Sanctuaire de Thinissut

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Sanctuaire de Thinissut
Image illustrative de l’article Sanctuaire de Thinissut
Statuette de Baal-Hammon du sanctuaire, œuvre emblématique trouvée lors des fouilles du sanctuaire de Thinissut. terre cuite, musée national du Bardo, 38,5 × 23,5 × 22 cm[A 1].
Localisation
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Gouvernorat Nabeul
Coordonnées 36° 26′ 13″ nord, 10° 35′ 49″ est
Histoire
Époque Ier siècle-IIe siècle
Géolocalisation sur la carte : Tunisie
(Voir situation sur carte : Tunisie)
Sanctuaire de Thinissut
Sanctuaire de Thinissut

Le sanctuaire de Thinissut est un site archéologique tunisien fouillé au début du XXe siècle et situé dans la localité actuelle de Bir Bouregba dans la région du cap Bon, à cinq kilomètres de la ville de Hammamet et à environ soixante kilomètres au sud-est de la capitale Tunis.

Le site fouillé, bien que daté principalement du début de l'époque impériale, est considéré comme caractéristique des lieux de culte puniques. Il témoigne d'une continuité dans les lieux de culte jusqu'à l'époque romaine y compris tardive et du mouvement de syncrétisme religieux alors à l'œuvre. Dédié à l'origine au culte de Ba'al Hammon et de sa parèdre Tanit, les divinités honorées par la suite sont Saturne, Cælestis mais aussi Cérès et d'autres divinités de la sphère hellénistique.

Le bâtiment dégagé alors est très complexe et utilisé sur une très longue période, de l'époque punique à l'Antiquité tardive. Ainsi, le site se présente comme un sanctuaire extra-urbain possédant une succession de cours et de portiques. Cette caractéristique complique l'interprétation du site et l'une des tâches les plus ardues est l'interprétation de l'histoire du site et de ses développements successifs. Le site a concouru également de façon non négligeable au débat sur les caractères originaux des lieux de culte d'Afrique du Nord et sémitiques.

Les fouilles ont permis de livrer de remarquables statues de terre cuite conservées au musée national du Bardo et au musée de Nabeul. Les pièces retrouvées en fragments épars ont pu, la plupart du temps, être restituées et témoignent de l'art des coroplathes. L'ensemble des terres cuites découvertes, par son ampleur, est sans équivalent au XXIe siècle dans la sphère phénico-punique.

Les fouilles ont été réalisées par des militaires au début du XXe siècle et le site ne semble plus être visible, comme le souligne dès 1960 le directeur des antiquités de Tunisie. Les détails notés lors des fouilles anciennes, fait très exceptionnel à l'époque, permettent cependant un réexamen du dossier à la lueur des analyses les plus récentes et de nouvelles pistes de recherches.

Image satellite d'une côte maritime qui s'ouvre sur un golfe.
Image satellite du golfe d'Hammamet.

Le site est situé à environ soixante kilomètres au sud-est de la capitale, deux kilomètres au nord-est de Bir Bouregba et un kilomètre au nord-est de Siagu[B 1]. Le site archéologique domine l'oued Faouara de vingt à trente mètres sur sa rive gauche[D 1], sur un mamelon[B 2].

Le site surplombe le golfe d'Hammamet, l'implantation d'un sanctuaire à cet endroit étant sans doute liée à ce caractère exceptionnel du paysage[C 1].

Histoire

Histoire ancienne

Le site de Bir Bouregba est occupé par la cité punique dénommée Tnsmt en langue phénicienne (Tanesmat)[E 1], Thinissut en latin[K 1]), fondée au Ve siècle av. J.-C. La cité était gouvernée par deux suffètes, disposition bien mise en évidence dans les institutions puniques dont celles de Carthage[B 2]. La localisation précise de la cité fait encore débat, d'autant qu'existait, à moins de deux kilomètres, une autre cité antique dénommée Siagu[B 2]. La présence romaine est attestée sur le site dès le début du Ier siècle[B 2] mais la cité est une cité pérégrine[B 3] et il est difficile d'en savoir davantage sur la vie municipale en l'absence de localisation précise[B 4].

