Sant Efflam
réplique de currach médiéval
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Le Sant Efflam, nommé d’après le saint breton Efflamm, est un currach construit à la fin des années 1990 par une équipe de passionnés bretons dans un cadre d’archéologie expérimentale. L’objectif, réalisé en 1999, est de suivre la voie maritime des moines celtes d’Écosse et d’Irlande du haut Moyen Âge vers le continent, à l’instar de Colomban. Depuis, le navire participe à plusieurs rencontres avec le public et à des voyages en compagnie d’autres navires expérimentaux.
| Sant Efflam | |
| Type | currach / canot médiéval |
|---|---|
| Histoire | |
| Chantier naval | (Telgruc-sur-Mer) |
| Lancement | |
| Mise en service | |
| Caractéristiques techniques | |
| Longueur | 9,60 m |
| Maître-bau | 2,30 m |
| Tirant d'eau | 0,40 m |
| Tirant d'air | 7,10 m |
| Déplacement | 1,450 tonnes |
| Tonnage | 3,94 tjb |
| Propulsion | Mixte : Voiles et avirons |
| Carrière | |
| Propriétaire | Aux marches du Cranou |
| Port d'attache | Douarnenez, Tinduff à Plougastel-Daoulas |
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Historique
Le projet et la construction
Le projet naît au sein d’un groupe de passionnés membres de l’association « Aux marches du Cranou », située dans la région de Landévennec[1]. L’idée portée est de vérifier la vraisemblance des traversées maritimes entreprises par les moines celtes du haut Moyen Âge comme Colomban ou Efflam[1], le navire est nommé d’après ce dernier[1]. En effet, les mers entre l’Écosse et la France sont réputées difficiles, et les currachs ne sont considérés que comme des barques[2]. C’était également pour une partie du groupe une occasion « d’apprendre la mer », car plusieurs n’étaient pas marins[2].
La construction du navire a été préparée en amont via des visites auprès de constructeurs irlandais de currach, notamment des îles d'Aran mais aussi à Cork auprès de Pádraig Ó Duinnín du chantier Meithal Mara, qui reconstruit tous les currachs connus d’Irlande dont un qui inspirera le Sant Efflam[2]. L’équipe reste un mois sur place à apprendre du charpentier naval et lance le chantier en rentrant en France, à peu près sûre de ce qu’elle voulait faire[2]. Ses membres font également appel aux conseils de l’architecte naval François Vivier durant la réalisation du projet[1].
La construction réalisée par les passionnés a duré cinq mois et demi en 1997[1],[3] à Telgruc-sur-Mer[4], [2]. D’abord composé de trois personnes en début de chantier, le groupe grossit jusqu’à une petite dizaine en fin de chantier, attirant des intéressés parmi leurs amis et au sein du lieu hébergeant la fabrication[2]. Les plans avaient été préparés en amont, et les matériaux étaient déjà sur place[2]. Le cuir de vache sélectionné est tanné à l’écorce de chêne, un procédé très ancien qui permet aux peaux de résister à l’immersion selon les études de Tim Severin[2]. Les peaux ont été stockées graissées et exposées au soleil plusieurs mois avant d’être cousues au point sellier à deux aiguilles[2]. L’ensemble de l’ouvrage a nécessité à chaque fois plusieurs personnes sur la même couture et a duré quatre mois pour finir l’ensemble du cuir de la coque[2].
Le voyage de 1999
Préparé pendant un an et demi, pendant lequel l’équipage réunit des fonds et apprend à naviguer avec le navire, le voyage suivra la route maritime présumée des moines celtes venant d’Écosse et d’Irlande pour christianiser la France[2]. Le navire est acheminé par camion jusqu’en Écosse près d’Oban, où il prend le large le , avec un équipage d’une dizaine de personnes[5],[2].
Le voyage dure tout l’été 1999. Partis de l’Écosse, les navigateurs passent par la côte ouest de l’Irlande, suivent les iles d’Aran, les iles Skellig et passent par la Cornouailles anglaise. Ils continuent par les iles Scilly, l’Île d’Ouessant puis Douarnenez et enfin Landévennec[1]. Les conditions sont difficiles, ils passent plusieurs journées entières à ramer faute de vent et le couchage est rudimentaire[2].
Néanmoins, l’idée qui motive ce voyage n’est pas de refaire le voyage exactement dans les mêmes conditions qu’à l’époque visée, mais plutôt d’étudier comment le bateau se comporte en mer à la voile, comme l’étudie l’archéonavigation[2]. Il y a une logistique à terre et le navire s’arrête presque tous les soirs pour camper, une pratique que l’équipe estime avoir probablement été appliquée au Moyen Âge[2]. Néanmoins, les navigateurs n’hésitent pas à pousser lorsque les conditions sont favorables pour gagner des milles supplémentaire[2].
