Rénovation énergétique

travaux du bâtiment visant à diminuer la consommation énergétique et décarboner les énergies utilisées From Wikipedia, the free encyclopedia

La rénovation énergétique désigne l'ensemble des travaux du bâtiment visant à diminuer la consommation énergétique des bâtiments et de ses résidents et décarboner les énergies utilisées pour le confort thermique. C'est une composante importante de la transition énergétique et, au-delà, de la réhabilitation écologique. Diverses politiques publiques de rénovation énergétique l'encouragent dans de nombreux pays pour aider les propriétaires fonciers à financer et entreprendre ce type de rénovation. Elle s'accompagne souvent d'une rénovation des systèmes de ventilation (car une maison rendue étanche n'évacue plus spontanément l'air vicié ou contaminé par des émanations de radon[1] ou du mobilier).

Historique

Dans le monde, notamment depuis les crises énergétiques et pour des raisons environnementales, une législation et des normes sur la rénovation énergétique se sont développées et évoluent au gré des progrès techniques et de la prise de conscience des enjeux, écologiques, économiques et sanitaires liés à l’énergie et à l'isolation.

Alors que les premiers effets du pic pétrolier se matérialisent et que la demande américaine en énergie ne devrait pas diminuer avant 2020[2], en Chine où la périurbanisation progresse rapidement en engendrant une dérive de la consommation énergétique (les villes devraient à ce rythme consommer 300 millions TEP de 2008 à 2020, et 350 millions TEP de plus de 2020 à 2030[3]), des dispositifs fiscaux et un programme chinois de certification labellisent par trois niveaux « d’étoiles » avec le Green Building Evaluation Standard (GBES) les bâtiments qui économisent « le maximum de ressources dont l’énergie, l’eau, les matériaux et la terre » et protéger l’environnement, réduire la pollution, coexistent harmonieusement avec la nature et fournissent un espace confortable, efficace et hygiénique pour les occupants, avec des standards d’efficacité énergétique définis par le ministère chinois du logement et du développement urbain et rural (MoHURD) qui en 2013 aide les nouvelles réalisations certifiées « trois étoiles » à hauteur de 9 €/m2 environ.

La réhabilitation énergétique du bâti peut se doubler d'une réhabilitation écologique, d'une part en utilisant des écomatériaux et en recyclant ce qui peut l'être, et d'autre part en intégrant une démarche de végétalisation du bâti, des opérations de démacadamisation/renaturation propice à la biodiversité, à la qualité de l'eau et à la qualité de l'air, et au microclimat urbain (diminution des îlots de chaleur urbains) et aux trames vertes urbaines. Par exemple, Melbourne vise avant 2020 à réhabiliter 1 200 immeubles, comptant ainsi supprimer l'émission de 383 000 t d'équivalent CO2 et économiser 500 millions de litres d'eau par an pour un coût d'investissement de 2 milliards de dollars australiens en investissement privé, en créant de nombreux emplois et positionnant la ville comme leader en Australie dans la lutte contre le changement climatique et l'adaptation. Des outils financiers et incitations fiscales ont été développés pour ce projet[4].

Selon Yves Bréchet, la rénovation est un enjeu essentiel, en raison du taux de renouvellement très faible du parc immobilier, en France notamment[5]. En effet, il y a très peu de destructions et de reconstructions au sein du parc français : entre 1990 et 2011, le taux de renouvellement annuel du parc immobilier est seulement de 0,11 %[6]. Ainsi, selon Jean-Baptiste Fressoz, 90 % des bâtiments qui seront présents en 2050 sont déjà construits[7].

Dans les années 2000, l'ensemble des technologies d'atténuation du changement climatique et d'adaptation, se développe : une étude basée sur plus de 38 000 observations faites dans le monde sur la décennie 2010-2020 montre une croissance continue des investissements dirigés vers les technologies propres et les bâtiments verts, avec une influence marquée des investisseurs institutionnels à long terme. L'étude montre des retombées positives notables sur l'image de marque, la rentabilité et la valeur boursière de ces entreprises, cependant, sur le plan environnemental, si ces effets se sont traduits par une meilleure gestion des ressources, ils n'ont eu qu'un impact limité sur les émissions de GES. Ceci confirme les résultats d'autres études (par exemple celle de García-Sánchez (2020) et de Bueno-García (2022)[8] qui recommandent d'inciter les entreprises à surmonter leur réticence à investir dans l'atténuation et l'adaptation, et de concevoir une structure d’actionnariat plus favorable à une stratégie environnementale proactive générant des bénéfices économiques et non économiques[9].

Par pays

En Europe

La plupart des pays ont depuis les années 1990 mis en place des politiques de rénovation intégrant l'efficacité énergétique et parfois les écomatériaux ou des murs et terrasses végétalisées.

