Rosen Hicher

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Rosen Hicher
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Biographie
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Activité

Rosen Hicher, née en 1956 à Quimper, est une militante féministe française, figure du mouvement abolitionniste en France[1].

Se définissant comme une survivante de la prostitution, elle est notamment connue pour avoir réalisé une marche de près de 800 km en 2014 afin de soutenir la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel[2],[3].

Rosen Hicher est née à Quimper, en Bretagne, d'un père militaire.

Installée à Saint-Jean-d'Angély à partir de 1999, elle est mère de trois enfants, issus d'un mariage avec un homme violent et adultère[4]. Son mari ne travaillant pas, et désirant que ses enfants ne manquent de rien, elle se prostitue, d’abord en bar à hôtesses, ensuite dans son propre salon « de détente et de relaxation »[5]. Elle déclare avoir cessé cette activité en 2009, après vingt-deux ans de prostitution[6].

Pendant un temps elle a envisagé la prostitution comme un choix, et a milité pour la légalisation du travail du sexe. A posteriori elle qualifie la prostitution de violence et d'exploitation sexuelle, témoignant des conséquences traumatiques de cette période sur sa santé physique et mentale.

Elle publie un livre intitulé Je témoigne dans lequel elle raconte son parcours[7].

Militantisme

Après sa sortie de la prostitution, Rosen Hicher milite initialement pour une réglementation de l'activité, avant de changer radicalement de position pour devenir une fervente défenseuse de l'abolitionnisme. Elle considère dès lors la prostitution non comme un travail, mais comme une violence faite aux femmes incompatible avec l'égalité des sexes[8],[9].

Elle s'engage auprès d'associations telles que le Mouvement du Nid et la Fondation Scelles. Elle cofonde par la suite le « Mouvement des Survivantes » avec Laurence Noël, une organisation visant à accompagner les femmes souhaitant sortir de la prostitution et à porter leur voix dans le débat public, notamment pour contrer les discours banalisant l'activité prostitutionnelle[10],[11].

Marche pour l'abolition de la prostitution (2014)

Le , Rosen Hicher, âgée de 57 ans, entame une marche de 743 km reliant Saintes (Charente-Maritime) à Paris. Ce parcours possède une dimension symbolique forte, puisqu'il relie le dernier lieu où elle s'est prostituée au premier lieu où elle a débuté[12].

Cette action militante vise à interpeller l'opinion publique et le Sénat français. À cette époque, la proposition de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution (votée par l'Assemblée nationale en 2013) est bloquée par la chambre haute. Rosen Hicher souhaite dénoncer la marchandisation du corps humain et réclamer l'adoption définitive du texte législatif[8].

Sa marche s'achève le à Paris, où elle est accueillie par des militants associatifs et des personnalités politiques. Cette mobilisation, largement relayée par les médias nationaux, contribue à relancer le débat parlementaire. Cet engagement s'inscrit dans le processus qui aboutira à la promulgation de la loi du , laquelle abroge le délit de racolage et instaure la pénalisation des clients[8].

La dernière étape de la marche, entre la porte d’Orléans et la rue du Colisée à Paris, a rassemblé de nombreux soutiens politiques venus manifester leur engagement pour une législation abolitionniste. Parmi les députés présents, on compte Marie-George Buffet (PCF), Clémentine Autain (LFI), Éric Coquerel (LFI), Elsa Faucillon (PCF), Caroline Fiat (LFI), Sébastien Jumel (PCF), Raquel Garrido (LFI), Bastien Lachaud (LFI), Emmanuel Maurel (PS), Valérie Rabault (PS) et François Ruffin (LFI). Du côté du Sénat, les sénatrices communistes Laurence Cohen et Brigitte Gonthier-Maurin ont également accompagné Rosen Hicher lors de cette étape finale[13].

Le , Rosen Hicher lance une pétition pour appeler au vote de la proposition de loi visant à l’abolition du système prostitutionnel. Cette pétition demande de « Mettre en place dans l’urgence un système d’aide aux femmes complètement démunies, obligées de se vendre pour vivre », et recueille plus de 30 000 signatures[14].

Marche internationale pour l'abolition de la prostitution (2019)

Le , elle entame une marche internationale de 210 kilomètres pour l’abolition de la prostitution en Europe et pour dénoncer la légalisation de la prostitution notamment en Belgique et en Allemagne. Elle est accompagnée par l’allemande Sandra Norak qui a été victime de prostitution pendant six ans à la suite de son recrutement par un Lover Boy à l’âge de 17 ans[15].

