Royaume Shambala
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Uflame wa Usambara
Années 1730 – décembre 1962
| Capitale | Vugha (en) |
|---|---|
| Langue(s) | Shambala, Ngulu (en), Bondei, Zigula, Digo, Asu, Swahili |
| Religion | Religions traditionnelles africaines, sunnisme |
Le royaume Shambala ou Shambaa historiquement appelé royaume d'Usambara (Umweri ye Shambaai en shambala ; Ufalme wa Usambara, en swahili) est un royaume bantou précolonial du peuple Shambala situé sur les monts Usambara dans le nord de l'actuelle région de Tanga en Tanzanie. Le royaume est gouverné par la dynastie Kilindi (en). Il fait l'objet de pressions extérieures issues de la traite des esclaves, de la colonisation allemande puis britannique. En 1962, le gouvernement tanganyikan dissout le royaume.
Le royaume de Shambala doit son nom à leur patrie, Shambaai, qui signifie « là où les bananes prospèrent » en langue Shambala[1].
Histoire
Contexte
La population des monts Usambara comprend des groupes revendiquant une présence antique dans la région. De nombreux clans primitifs du sud des Usambara migrent vers les collines fertiles et forment les groupes Zigua lors des périodes de famines, notamment dans les monts Nguru. Ces premières implantations bénéficient d'un terrain propice à la culture bananière, ce qui les conduit à développer de vastes systèmes d'irrigation[2].
Chaque village possède une tradition évoquant un ancêtre commun et partages des rites et cultures communes. Les rituels, tels que les sacrifices ancestraux et les rites de passage, nécessitent un chef rituel extérieur au village hôte. La coopération est renforcée par des mariages entre les villages et ce afin de maintenir l'entente nécessaire au maintien des systèmes d'irrigation vitaux pour la subsistance[2].
L'émergence de structures politiques plus centralisées est catalysée par l'incursion des Masaï en Tanzanie depuis le nord, probablement au début du XVIIIe siècle. La menace des raids conduit à la concentration urbaine sécurisée par des fortifications et dans les montagnes. Ce contexte provoque un afflux migratoire cherchant refuge dans ces villes émergentes. Les précédents groupes Zigua, Pare et Taita déjà bien intégrés culturellement sont rejoints par d'importants groupes culturellement distincts[2].
Formation du royaume
Émergence d'une coallition

Les événements qui conduisent à sa fondation débutent des décennies plus tôt, impliquant des interactions entre les principaux groupes linguistiques d'Afrique de l'Est : Bantous, Coushites et Nilotes[3],[1]. Le premier roi de cette nouvelle organisation politique est Mbegha (en) est un chasseur ngulu dont l'activité impressionne, selon la tradition, les populations Shambalas de la région d'Usambara,[3]. En signe de gratitude pour les viandes issues de sa chasse, les Shambalas lui offrent des femmes et décident de le nommer roi[2].
L'arrivée de Mbegha se produit dans un contexte de conflits internes entre les différents village. Le mythe fondateur indique qu'il établit un pacte de sang entre les Ngulu et les Zigua afin de forger une première alliance. Une fois arrivé à Shambaai, la ville principale, il procède à un nouveau pacte avec le chef local. Mbegha est dépeint comme un chasseur-guerrier possédant des pouvoirs magiques. Il continue de consolider des alliances au travers de divers mariages[4].
L'ascension de Mbegha au pouvoir peut être attribuée à sa capacité à forger des alliances personnelles entre deux régions historiquement rivales, Vugha et Bumbuli, qui comptent parmi les plus densément peuplées du sud de Shambaai. Les deux régions acceptent de le reconnaître comme leur roi[4],[1]. Les mécanismes par lesquels Mbegha parvient à établir une autorité stable restent méconnus[4].
Expansion militaire
Bien que les circonstances de son autorité soient méconnues, le pouvoir militaire de Mbegha s'affirme au travers d'une politique d'expansion militaire visant dans un premier temps les Hea d'Ubii, un groupe important du sud de Shambaai. La communauté Hea fait tampon avec les territoires Nango de Shume (en). Durant le conflit, les Hea continuent de résister malgré la mort de leur chef Mhina. Son successeur, Shemdola, est assassiné. Les populations Hea persécutées fuient la région[4],[1].
La structure sociale des Hea évolue après cette conquête et se fragmente fortement. Cependant l'organisation politique est bousculée à la mort de Mbegha et se retrouve confronté à une forte opposition du chef Nango, Mbogho. Mbogho tente de faire légitimer les membres de sa lignée à un statut royal supérieur. Cette situation provoque une forte augmentation des tensions entre la nouvelle dynastie formée au sein du royaume Shambala et la dynastie émergente Nango[4],[1].
La situation s'envénime et le conflit éclate après l'assassinat du chef Nango. Bughe, le successeur de Mbegha, lance une campagne sanglante visant à tuer l'ensemble des Nangos qui refusent de le reconnaitre, provoquant la migration de ces derniers. Il intègre les populations Nango qui se soumettent à son royaume. Il intègre plusieurs pratiques culturelles Nango tels que le kilulumo, pratique sacrificielle, et épouse des femmes Nango afin d'intégrer symboliquement l'héritage Nango à la dynastie. Le règne de Bughe permet de créer une organisation politique dans laquelle les différents groupes ethniques sont intégrés, réduisant les conflits internes qui marquent la région jusqu'alors[4],[1].
Stabilisation du royaume

