Saharis
tribu arabe d'Algérie
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La tribu des Saharis, branche de la tribu hilalienne des Aroua (ou Nader), elle-même branche de la tribu Zughba du peuple des Banu Hilal, est une tribu d'origine arabe provenant du Hedjaz, province d'Arabie, qui s'est installée au 13e siècle dans le djebel de Mechentel (actuel djebel Saharis) en Algérie au Maghreb et vivant parmi le peuple Chaouis. Cette tribu d'origine arabe a grandement participé, aux côtés du reste des Hilaliens à l'arabisation du Maghreb, en particulier l'Ifriqiya et a combattu de nombreuses dynasties berbères comme celles des Zirides et des Almohades.
Géographie
Actuellement, la tribu des Saharis est répartie sur un certain nombre de territoires de l'Algérie actuelle parmi lesquels la chaîne de montagne portant leur nom, djebel Saharis, le Titteri, et enfin les Zibans, où elle se concentre notamment dans la wilaya de Batna en Algérie. Elle y est divisée en quatre douars :
- Bitam (environ 11 855 habitants) rattaché à la commune mixte de Barika
- El Outaya (environ 16 317 habitants) rattaché à la commune mixte d'Ain Touta
- El Kantara (environ 11 415 habitants) rattaché à la commune mixte d'Ain Touta
- M'doukal (environ 9010 habitants) rattaché à la commune mixte d'Aïn Touta
Ces quatre communautés sont situées en bordure des Aurès, territoire ancestral du peuple Amazigh des Chaouis. La tribu des Saharis est musulmane de la branche du sunnisme malikite.
- Bitam dans la wilaya de Batna.
- El Outaya.
- El Kantara.
- Paysage du Titteri.
- Localisation de la région des Zibans.
Origine

Les Saharis ont pour origine la tribu Aroua, elle-même fraction de la tribus Zughba du peuple des Hilaliens aussi appelés Banu Hilal qui vivaient en actuelle Arabie saoudite dans la province du Hedjaz, située entre La Mecque et Médine et sur le mont Ghazwan près de Taïf non loin de leurs alliés et cousins, le peuple des Banu Sulaym qui de leur côté, s'étaient installés aux environs de Médine. Selon le peu d'informations récoltées sur les raisons de leur envoi en Égypte, les Banu Hilal et les Banu Soulaym commencèrent à être redoutés pour leurs nombreux pillages contre les caravanes passant entre les villes saintes, il est même avancé que les Banu Sulaym s'en prirent à des pèlerins venus visiter les lieux saints, afin de leur voler leurs biens. Par la suite, les deux peuples s'allièrent aux Qarmates, mouvement révolutionnaire chiite dans les provinces du Bahreïn et d'Oman, qui entra en guerre contre le Califat Fatimide. Ils prirent notamment part au sac de La Mecque en 930. Finalement, le 7e calife fatimide Nizar Al-Azziz Billah enleva leurs villes aux Qarmates et les repoussa dans le Bahreïn, déportant ensuite les alliés de ceux-ci, les Hilaliens et les Banu Soulaym, dans le Saïd en Haute-Égypte, sur la rive orientale du Nil. C'était une façon pour le calife de vassalisé ces tribus récalcitrantes. Quelques dizaines d'années plus tard, lassés des pillages menés par leurs remuants voisins, les Égyptiens, sous la direction du 8e calife fatimide, Al-Mustansir Billah envoyèrent les deux peuples en Ifriqiya au Maghreb, où la dynastie des Berbères Zirides et leur chef, Al-Muizz ben Badis, autrefois fidèles aux chiites Fatimides, s'étaient déclarés sunnites, avaient rompus leur serment d’allégeance pour le tourner vers le Califat Abbasside et avaient perpétrés d'effroyables massacres de chiites dans tout le Maghreb en 1048. De cette manière, les fatimides pouvaient se débarrasser des Beni Hilal tout en se vengeant des Zirides. On dit qu'en tout, ce furent 50 000 guerriers et 200 000 