Réactions au conflit malien de 2012-2013
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La guerre du Mali provoque de nombreuses réactions, tant dans la société civile malienne qu'à l'international.
Réactions politiques
Réunie en séance plénière le , l'Assemblée nationale adopte une résolution condamnant les attaques menées dans le nord du Mali et réaffirmant son attachement à l’intégrité du territoire[1].
Le , Ibrahim Boubacar Keïta, président du Rassemblement pour le Mali et candidat à l'élection présidentielle malienne de 2012, appelle lors d'un meeting à Mopti à l’unité nationale derrière un front républicain réunissant tous les patriotes, car « le Mali doit rester un et indivisible »[2]. Le à Tombouctou, au cours de la conférence régionale du Rassemblement pour le Mali (RPM), il déclare que les attaques de Ménaka, Tessalit, Aguel'hoc, Andéramboukane et Léré, menées par le MNLA sont des « actes de trahison, par ceux-là mêmes qui ont été accueillis à bras ouverts à leur retour de Libye ». L'ancien Premier ministre, candidat à l'élection présidentielle malienne de 2012, insiste sur « la nécessité de l’union nationale derrière le Président Amadou Toumani Touré, pour vaincre la rébellion et le terrorisme ». Il préconise l'adoption d'une loi de programmation militaire pour adapter les forces armées et de sécurité aux nouvelles menaces, et l’organisation d’Assises nationales du Nord[3]. Le , à Nouakchott, capitale de la Mauritanie, Soumeylou Boubèye Maïga, ministre malien des Affaires étrangères, en marge d'une réunion sur la sécurité au Sahel rassemblant des ministres de la Mauritanie, du Mali, du Niger et de l'Algérie, déclare que « l’État malien est prêt à écouter, mais il n'est pas prêt à accepter des actions qui peuvent être de nature à menacer la stabilité et la sécurité du pays, l'unité du Mali et son indivisibilité sont garanties »[4].
Le , le président Amadou Toumani Touré reçoit les présidents de cinq partis politiques maliens pour s'entretenir de la situation au Nord Mali avec eux. Ils soutiennent le chef de l'État dans sa gestion de la crise, appelant à ce que le conflit se résolve dans le dialogue. La délégation es constituée de Soumaïla Cissé, Dioncounda Traoré, Tiébilé Dramé et Choguel Kokalla Maïga[5]. Le président a réitéré son intention de ne pas toucher au calendrier électoral[6]. La délégation est reçue de nouveau le par le président Amadou Toumani Touré auquel ils remettent un plan d’action pour sortir de la crise au nord-Mali[7]. Ce plan d’action est présenté lors d'une conférence de presse à la Maison de la presse de Bamako le . Il prévoit notamment un forum national pour la paix et la stabilité. Les partis politiques souhaitent le maintien du calendrier électoral, le non-respect des échéances pourraient avoir des conséquences dramatiques sur la démocratie avec l'éventualité d'un coup d'État a prévenu Dioncounda Traoré[8]. Le , le parti d'opposition Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (Sadi) a, au cours d'une conférence de presse, réclamé la démission du président de la république Amadou Toumani Touré qu'il considère comme responsable avec son gouvernement, le Mouvement national de Libération de l’Azawad (MNLA), certains anciens militaires de Libye, AQMI et les narcotrafiquants, de la situation au nord du Mali. Il demande la nomination d'un gouvernement de quinze membres devant mettre fin à la guerre et ouvrir le dialogue avec le MNLA, assurer la sécurité dans le pays, organiser sérieusement les élections présidentielles et législatives[9].
Moussa Mara, candidat à l'élection présidentielle, déclare le à Ségou au cours d'une conférence de presse consacrée au thème de la sécurité « On nous a imposé une guerre, il faut donc y aller ! », promettant, s'il est élu de déployer au moins 7 000 militaires (soit le tiers des capacités de l'armée malienne) « principalement dans l’infanterie, avec une proportion appréciable de commando paras, dans l’artillerie et dans les blindés légers »[10]. Ibrahim Boubacar Keïta a affirmé devant le deuxième congrès des jeunes du Rassemblement pour le Mali le qu'il avait « espoir de voir notre armée rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire, afin que les armes puissent se taire, définitivement » pour ensuite ouvrir un dialogue avec toutes les composantes de la société malienne afin de « faire le point des différents accords, pactes et autres programmes qui ont été lancés depuis 20 ans » et de redéfinir « à travers les Assises nationales du Nord, les grandes lignes d’une nouvelle gouvernance au Nord Mali »[11].