Le règne de Bughe permet de stabiliser les institutions politiques. Son fils, Kinyashi, est désigné héritier du trône. Cependant, à la mort de Bughe, son aîné Mboza Mamwinu souhaite que Maghembe, le frère de Bughe, soit couronné à sa place. Sa demande est rejetée et il quitte le royaume avec Maghembe et leurs forces afin de fonder un nouveau royaume dans la région de Mshihwi. Kinyashi tente d'y imposer son pouvoir par la force, sans succès[5],[6].
Le règne de Kinyashi est marqué par des conflits, ce qui lui vaut le surnom de « Kinyashi, le Vagabond Solitaire ». Son dernier engagement militaire est contre les Zigua, alors qu'il cherche à étendre son territoire vers le sud, au-delà de la rivière Pangani, ce qui se solde par sa mort au combat[5],. Au début du XIXe siècle, les territoires situés au sud accèdent au commerce d'arme à feu, ce qui entrave les tentatives d'expansion[1].
Après la mort de Kinyashi, Kimweri ye Nyumbai (en) règne sur le royaume jusque dans les années 1860 et est considéré comme le plus important souverain grâce à sa longévité et la stabilité au sein du royaume. Son règne est marqué par une importante diplomatie extérieure et la multiplication des contacts avec les Européens. Il effectue des mariages stratégiques pour ses fils afin de les placer à la tête de plusieurs chefferies et s'assurer que le contrôle local soit directement lié à sa dynastie[7].
Déclin
L'ordre interne se fragmente à la mort de Kinweri, entraînant 20 ans de conflits entre factions rivales. De plus, l'augmentation du commerce extérieur et l'essor des Zigua comme puissance militaire marquent un tournant dans le paysage politique régional, sapant l'autorité traditionnelle de Kimweri[5].
Le royaume se fracture lorsque le petit-fils de Kimweri, Shekulwavu, est nommé roi après la mort de l'héritier royal. Confronté au défi de gérer ses oncles, l'arrogance de Shekulwavu provoque des conflits, notamment avec Semboja, chef de Mazinde. À la suite d'une série de disputes, Semboja mobilise les guerriers Taita et fait détruire Vugha avant de tuer Shekulwavu. Après la mort de Shekulwavu, Semboja installa son fils comme roi de Shambala, mais celui-ci gouverne depuis Mazinde, marquant ainsi un déplacement significatif du pouvoir politique des centres traditionnels[8].
La mort de Shekulwavu provoque en 1869 le soulèvement (en) des Bondei[9]. Ce soulèvement se distingue par sa révolte populaire sur fond de conflits dynastiques qui oppose Chanyeghea, héritier de Shekulwavu, à Semboja[8]. La dynastie se scinde entre les membres de la partie occidentale du royaume et la partie orientale. Les rebelles traquent les membres orientaux de la dynastie afin de les tuer[8],.
Les deux factions cherchent des alliances étrangères pour consolider leurs positions. Kibanga, frère de Shekulwavu, tenta d'obtenir le soutien du consul britannique et des missionnaires de la Universities' Mission to Central Africa. Pendant ce temps, Mbaruk, un rebelle opposé au sultan de Zanzibar, envahit les territoires de Semboja auquel le sultan apporte son soutien[8],.
La traite des esclaves devient une source importante de revenu durant cette période. En 1888, les explorateurs allemands Baumann et Meyer arrivent au milieu de ces conflits. Le démentellement du royaume est aussi une opportunité pour de nouveau groupes de s'imposer. Abushiri, un chef arabe, mène notamment une guerre à Pangani contre la Compagnie allemande d'Afrique de l'Est, qui étend son influence le long de la côte. Semboja, qui entretient de solides relations commerciales avec Pangani et les commerçants côtiers, se rallie au chef arabe et refuse de mettre fin à la traite des esclaves. En signe de soutien à la campagne d'Abushiri, Semboja confisque 250 chargements aux explorateurs Meyer et Baumann[8],.
Conquête allemande et fin du royaume

Baumann fait passer Semboja pour un bandi hostile aux allemands. De 1890 à 1895, les interactions entre les Allemands et le royaume Shambala se réduisent fortement. Les Allemands s'installent à Mazinde et reçoivent un paiement en ivoire contre les objets volés. La défaite d'Abushiri incite Semboja à s'abstenir d'envénimer les relations et d'éviter le conflit[10].
À partir de 1895, le royaume Shambala est confronté à une série de crises qui déstabilisent ses fondements. Les troubles commencent avec la mort naturelle de Semboja en mars 1895. Après sa mort, les Allemands confisquent les armes à feu du royaume et exigent la soumission de la dynastie Kilindi (en). Mputa, le fils héritier de Semboja, est pendu par les allemands[11]. Son exécution fait perdre le contrôle politique de la dynastie[11],.
Les conditions socio-économiques du royaume se détériorent considérablement à la fin des années 1890. En 1898, une épidémie de tungose touche des milliers de personnes et uneimportante famine frappe le royaume en 1899. La situation pousse une grande partie de la population à rejeter les anciennes croyances et à se convertir au christianisme. Des incendies dévastent la moitié de Vugha en 1898 et l'autre moitié en 1902. Malgré sa reconstruction, elle est finalement abandonnée[11].