bédouins arabes qui furent envoyés à la conquête du Maghreb. Les Arabes vainquirent les armées berbères une première fois puis en massacrèrent plus de 1300 à la bataille de Haydarân en 1052 où les Berbères sont trahis par leurs alliés et doivent fuir vers Kairouan qui tombe à son tour aux mains des Arabes après cinq ans de siège en 1057. Puis en 1058, une coalition des Banu-hilal et des Hammadides décapite le chef d'une coalition berbère à Abou Soda. Les Hammadides eux aussi subirent la vindicte hilalienne au point d'en devoir abandonner leur capitale, la Kalâa des Béni Hammad. Durant les années qui suivirent, les Hilaliens devinrent sunnites, prospérèrent en maîtres de l'Ifriqiya et combattirent les dynasties Hafsides, Zirides, Hammadides et Almohades jusqu'au 27 avril 1153 à la bataille de Sétif où 60 000 Hilaliens sont mis en déroute par 30 000 Almohades menés par leur chef, Abdul-Mu'min, le premier calife de la dynastie Almohade. Après ces événements, bien que gardant un statut important au Maghreb et que certains d'entre eux se distinguent, notamment les membres du clan Riah à la bataille d'Alarcos en 1195 en Espagne, les Hilaliens ne récupèrent jamais leur puissance perdue et ne furent plus nommés par ce nom, se divisant définitivement en une kyrielle tribus dispersées entre le Maroc et la Libye. L'histoire des Banu Hilal et Banu Soulaym est relatée dans l'immense Taghribat Bani Hilal (l'épopée hilalienne) contée dans toute l'Égypte et bien plus loin encore.
- Lignée des Banu Hilal.
- Illustration du taghribat Banu Hilal, vraisemblablement de la bataille d'Haydaran.
Histoire
Installation au Maghreb


Selon la légende, les Saharis étaient présents en Égypte avant le reste de leur peuple et en furent chassés par les Égyptiens, accusés d'avoir pratiqué de la magie (sihr) pour ensorceler le roi d'Égypte, Firaoun ben Maacem. Une autre version affirme que c'est le calife fatimide Al-Mustansir Billah qui envoya les Saharis aux côtés des autres Hilaliens, à la conquête du Maghreb jusqu'à la défaite de Sétif en 1153 qui entraîna la dispersion des Hilaliens entre l'Égypte et l'océan Atlantique. Dans la geste hilalienne de Bou Thadi, plusieurs passages pourraient se faire genèse de cette création mythique des Saharis. Ainsi l'histoire de sorcier du Bou Bchara - tué par le héro Bou Zid dans le désert du Saïd -, ou encore l'affaire du devin Qosmor au Caire - voyant ses filles être enlevées par les Banou Zoghba du héros Diab - ont des similarités au récit d'origine des Saharis. La mention du fils de Diab, Nasr Din, épousant dans la zone du djebel Saharis une princesse berbère semble aussi une piste fiable, le terme de Nasr apparaissant dans la généalogie de la tribu Saharis[1]. Selon Ibn Khaldoun[2]enfin, dans son Histoire des Berbères, les migrations hilaliennes permirent l'installation dans un premier temps à Gabés du clan hilalien des Zughba, lesquels Zughba se seraient déjà trouvés dans la région depuis plusieurs générations, bien avant l'ordre d'invasion fatimide, en Tripolitaine. Bousculés dans les années 1190 les clans Zughba , parmi lesquels on peut compter les Aroua dont viennent les Saharis, vont dés lors se déplacer au centre du Maghreb où ils serviront les Zianides de Tlemcen pour les siècles à venir. Le traité d'E.Mercier Comment L'Afrique septentrionale a-t-elle été arabisée[3] rédigé en 1864 avance l'idée qu'au temps des émirats hafsides et zianides, la fraction hilalienne des zor'ba/ zughba s'est divisée en clans (Oulad Sliman, Obeid Allah, Chérifa, Naïl et Saharis) qui, avec d'autres hilaliens come les Beni Amer ce sont installés dans les environs du