Outre des projets de facilitation du tiers-investissement, les gouvernements de France et d'Allemagne promeuvent fin 2014, un projet d'investissement de 315 milliards euros sur trois ans en partenariat public-privé dit « SFTE »[10], piloté par le think-tank The Shift Project et la Fondation Nicolas-Hulot, intégré dans le « plan Junker », faisant le pari de rénover des lieux publics dans toute l'Europe (écoles, bureaux, hôpitaux...hors logement social) avec selon le consortium français SFTE un potentiel de 600 000 emplois sur trois ans pour 120 milliards d'euros d'investissements[11]. Une titrisation de regroupement de prêts bancaires serait possible, de manière à les transformer en produits financiers (de type obligations vertes ou Green bonds sécurisés par une garantie publique de l'Union européenne, en échange d'une commission payée par les banques, puis des prêts pourraient être gérés par des investisseurs de long terme (fonds souverains, sociétés d'assurance-vie) ou par la Banque européenne d'investissement (BEI)[11]. Il est dans ce cadre proposé (fin 2014) de généraliser en Europe le dispositif français de Contrat de performance énergétique (CPE)[11].

Un rapport du Haut Conseil pour le climat publié en compare les politiques publiques et les solutions de quatre pays européens (Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suède) : seule la Suède a réussi une décarbonation quasi-totale du secteur. En tenant compte des différences de climat, la France apparaît comme ayant les logements les moins performants par rapport aux autres pays. La Suède doit son succès à un effort continu sur plusieurs décennies, comprenant des normes exigeantes de performance énergétique, des investissements dans les réseaux de chaleur et plus récemment dans le chauffage électrique avec pompes à chaleur, accompagné d’une taxe carbone. L’Allemagne se distingue par la diversité de ses politiques publiques, comprenant d’importantes subventions aux ménages et aux entreprises conditionnées à l’atteinte de résultats avec un rôle fort de la banque publique d’investissement (Kreditanstalt für Wiederaufbau). Les Pays-Bas se distinguent par la gouvernance du secteur et la mise en valeur de solutions locales pour permettre la sortie du parc de sources de chauffage carbonées et l’élaboration de feuilles de route du parc public. L’expérience du Royaume-Uni sur la mise en œuvre des obligations de rénovations des passoires thermiques est éclairante pour ces politiques sectorielles[12].

Ce rapport calcule la consommation de chauffage ramenée au climat européen moyen pour chaque pays : la France a la consommation moyenne la plus élevée : 13,8 kgep/m2 (kilogramme équivalent pétrole par mètre carré), supérieur de 41 % à la moyenne de l'Union européenne : 9,8 kgep/m2. Le rapport donne ensuite les répartitions des différentes sources d'énergie pour le chauffage résidentiel en 2017 (cf tableau ci-dessous), qui explique un classement nettement différent en termes d'émission de dioxyde de carbone : l'Allemagne passe en tête avec 26 kgCO2/m2[13] :

Davantage d’informations * consommation de chauffage ramenée au climat européen moyen, en kilogramme équivalent pétrole par mètre carré. ...
Consommation d'énergie, mix énergétique et émissions de CO2 pour le chauffage résidentiel en Europe
Union européenne France Allemagne Pays-Bas Suède Royaume-Uni
Consommation d'énergie (kgep/m2)*9,813,812,28,95,49,6
Mix énergétique pour le chauffage résidentiel :
Charbon5 %1 %1 %002 %
Électricité6 %11 %2 %2 %30 %7 %
Chauffage urbain10 %5 %10 %4 %47 %1 %
Fioul domestique15 %15 %28 %1 %1 %8 %
Bois21 %32 %6 %7 %21 %8 %
Gaz naturel43 %37 %52 %85 %1 %74 %
Émissions de CO2 (kg CO2/m2)16,118,626,017,90,322,3
* consommation de chauffage ramenée au climat européen moyen, en kilogramme équivalent pétrole par mètre carré.
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Le gouvernement fédéral allemand se fixe pour objectif d’atteindre la neutralité carbone du parc immobilier d’ici 2045. Le taux de rénovation, d’à peine 1 % en 2023, devrait au moins être doublé pour atteindre cet objectif[14]. Pour y parvenir, les approches intégrées à l’échelle du quartier ont été encouragées de 2011 à 2024 par le programme de la banque d’investissement allemande KfW 432. Il permettait aux collectivités de financer l’élaboration d’un concept de rénovation intégrant tous les aspects énergétiques, ainsi que l’adaptation au changement climatique ou la digitalisation, et le personnel pour suivre sa mise en œuvre. Ce programme est arrêté en 2024 à la suite de coupes budgétaires fédérales. En plus de préparer des investissements publics combinés, le programme KfW 432 a également permis de mobiliser l’argent privé : dans le cadre du programme KfW 432, 1 euro de soutien fédéral à l’élaboration de concepts a suscité jusqu’à 630 euros d’investissements énergétiques dans le quartier concerné[14].

En France

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

Notes et références

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