Cheick Modibo Diarra, président du Rassemblement pour le développement du Mali (RpDM) et candidat à l'élection présidentielle, salue, dans un communiqué de presse, les autorités et les populations des « pays frères d’Algérie, du Burkina Faso, de la Mauritanie et du Niger » pour l’accueil et l’hospitalité aux réfugiés maliens et souhaite « la cessation des hostilités pour que soient rapidement abrégées les souffrances des femmes et des enfants déplacés », soulignant que le « langage des armes est anachronique et inacceptable entre des frères qui respirent le même air et qui foulent le même sol »[12].
Amadou Toumani Touré, président de la république, déclare dans une interview au quotidien français Le Figaro le que « le Mali subit les effets collatéraux de la guerre en Libye qui était devenue le magasin d'armes à ciel ouvert le plus important du monde, le moins cher et le mieux achalandé. À la chute du régime de Kadhafi, les ressortissants originaires du Mali qui avaient combattu pour l'ancien régime sont rentrés avec armes et bagages au pays de leurs ancêtres. Ces combattants aguerris sont près d'un millier. Ils sont équipés de véhicules blindés légers, d'artillerie, de canons antiaériens, de fusées SAM7, de mitrailleuses lourdes, de moyens de transmission, de munitions. Nous avons proposé d'installer ce contingent dans des zones de cantonnement en les aidant. Surarmé, le MNLA s'est jeté de manière unilatérale dans une guerre inutile ». Il se déclare ouvert au dialogue mais « il n'est pas question d'envisager une indépendance » du Nord-Mali[13].
Le , le candidat de l’Union pour la république et la démocratie à l’élection présidentielle, Soumaïla Cissé, au cours de la conférence nationale des jeunes de son parti, condamne les « actes barbares perpétrés contre la République par les rebelles du MNLA » et prend l’engagement de « préserver, jusqu’à (son) dernier souffle, l’intégrité du territoire »[14].
Réactions de la société civile malienne
Le Collectif des ressortissants du nord Mali (COREN), présidé par Malick Alhousseïni Maïga, tient son assemblée générale le au centre international des conférences de Bamako en présence de deux anciens Premiers ministres Ousmane Issoufi Maïga et Ahmed Mohamed Ag Hamani, et des anciens ministres Younouss Hamèye Dicko, Amadou Abdoulaye Diallo et Mohamed Ag Erlaf. L'ordre du jour porte sur l'organisation de la solidarité en faveur des victimes de la guerre et sur le retour à la paix et à la sécurité sur l'ensemble du territoire. Le Coren adopte un plan d'action dont l'« objectif est de restaurer l’État et son autorité sur l’ensemble du territoire » nécessitant pour l'État malien de « récupérer et restaurer l’autorité dans les zones occupées et/ou évacuées ; défendre les localités sous menaces y compris en faisant la guerre aux assaillants (rebelles) ; permettre le retour des populations et assurer leur sécurité »[15].
Le , « à l’appel des confessions religieuses musulmanes et chrétiennes, des représentants de plusieurs associations et coordinations dont les centrales syndicales et les familles fondatrices de Bamako », un rassemblement est organisé au Centre international de Conférences de Bamako, en présence notamment de l’Imam Mahmoud Dicko, Président du Haut conseil islamique du Mali, de Monseigneur Jean Zerbo, archevêque de Bamako et de Ahmed Mohamed Ag Hamani, ancien Premier ministre. Mahamoud Dicko a déclaré : « Nous, Forces Vives de la Nation, appelons nos compatriotes qui ont pris les armes à un cessez-le-feu immédiat et sans préalable afin de préserver des vies maliennes et d'engager, sans délai, le dialogue avec les pouvoirs publics »[16].
Le , Aliou Diallo s'est adressé aux groupes armés du Nord, notamment aux Ansar Dine et MNLA, aux membres du gouvernement malien de transition ainsi qu'aux représentants du CNRDRE à travers les médias maliens. Il a lancé un appel urgent pour la paix au Mali[17].
Réactions de la presse
Pour la presse malienne, les rebelles du MNLA sont qualifiés de terroristes[18] ou de bandits armés[19],[20].
La presse malienne condamne l'attitude de la France, perçue comme une ingérence de la France et un soutien de fait au MNLA. Ainsi, le journal 26 mars affirme après les déclarations du ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé le que la France « offense le Mali » en considérant qu'« attaquer à l’arme lourde et en surnombre de petites localités et des poignées de soldats, tuer, mutiler, voler, piller et détruire des biens publics et privés » seraient « des succès militaires »[21].