djebel Amour, devenu à l'époque le djebel Saharis. Pour ce qui est des Saharis, on sait qu'ils se sont établis dans le djebel Saharis vers le XIIIe siècle, en asservissant les Sindjas, des berbères Zénètes. Une étude des sources coloniales datées d'après la conquête française de l'Algérie, esquissent par le biais d'un travail de retranscription de témoignages oraux, ce qu'aurait été le parcours de cette tribu semi-nomade à la façon des Zénètes qui les précédaient. La période XIII-XVIIe siècles voit les Saharis défendre leurs terrains de pâtures montagneux, convoités par leurs voisins. La structure régionale, fondée sur un système tribal pratiquant l'économie de bétail, permet aux Saharis de pratiquer le commerce autour de la vente de laine et de viande de mouton, de chameaux, mais aussi la perception de taxes sur les caravanes de passage leur permettant l'acquisition de produits manufacturés et de monnaie pour l'achat et l'élevage de chevaux.
Les Saharis en leur djebel : XVIème siècle


Ainsi à la fin du XVIe siècle, les Saharis affronteront coup sur coup trois coalitions de tribus distinctes pour conserver leurs terrains de pâtures. Les Bouazid ou Ouled Sidi Bou Zid pour commencer, lesquels sont une confédération berbère sédentarisée qui est dans un premier temps accueillie dans le djebel par les Saharis en ce que leur économie sédentaire agricole leur permet d'échanger des produits de subsistance. Il est donc avancé comment la multiplication des villages Bouazid et leur avancée dans le djebel ont fini par irriter les Saharis, lesquels se mettront bientôt en tête de les chasser. Une série d'affrontements marqués notamment dans la vallée de la Gai'ga, voient les Bouazid être expulsés du djebel. Aujourd'hui encore, se trouvent les ruines de dizaines de villages, sans doute abandonnés durant cette période.
Ce premier mouvement saharis dans la région finit par inquiéter leurs voisins comme les Ouled Bou Aïcha ou Bouaiche. Les informations d'époque nous viennent des récits portant sur la vie d'un marabout local dont sont contés encore aujourd'hui les légendes, Mohamed ben Aliya[4]. Le récit légendaire contant le déclenchement de cet affrontement aurait été celui du massacre d'un nourrisson sahari que deux chasseurs bouaiche, les croisant lui et sa mère, auraient offerts à leurs faucons qui le déchiquetèrent sous les yeux de la jeune femme. Après une série d'affrontements, notamment celui de l'oued Medjdel (71 Bouaïche et 67 Saharis y perdent la vie), les troupes bouaiche et saharis se seraient rassemblées pour un grand affrontement à el-Amouâgeuf, lequel affrontement déciderait du sort de la région, on parle alors de quelques centaines de guerriers de chaque côté. C'est là qu'intervient le marabout Mohamed ben Aliya qui, originaire des deux tribus se serait placé entre les deux armées. Conjuré par les deux camps de prendre parti, c'est finalement la complainte chantée d'un poète sahari qui l'aurait décidé à condamner les bouaiches. Sous l'effet de sa malédiction, sept géants seraient apparus pour anéantir les clans bouaiche (on parle d'une centaine de guerriers bouaïche tombés). Au récit légendaire, il faut substituer l'incrédulité des sources historiques. Deux autres grands affrontements dans la région permettent l'expulsion définitive des bouaïche dans les ravins de l'Oued er-Rou' puis dans le djebel Bou Zer'ba. On sait que la majorité de la population bouaiche s'est dispersée dans l'ouest algérien, ou à été intégré à la smala saharis, soit par vassalisation, soit par prise d'otage, quelques survivants parvenant à s'installer finalement au cercle de Boghar.