Schéma en deux dimensions et en couleurs du plan au sol
Plan du sanctuaire.

Le sanctuaire de Thinissut est un sanctuaire extra-urbain[B 2], dédié à Ba'al Hammon et à Tanit[F 1],[J 1]. Le type de sanctuaire extra-urbain marquait une frontière[H 1]. Le site, bien que daté principalement du début de l'Empire romain, est considéré par Serge Lancel et Edward Lipinski comme l'« un des ensembles les plus représentatifs de la religion punique »[K 1].

Il a été utilisé durant une assez longue période, comme en témoigne la découverte de monnaies des IIe et IVe siècles[H 2], et agrandi puis transformé durant sa longue histoire[C 2].

Aucune trace d'un culte antérieur à celui à Ba'al et Tanit n'a été détectée lors des fouilles[H 2].

Le premier aménagement, une vaste cour munie de portiques et d'un édicule, est daté d'avant la chute de Carthage en [B 5]. Au milieu du IIe siècle av. J.-C., un réaménagement dont le souvenir persiste du fait d'une belle inscription punique aboutit à une diminution de la surface de la cour et à la construction de deux édicules[B 5].

Le sanctuaire punique est réaménagé entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle[H 2],[B 5], les structures sont agrandies et de nouvelles divinités sont intégrées au panthéon honoré localement[B 6]. Les éléments du site sont réaménagés, en particulier deux édicules dont l'un est destiné à accueillir les statues et l'autre, le plus petit, devient un autel[B 6]. L'ajout de deux salles permet d'isoler le cœur du sanctuaire punique, espace le plus sacré, qui contient alors les cellas de l'aménagement romain[B 5].

Vue d'une monnaie antique en or portant la mention IUSTINIANUS.
Solidus de Justinien (image d'illustration) dont la découverte lors des fouilles permet de définir une longue période d'utilisation du site.

Les fidèles offraient au sanctuaire des stèles, des autels ou des statues en fonction de leur statut social. La construction a été offerte par toute la communauté selon la dédicace néo-punique retrouvée[C 3]. Le centre principal de la vie cultuelle était la cour désignée sous le no 4 par le fouilleur, partie la plus précoce du sanctuaire. Elle a également livré les statues les plus anciennes[B 7]. Les spécialistes n'ont pu trancher la question d'un aménagement global en une seule phase, y compris de statues à l'époque punique au moment de l'aménagement de deux édicules, ou de manière progressive en fonction de la générosité des fidèles[B 6].

Une petite pièce (no 3) est ajoutée ultérieurement[B 5] et, dans la dernière phase, une citerne est dédiée à Saturne sur le site au IIe siècle[B 8] par L. Pompeius Honoratus, inscrit dans la tribu présente à Carthage[B 9],[1].

Le lieu de culte est utilisé jusqu'en pleine époque chrétienne car une monnaie de Justinien a été retrouvée à côté du cœur du sanctuaire, et des lampes à huile chrétiennes confirment cet usage tardif[B 5].

Redécouverte et fouilles

Le site est fouillé par le capitaine Cassaigne au printemps 1908, après la découverte fortuite de lampes romaines et de céramiques laissant augurer un site antique[D 2] dans une région montagneuse au nord-est de Bir Bouregba[E 1].

Les fouilles permettent alors de dégager une inscription néo-punique portant mention de l'institution des suffètes et d'éléments libyques[K 1]. Trois inscriptions latines sont dégagées dont l'une datée du IIe siècle se rapporte à la dédicace d'une citerne à Saturne[K 1]. Le capitaine Cassaigne note scrupuleusement dans son rapport la localisation des statues de terre cuite découvertes alors, contrairement à la pratique sommaire de bien des fouilles au début du XXe siècle[B 10].

Les items rejoignent le musée du Bardo l'année même de leur découverte. Ce musée accueille alors « treize statues en terre cuite des plus curieuses »[2]. Alfred Merlin évoque quatorze statues dans son ouvrage de 1910[D 1]. L'inscription punique, initialement placée au musée du Bardo, a rejoint par la suite le musée de Nabeul.

