Sous les Habsbourg, le royaume ne couvre que la moitié nord-est de la Croatie actuelle, tandis que la moitié sud-ouest adriatique, soit l'Istrie et la Dalmatie, faisait partie de la république de Venise, plus précisément des «états de la mer». À la fin du XVIesiècle, les Habsbourg, confrontés à l'Empire ottoman et aux razzias de ses irréguliers, créent le long de la frontière des confins militaires dans les territoires au centre et sud du royaume, rattachés directement au commandement militaire de Vienne en tant que «Croatie militaire». Jusqu'au XVIIIesiècle, ces confins, appelés «Krajina croate», séparent la Croatie civile en deux parties: à l'ouest la Croatie proprement dite entre Zagreb et Rijeka, et à l'est la Slavonie (capitale Osijek). Dans la «Croatie militaire», outre les Croates, des colons serbes et valaques sont établis avec le même statut que les autres habitants: celui de garde-frontière exempté de taxes en échange d'une astreinte militaire permanente, ou encore celui de «pandoure» (irrégulier à la disposition du commandant militaire habsbourgeois local)[1].
Sous le règne de l'impératrice Marie-Thérèse, la renaissance économique et civile croate progresse. Sur la partie autrichienne de la côte Adriatique, les ports de Rijeka (Fiume) et Kraljevica se sont développés; vers 1748, les domaines des Frankopan et des Zrinski furent intégrés à l'administration de l'État autrichien. En 1779, Rijeka obtint son indépendance en tant que corpus separatum. Dans la Croatie vénitienne aussi, la culture croate progresse[2].
En 1745, le royaume de Slavonie, créé un demi-siècle auparavant par les Habsbourg à partir de terres reprises aux Ottomans, est administrativement intégré dans le royaume de Croatie, tout en restant fortement autonome. La ville de Varaždin, au nord de Zagreb devient la capitale du «royaume de Croatie et Slavonie». Après un incendie en 1776, le siège du gouvernement est transféré à Zagreb. Du côte vénitien, la capitale de Dalmatie est la ville de Zara, mais Dubrovnik est également un centre croate prospère et influent; tandis que les élites vénitiennes parlent l'italienvénitien, les populations morlaques et dalmates, elles, passent progressivement à la langue croate[3],[4],[5].
En vert l'aspiration à une troisième entité slave du Sud dans une «Triple monarchie» des Habsbourg, selon la perspective austroslaviste.
↑ (en) Michael Hochedlinger, Austria's Wars of Emergence: War, State and Society in the Habsburg, Autriche, Pearson Education, , 466p. (ISBN0-582-29084-8, lire en ligne)
↑ Wojciech Sajkowski, (en) «Morlachs, or Slavs from Dalmatia in French encyclopedias and dictionaries of the 18th and 19th century», in Poznańskie Studia Slawistyczne n° 15, pp. 207–218, DOI10.14746/bp.2015.22.5, (ISSN2084-3011), 2018.
↑ Dana Caciur, (en) «Considerations regarding the Morlachs migrations from Dalmatia to Istria and the Venetian settlement policy during the 16th century» in Poznańskie Studia Slawistyczne n° 22 (1), pp. 57–70. DOI10.14746/bp.2015.22.5, 2015,
↑ Le dernier locuteur du dalmate, Tuone Udaina, est mort à la fin du XIXesiècle mais avant cela, Bernardino Biondelli avec son Atlante linguistico d'Europa, A. Ive dans son étude «L'antico dialetto di Veglia» et surtout Matteo Bartoli (1873-1946) dans son travail Das Dalmatische, ont eu le temps de recueillir cette langue romane désormais disparue.
↑ Bernard Michel, Nations et nationalismes en Europe Centrale: XIXe – XXesiècle, éd. Aubier 1996, (ISBN978-2700722574 et 2700722574).