Par la suite, les sources coloniales rapportent comment les saharis durent faire face à une confédération de quatre tribus nomades dites sahariennes - ou tribu du zahrez-, d'origine arabe, où l'enjeu est là encore la possession des terrains de pâtures stratégiques sur les trajets des tribus nomades. Ces affrontements, étalés sur une demi-année, voient la dévastation des terres et des campements saharis par le raz de marée saharien, parmi lesquels les tribus des El-Arbâ, des H'aouâmed, des Ahl Ben Ali, des Oulad Mâd'i et des Selmya[5]. Vaincus coup sur coups - notamment lors de l'affrontement de Faïdjat el-Merahil (ou chemin de la crête des fuyards) - , les Saharis ne doivent leur salut qu'à la superbe de leurs adversaires, s'installant dans quatre campements distincts, ce qui permet à la cavalerie saharis d'encercler et de ravager coup sur coup les installations des cinq tribus, au pied du Djebel Khider. Les cinq tribus s'éparpillèrent dans le Hodna et les Zibans, quand les Saharis, au prix d'une trentaine de victimes dans leur camp, purent amasser un butin considérable.
L'expulsion par les Ouled Naïls : XVIIème siècle

Au début du XVIIe siècle, les Saharis apparaissent comme exsangues, épuisés par plusieurs années de conflits et isolés depuis trop longtemps. Il n'ont put ce fait profiter de la tutelle ottomane et des bénéfices commerciaux et économiques dont ont pu bénéficier d'autres tribus en servant de mercenaire auprès des frères Barberousse et de leurs successeurs, ou en remontant sur les cités côtières pour essayer de capter les produits et esclaves importés du fait des expéditions barbaresques du XVIe siècle. Affaiblie, moins bien armée et isolée dans son djebel, la tribu s'expose aux velléités de ses voisins. C'est encore le récit biographique de Sidi Mohamed ben Aliya qui seul offre une version de l'expulsion des saharis de leur djebel. Ainsi le marabout, intéressé par une fille de chef saharis, serait venu à lui, demandant la main de la jeune femme, pour dot d'une brebis. Le chef lui aurait alors répondu qu'il préférait mieux marier sa fille à son esclave plutôt qu'au marabout. Humilié, Mohamed ben Aliya serait donc allé se plaindre auprès d'une confédération tribale arabe très puissante du Maghreb central, les Ouled Naïl[6]. Il est à supposé que les terrains du djebel avaient déjà dû attiser la convoitise de ces tribus pour qui l'arrivée de Mohamed ben Aliya donnait le casus belli. Le mariage de Mohamed ben Aliya avec une fille des Ouled Naïl marque le début de leur campagne, assortie d'une malédiction du marabout. Balayés par le ras de marée des Ouled Naïl, les saharis se divisent dès lors en trois clans. Les Ataya pour commencer demeureront dans le djebel, vassalisé par les Ouled Naïls. Réduits à l'indigence, leur surnom d'Ataya ferait référence à l'abstention du paiement de l'impôt que leur permettait le gouvernement ottoman de la Régence du fait de leur manque de subside. Ce clan se serait progressivement spécialisé dans le commerce peu lucratif de goudron et de baie de genévrier. Les deux autres clans, que l'on peut distinguer sous le nom d'Ouled Brahim et Ouled Ali, se dirigèrent respectivement vers le Tell et le Ziban. À l'arrivée de l'armée française dans les années 1830, seuls les Saharis du Ziban constituent encore une véritable force dans l'échiquier politique algérien.
Dispersion des Saharis après l'invasion des Ouled Naïls au 17ème siècle:
- Les Ouled Younes(ils furent surnommés par la suite les Ataya) décidèrent de rester sur leurs terres sous la domination des Ouled Naïl.