La navigation est guidée par des cartes et un GPS présent à bord du bateau, et le navire est accompagné par un Zodiac pour assurer la sécurité — qui n’est intervenu qu’une seule fois dans une situation qui aurait pu être gérée autrement si voulu, en perdant quelques jours de voyage pour se décaler et éviter une zone[2].
Le voyage est estimé « fou » et sa réussite « peu probable » par beaucoup de personnes de l’entourage de l’équipe, dont des marins aguerris qui disaient qu’ils se tueraient[2]. A contrario, à chaque escale, et notamment en Écosse, l’équipage est très bien accueilli par les locaux et aucun port ne leur fait payer de frais de mouillage. Ils sont même parfois appelés en amont du port par VHF pour savoir s’ils étaient dans les parages et si de l’aide était requise[2]. Des hébergements et des repas leur sont offerts et le message passe d’un port à l’autre où ils sont attendus sur leur parcours[2]. Julian Stone, membre de l’équipage, explique cette ferveur par le fait que le bateau et ce voyage constituent un appel aux racines du folklore des Écossais et des Irlandais[2].
Le 6 juillet 1999, ils atteignent l’île Islay, zone de passage entre l’Écosse et l’Irlande, au port de la distillerie Lagavulin[2]. Les mauvaises conditions météo et la fatigue de l’équipage amènent les ouvriers de la distillerie à les prendre entièrement en charge[2]. Ils les installent dans un hangar sec et en profitent pour leur faire visiter la distillerie et leur faire goûter leurs meilleurs whiskys[2]. Julian Stone rapporte que plusieurs membres ont dû être portés jusqu’au Sant Efflam car trop saouls lorsque la météo s’est adoucie et qu’une fenêtre de traversée vers l’Irlande s’est ouverte[2].
Le 18 juillet 1999, l’équipée arrive à l’Île de Toraigh où elle est accueillie par son « roi » Patsy Dan Rodgers, après qu’on leur a conseillé de faire le détour[2]. Sur place, ils sont chaleureusement hébergés et se voient offrir de la glaise de Colomba, venant d’un lieu qu’il aurait sanctifié lorsqu’il est venu convertir l’île et qui aurait les vertus de porter chance en mer ainsi que d’être curative[2].
En août 1999, l’équipage a eu également la chance de pouvoir aborder l’île de Skellig Michael, un lieu qui fait écho à la thématique de l’aventure entreprise[2].
À la fin du mois août 1999, ils arrivent en Cornouailles, une étape qui annonce la traversée dangereuse de la Manche à travers les ferrys et les grands navires de transport maritime[2]. À Saint-Ives, alors qu’ils sont hébergés via le bouche à oreille des locaux, ils rencontrent un pêcheur qui accepte de faire des milles supplémentaires pour les escorter dans le canal, en particulier pour traverser les « rails » que sont les voies normalisées de navigation où ils seront bord à bord car trop peu visibles au radar malgré leurs feux[2]. C’est donc la présence radar de leur escorte qui assure leur sécurité[2]. Le pêcheur les laisse à Ouessant[2].
Le voyage passe ensuite par Douarnenez et enfin Landévennec, où se trouve une abbaye du haut Moyen Âge[1]. Ils sont attendus par plusieurs centaines de personnes à cette dernière étape[2][Quand ?].
Après le voyage
Le Sant-Efflam fait une autre sortie : le ralliement de la Galice par la mer en compagnie du bateau expérimental Bartholome et du curragh irlandais Colmcille[6]. Ensuite le navire est exposé à Brest, puis à Rennes[1].
En juillet 2021, le bateau accompagné du Brioc, sous la direction de l’association Gward an Aod (en français « les gardiens de la côte »), fait une sortie en mer de la plage de Roc’h Quelennec à Douarnenez[7].
En 2025, l’embarcation est entreposée au port du Tinduff à Plougastel-Daoulas[2].
Description

La nature historique du navire, reconstituant un bateau de cuir du Ve siècle, reste hypothétique d’un point de vue archéologique[8]. En effet, il ne reste que des dessins et des sculptures de ce genre d’embarcation, aucune épave de ce genre de bateau n'a été retrouvée[8].
Basé sur les curraghs irlandais, il est constitué de cuir de vache tanné à l’écorce de chêne[2], graissée de goudron de bois de hêtre[8], tendue sur une structure en bois[7]. Sa structure comporte des couples légers qui sont renforcés par les bancs de nage[7]. Le navire est complétement ouvert et piloté par des voiles ou des avirons[3]. Il mesure 10 m de long et 2,30m de large[9]. Le bateau est essentiellement fidèle à ce qu’il aurait pu être au haut Moyen Âge, mais il s’est quand même vu ajouter des patins d’échouage en bois pour éviter que le cuir ne s’abîme en arrivant sur les plages[2].
Au minimum, l’équipage est constitué de huit rameurs et d’un barreur[2] et sa vitesse est d’environ 3 nœuds[2].
D’après Ouest-France, le Sant Efflam a « une impressionnante souplesse face aux vagues »[7].