Elle part du Conseil européen à Strasbourg puis fait étape à Mayence en Allemagne le 2 avril pour assister au troisième congrès de CAP international pour l’abolition de la prostitution. La marche prend fin à Bruxelles après une étape à Liège. Cette marche est soutenue par plusieurs associations pour l’abolition de la prostitution telles que Le Mouvement du Nid et la Coalition pour l’abolition de la prostitution, mais aussi le Conseil de l’Europe et des eurodéputés comme l’ancien syndicaliste Edouard Martin[16].

Podcast La vie en rouge (2024)

En 2024, Rosen Hicher participe au lancement du podcast La Vie en Rouge, initiée par le Mouvement du Nid. Ce projet audio est présenté comme le premier podcast français entièrement conçu et animé par des femmes ayant vécu la prostitution[17].

À travers ce média, elle et d'autres survivantes entendent libérer la parole sur la réalité du système prostitutionnel, afin de s'éloigner de ce qu'elles appellent les clichés glamourisants, et offrir un espace d'expression aux femmes qui en sont sorties ou qui cherchent à en sortir[18].

Prises de position

La prostitution comme violence

Rosen Hicher réfute la distinction souvent opérée entre une prostitution choisie et une prostitution forcée. Elle argumente que la précarité économique et les violences antérieures (notamment l'inceste ou les violences sexuelles dans l'enfance) sont souvent les facteurs déterminants de l'entrée dans la prostitution[19]. Elle décrit également la dissociation psychologique nécessaire pour supporter les actes sexuels tarifés.

« Je n’avais pas de proxénète, mais je n’étais pas libre. J’étais comme anesthésiée, droguée. »[8]

Pour elle, la prostitution est une forme d’esclavage[20]. Elle la qualifie également de violence systémique, une répétition de viols et de brutalités justifiées par la commercialisation de l’acte sexuel. Ces violences répétées provoquent une « décorporalisation » empêchant toute sortie libre du système prostitutionnel[21].

« On vit tellement dans la peur qu’on ne la ressent plus. Ce qui n’arrive pas quand on fait des ménages ou quand on est caissière. C’est dur, aussi, les vignes. Mais je n’ai pas peur en allant travailler. Dans la prostitution, on sent plus rien, on n’a plus de pudeur, plus de sentiments, de sensations… Aujourd’hui, je ressens. De la colère consciente, mais je suis heureuse. J’ai l’impression d’avoir retrouvé une normalité générale. »[21]

Pénalisation des clients

Rosen Hicher pointe la responsabilité centrale du client, qu'elle identifie comme le troisième acteur indissociable du système prostitutionnel, aux côtés de la personne prostituée et du proxénète. Elle dénonce la marchandisation des corps et reproche aux acheteurs d'actes sexuels de profiter d'une impunité législative pour ignorer les conditions de coercition ou de traite subies par les victimes[22].

Selon Rosen Hicher, la pénalisation des clients est essentielle pour mettre fin à ce système, car « laisser le droit aux clients de nous acheter, c'est laisser le droit aux proxos de nous vendre : tant qu'il y aura de la demande, il y aura de la vente. Quand on interdira l'achat, il n'y aura plus de vente et plus de victime »[23],[24].

Critique du mouvement #MeToo

Rosen Hicher participe activement à la reconnaissance des violences subies par les personnes prostituées dans le cadre du mouvement #MeToo, en mettant en lumière l’exclusion des survivantes de la prostitution du débat public sur les violences sexuelles. Le , elle prend la parole lors du premier événement international consacré au thème #MeToo et prostitution, organisé à Paris par les associations CAP International, SPACE International, Osez le féminisme et le Mouvement du Nid, avec le soutien d’Abolition 2012[25],[26].

Aux côtés d’autres survivantes et en présence de l’actrice et militante féministe américaine Ashley Judd, Hicher affirme que la prostitution est une forme de violence sexuelle systémique. Les intervenantes soulignent que la prostitution concentre toutes les formes de domination  économique, raciale et patriarcale  et que les violences sexuelles (viols, agressions, harcèlement) sont omniprésentes, bien qu’encore largement invisibilisées dans les mouvements féministes et institutionnels[27].

Rosen Hicher dénonce, à cette occasion, les tentatives de remettre en cause la loi abolitionniste de 2016 et plaide pour la responsabilisation des proxénètes et des acheteurs d’actes sexuels[19]. Elle réaffirme son engagement pour que les victimes du « système prostitueur » soient reconnues, protégées, et accompagnées vers la sortie, conformément aux dispositions prévues par la législation française[25].

Publications

Notes et références

Liens externes

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