- Les Ouled Brahim, partirent s'installer dans l'actuel djebel Zemzach, à l'est de Hassi Bahbah.
- Les Ouled Ali, eux, se dispersent dans le Ziban, le Titerri et vers Bousaada.
L'ère ottomane : XVIIe - XIXe siècles

Ce qu'on peut affirmer quant à l'historique de la tribu des Saharis entre les XVIIe et XIXe siècles, ce sont là encore les récits offerts par les sources coloniales, ici connus grâce au travail de l'interprète militaire Arnaud, qui dans l'une des revues africaines publiées en 1864[7], a rédigé une notice sur les Saharis. On peut aussi citer les travaux d'Ernest Mercier sur l'histoire de Constantine, dans ce même corpus de sources coloniales.
Les informations sur la tribu sont assez rares, celle-ci ne prenant un rôle vraiment déterminant qu'à la fin du XVIIIe siècle. L'histoire de la Régence d'Alger et plus précisément du Beylicat de l'est, nous permettent d'émettre des suppositions quant à leur participation. Ainsi en 1638, la révolte d'Ahmed Ben Sakheri - chef du lignage Bouakkaz , Cheikh el-Arab et caïd de la tribu des Ahl ben Ali - appuyé par le sultan des Beni Abbès Betka-el-Moqrani et leur victoire sur les troupes de Mourad Bey et du Caïd Youssef (envoyé par le Dey d'Alger) à la bataille de Guidjel, rendent les tribus arabes indépendantes pour au moins 9 années. Il est rapporté que toutes les tribus arabes de la région - parmi lesquels on peut supputer les saharis- s'étaient joint à la révolte. Ce que l'on peut tenir pour certain, c'est que que les Saharis du Ziban ont été, à terme, intégrés à la hiérarchie ottomane du Beylicat de l'Est. Le Bey de la ville assure ainsi la gestion de toutes la frange nord est de l'Algérie actuelle, de Constantine à Biskra, nommant à cet effet un gouverneur des tribus nomades du sud constantinois ( parmi lesquels les Daouaouida, les Saharis, les Ahl ben Ali, les Drid ou encore les Larbaa), le Cheikh el-Arab - du nom du cours d'eau qui sépare le ziban de la grande Kabylie -. Les Saharis disposent ainsi de chemins de pâtures les menants au fil de l'année depuis le désert en hiver ,aux oasis des alentours de Biskra, puis aux pâtures du sud Constantinois et le Tell en passant par les collines herbeuses du Ziban et par les rivages de l'Hodna. En échange de l'assurance de ces terrains de pâture durant leurs migrations annuelles, les saharis ainsi que les autres tribus nomades de la région servent au Bey de Constantine, sous les ordres du Cheikh el-Arab (charge partagée entre trois lignages différents durant la période, les Bouakkaz, les Benazzouz [8] et les Bengana) de forces de police et de surveillance de la région.