Aucun chercheur ne retourne sur le site par la suite, le directeur des antiquités de Tunisie affirmant dès 1960 que la recherche sur le terrain était vaine[B 1]. Des recherches ont tenté de retrouver les vestiges du complexe cultuel et de la cité, mais aboutissent à un échec[B 2].

Description du sanctuaire

Espaces dégagés par le fouilleur

Plan en noir et blanc d'un ensemble de bâtiments antiques.
Plan ancien du sanctuaire, levé lors des fouilles du début du XXe siècle.

La connaissance du plan du sanctuaire est due aux notes prises par le capitaine Cassaigne. Le fouilleur a identifié sept espaces dans le dernier état du site[B 11] et sa numérotation est utilisée pour des raisons de commodité car elle est reprise dans les travaux les plus récents et du fait de l'absence de nouvelles fouilles.

La première zone comportait trois salles en enfilade dont la première[3] au sol en mosaïque blanche à motif d'écailles était précédée d'une terrasse comportant une statue léontocéphale sur un piédestal, d'autres statues fragmentaires étant dégagées dont une statue féminine debout sur un lion pourvue d'une inscription latine[B 1]. Le décor de la salle a été daté de la fin du Ier siècle av. J.-C.[B 12]. La seconde salle était pavée de béton de tuileaux et a livré en particulier deux sphinges. Les deux premières salles sont considérées par Alexandre Lézine comme la « dernière phase édilitaire de l'édifice »[B 6]. La troisième est tardive selon Merlin, et a livré du matériel destiné à une pièce fermée, dont une lampe à deux becs et un élément de suspension, et des monnaies puniques[B 13].

L'espace no 4 du plan, le « noyau du sanctuaire »[B 7], était une vaste cour pavée de tuileau et pourvue d'un portique peut-être voûté à l'époque romaine[B 5]. Elle a livré un compartiment avec des vestiges de sacrifices dans son angle nord-ouest. Deux édicules à l'état de conservation inégal ont été signalés, le premier possédait des gradins, des lampes à huile romaines et des statues léontocéphales fragmentaires ayant été mises au jour à proximité. Le second, plus vaste, était divisé en deux espaces inégaux : le plus grand a livré notamment la statue de Ba'al Hammon sur son trône, une statue féminine coiffée d'un polos (en), un sphinx plus grand que les autres et une inscription portant le nom d'un certain L. Pompeius Honoratus. Le second espace de cet édicule était destiné selon Hédi Dridi et Meriem Sebaï aux statuettes et objets du culte. À l'extérieur, des murets ont été ajoutés tardivement, où ont été trouvés entre autres objets une statue féminine allaitant. Cette statue a été datée par Lorenza Bullo de la fin du IIIe siècle av. J.-C.[B 7] Des lampes à huile romaines ont été découvertes à proximité, ce qui autorise un usage cultuel durant la période romaine[B 9]. Une Athéna debout très fragmentaire a été retrouvée sur un piédestal[B 13]. Une importante inscription punique a également été retrouvée ici[B 14]. Une statue féminine assise fragmentaire a été retrouvée au sud de cet édicule[B 11]. La même cour a livré des restes d'au moins deux autres statues féminines léontocéphales[B 11]. Le sacrifice et les rites associés se déroulaient dans cet espace, avec le sacrifice stricto sensu, la déposition des ossements des animaux sacrifiés, de lampes sur l'autel et un usage de l'eau de la citerne située à proximité[B 6].

Une citerne plus tardive selon Merlin était située au sud de cette grande cour (no 6 du plan du fouilleur). Dans le dégagement de la voûte effondrée, le fouilleur a retrouvé des céramiques romaines, des lampes à huile à motif chrétien et des fragments d'inscriptions[B 11]. L'appareil de construction de grande qualité est un signe d'une construction tardive selon Dridi et Sebaï[B 9].

La cour no 5 était également munie de portiques mais les vestiges sont moins impressionnants : un édicule en ruines en occupait le milieu, la galerie du portique était large d'environ deux mètres et les piliers étaient placés à trois mètres les uns des autres. L'espace devait initialement être réuni avec celui de la cour no 4. Le couloir d'entrée situé dans sa partie méridionale a livré des stèles votives. Le matériel dégagé était peu abondant, cependant une monnaie datée du règne de Justinien peut donner des éléments de datation[B 11]. Aucune statue n'y a été retrouvée[B 7]. L'espace sert de lieu d'entreposage de stèles à l'époque romaine[B 5].

