Rétrocoordination π
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Au centre : exemple d'orbitale σ liante dans laquelle le CO cède des électrons de son orbitale HO au métal.
En bas : exemple dans lequel le métal cède des électrons via une orbitale d à l'orbitale BV du CO.
En chimie de coordination, une rétrocoordination π (π backbonding ou π back-donation en anglais) est un type de liaison chimique caractérisé par la cession d'électrons d'une orbitale atomique d'un métal vers une orbitale antiliante π* sur un ligand π-accepteur[1],[2]. Elle est particulièrement courante dans les complexes organométalliques de métaux de transition avec des ligands polyatomiques tels que le monoxyde de carbone CO ou l'éthylène CH2=CH2. Les électrons du métal interviennent pour se lier au ligand en libérant le métal d'un excès de charge électrique négative. Le tétracarbonyle de nickel Ni(CO)4 et le sel de Zeise K[PtCl3(C2H4)]·H2O sont des complexes présentant des rétrocoordinations π.
L'IUPAC donne la définition suivante de la rétrocoordination[3] :
« Une description de la liaison de ligands π-conjugués à un métal de transition faisant intervenir une synergie entre d'une part la cession d'électrons de l'orbitale π occupée ou de l'orbitale de doublet non liant du ligand vers une orbitale inoccupée du métal (liaison donneur-accepteur), et d'autre part la cession (rétrocoordination) d'électrons d'une orbitale nd du métal (de symétrie π par rapport à l'axe métal-ligand) vers l'orbitale antiliante π* vacante du ligand. »
Une rétrocoordination se produit lorsque l'atome métallique présente un excès de charge issu des liaisons σ avec les ligands qu'il compense en cédant des électrons des orbitales d à un ligand π-accepteur. De tels ligands π-accepteurs sont par exemple l'ion cyanure CN−, le monoxyde de carbone CO, l'ion fulminate CNO−, les isonitriles R-N≡C, l'ion acétylure C≡C2− ou encore le cation nitrosonium N≡O+. La rétrocoordination s'observe notamment avec les métaux de transition à un état d'oxydation inférieur ou égal à zéro.
Dans ce type de complexes, les électrons sont partiellement transférés d'une orbitale d du métal vers les orbitales antiliantes du monoxyde de carbone CO et de ses analogues. Ce transfert d'électrons a pour effet de renforcer la liaison carbone–métal et d'affaiblir la liaison carbone–oxygène. Le renforcement de la liaison M–CO se traduit par l'augmentation de la fréquence de vibration de la liaison métal–carbone, souvent hors du champ de la spectroscopie infrarouge habituelle, ainsi que par le raccourcissement de cette liaison. L'affaiblissement de la liaison carbone–oxygène se traduit par la diminution du nombre d'onde, c'est-à-dire par l'augmentation de la longueur d'onde, des bandes νCO par rapport à celles du CO libre : il passe ainsi de 2 143 cm−1 pour le CO libre à 2 060 cm-1 pour le tétracarbonyle de nickel Ni(CO)4, à 1 981 cm-1 pour l'hexacarbonyle de chrome Cr(CO)6 et à 1 790 cm-1 dans l'anion [Fe(CO)4]2−[4]. Pour cette raison, la spectroscopie infrarouge est une technique importante de diagnostic technique en chimie des carbonyles de métaux.
Une rétrocoordination π forte peut s'établir avec de nombreux autres ligands que le monoxyde de carbone. Le monoxyde d'azote NO est un π-accepteur encore plus fort que ce dernier, le nombre d'onde νNO étant un outil de diagnostic utilisé en chimie des nitrosyles de métaux.
Contrairement au monoxyde de carbone, le doublet non liant σ-donneur de l'atome de carbone des isonitriles R–N≡C est naturellement antiliant ; la liaison C≡N est renforcée par la complexation, et le nombre d'onde νCN est augmenté. Cependant, la rétrocoordination π diminue νCN. Selon le rapport des forces entre la liaison σ et la rétrocoordination π, νCN peut être augmenté, comme lors de la complexation de métaux faiblement π-donneurs comme Pt(II), ou réduit, comme lors de la complexation avec des π-donneurs forts comme Ni(0)[5]. L'angle MC≡N–C est un autre paramètre entrant en ligne de compte avec les isonitriles, s'écartant de 180° dans les systèmes très riches en électrons.
Les autres ligands donnent une faible rétrocoordination π qui rend les ligands CO labiles, ce qu'on appelle l'effet cis.