Cette centralisation des forces nomades de la région autour de la figure du Cheikh el - Arab, permet aussi à l'occasion des affrontements tribaux, la récupération de butin, le vol de bétail ou encore la perception d'un pourcentage sur l'impôt du Bey. Il est important de concevoir cette hiérarchisation comme fluctuante, le pouvoir ottoman, incarné par la garde janissaire des agha de Constantine et Biskra et par le Cheikh el-Arab, joue sur les rivalités entre tribus pour mâter les rébellions, maintenir leur autorité et combattre les autres lignages régionaux. S'ils ont pu servir dans les troupes du Cheikh el-Arab depuis le XVIIe siècle, c'est bien l'émergence des Ben Gana qui les fait passer de tribu raya - soit soumise à l'impôt- à tribu makhzen - soit perceptrice pour le bey, donc exemptée d'impôt - avec la volonté d'Hussein Bey Ben Bou-Hanek de faire contrepoids au lignage des Bouakkaz et de la tribu Daouaouida, en faisant de Mohamed Bel-Hadj Ben Gana le Cheikh el-Arab, soutenu par une nouvelle force constituée comme police, les Saharis[9] en 1791. Là encore on peut émettre des suppositions, quant à ce choix spécifique des Saharis, à partir de l'histoire du beylicat de Constantine. On sait ainsi que, scandalisée par l'assassinat de son père Redjem Bey à Constantine puis le meurtre de son frère par son propre époux, Oum Hani, épouse d'Ahmed ben Sakheri entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe siècle, dans les zibans, s'insurge et tue son mari avant d'unifier les tribus arabes sous sa direction. Prise à revers par son beau-fils Ferhat ben Ahmed ben Sakheri et surtout la mère d'icelui, sa rivale Redjerada, elle s'exile, laissant ses alliés qui, de peur des représailles, se rendent auprès des Ben Gana pour en obtenir protection[10]. Les Saharis ont ainsi très probablement fait partie de cet ensemble de tribus assemblé autour des Ben Gana, ce qui leur a permis d'obtenir la promotion de 1791. Sur la période, les Saharis combattirent ainsi d'autres tribus arabes comme les Ouled Sahnoun, à plusieurs occasion, établissant de ce fait leur domination sur toutes les pâtures du sud de Barika et de presque toute l'actuelle wilaya de Biskra. De même, les Saharis participèrent avec les Beys de Constantine, à la répression des Ouled Seguen, les affrontant au mont Bouarif, lequel affrontement se résolut par un repli des deux armées après plusieurs escarmouches. La situation politique en est là quand sonne le glas de la Régence d'Alger et que débute l'ère coloniale.
La colonisation : 1830- 1900



Au moment de l'invasion française de l'Algérie, les Saharis constituent l'une des forces les plus importantes du sud Constantinois, partants des plaines désertiques pendant l'hiver avant de mener leur estivage vers le Tell où ils échangent avec les populations citadines, produits tirés du bétails (lait, laine, viande, cuir, etc.) et armes contre produits de subsistance comme le blé ou produits manufacturés (bijoux, tissus, etc.). Ainsi quand s'effondre la régence d'Alger en 1830 avec la conquête de la ville, la tribu est aux premières lignes des affrontements avec l'armée française pour la décennie à suivre[11]. Leur sort est concomitant à celui des Ben Gana dans un premier temps - qui tiennent le titre de Cheikh el-Arab depuis 1762- et celui El Hadj Ahmed Bey, dernier bey de Constantine. Le Cheikh el Arab de l'époque, emploi ainsi les Cheragas, Saharis ou encore Larbaa dès 1826 pour assurer la pérennité de la région. Aidés de la garde de l'agha, ils reprennent la ville de Constantine des mains de conjurateurs kabyles ayant profités de l'implosion de la régence pour renverser Ahmed Bey, dont l'origine kouloughlis déplaisait dans la région. Ahmed Bey et ses troupes s'étaient de fait trouvés sur le champs de bataille de Staoueli en 1830. Bientôt l'armée française menée par le général Herbillon et le Duc d'Aumale mène une opération de conquête en Constantinois. Les troupes du Cheikh el Arab et de l'aghalik, sous la direction d'Ahmed Bey, défendent ainsi Constantine lors de deux sièges en 1836 et 1837. Le siège de Constantine de 1836 voit le retrait de l'armée française et la victoire temporaire des troupes du beylicat. La prise de Constantine en 1837 précède la fuite d'Ahmed Bey, escorté du Cheikh el Arab Si Bouaziz ben Boulakras Ben Gana (neveu de Cheikh précédent assassiné par Ahmed Bey à l'occasion d'une rivalité) et d'une troupe majoritairement saharis. Pendant deux ans, le nouveau Cheikh el Arab continue de mener des opérations de résistance jusqu'en 1839 où l'exil d'Ahmed Bey en Tunisie, et la volonté de conservé son statut dans le sud Constantinois, pousse le Ben Gana à prêter allégeance aux Français.