L'enclos no 7 de quatorze mètres sur 8,20 mètres environ a livré le socle d'une statue placée à l'air libre[B 7] et une trentaine de stèles votives aux inscriptions puniques, néo-puniques et latines datées par les spécialistes de paléographie entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C.[B 11]. Cet espace fut adjoint au complexe cultuel au plus tard à la fin du Ier siècle av. J.-C.[B 9]. Lipinski et Lancel considèrent cet espace comme un « champ d'urnes sacrificielles »[K 1], tout comme Cecilia Rossignoli qui considère que cet espace est destiné à enfouir les vestiges des sacrifices. Cette thèse est réfutée par Dridi et Sebaï qui le considèrent comme une favissa ou comme une salle consacrée à un culte ; une base de statue y a en effet été retrouvée[B 9].

Divers objets, parmi lesquels des fragments de stèles et de céramiques, ont été retrouvés à l'extérieur du sanctuaire stricto sensu. Un dépôt d'urnes sacrificielles était localisé le long de la salle no 1 ; ces urnes, alignées, contenaient les cendres de petits animaux[B 11].

Confusion liée à une longue utilisation

L'aspect confus du plan du sanctuaire est lié aux changements qui lui furent apportés pendant son histoire, « sur plusieurs siècles »[C 2].

Vue d'une collection de petits meubles en pierre.
Autels votifs découverts à Thinissut et conservés au musée de Nabeul.

Le sanctuaire était composé d'une succession de cours avec un sanctuaire principal composé de deux chapelles au milieu de la cour la plus vaste[K 1]. À l'ouest du sanctuaire principal, trois cours se succédaient. L'est du sanctuaire principal comportait une cour avec portiques. Le sud-est était occupé par une cour fermée qui faisait office de champ d'urnes[K 1].

L'inscription punique nous apprend que la construction initiale comprend deux chapelles dédiées à Ba'al et Tanit munies des éléments nécessaires à la liturgie, des vases de bronze et d'un revêtement externe. Ces constructions initiales étaient les deux édicules de la cour no 4, le revêtement ayant pu être reconnu par le fouilleur[4]. Les édicules ont été modifiés ultérieurement. Les banquettes servaient à entreposer les objets de culte[B 8]. Merlin propose une évolution du sanctuaire en contradiction avec les éléments archéologiques. Lézine propose par la suite de revoir cette évolution et considère que la cour à portiques primitive a été réduite par la suite et a connu des ajouts[B 8]. Rossignoli propose en 1998 un sanctuaire originel une cour à trois portiques, avec les deux chapelles au fond, et un accès par le sud ; l'inscription rappelle les constructions des chapelles qui lui sont postérieures selon elle[B 8]. Cette configuration est reprise en partie par Dridi et Sebaï, même s'ils émettent des critiques sur des éléments de l'analyse de l'auteur[B 15], en particulier la rénovation ultérieure des chapelles, ces éléments étant construits comme le souligne le texte conservé[H 2].

Selon Dridi et Sebaï, le premier sanctuaire était composé d'une cour à portiques réunissant les no 4 et no 5 du fouilleur, avec un édicule contenant les statues de culte. L'inscription rappellerait le déplacement des statues vers deux édicules de meilleure facture. Le vaste édifice punique originel aurait été remplacé par un sanctuaire de moindre surface avec de nouvelles chapelles. La partie abandonnée aurait servi de remise, comme le souligne la présence de stèles[H 2].

Le fonctionnement interne du sanctuaire à l'époque romaine est moins aisé à appréhender, avec un redéploiement et une complexification des cultes[H 2]. La construction des espaces no 1 à no 3 est difficile à dater. Cependant, la présence de tubes de voûtes utilisés à partir du début du IIIe siècle[B 9] invite à dater des travaux d'envergure à cette période. Dridi et Sebaï évoquent le Ier siècle pour la construction de l'espace no 1[B 6].

Découvertes artistiques

Interprétation

Annexes

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