enfants et vivent en Californie[11].
Elle est membre des Socialistes démocrates d'Amérique[12],[13].
En 2016, elle est victime d'un accident vasculaire cérébral qui provoque de graves lésions[14]. Après sa retraite, elle vit avec son mari à Pilgrim Place, une résidence pour personnes âgées à Claremont, en Californie. Elle est membre d'un groupe de femmes de l'église de la communauté[9].
Fin de vie et postérité
Rosemary Radford Ruether meurt le 21 mai 2022[15]. Tout au long de sa vie et de son érudition, malgré ses luttes contre le dogme et l’Église catholique, elle a continué à s’identifier comme catholique[8].
Ses travaux ont exercé une influence considérable dans le domaine de la théologie féministe et ont notamment influencé des chercheuses et chercheurs tels que Beverly Wildung Harrison (en), Pauli Murray, et Kwok Pui Lan[7],[16],[17],[18].
Distinctions
En 1975, l'ouvrage de Rosemary Radford Ruether, Faith and Fratricide: The Theological Roots of Anti-Semitism, est finaliste du National Book Award dans la catégorie Philosophie et Religion[19].
En 2012, ses doctorants participent à la rédaction et à la publication de Voices of Feminist Liberation: Writings in Honor of Rosemary Radford Ruether, un recueil d'hommages publié en son honneur à l'occasion de son 75e anniversaire[9].
Rosemary Radford Ruether est titulaire d'au moins quatorze doctorats honoris causa[9], parmi lesquels le St. Bernard Seminary, New York en 1992[4], la faculté de théologie de l'université d'Uppsala en Suède en 2000[20] et le Whittier College en 2012[21].