C'est là qu'il faut prendre des pincettes quant à la suite de la chronologie, avec un lignage Ben Gana, voué sur toute la période coloniale, à la collaboration avec les élites françaises dans l'idée de conserver leur pouvoir sur la région. Pour conserver ce pouvoir, ils vont mener une politique d'alternance avec les Français, en se servants des vieilles rancunes tribales pour réprimer telle révolte avec telle tribu. Il est important ici aussi de considérer la rivalité entre les mouvements de résistances liés à l'influence d'Ahmed Bey et ceux de l'émir Abdelkader qui sont en rivalité dans les zibans. Dans la même idée, l'allégeance des Ben Gana aux forces françaises, leur permettent d'écarter leurs rivaux régionaux comme les Bouakkaz dont le chef, Fehrat Ben Saïd (alias le serpent du désert), est assassiné. Ainsi, des troupes saharis servent dans la campagne française contre les troupes de Mohamed bel Hadj ou des Sidi Ouled Cheikh , notamment au tristement célèbre combat de l'oued Salsou en 1840. De même, quand les Saharis entrent en révolte contre les excès de l'armée française, une colonne menée par le duc d'Aumale, le Cheikh el Arab et un corps de tribus rivales, les rattrapent, saccagent leur smala et leur enlèvent leurs troupeaux vers 1843. Ce ne sera que lorsque la tribu viendra demander l'aman (soit la soumission) que l'armée Française, tout juste installée à Biskra leur rendra leur troupeau. Tout en servant à l'occasion dans les luttes entres tribus dans les forces répressives des Ben Gana, on note la participation des saharis à la plupart des rébellions d'ampleur dans les zibans, Aurès et le sud Constantinois.


En 1849, les saharis participent à la défense de l'oasis de Zaatcha[12] contre les troupes françaises et lors de la rébellion de Bou Maza 1871, ils sont parmi les troupes insurgés. Le 16 novembre 1849 ainsi, en soutien au chef insurgé de Zaatcha, Bouzian, une troupe de 1200 combattants menée par les Ouled-Soltan et composée de nombreux contingents -parmi lesquels des saharis- , attaque un convoi militaire français de 400 hommes et 2 escadrons de cavalerie menés par le capitaine Bataille de la Légion étrangère, à destination d'El Kantara. Ayant laissés plusieurs dizaines de morts sur le terrains et fait autant de victimes, les arabes sont finalement repoussés par l'arrivée de renforts menés par le sous-lieutenant Dorion. Inversement dans les années 1870, des cavaliers saharis participent au saccage de la smala de Bou Choucha, chef insurgé du Sahara. Parallèlement, le découpage administratif et la confiscation massive des terrains de pâtures changés en terres de cultures détruit le mode de vie nomade des saharis et des autres nomades du sud constantinois qui se voient interdire le passage de l'une à l'autre wilaya où encore le passage de troupeaux sur les terres agricoles. Ainsi, dans les années 1870, le préfet de Constantine déclare-t-il libérer une forêt environnante pour y parquer les saharis qui s'entassent aux portes de sa ville, interdits d'entrée dans la ville et interdits de passage aux zibans. Dans les années 1890-1900 éclate de même l'affaire du colon Martin. Celui-ci ayant surprit des saharis faisant paître leur troupeau dans son champ, ouvre le feu sur eux, causant la mort de l'un des bergers. Cette pratique de cloisonnement des terres et cette politique agricole oppressive finissent de fixer les saharis autour de quelques oasis autour de Biskra, parmi lesquels El Outaya, El Kantara ou encore Bou Mazouz qui dès les années 1850-60 est renommé Bitam. La structure politique régionale est elle aussi remaniée, au Cheikh el- Arab gouvernant toutes les provinces du Ziban et des alentours de Biskra, se substituent une série de caïds des Cheragas, des Saharis, etc. (toujours tirés de la famille des Ben Gana). Ces caïdats sont rattachés à la sous-préfecture de Batna. Ajoutons enfin qu'en septembre 1893, le territoire des saharis est touché par une épidémie de choléra qui cause la mort de plus d'une centaine d'habitants[13]. Au cours de ce siècle coloniale, la tribu des saharis apparaît ainsi comme touchée de même que le reste de l'Algérie, par la politique de spoliation et l'oppression politique. L'ère française n'implique pas de même de période de paix, les inimitiés en tribus continuent tandis que les phases de rebellions dans la région, déchaînent les populations.
