L’expression de « république de professeurs » est utilisée dès le XIXe siècle pour désigner l'importance des professeurs dans la gouvernance de diverses institutions, comme le Muséum national d'histoire naturelle[2].
Albert Thibaudet, dans La République des professeurs (1927), commente la victoire du cartel des gauches en 1924 et le profil sociologique de son personnel. Il remarque que le cartel est dominé par « trois têtes normaliennes » que sont Édouard Herriot, Paul Painlevé et Léon Blum[3]. 8 % des députés sont des anciens enseignants[4]. Pour Thibaudet, ce triumvirat de normaliens renvoie à l'autre triade d'universitaires qui marqua la monarchie de Juillet, composé de François Guizot, Abel François Villemain et Victor Cousin[5].
En 1977, Jacques Julliard écrit que « La République socialiste de Mitterrand risque d'être, si elle voit le jour, un précipité de la République des professeurs, chère à Thibaudet, et de l'énarchie [...] avec une assemblée où la proportion de députés-fonctionnaires risque d'être plus forte que du temps de Guizot »[6].
La sociologie électorale des députés élus en 1981 confirment une présence importante de normaliens et d'enseignants au sein du groupe socialiste. 17 % des élus socialistes en 1981 sont professeurs du secondaire, 12 % sont professeurs du supérieur, et 14 % sont instituteurs. Entre 1981 et 1984 (du premier gouvernement Mauroy au gouvernement Fabius), 19,4 % des ministres sont enseignants du supérieur, 7,5 % enseignants du secondaire, et 10,4% enseignent d'autres professions intellectuelles ; soit 37,3 % des ministres, contre 16,3 % en moyenne entre 1959 et 1981[7].