Révolutions de France et de Brabant
périodique sous la Révolution française
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Les Révolutions de France et de Brabant est un journal hebdomadaire politique et satirique français, paru en 104 numéros, du à .
Rédigé par Camille Desmoulins, ce périodique, qui compte 86 numéros, est considéré comme l’un des titres les plus influents, les plus virulents et les plus lus de la première phase de la Révolution française.
Historique et contexte
Après s’être illustré par son appel aux armes le au Palais-Royal et par le succès de ses pamphlets La France libre et Discours de la lanterne aux Parisiens[1], Camille Desmoulins profite de la liberté de la presse, émanant de l’article 11 de la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen proclamée trois mois auparavant, et donne lieu à un déferlement de la presse d'opinion, pour lancer son propre journal[2].
Le titre fait référence aux trois sections divisant le journal. La première section traite des bouleversements que traverse la France, la seconde, aux « autres royaumes, qui, arborant la cocarde et demandant une assemblée nationale[1] », dont le Brabant, soulignant la dimension européenne et universaliste que les patriotes attribuent alors à la lutte contre l’absolutisme, et la troisième de Variétés, pour le reste[1].
Soutenu par Georges Jacques Danton[3], le journal s’inscrit initialement dans la mouvance du club des Cordeliers. Grâce aux revenus générés par le succès de la publication, qui tirera à 3 000 exemplaires[4], ce qui lui assure l'essentiel de ses revenus, Desmoulins accède à une aisance financière qui lui permet notamment d’épouser Lucile Duplessis en décembre 1790[5].
Accueil et impact politique
Le journal connaît un immense succès populaire et un tirage important pour l’époque, s’imposant comme une tribune incontournable du patriotisme radical. Maximilien de Robespierre, ami de jeunesse de Desmoulins, salue régulièrement la pertinence des analyses du journal avant que leurs trajectoires politiques ne se séparent sous la Terreur[6].
Néanmoins, la violence des attaques de Desmoulins lui vaut de violentes inimitiés. Il sera traduit en justice à plusieurs reprises pour diffamation, notamment par l’entourage du roi et par des membres de l’Assemblée constituante de 1789. En , il doit faire face à une motion officielle déposée par le monarchien Malouët demandant son arrestation et des poursuites judiciaires pour crime de lèse-nation et incitation à la guerre civile[7]. Il faudra l’intervention de Robespierre, qui convainc l'Assemblée de ne pas inculper le journaliste, pour lui éviter un décret de prise de corps.
Ligne éditoriale et style
Dès 1789, les Révolutions affirment des convictions profondément républicaines et démocratiques, s’attaquant au principe même de la monarchie bien avant la fuite de Varennes. Desmoulins fait la chasse au complot aristocratique, et s’en prend aux révolutionnaires modérés ou jugés corrompus, comme La Fayette ou Bailly.
Le journal se distingue également de la majorité des autres feuilles révolutionnaires par l’intégration systématique, dès ses premiers numéros, de gravures satiriques destinée à servir d’accroche visuelle et d’explication populaire aux thèmes politiques développés. Parmi les caricatures les plus célèbres, le « convoi funèbre de l’aristocratie », ou des personnages en vue, comme La Fayette dépeint en Janus à deux visages. La représentation de la « Lanterne » est également utilisée comme allégorie de l’éclairage du peuple sur les manigances de l’aristocratie[8].
Lors de la fête de la Fédération du , il utilise, quelques mois avant Robespierre lui-même, la future devise nationale, pour décrire le « spectacle touchant de voir tous les soldats-citoyens se précipiter dans les bras l'un de l'autre, en se promettant liberté, égalité, fraternité[9]. »
Portée
La plume acérée de Desmoulins lui a valu plusieurs procédures judiciaires et plaintes en diffamation, notamment de l’exécuteur Charles-Henri Sanson, qu’il a mentionné, dans le no 6 des Révolutions[10], comme accueillant des petits-soupers d’aristocrates[11]. Desmoulins était également clairement visé par le projet de loi déposé, le janvier 1790[12], mais qui ne sera même pas discuté[13].
Fin
Le journal cesse définitivement sa publication régulière à la suite de la Fusillade du Champ-de-Mars, , événement après lequel Desmoulins, empêché d'imprimer et de distribuer son journal en toute sécurité, doit en interrompre la diffusion[14]. Menacé d’arrestation, il doit entrer dans la clandestinité. Une tentative éphémère de relance, en collaboration avec Merlin de Thionville, verra le jour en novembre-décembre 1792, sous le titre de Nouvelles Révolutions de France et de Brabant, mais le vrai retour en journalisme de Desmoulins ne se fera qu’avec le Vieux Cordelier, le , à l'instigation de Danton, qui l'encourage à en faire la tribune des Indulgents, et de Robespierre, qui entend rivaliser avec le Père Duchesne des Hébertistes.
Éditions
- Révolutions de France et de Brabant, Paris, Garnéry, 1789-1791 (lire en ligne), chap. 1-106.