Les conflits avec les Ouled Ziane XIXe - XXe siècles



Les Saharis (en particulier les gens de Bitam) furent de même marqués par une rivalité de plus d'un siècle avec la tribu des Ouled Ziane. Leurs inimitiés étaient dues à une dispute concernant le territoire du Daya, plaine fertile, située entre Bitam et les monts Chechar, fief des Ouled Ziane[14]. En 1866, alors que les Français avaient conquis la région, le sénatus-consulte trancha leur différend et accorda un droit prioritaire aux Ouled Ziane sur le Daya, au détriment des Bitamis qui refusèrent le traité et continuèrent à cultiver les terres du Daya en toute illégalité. Leur conflit fut exacerbé par le combat que se menèrent les deux confédérations de tribus, les Bouakkaz et les Ben Gana. En 1871, les Saharis, sous la direction de Mohamed Benhenni, prêtèrent allégeance aux Bouakkaz et assiégèrent le bordj du caïd des Ben Gana le 30 mars 1871. Il ne purent pas prendre le fief, mais pillèrent le caravansérail. En représailles, les Ben Gana rallièrent les Ouled Ziane, formèrent une colonne de mille hommes, assiégèrent El Outaya, le siège du caïd Bouakkaz, le 3 avril 1871 et razzièrent les Saharis. Dans les années qui suivirent, les Ouled Ziane et les Saharis se disputèrent sans arrêt la domination du Daya, à coups de règlements de compte et de pillages mutuels jusqu'en 1916 où leur conflit prit un tournant dramatique. Durant cette année, les Bitamis participèrent à la révolte des Aurès qui fut matée lorsque les Chaouis attaquèrent Barika et furent mis en déroute par les troupes françaises. La raison de cette révolte des Aurès était la protestation contre l'enrôlement forcé des conscrits dans le cadre de la Première Guerre Mondiale. Le 22 mars, les Ouled Ziane, envoyèrent leurs troupeaux brouter les champs des Bitamis. Les propriétaires, lésés, firent courir le bruit que les Ouled Ziane leur avaient volé 1200 moutons, à la suite de quoi les Bitamis partirent se venger des prétendus voleurs. À leur vue près d'un de leurs campements, plusieurs Ouled Ziane prirent la fuite, prônant parmi leur tribu que les Bitamis avaient tué deux des leurs. Les Ouled Ziane attaquèrent alors une caravane où se trouvaient deux hommes de Bitam qu'ils tuèrent. L'État français jugea l'affaire classée sans suite. En juin 1916, les Saharis se vengèrent en attaquant un groupe de huit Ouled Ziane, qui s'étaient stationnés près de la fontaine aux Gazelles et en tuèrent deux qu'ils décapitèrent (leurs têtes ne furent jamais retrouvées et l'affaire fut elle aussi classée sans suite). Le 25 janvier 1917, le sous-préfet de Batna trancha la question. Il sépara le Daya par une ligne transversale du nord-est au sud-ouest, réglant le litige, bien qu'encore aujourd'hui, des inimités persistent. Des rumeurs font toujours état de plusieurs meurtres et vendettas.
Aujourd'hui, les Saharis existent encore, sous la république démocratique et populaire d'Algérie et, parmi le peuple Chaouis, demeurent une tribu unie[réf. souhaitée].
